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Il y a 20 ans, le crash économique d’AOM/Air Lib

Un « grand gâchis » qui marque toujours les esprits



Alors que TourMaG.com souffle ses 20 bougies en 2018, la rédaction a décidé de revenir sur les faits qui ont marqué le tourisme sur les deux dernières décennies... mais avec l’œil d'un expert. Aujourd'hui, avec Christophe Hardin, nous revenons sur le désastre économique qu’a été, en 2003, le disparition du second pôle aérien français : AOM / Air Lib.


Rédigé par le Lundi 20 Août 2018

Entre 1998 et 2003 : la fin du rêve d'AOM © Aero Icarus from Zürich, Switzerland, Wikimedia Commons
Entre 1998 et 2003 : la fin du rêve d'AOM © Aero Icarus from Zürich, Switzerland, Wikimedia Commons
Ils étaient des centaines, ce soir de février 2003, devant le tribunal de commerce de Créteil. Des centaines à assister, impuissants, à la perte de leurs emplois, tragique conclusion d’un interminable feuilleton politico-judiciaire ou s’entremêlent mauvais choix stratégiques, rachat, fusion et regrets.

20 années après cette faillite qui a marqué durablement le secteur aérien et plus globalement le tourisme français, Christophe Hardin, ancien adjoint au directeur des navigants commerciaux chez AOM, évoque « un grand gâchis ».

Entré chez Minerve, futur AOM, en 1984, ce dernier y a tout connu : de la fusion Air Outremer - Minerve en 1991, à la mise en vente de la compagnie en 1998, les conflits avec Air France à Orly, le rachat par Swissair Group, la fusion avec Air Liberté et Air Littoral, jusqu’à la débâcle et l’inévitable crash économique.

Frilosité

« Le début de la fin remonte à 1998, lors du changement d’actionnaire », se souvient celui qui explique être resté à son poste « jusqu’à ce que les huissiers m’interdisent de rentrer dans mon bureau ».

« Swiss Air et Marine-Wendel (holding de l’empire Wendel, dirigé par Ernest-Antoine Seillière, ndlr) a voulu créer un nouveau groupe aérien français avec une gestion centralisée en Suisse. Mais personne n’a su s’adapter au contexte et investir massivement pour développer la compagnie », estime Christophe Hardin.

Pourtant, de l’avis général, la survie était possible, grâce notamment à l’important réseau international que s’était bâti AOM (jusqu’à 27 destinations partout dans le monde) et à sa réputation de proposer une très bonne qualité de service. « Mais la flotte, majoritairement composée de DC10 et de MD83, n’était plus compétitive et coûtait très cher à la compagnie », raconte Christophe Hardin.

« Un renouvellement massif était obligatoire pour survivre, et les premiers A340 sont arrivés trop tard. Cela n’a jamais été fait car, sur la fin, il n’y avait pas de volonté de développer l’entreprise, et pas de patience ».

Pas assez de moyens, d’actionnaires concernés ni d’investissements sur le long terme : voilà les raisons qui auront, en une petite douzaine d’années d’existence, précipitée AOM à sa perte.

Un héritage certain

Un appareil d'AOM qui se pose à St Martin © Fracademics
Un appareil d'AOM qui se pose à St Martin © Fracademics
Une perte qui entrainera des centaines de pilotes à s’exporter loin pour retenter leur chance ailleurs, et des milliers de PNC a rejoindre les rangs d’Air France. Au total, ce sont quelques 10 000 employés qui se retrouveront orphelins, mais fiers d’avoir pris part à une aventure qui a autant marqué le secteur.

Car qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Si, près de deux décennies après sa fin tragique, AOM/Air Lib continue de faire couler de l'encre, c’est avant tout car la compagnie a été la première à tenter de faire tomber la situation de monopole d’Air France dans l’aérien français.

« C’est grâce à Air Outre-mer et Minerve, puis AOM, qu’une première alternative de qualité à Air France a émergé », estime finalement Christophe Hardin. « Cela ne s’est pas fait sans mal, notamment sur les vols domestiques. Mais c’est AOM qui a donné le top départ d’une concurrence dans le ciel français », conclut-il.

Il en veut pour preuve l’émergence, dès le début des années 2000, des Air Caraïbes, Air Tahiti Nui et autre Air Austral, en somme d’une nouvelle génération de compagnies aériennes françaises, toutes héritières d’AOM.

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Pierre Georges Publié par Pierre Georges Journaliste - TourMaG.com
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1.Posté par Belin le 21/08/2018 09:44 | Alerter
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Une volonté politique de supprimer l'ombre faite à Air France

2.Posté par Christelle le 21/08/2018 10:08 | Alerter
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Merci pour cet article qui nous rappelle des faits parfois oubliés.


3.Posté par Christophe le 21/08/2018 10:36 | Alerter
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Il n’y a pas eu de véritable politique de couler Air France. Les pouvoirs publics n’ont pas manqué d’aider JC Corbet (qui en tant qu’ancien président du SNPL y avait ses entrées) à faire survivre AOM Air Liberté (devenu Air Lib) pour éviter le désastre social de sa liquidation.

4.Posté par Steven le 21/08/2018 10:37 | Alerter
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Oh oui quel gâchis ! Qui de mon regard personnel (je travaillais pour Swissair) était une véritable catastrophe ! Cela a commencé par notre déménagement de Paris 14 vers Orly. Arrivés sur place nous avons tous été en open space (peut-être pour mieux se voir et partager) . J'entretenais de très très bons contacts avec AOM, Air Lib, AIr Littoral et autres composantes de Sairgroup). Cela n'a pas duré en ce qui me concerne, un nouveau DRH avait été nommé et plus particulièrement pour licencier tous les anciens de Swissair non pas pour incompétence mais par coûts financiers ! Je regrette vraiment cette période où la coexistence de nos compagnies dans le même bâtiment me donner un coté exotiques avec les navigants de AOM et Air Lib ! Je vous regrette tous sauf celui qui m'a foutu à la porte P. B.

