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Outre-mer : "Il est indispensable de favoriser l'investissement hôtelier", selon Hervé Mariton (FEDOM)

Interview de Hervé Mariton, le nouveau président de la Fédération des entreprises d'outre-mer (FEDOM)



Elle est souvent caricaturée comme étant la filiale ilienne du ministère de l'Economie, car chaque loi passerait sur le bureau de la Fédération des entreprises d'outre-mer (FEDOM). Cette dernière vient d'élire à sa présidence un vieux routier de la politique, ancien ministre sous Villepin des Outre-mer, à savoir Hervé Mariton. En poste depuis seulement quelques semaines, le président de la FEDOM nous a accordé une interview. Entre les contraintes sanitaires à assouplir pour les voyages entre la métropole et les DROM (ex DOM-TOM), l'aménagement du plan de relance, mais aussi la création d'un plan spécifique aux territoires d'outre-mer comme le plan montagne, il nous a dévoilé son plan d'action.


Rédigé par le Lundi 21 Juin 2021

Interview de Hervé Mariton, le nouveau président de la Fédération des entreprises d'outre-mer (FEDOM) - Crédit photo : Compte Facebook Hervé Mariton
Interview de Hervé Mariton, le nouveau président de la Fédération des entreprises d'outre-mer (FEDOM) - Crédit photo : Compte Facebook Hervé Mariton
TourMaG.com - Après une longue carrière politique, vous venez de prendre la présidence de la Fédération des entreprises d'outre-mer (FEDOM). Cette dernière est pour certains considérée comme l'équivalent du ministère de l'Economie en Outre-mer, pourriez-vous expliquer à nos lecteurs ce que représente la FEDOM ?

Hervé Mariton :
Ce n'est pas absolument pas un ministère de l'Economie dans les Outre-mer, ce n'est pas la formulation qu'il faut retenir.

La FEDOM a pour mission d'engager toutes les dynamiques possibles, afin de favoriser le développement de l'économie et des entreprises des outre-mer. Cela doit être bien accompagné à l'échelle internationale.

b[TourMaG.com - Vous débutez votre mandat, quel en est l'enjeu et quelles sont vos ambitions ?

Hervé Mariton :
J'aimerais bien au fond accompagner et encourager le fait que les entreprises dans les outre-mer engendrent une part croissante du PIB local.

Elles doivent prendre plus de place dans la vie locale, car les économies des DROM (ex DOMT-TOM) se développent.

Hervé Mariton : "Le calendrier de mise en application du plan de relance doit s'adapter au DOM-TOM"

TourMaG.com - Constatez-vous un retard ?

Hervé Mariton :
Je ne dirais pas cela comme ça, mais plutôt un problème de proportion.

La part de l'emploi public, que je respecte, est parfois très importante.Pour atteindre un développement durable et de résilience des territoires, cela passe inévitablement par l'entrepreneuriat.

C'est un point très important pour la FEDOM. Pour arriver à cet objectif nous devons travailler les dynamiques internes au DROM (ex DOM-TOM), avec des partenaires locaux, mais aussi sur le plan national, via des partenariats publics ou privés.

Il nous faut des investissements et des hommes.

TourMaG.com - Pouvez-vous expliquer ces deux problématiques ?

Hervé Mariton :
Autant en métropole un saisonnier peut rester sur le territoire national en faisant sa saison estivale dans le Sud, et sa saison hivernale en montagne, autant dans les Outre-mer c'est un peu plus compliqué.

La formation est un enjeu primordial, tout comme de bénéficier d'un coût du travail qui ne pénalise pas les entreprises. Nous devons faciliter le parcours des saisonniers.

Au niveau des investissements, un certain nombre d'encouragements doit être apporté, sur la politique fiscale et aussi via le plan relance.

TourMaG.com - Pour booster les investissements, quelles sont vos pistes et vos marges de manœuvre ?

Hervé Mariton :
D'abord je suis président de la FEDOM depuis quelques semaines, donc je ne prétends pas tout savoir.

