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III - 11 septembre : "10 ans après, Manhattan sans les Twin me rougit toujours les yeux..."

Carte Blanche à...Michel-Yves Labbé, fondateur de Directours


Rédigé par La Rédaction le Mercredi 7 Septembre 2011

10 ans après, qu'est-ce que le 11 septembre 2001 a changé pour les professionnels du tourisme ? Un secteur a été touché de plein fouet : le transport aérien. C'est probablement ici que les bouleversements se sont fait le plus sentir. Michel-Yves Labbé, fondateur de Directours, à l'époque président du Visit Usa Committee, nous livre son témoignage.



''J’y ai passé des heures, devant les écrans d’une dizaine de chaines qui retransmettaient toutes « live » des 4 coins du monde. Pendant dix jours je me suis réveillé chaque matin en pensant que c’était un cauchemar qui allait s’arrêter avec le lever de soleil...''
''J’y ai passé des heures, devant les écrans d’une dizaine de chaines qui retransmettaient toutes « live » des 4 coins du monde. Pendant dix jours je me suis réveillé chaque matin en pensant que c’était un cauchemar qui allait s’arrêter avec le lever de soleil...''
A cette époque, j’étais président du Visit Usa Committee.

Le 11 septembre en début d‘après midi, j’étais en réunion lorsque ma femme m’a appelé « Il s’est passé un drôle de truc à New York ». Le bureau d’à côté était celui de la télévision coréenne.

J’y ai passé des heures, devant les écrans d’une dizaine de chaines qui retransmettaient toutes « live » des 4 coins du monde. Pendant dix jours je me suis réveillé chaque matin en pensant que c’était un cauchemar qui allait s’arrêter avec le lever de soleil.

Le 22 septembre, je suis parti pour New York. Mon rôle était d’aller sur place et de témoigner. Pouvait-on relancer la destination ? Et quand ? J’ai trouvé une ville en état de choc bien sûr.

Ground Zero fumait encore. Le métro s’arrêtait à Canal Street. On frissonnait en voyant le panache de fumée s’élever dans le ciel clair de la fin d’été. Les rares passages d’avions aux confins de Manhattan faisaient s’arrêter les passants et scruter le ciel.

Je me suis dit que la vie avait repris son cours

Les New yorkais, autrefois indifférents, nous arrêtaient pour nous parler. Ils étaient contents de voir des étrangers. Voulaient savoir ce qu’on pensait « abroad ».

C’était bien la première fois depuis longtemps que notre opinion les intéressait vraiment. Il y avait un grand sentiment d’empathie de tous côtés. Une fraternité du malheur.
Nous sommes allés déjeuner au River café, à Brooklyn d’où l’on voyait les tours autrefois.

Le restaurant était plein, bruyant comme souvent à New York. Nous étions fascinés par ce trou vide entre les petites tours recouvertes de poussière. Les convives locaux n’y prêtaient pas attention.

Je me suis dit que la vie avait repris son cours. Que l’Amérique avait une nouvelle fois pris le dessus. J’étais impressionné par cette force que rien n’arrête, et un peu effrayé. Tant de morts. Pouvait-on revenir au « business as usual » aussi vite ?

Après le 11 septembre nous avons connu des files épouvantables dans les aéroports. Pour enregistrer il fallait parfois venir 3 ou 4 heures avant ! Pour passer les portiques on mettait une heure voire plus.

Il fut interdit de discuter dans un couloir d’avion

III - 11 septembre : "10 ans après, Manhattan sans les Twin me rougit toujours les yeux..."
Et pas seulement aux Etats Unis. A Londres, à Paris, à Francfort… Il fallut des mois avant qu’un semblant d’organisation se mette en place.

Au moindre soupçon de tentative de détournement l’administration décrétait des normes plus sévères encore. Il fut interdit de discuter dans un couloir d’avion. On supprima les couteaux des plateaux-repas.

Les bouteilles d’eau furent consignées. Les coupe-ongles considérés comme des armes de destruction massive. Arriver à la frontière américaine (1 à 2 heures de queue) avec un passeport bourré de tampons des pays arabes (Maroc, Tunisie, Jordanie, Dubai, l’ordinaire d’un T.O français) vous valait la suspicion immédiate du flic et des questions interminables.

On lui avait notifié son rôle : dernier rempart avant le terrorisme. Il le remplissait à merveille. Il fallut bien 6 ans avant que la Secrétaire aux Affaires étrangères Condolezza Rice fasse machine arrière et leur explique que le premier sourire de l‘Amérique était le leur.

En fin 2001 la vie reprit à New York. Et dans le reste de l’Amérique qui n’est pas New York et s’en garde bien. Je sais les New yorkais attachés à la mémoire de ce jour. Mais on ne peut pas dire que grand-chose ait changé.

La vie prit le dessus

La vie prit le dessus. Avec ses excès. On oublia rapidement l’élan d’amitié « nous sommes tous des Américains » titrait Le Monde, car vint l’épisode irakien.

Il me souvient des journaux lumineux de Fox News sur la 6ème avenue insultant les Français. Je me délecte d’ailleurs maintenant des ennuis de Murdoch qui est un charognard du journalisme.

J’avais connu la 1ere guerre d’Irak en 1991. Nous avions arrêté toutes ventes du jour au lendemain. Il fallut plus de trois mois avant qu’elles ne reprennent. Il me souvient que même au Québec les TO se plaignaient de ne pas remplir les vols Montreal/Cancun ou St Domingue.

Pourquoi ? Fut ma question. Mais c’est la guerre ! Fut la réponse.

On était pourtant loin du champ d’opération et le terrorisme ne s’exportait pas encore outre Atlantique. 1991 fut un choc colossal pour notre métier. Dans le monde entier. En 2001 à notre grande surprise le business repartit assez vite. Disons un mois et demi après.

Après le 11 septembre les événements tragiques impactèrent moins notre métier

Pour Thanksgiving, nous (le Visit Usa Committee) avions monté une opération avec toutes les compagnies aériennes desservant New York, tous les T.O et les hôteliers.

Le week end 5 jours était vendu 1490ff soit 225€. 800 personnes partirent le même jour sous l’œil des caméras du JT de 20h. Et revinrent témoignant que la ville était formidable.

Tout bien réfléchi, après le 11 septembre les événements tragiques impactèrent moins notre métier. Les catastrophes s’enchainant, les gens s’habituèrent. On s’habitue à tout, même à l’horreur. A l’époque de l‘attentat l’Amérique était assez forte pour croire à un mauvais coup du sort et à s’en sortir.

A preuve les Américains (mais pas les New Yorkais) ré-élirent un président inculte qui leur promit la loi du Talion. J’abandonnai donc la présidence du Visit Usa. Dommage car nous étions une équipe formidable. Mais 2001 n’avait malheureusement pas suffit à insérer l’ombre d’un doute dans les certitudes de l’administration de l’époque.

Je pense, et je vais sans doute m’attirer des foudres épistolaires, que la crise financière de 2007 a plus modifié la vie, les mœurs, les certitudes des Américains que le 11 septembre 2001.
10 ans après la vue du Sud de Manhattan sans les Twin Towers me rougit toujours les yeux.

Michel Yves Labbé
Fondateur de Directours.

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