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Le nouveau touriste est arrivé... ou quand les 6 "S" deviennent les 11 "S" !

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)



Dès le mois de janvier 2020, nous avons publié sous le titre « L’industrie touristique vit-elle ses dernières années d’insouciance ? » un article prémonitoire que nous avions matérialisé en évoquant les 6 mots-clés caractérisant le touriste contemporain. Dix mois plus tard, nous reprenons l’exercice en y ajoutant de nouveaux termes illustrant les mutations d’une société traumatisée par une crise sanitaire d’une ampleur sans précédent. Un nouveau touriste se profile bel et bien : 11 termes le définissent.


Rédigé par Josette SICSIC (Futuroscopie) le Mercredi 9 Décembre 2020

La demande d’apaisement reste particulièrement élevée. Un terme comme « empathie » a fait recette et c’est désormais au tour de la « bienveillance » de grimper vers les sommets du vocabulaire touristique à très grande vitesse - DR : DepositPhotos, studiom1
La demande d’apaisement reste particulièrement élevée. Un terme comme « empathie » a fait recette et c’est désormais au tour de la « bienveillance » de grimper vers les sommets du vocabulaire touristique à très grande vitesse - DR : DepositPhotos, studiom1
Petit rappel : en janvier 2020, la pandémie était certes dans l’air du temps, mais sous la forme d’une épidémie frappant le monde asiatique et surtout la Chine.

Souvenez-vous en : dans son arrogance, l’Europe regardait se propager un phénomène dramatique sans se sentir vraiment concernée.

Notre seul problème consistant à devoir désormais éviter les voyages en Chine et dans les pays limitrophes. Ce qui somme toute, ne concernait pas grand monde.

Quelques semaines plus tard, le premier confinement nous acculait à une vie de reclus et bouleversait nos modes de vie.

Par la même occasion, assigné à résidence, le touriste se prit à rêver d’un autre tourisme et les opérateurs touristiques à l’unisson prirent le temps de faire une pause et de se remettre en question.



Mais rien ne s’est pas vraiment réinventé, excepté sur le plan sanitaire.
En revanche, les comportements et attitudes du touriste ont encore évolué. Comment ?

S comme sécurité

La demande de sécurité demeure la grande gagnante du hit-parade. Elle n’est pas nouvelle.

Apparue avec l’an 2000 et le premier acte de terrorisme d’une nouvelle ère, le 11 septembre 2001, elle n’a fait que s’amplifier et gagner tous les territoires. 

D’où une exigence très contemporaine de sécurité par rapport à la géopolitique et les vagues terroristes que nous subissons.

Mais, pas seulement. Les phénomènes climatiques exceptionnels comme les incendies, les inondations, les tempêtes comptent aussi au rang des nouveaux ennemis contre lesquels il convient de se protéger. 

Quant aux épidémies, nous les avions bien notées, en soulignant que : « les épidémies sont capables de faire leur grand retour également via les nouvelles formes de pollution environnementale ». Nous ne croyions alors pas si bien dire.  

Un peu moins à vif, la sécurité par rapport aux cyber-attaques via le détournement de données personnelles, est et sera de plus en plus à l’ordre du jour.

S comme santé physique et mentale

L’énorme aspiration à préserver sa santé physique et mentale fait partie des grandes mutations sociétales de ces 20 dernières années.

La pandémie n’a donc fait qu’accentuer et amplifier cette préoccupation de la part de l’ensemble des populations, notamment celles des pays riches habituées à un maximum de protection.

Déjà très présente, la demande de santé mentale est également grandissante et nécessitera probablement une offre de soins de détox, remise en forme, bien-être de plus en plus pointue.

Les dépressions post-traumatiques risquent de se multiplier, même une fois l’épidémie passée. D’ores et déjà, notons qu’entre septembre et novembre, les cas de dépression ont doublé en France, passant de 10 à 21%.

S comme scepticisme

Selon une très récente enquête d’Ipsos, désormais, moins d’un Français sur deux considère « que l’on peut faire confiance aux scientifiques pour dire la vérité ».

Ils étaient encore 53% à afficher cette opinion en 2013. Le cancer du scepticisme gagne du terrain.

Après l’école, les institutions, la justice, la finance, l’entreprise, la consommation en général, il n’est guère de secteurs qui ne soient pas l’objet d’une montée de la défiance.

Le tourisme, notamment l’aérien, qui a affiché une certaine malhonnêteté vis-à-vis de ses clients en différant les remboursements en fait partie. Et que dire de la vague anti-vaccin !

S comme souci

Du latin « sollicitare » qui signifie « tourmenter », le terme de souci s’impose désormais dans la nouvelle grille de termes définissant le touriste.

Notre belle insouciance s’est bel et bien envolée.

Pour la remplacer, chacun éprouve un souci permanent, étouffant, traumatisant proche de l’angoisse. Par rapport à quoi ? A l’avenir bien sûr.

Alors que notre monde disposait de repères, notamment via des rituels festifs, sportifs, religieux, familiaux… l’avenir n’est plus capable de tenir ses promesses.

Au contraire, rempli d’incertitudes, il constitue un espace temporel plus menaçant que rassurant, plus proche de l’univers du négatif que du positif.

La vie est devenue « souci », l’avenir est « souci », l’existence est « souci ». Composer avec ce nouvel état d’esprit constitue donc un impératif pour les acteurs du tourisme.

S comme sourire

Dans un monde devenu au fil des mois de plus en plus tourmenté et violent, victime d’un terrorisme particulièrement lâche et macabre, la demande d’apaisement reste en revanche particulièrement élevée.

Un terme comme « empathie » a fait recette et c’est désormais au tour de la « bienveillance » de grimper vers les sommets du vocabulaire touristique à très grande vitesse. 

Incarné par le sourire des émoticônes déployées à grande échelle, le sourire est devenu résolument le Monsieur Loyal indispensable à la gestion d’une société inquiète où l’incertitude ambiante, la mort qui rode, la mise en scène permanente par les médias de la catastrophe que nous vivons, ont remplacé la bonne humeur.

S comme Sobriété

Déjà très présente dans les comportements de consommation, la sobriété en matière de consommation n’attendait qu’une pandémie pour progresser.

En quelques semaines, nous avons découvert que la sobriété énergétique redonnait des couleurs et de l’énergie à la biodiversité, de la pureté à l’air que nous respirons et au ciel. Tandis que moins de consommation de produits inutiles permettait de lutter contre le gaspillage.

Nous sommes donc bel et bien entrés de plain-pied dans une époque de combat contre le plastique, les émissions de CO2, le superflu, les excès dévastateurs de l’industrie. 

L’époque est à la « sobriété » et ses bienfaits, tant sur le plan environnemental que sur la consommation en générale. On ne consommera plus comme avant. 

Pour preuve, selon une étude du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), 44 % des Français affirment être totalement en accord avec le fait de mener une vie simple et de ne pas acheter d’articles qui non nécessaires.

La crise du Covid-19 ne dément pas cette tendance : en avril 2020, 60% des consommateurs ont eu l’impression de faire des économies en consommant moins, en hausse de 15 points en six ans.

S comme Simplicité

Les années à venir seront aussi dominées par une exigence de simplicité, notamment en accélérant et facilitant les taches contraintes comme les réservations et achats divers de prestations. C’est une facette de la simplicité et il faudra y veiller.

Mener une vie simple et consommer des vacances « simples » c’est-à-dire sans artifices inutiles est également devenu un mot d’ordre.

D’ailleurs le Crédoc a construit un indicateur de « simplicité volontaire » (sur lequel nous reviendrons) permettant de constater que ce sont les consommateurs les plus engagés qui sont les plus impliqués dans la simplicité volontaire.

Dans un monde inquiet, la simplicité devrait aussi être un remède au stress. 

S comme Singularité

« Singularité » est le nom de cette nouvelle université de la Silicon Valley, à la fois Think Tank et incubateur dans laquelle on apprend à composer avec le futur. 

Au sein d’un monde revendiquant ses qualités collectives (mémoire collective, intelligence collective), le paradoxe de notre société repose sur sa quête de « singularité ».

Se démarquer, ne pas être et faire comme les autres, naviguer sur les routes de la confidence, du silence, voire de l’exception et du secret, éviter le « sur tourisme »… 

On veut de la « singularité » au cœur du collectif. On veut de la différence et de la personnalisation, tout en profitant des tarifs et du confort de la consommation de masse.

On veut du « social », des réseaux, du lien, tout en voulant se déconnecter et satisfaire un besoin existentiel de solitude. 

S comme Sensibilité et hyper sensibilité

Ce terme est nouveau dans notre liste. En effet, il nous semble que la crise sanitaire a contribué à doper la sensibilité des individus, notamment des plus fragiles, sur le plan sanitaire mais aussi sécuritaire et économique.

On surréagit aux événements produits par l’actualité. On s’enflamme, on se révolte ou alors on se terre au fond de son abri.

On n’hésite pas à afficher ses émotions positives ou négatives afin tout simplement d’exister, de trouver sa place, de faire entendre sa voix dans une cacophonie de plus en plus forte.

Mais sensibilité dit aussi sensibilité au changement donc hyper réactivité de l’opinion et de ses comportements.

S comme Solidarité

Les périodes de crise constituent des moments de rapprochement entre les individus : envie de tisser des liens, de s’entraider, de se montrer utile à ses proches et aux autres d’une façon générale.

Mais, la solidarité a son contraire : le repli sur soi.

On observe bel et bien une tendance chez certains à abandonner le navire et à s’enfermer dans une indifférence très préjudiciable à la cohésion sociale dont on constate qu’elle est en chute libre.

S comme survie

Et puis, in fine, le malheureux touriste n’a plus qu’à espérer traverser cette période particulièrement angoissante en échappant à la maladie, à la précarité, à la faillite.

Le mouvement des « survivalistes » apparu récemment et pris comme un mouvement plus ou moins folklorique à ses débuts a le vent en poupe.

Ce qui confirme bien l’état traumatique de notre société. Et ce n’est pas fini.

Le nouveau touriste est arrivé... ou quand les 6 "S" deviennent les 11 "S" !
Josette Sicsic, journaliste, créatrice de Touriscopie puis Futuroscopie, réalise aussi études, conférences, diagnostics et notes de prospective.

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Commentaires

1.Posté par PAT44 le 10/12/2020 09:28 | Alerter
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Le S de Sobriété : lutte contre le CO2 avec de plus en plus de voiture électrique qui n'ont rien de propre ?

"Tandis que moins de consommation de produits inutiles permettait de lutter contre le gaspillage" : et le rush dans les magasins depuis début décembre et le rush pour le black market ?? il y a semble t-il un gap entre volonté et réalité... malheureusement

2.Posté par Daube le 10/12/2020 11:08 | Alerter
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S, comme "SERVICES" aussi un peu quand même non ?
En prenant en compte tous les "S", dans la logique déjà mature dans la plupart des secteurs d'activités, surtout dans les marchés du SERVICE.... ou le principe qui est vu comme un "tout" et qui oblige au "sans couture" (un seul point de contact simple et réactif), à l'ultra personnalisation.
Nous pouvons en effet souhaiter la bienvenue dans le monde du voyage à l'effet "WAOUH!" qui ne doit pas s’arrêter aux paysages, mais qui englobe l'ensemble de l’expérience...

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