TourMaG.com, le média spécialiste du tourisme francophone
TourMaG.com, 1e TourMaG.com, 1e

logo Futuroscopie  




Le littoral va-t-il survivre aux désordres climatiques ? [ABO]

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)


Les tempêtes récentes et autres inondations dévastant le littoral doivent nous conforter dans l’idée que le dérèglement climatique est là et qu’il faut le prendre en considération avant qu’il ne soit trop tard. Il fallait d’ailleurs déjà le prendre en considération il y a quatre décennies lorsque la France adoptait la loi relative à l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral. A l’occasion des 40 ans de la signature de la Loi Littoral, le Sénat a organisé une table ronde dont nous décryptons quelques verbatim.


Rédigé par le Mercredi 14 Janvier 2026

Le littoral va-t-il survivre aux désordres climatiques ? - Photo JS
Le littoral va-t-il survivre aux désordres climatiques ? - Photo JS
Ce qui faisait de notre pays un pionnier en matière juridique sur le domaine spécifique des zones littorales. Pionnier certes, mais exemplaire ? Peut-être pas ! Une fois de plus, nous payons donc encore l’addition de nos années d’insouciance. Pire ! Celles où l’on savait mais où l’économie primait !

On parle beaucoup de la montagne et de son avenir troublé alors que l’on évoque peu le littoral, le plus beau fleuron touristique de l’Hexagone et de nombreuses autres destinations. Pourtant, on pourrait vivre sans la montagne en hiver mais beaucoup moins, sans la mer et ses littoraux qui continuent de constituer la destination préférée des vacanciers d’été… mais qui deviennent de plus en plus vulnérables. Que se passe-t-il ? Et que s’est-il passé ?

En fait, bien que fêté, l’anniversaire de la loi Littoral ne suffit plus. Votée le 7 janvier 1986, à l’unanimité, celle qui avait pour objectif d’d’encadrer l’urbanisation des territoires attractifs mais vulnérables comme les territoires littoraux, reposait et repose toujours sur la lutte contre la prolifération de constructions neuves, la bétonisation, l’artificialisation des sols. Le tout dans la largeur d’une bande de 100 mètres depuis le rivage.

Pertinente et courageuse, cette législation arrivait seulement, me semble-t-il, un peu tard. Elle arrivait non seulement après l’installation de privilégiés sur les bords de mer devant des panoramas exceptionnels, mais également et surtout à la fin des grandes missions d’aménagement des côtes françaises.

Lancée par un état soucieux de développer le territoire en favorisant l’accueil touristique et le développement économique, la mission Racine par exemple donna ses premiers coups de pioche en juin 1963 avec pour objet de faire sortir de terre en Languedoc Roussillon pas moins de 7 stations balnéaires qui aillaient devenir parmi les plus populaires d’Europe.

En l’espace de 20 ans, Gruissan et Port Leucate dans l’Aude, Port Camargue dans le Gard, La Grande-Motte et le Cap d’Agde dans l’Hérault, Port Barcarès et Saint-Cyprien dans les Pyrénées-Orientales étaient nées.

Sur la façade Atlantique : même stratégie. La Mission interministérielle pour l'aménagement de la côte aquitaine (MIACA) était chargée de définir l'aménagement touristique du littoral aquitain. En deux décennies, de 1967 à 1988, de nouvelles venues comme Hourtin, Seignosse, Carcan Maubuisson …devinrent les locomotives d’un tourisme balnéaire en pleine explosion et d’une demande de logements tout aussi prolifique.

Globalement, selon l’Insee, les logements en France métropolitaine sont passés de 19 millions en 1970 à 36,6 millions en 2019. Ce qui donne une idée de l’ampleur des chantiers et des besoins d’une population grandissante qui n’en finit pas de faire évoluer le parc des logements du littoral qui a aussi augmenté de 45 % sur la période 1990-2019 !


Quarante ans plus tard, quel bilan ?

Certes, le littoral avait besoin d’être aménagé de façon méthodique, selon des plans ambitieux mais raisonnés, au contraire de ce que subissaient au même moment les côtes espagnoles de la Costa Brava à la Costa del Sol ou les Côtes italiennes de l’Adriatique et déjà celles de Tunisie…

Autant de littoraux qui rêvaient de ce nouvel or bleu capable d’améliorer leur cadre de vie, ouvrir leur pays, accumuler des recettes et générer des centaines de milliers d’emplois de taille à sortir de la pauvreté une partie de la population.

Quant aux ports de plaisance jusque-là plutôt rares, ils se sont mis également à pousser tout au long de nos côtes afin de développer une activité en voie de démocratisation et densification : le nautisme.

A lire aussi : Tourisme balnéaire : "des investissements climatiques urgents" !

A ce jour, environ 500 ports ont été construits dans notre pays avec les logements adaptés, souvent des marinas imitées du modèle américain et tous les espaces publics nécessaires à l’accueil d’un public de plus en plus souvent motorisé, réclamant parkings et autres espaces commerciaux.

Un manque d’anticipation

Où est le problème ? En fait, la France comme les autres, aveuglée par le mirage d’une société en pleine mutation, ne sut pas anticiper les changements dont certains se faisaient pourtant les avocats.

René Dumont ne fut-il pas candidat à la présidentielle de 1974 sous l’étiquette écologique ?