5.Posté par Maximus le 21/08/2018 10:44 | Alerter
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Amusant comme Mr Hardin ne parle que de AOM et oublie Air Liberté qui était quand meme présente car, ne l'oublions pas, la compagnie qui a été sacrifié se nommait Air Lib pas sans raison...
De plus, l'alternative a Air France qui a été mise en place se nommait Air Lib Express, le premier service "low-cost" a la francaise. D''ailleurs c'est la mise en place de cette formule qui a plongé la compagnie dans la tourmente car elle prenait bien trop de place et de parts de marché a la "grande" Air France.
A votre avis Mr Hardin, qui pilotait Corbet ? Holco n'a pas eu de probleme financier car le montage n'avait d'interet que pour les actionnaires d'Holco qui ont reussi a bien se gaver en prenant possesion de l'outils de production...
Air Lib ce n'etait pas AOM mais Air Liberté et AOM...
A bon entendeur...

6.Posté par Maximus le 21/08/2018 10:46 | Alerter
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PS: meme le titre est bidon ! Soit c'est le crash d'AOM / Air Liberté soit c'est le crash d'Air Lib !!!

7.Posté par Olivier Moracchini le 21/08/2018 11:31 | Alerter
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Maximus,
Un peu de décence. S'amuser à faire s'affronter feu Air Lib et feu AOM ne me semble pas de très bon gout.
Pour l'anecdote, j'ai travaillé pour les deux compagnies. Et leur fin a été un drame pour bien des salariés.

8.Posté par Maximus le 21/08/2018 11:41 | Alerter
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J'ai moi même travaillé pour feu Air Lib et je ne m'amuse pas ! Un peu d'objectivité et de réalisme par rapport a feu Air Lib aurait été apprécie mais sans doute est ce trop demandé...

9.Posté par LFPO le 21/08/2018 12:01 | Alerter
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" Le début de la fin remonte à 1998, lors du changement d’actionnaire "
Je ne pense pas que le début de la fin remonte à 1998 pour AOM mais plutôt en 1996 lors du changement de PDG. Le changement d'actionnaire n'a fait que confirmé la direction vers laquelle certains jaloux souhaitait qu'elle aille c'est à dire à la faillite.
Les politiques conservatrices de l'état et autres lobby d'AF copain de JCS n'avait plus qu'a regarder le spectacle. AOM était une grande dont l'image et le nom volait peu à peu le prestige de la vieille AF, elle avait certes quelques handicaps comme la flotte mais avec un autre actionnaire visionnaire et ambitieux cela aurait été avec les années réparés. AOM/Air liberté ou Air LIB aurait jouer un rôle important pour le maintient du pavillon Français à l'époque et les résultats seraient aujourd'hui probant. Il en est tout autre puisque certains grands penseurs de l'aérien du début des années 2000 pensait faire de même avec les low-cost étrangère en les regardant tombés aujourd'hui ce n'est pas eux qui chute.

10.Posté par Steven le 21/08/2018 12:26 | Alerter
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Mépris. Les Suisses ont enfin péché par mépris. Il n'y a plus un Français dans l'encadrement des trois compagnies. L'AMCF a été confiée à Hans Rudi Fehr, le réseau d'exploitation à Martin Bisang et l'informatique à Martin Muller. Tous suisses. «Un mot placé en réunion et on avait l'impression que les Suisses lisaient sur notre front "gros nul"», rapporte un cadre. Car avant d'être financière, l'hémorragie a d'abord été humaine. En neuf mois, plus de 120 cadres ont quitté les trois compagnies. Lassés d'être employés à ne rien faire depuis le transfert du yield, 10 salariés d'AOM ont fini par introduire un recours en référé devant le tribunal des prud'hommes de Créteil pour demander l'ouverture d'un plan social et leur licenciement. Le tribunal devait se prononcer hier sur leur requête, alors que Rochet annonçait la fusion d'AOM et d'Air Liberté avant le 25 mars. Le texte intégral : http://www.liberation.fr/futurs/2001/02/21/comment-le-groupe-aom-a-ete-mis-a-terre_355389

11.Posté par ricky le 21/08/2018 16:11 | Alerter
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il est dommage que votre journaliste Mr Pierre Georges ne cite pas Corsair et jacques Maillot.il ne faut pas oublier l’arrêt Nouvelles Frontières du tribunal européen du Luxembourg qui mit fin au monopole d air France sur les dom Tom , brèche dans laquelle s'engouffra Corsair et qui perdure depuis avec le succès que l'on connait .

12.Posté par Jerome Bonnin le 21/08/2018 19:31 | Alerter
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D'accord avec LFPO, le declin a commence avec le depart de Marc Rochet en 1996. Horreur pour Air France! Il avait tente des alliances ( avec les anglais) pour developper la compagnie et les reseaux. Il fallait soit disant proteger Air France et le cabinet du 1er ministre Juppe s'est charge de la sale besogne. On voit le resultat aujourd'hui...
Ayant vecu l'aventure presque autant que Christophe Hardin, depuis la creation d'Air Outremer en 1989 jusqu'a la liquidation d'Airlib, je rejoins Olivier Moracchini pour confirmer que, quelles que soient nos origines, on en a tous pris plein la figure grace a nos chers politiques qui ont agi a tres courte vue et tue une pepite qui ne demandait qu'a croitre .

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