Il y a un certain nombre d'aides à l'investissement aujourd'hui, c'est important qu'ils soient déclenchés dans des conditions agiles, rapides et avec une visibilité dans la durée.

Ces investissements doivent prendre la balle au bond des évolutions que nous connaissons aujourd'hui, comme la place du numérique, l'évolution verte du tourisme, etc.

Des dispositifs existent, la FEDOM a des partenariats avec l'ADEME et la BPI, que nous allons mobiliser.

Le plan de relance est aussi différent en Outre-mer de ce qu'il est en métropole, pour des raisons de distance et de saison. Le calendrier de mise en application du plan de relance doit s'adapter aux DOM-TOM.

A l'occasion, de cette période (la crise, ndlr), il est indispensable de favoriser l'investissement hôtelier. Il y a un vrai sujet, tout comme le développement de l'offre locative.

Nous devons favoriser un tourisme qui n'est pas seulement celui balnéaire.

Outre-mer : "l'Etat doit faire davantage, mais ce n'est pas qu'une question de crédits"

TourMaG.com - Il y a un certain retard au niveau des installations hôtelières. Comment attirer des grands noms français ou internationaux ?

Hervé Mariton :
Les différentes initiatives sont les bienvenues.

Le tourisme et ses enjeux ne se résument pas seulement à l'hébergement. Le transport est capital aussi, avec la place et le poids des compagnies aériennes dans notre économie.

Chaque territoire offre des produits différents, ça ne sert à rien de faire croire que les Antilles françaises offrent la même chose que les autres destinations caribéennes.

N'oublions pas aussi le poids important, du tourisme affinitaire qui doit se libérer à l'été 2021. Il a été très abimé par la crise sanitaire, il y a une urgence que les gens se rencontrent, et j'attends un rebond du tourisme affinitaire.

L'Outre-mer selon moi ne doit pas se spécialiser au niveau des gammes touristiques, il faut une diversité.

TourMaG.com - Le gouvernement français doit-il faire plus pour permettre à l'économie ilienne de se redresser ?

Hervé Mariton :
Il doit s'adapter aux spécificités de chaque territoire et à leurs contraintes, lors de cette sortie de crise. Il doit aussi faire plus et davantage, mais ce n'est pas seulement une question de crédits.

Nous allons taper aux portes du ministère des Outre-mer, de Jean-Baptiste Lemoyne, du ministre des Transports. L'Etat est unique, mais ses réflexions sont nourries de plusieurs sources.

Nous avons besoin de visibilité et d'engagements. Nous avons prévu d'interroger les prochains candidats de la présidentielle, nous le ferons inévitablement sur l'économie touristique dans les DOM-TOM.

Hervé Mariton : "des engagements à prendre pour encourager les investissements dans la croisière."

TourMaG.com - D'ailleurs ces départements sont-ils trop dépendants du tourisme ? Nous nous sommes rendu compte avec cette crise, qu'il ne fallait pas mettre tous les oeufs dans le même panier...

Hervé Mariton :
Vous savez bien que la dépendance des économies des outre-mer au tourisme est très inégale.

Ce taux n'est pas le même selon que vous êtes en Polynésie ou en Antilles et encore pas le même à la Réunion. Ensuite, selon moi, il n'y a pas trop d'activités touristiques, il est possible de faire plus.

L'enjeu de la FEDOM étant de créer de la richesse sur les territoires, dont les outre-mer ont absolument besoin, pour lutter contre un chômage excessif. Ce dernier enjeu peut être assuré entre autres par les entreprises touristiques.

Ensuite au sujet de la nature même de l'offre touristique sur les territoires, et là je vous rejoins, il ne faut pas être mono-produit.

Les pouvoirs publics doivent avoir un engagement de long terme dans ce domaine, tous les outils qui existent aujourd'hui puissent être mobilisés dans les territoires d'outre-mer.

TourMaG.com - De quels outils parlez-vous ?

Hervé Mariton :
Il y a un problème de cohérence avec des dispositifs qui ne sont pas toujours rédigés de sorte à être bien mobilisés dans les Outre-mer. Indépendamment de la montée en gamme, l'hôtellerie nécessite un renouvèlement permanent, nous ne devons pas nous endormir.

Je prends l'exemple la résorption des friches hôtelières, les dispositions légales aujourd'hui ne sont pas parfaitement établies et nous travaillons activement dessus.

Les investisseurs doivent être mieux traités pour la rénovation et l'acquisition. b[Curieusement l'Île de Saint-Martin est moins bien traitée que d'autres territoires, c'est à résoudre.


En Polynésie française, il y a des engagements à prendre pour encourager les investissements dans le domaine de la croisière. ]b

TourMaG.com - Il existe des grands ports en métropole, comme Marseille et Le Havre, selon vous les Outre-mer doivent suivre cette voie ?

Hervé Mariton :
Oui, mais il faut réussir le lien entre la croisière et la population.

J'ai bien conscience des critiques qui sont exprimées à Marseille aussi bien d'un point de vue environnemental que d'insertion avec l'intérieur du territoire.

Bien souvent la croisière dessert via ses escales des zones géographiques circonscrites géographiquement parlant, nous devons être capables de faire des choses intéressantes, pour que l'activité rayonne sur l'ensemble du territoire.

"La simplification des voyages entre la métropole et les Outre-mer est évidemment un sujet"

TourMaG.com - Alors que la Montagne a grandement souffert durant les derniers hivers, le gouvernement lui a consacré un plan... Montagne. Les Outre-mer se retrouvent avec des saisons amputées, il n'y a pas eu de plan spécifique. Réclamerez-vous auprès des ministères le même traitement ?

Hervé Mariton :
C'est évidemment une comparaison que nous faisons.

De même qu'il existe des coûts fixes à la montagne, vous en avez aussi en Outre-mer, il est important que cette question soit mieux traitée. Le gouvernement a eu une attention particulière à l'égard de la montagne il doit en avoir une tout aussi particulière à l'égard des Outre-mer.

A dire vrai, vous lancez une piste intéressante. Peut être qu'à l'issue de cette crise, il y aura une dynamique spécifique à lancer sur le tourisme d'Outre-mer.

TourMaG.com - Vous déplorez les revirements de dernières minutes concernant les conditions de voyages depuis la métropole vers les DOM-TOM ?

Hervé Mariton :
Ce qui est dommage, c'est le laps de temps qu'il a fallu pour dévoiler les conditions de voyages, avec une très longue période de flou, ce qui a pénalisé les destinations.

Les restrictions que sont les septaines pour les non-vaccinés justifient un dispositif de soutien particulier pour les Outre-mer.

La simplification des voyages entre la métropole et les Outre-mer est évidemment un sujet. A mesure des problèmes que nous allons résoudre sur ce terrain, l'Etat devra apporter des contreparties.


Quand vous voyez que Jean-Baptiste Lemoyne et Emmanuel Macron appellent à partir en France, la réalité est plus compliquée. Nous sommes sur des territoires fragiles.

TourMaG.com - Selon vous la représentation des outre-mer d'un point de vue national est à son juste niveau ?

Hervé Mariton :
Les Outre-mer se défendent bien sur le plan national, mais il faut élargir le cercle de celles et ceux qui s'intéressent aux DOM-TOM.

C'est un des enjeux de la FEDOM, nous ne devons pas rester seulement dans nos réseaux classiques. Le développement économique des Outre-mer est important pour ces territoires, mais aussi pour la France.

Nous devons aussi être plus entendus et attentifs sur les décisions prises à Bruxelles. L'Etat doit avoir la plus large capacité possible pour soutenir l'investissement hôtelier en outre-mer et cela passe par l'Europe.

Il y a des dispositifs européens qui se terminent fin 2022, donc les discussions démarrent dès cet été, avec un impact sur l'hôtellerie, comme le règlement général d'exemption par catégorie (RGEC).

Si nous voulons que la France ait la meilleure capacité d'intervention possible dans les Outre-mer, nous devons bien réussir les négociations du renouvèlement des RGEC.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par Yves Brossard le 22/06/2021 12:43 | Alerter
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Qu’Hervé Mariton entreprenne une réflexion sur les industries touristiques des Outre-mer, si peu de temps après son accès à la présidence de la FEDOM, est synonyme d’espoir pour l’amélioration de la situation de l’emploi dans les Outre-mer, affectés d’un taux de chômage inacceptable.

Les pistes de travail qu’il propose sont tout à fait intéressantes, et méritent d’être complétées par une action sur les dispositifs spécifiques liés à l’accès aux Outre-mer français. Ce qui suppose de consacrer une attention toute particulière aux compagnies aériennes desservant les Outre-mer, sans négliger la prise en compte des surcoûts du fret maritime qui obèrent de plus en plus les budgets des ménages. S’inspirer, ou simplement réfléchir aux solutions mises en oeuvre par nos associés européens, comme l’Espagne et le Portugal, pour prendre en compte les handicaps structurels de leurs propres Outre-mer, me semble un préalable utile à la formation d’un groupe de travail européen commun à ces pays, au moins dans le domaine des industries touristiques, pour mieux faire valoir la nécessité d’une singularisation des politiques visant les RUP (Régions Ultra Périphériques) auprès des instances européennes. Rappelons aussi que les Outre-mer de l’Union européenne sont situés hors « zone Schengen », depuis trop longtemps, ce qui handicape les économies des Outre-mer européens.

C’est tout en nuance qu’Hervé Mariton souligne un déséquilibre trop fort entre l’emploi public et l’emploi pourvu par les entreprises, évoque le risque de fragilité d’une société dont les ressources économiques structurelles ne sont pas correctement réparties entre ces deux types d’emploi, et suggère une sortie « par le haut » en proposant une accentuation des politiques conduisant au développement de l’entrepreneuriat dans les Outre-mer. C’est effectivement la voie majeure.

Selon Hervé Mariton, « Il nous faut des investissements et des hommes. » C’est indiscutable, mais aussi des réglementations adaptées à nos situations spécifiques. De manière à mieux assurer la représentation des entrepreneurs dans les instances publiques, et de ce fait mieux employer nos ressources publiques, en les accompagnant de règles de répartition plus contraignantes entre part consacrée aux dépenses courantes, et part destinée aux investissements.

Mais ce n’est pas suffisant, il conviendrait de gérer de manière plus dynamique le foncier à vocation touristique, à la fois pour mieux associer le développement des industries touristiques à la qualité de vie locale, et préserver le foncier pour les générations futures.

Encourager l'investissement hôtelier n’est pas contradictoire avec une offre variée d’hébergements temporaires, bien sûr, sous condition d’égalité de traitement ; et cela permet de répondre à la demande internationale qui est très insuffisamment développée dans certaines îles des Outre-mer. La diversification des origines des visiteurs assurera une meilleure résilience des industries touristiques, trop dépendantes de la métropole.

Et encourager l'investissement hôtelier, c’est aussi favoriser l’emploi direct des demandeurs d’emploi qui n’ont pas la capacité d’investir dans la location meublée touristique. Et favoriser l’industrie du bâtiment car les nouveaux visiteurs vont générer directement la construction de logements temporaires (résidences « secondaires ») et indirectement les investissements en logements permanents.

Je voudrais ajouter que le développement de l’économie verte et des industries touristiques sont intrinsèquement liés, et que les investissements en infrastructures publiques touristiques servent souvent plus à la population des résidents que des visiteurs.

Il y a là une osmose qui est bien trop souvent ignorée, insuffisamment intégrée dans les politiques d’investissements publics. Ce n’est pas innocent si les industries numériques se sont développées, notamment, en Californie. La qualité du climat et la qualité de vie ont été des facteurs influents pour la concentration de leur développement en Californie.

Pensons, aussi vitre que possible, l’économie verte dans les Outre-mer comme le vecteur de développement de la qualité de vie des résidents et parallèlement du développement de l’entrepreneuriat et de l’emploi dans les Outre-mer.

2.Posté par JEAN CLAUDE FABRE le 28/06/2021 13:59 | Alerter
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Le Président Hervé MARITON a raison, nous sommes dans les années 70 de la "montagne" mais dans un autre temps !

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