Une grande première dans l’air politique de l’époque et les premiers combats contre les excès de l’urbanisation sur les côtes et ailleurs qui se matérialisèrent également par une initiative importante : la création du Conservatoire du littoral en 1975.

Un établissement public administratif national ayant pour mission de mener une politique foncière de sauvegarde de l'espace littoral, de respect des sites naturels et de l'équilibre écologique....

Lequel poursuit aujourd’hui son travail d’acquisition et préservation dont il faut bien reconnaitre qu’il a permis de sauver bien des littoraux des pelleteuses et que vous pouvez consulter sur l’excellent site du conservatoire. .

Une progression du parc immobilier entre 1990 et 2020

Le parc de logements du littoral métropolitain est constitué de 4,7 millions de logements, dont 66 % sont des résidences principales, 28 % des résidences secondaires et 6 % des logements vacants.

Ramenée à la surface communale, la densité de logements sur le littoral y est 3,2 fois supérieure à celle de la moyenne métropolitaine (206 logements par km2 (log/km2) contre 64 log/km2 pour l'Hexagone).

La façade Méditerranée concentre le plus grand nombre de logements (2,3 millions), devant la façade Nord Atlantique-Manche Ouest (1,2 million), Manche Est-Mer du Nord (0,7 million) et Sud Atlantique (0,5 million).

Sources Data Lab. Ministère de la transition écologique

Une loi contestée et pas toujours respectée

Voici en partie pourquoi la loi Littoral reste un texte complexe et parfois contesté. Sur le terrain, son application se heurte à des pressions foncières et immobilières permanentes générant conflits et blocages entre élus et associations écologistes engagées dans la protection de l’environnement.

De plus, la loi qui n’avait pas anticipé l’ampleur des changements climatiques actuels, est confrontée à un phénomène non pas figé mais en mouvement. L’érosion du trait de côte en particulier qui, selon l'indicateur national de l'érosion côtière, concerne un quart des côtes en France métropolitaine est en permanence à l’ouvrage.

De plus, on constate qu’environ 30 km2 de terres ont disparu en France à la suite du recul du trait de côte depuis 50 ans, notamment dans les baies des Hauts-de-France, dans les havres du Cotentin, en baie d'Audierne, sur la côte ouest d'Oléron, sur la côte sauvage et l'estuaire de Gironde, dans le nord du Médoc, autour du bassin d'Arcachon et en Camargue.

Autant de mutations qui vont devoir entraîner des changements au niveau des textes de loi et une modernisation comme la loi Climat et Résilience en août 2021, destinée à lutter contre le dérèglement climatique et le renforcement de la résilience.

Le Schéma de Cohérence Territoriale, (SCoT), un outil utilisé pour le développement des territoires sur le long terme (environ 20 ans) est également à suivre et améliorer afin de parfaire la législation. En fait, face à ces défis, il convient désormais d’agir dans l’urgence et de définir les instruments les plus adaptés pour permettre à nos territoires littoraux de se développer sans subir les catastrophes naturelles aussi imprévisibles que fréquentes et dévastatrices...

Des images comme la destruction de l’immeuble Le Signal à Soulac-sur-mer ou l’effondrement de morceaux de falaise à Creil sur mer ou Étretat, devraient par la même occasion bel et bien disparaître de nos écrans, de plus en plus brouillés par des représentations contradictoires : des représentations touristiques paradisiaques et une réalité d’autant plus alarmante qu’elle touche de très nombreuses destinations internationales.

Sans compter les blocs de glaciers qui dégringolent dans les océans plus vite que prévu etc.
Alors ? Des lois, oui. Mais, vite…

Le littoral en quelques chiffres

- Les territoires français susceptibles d'être confrontés au phénomène de submersion marine couvrent 11 100 km2.

- Les communes littorales (hors estuaires) concentrent 59 % de ces territoires (soit 6 500 km2), dont plus de la moitié est située dans les départements des Bouches-du-Rhône, de la Vendée, de la Charente-Maritime et de la Guyane.

- Environ 1,5 million de personnes résident dans des zones potentiellement exposées à l'aléa naturel inondation par submersion marine.

65 % d'entre elles habitent dans les communes littorales métropolitaines et 5 % dans les communes littorales ultramarines.

Les 30 % restantes sont localisées dans des communes estuariennes situées principalement sur les rivages de l'estuaire de la Gironde, de la Loire et de la Seine.

Sur les 8 millions des résidents permanents des communes littorales, un million sur huit est exposé au risque inondation liée à l'aléa submersion marine. La façade Manche Est-Mer du Nord concentre le plus grand nombre d'habitants exposés (443 600) suivie de la façade Méditerranée (249 300).

Près de 1,4 million de logements (648 700 maisons et 726 900 appartements) pourraient être affectés par une inondation liée au phénomène. Le littoral français concentre 81 % de ces logements dont plus de la moitié se trouve sur les façades Manche Est-Mer du Nord (353 500 logements) et Méditerranée (35

Chaque année, en moyenne, près de 155 communes littorales font l'objet d'au moins une reconnaissance de l'état de Cat-Nat. ( catastrophe naturelle).

Sources : ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

Lu 2400 fois

Tags : futuroscopie
Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus

Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 11 Décembre 2025 - 07:13 Le tourisme religieux reprend du souffle [ABO]














































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias