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Pourquoi il faut démanteler Google et... pour quoi faire ?

L'Editorial de Jean da Luz



Google est régulièrement dans le collimateur de la justice. Ces derniers mois, la tendance s’est encore accélérée au niveau international. Aux Etats-Unis, pourtant berceau de la firme, le Ministère de la Justice et onze Etats fédéraux veulent mettre un terme à la toute puissance du géant du Net.


Rédigé par le Dimanche 13 Décembre 2020

Dans un secteur concurrentiel, c’est le plus performant qui l’emporte si les règles du jeu sont respectées. Mais de quelles règles parle-t-on et le terme "concurrence" s'applique-t-il encore ? /crédit DepositPhoto
Dans un secteur concurrentiel, c’est le plus performant qui l’emporte si les règles du jeu sont respectées. Mais de quelles règles parle-t-on et le terme "concurrence" s'applique-t-il encore ? /crédit DepositPhoto
Mais pourquoi la Justice américaine veut-elle la peau de Google ?

Pour abus de position dominante et concurrence déloyale, bien sûr. Ce n'est pas nouveau. Le Groupe de Mountain View ne laisse pas beaucoup de place à ses concurrents. C’est un euphémisme...

Comment ? En obtenant le démantèlement d’Alphabet (raison sociale du Groupe) et de sa myriade de filiales qui étouffent la concurrence. L’entreprise est devenu une sorte de Big Brother, avec droit de vie et de mort sur tous ses sujets.

Chaque évolution de l'algorithme qui décide de la visibilité des sites web fait trembler tous ceux dont l’existence en dépend. Autrement dit, presque tout le monde !

Avec la mainmise sur la data planétaire, qu’il partage avec quelques-uns de ses acolytes, Google ne connaît pas la crise. Chaque individu sur terre contribue à enrichir toujours plus le business d’une entreprise qui a mis en coupe réglée l’économie mondiale du Net.

D'un point de vue purement capitalistique, la toute puissance de l'Américain ne me choque pas. Dans un secteur concurrentiel, c’est le plus performant qui l’emporte si les règles du jeu sont respectées.

Mais de quelles règles parle-t-on et le terme "concurrence" s'applique-t-il encore ?

Google pris à plusieurs reprises les doigts dans la confiture

En Amérique du Nord, 80% des recherches sur le Net se font sur le moteur de Google. En Europe et en France particulièrement, cette position est encore plus écrasante, puisqu'elle se situe au-delà de 90%.

La messagerie (Gmail), la navigation (Chrome), le système d’exploitation (Android) des smartphones, les applications professionnelles (Google Apps), la vidéo (YouTube) tout cela est régi sans partage par un Groupe privé dont la capitalisation s’élève à plus de 1000 milliards de dollars.

Certes, il n’est pas seul : ses petits camarades (Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) qui complètent l’acronyme GAFAM, sont aussi des prédateurs redoutables.

Mais peut-on se permettre aujourd’hui de laisser quelques entreprises, aussi talentueuses et riches soient-elles, se partager le gâteau du commerce électronique mondial ?

Garder la haute main sur un moteur de recherche qui met son leadership au service de ses propres produits et au détriment de ses concurrents ?

Nul n'ignore que dans le tourisme, secteur sensible (et rentable) s’il en est, Google a été pris à plusieurs reprises les doigts dans la confiture.

Après s’être concilié les faveurs des acteurs qui mettaient au pot en achetant des liens parfois à prix d’or, il a avancé ses propres pions pour rafler la mise. Les vols (GoogleFlight), l’hôtellerie et la restauration (Réserver sur Google), les guides touristiques (Google Maps), autrement dit l’essentiel des composantes de l’industrie, est aujourd’hui aux mains du Consortium.

Un danger toujours plus éminent pour l’économie

De moteur de recherche, Google est devenue en quelques années à peine une véritable OTA au niveau mondial.

Avec une stratégie imparable : se nourrir et devenir toujours plus gros grâce à la contribution des données provenant des recherches des internautes et des usagers de ses services “gratuits”.

Cette hégémonie obtenue en à peine une vingtaine d’années, est-elle encore combattable ? Cela paraît compliqué, même si les GAFAM prises dans leur ensemble représentent un danger toujours plus éminent pour l’économie en général et le tourisme en particulier.

Leur infliger des amendes, compte tenu de leur taille, c’est un peu comme pisser dans un violon, si vous me passez la trivialité de l'expression. Vouloir les imposer ? Cela revient à l’effet “violon” cité ci-dessus.

En 2018, les Gafa et Microsoft ont payé 130 millions d'euros au fisc au titre de l'impôt sur les sociétés, alors qu’ils auraient dû débourser plus d’1,1 milliard.

Alors la question n’est plus aujourd’hui de savoir s’il faut démanteler Google mais surtout pourquoi faire ? Le monde a besoin de Google et de cet algorithme génial, toujours copié mais jamais égalé. Mais pas à n'importe quel prix.

De plus en plus de voix s'élèvent pour faire appel à un nouveau type de gouvernance pour faire du moteur de recherche, après indemnisation, un bien commun du world wide web. Un dispositif géré et administré par la communauté internationale et où seraient représentées toutes les composantes (usagers, professionnels, politiques, diplomates...) ?

Cette inter(nationalisation), beaucoup y réfléchissent. Mais elle ne pourra se faire que si la Justice confond Alphabet et démontre qu'une entreprise privée n'a pas vocation à monopoliser le commerce électronique mondial.

Alors pas de panique. Cela risque de prendre encore un peu de temps...

Quel est votre avis sur un éventuel démantèlement de Google ?

Votre avis nous intéresse. Pensez-vous aussi qu'il faudrait (essayer) démanteler Google ? Ce serait plutôt une bonne ou une mauvaise chose ?
Le faire gérer plutôt par une Gouvernance et des instance internationales ?
Exprimez-vous ci-dessous et laissez-nous vos commentaires.

Jean Da Luz Publié par Jean Da Luz Directeur de la rédaction - TourMaG.com
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Tags : gafam, google, édito
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Commentaires

1.Posté par marc le 14/12/2020 08:46
ne devrions nous plutôt pas nous poser cette question "pourquoi n'avons nous pas en France pu faire de même
probablement étouffer par les normes et la bureaucratie

2.Posté par patrick BUCAILLE le 14/12/2020 09:28
l'idée n'est pas mauvaise mais pour quel résultat! Derrière, je ne fais pas plus confiance à des regroupements professionnels ou autre pour monter autre chose. Nous sommes trop dans un monde particulièrement menteur, roublard, et à tous les niveaux de la société. Actuellement, il faut faire la part des choses et se débrouiller comme on peut. Pour notre part, nous avons supprimer Booking et Expédia et nous nous en portons beaucoup mieux.il faut travailler le référencement et changer nos méthodes de travaille,. De plus dans les contexte actuels les clients sont changeant aussi; Il faut s'adapter en permanence.
Cette idée me fait pour ma part un peu peur.

3.Posté par Yves Barraud le 14/12/2020 10:25
Avant de penser à démanteler Google, cette entreprises (et les autres GAFAM) devraient être contraintes à payer leurs impôts comme vous l'envisagez justement. Ce serait une première étape. Et si jamais elles n'honoraient pas leurs obligations, les démanteler. Les gouvernements, et en premier lieu cette Europe chargée "de nous protéger", n'ont rien entrepris pour les remettre dans le rang. Le scandale - il s'agit bien de cela - perdure, s'amplifie. Mais je suis intimement persuadé que Google ne sera jamais démantelé. Google est, vous l'avez évoqué, le bras numérique sur-puissant de l'État profond et du Nouvel Ordre Mondial. Il ne s'agit en rien d'une théorie complotiste fumeuse mais de l'acceptation (forcée) d'un monde hyper-centralisé entre les mains que quelques-uns. Nous y assistons chaque jour en cette période de pandémie où tous les avis divergents sont blacklistés (partiellement ou totalement) des plateformes de partages et des réseaux sociaux. Les "dissidents" sont eux-mêmes évincés, contraints de se réfugier sur des plateformes telles qu'Odysee ou Lbry (c'est la même chose). C'est un exemple parmi tant d'autres. Le Web est de plus en plus verrouillé et cela fait bien l'affaire de nos dirigeants. Lors de la révolte des Gilets Jaunes, Facebook a été "recadrée" par Macron (le deal a sans doute été : Moins de visibilité pour les Gilets Jaunes, et on passe l'éponge partiellement sur notre contentieux fiscal - selon Le Canard Enchaîné). Nous nous éloignons du tourisme. Mais la dynamique est bien celle que je vous ai décrite. J'y travaille maintenant depuis 5 ans et dispose d'un dossier considérable sur toutes ces questions. Le Great Reset ne sera pas qu'économique et financier, mais aussi mental, par la réinitialisation de nos cerveaux, de nos esprits, de nos modes de vie. Délire ? Ben voyons… Masques, Attestations, Confinements, Couvre-feux, Vaccins… et demain carnet sanitaire électronique. Tout cela en moins d'un an ! Sur fond de grande "peur structurante" dont parlait Attali en 2009 (dans L'Express) visant l'instauration d'un Gouvernement Mondial. Pour le meilleur ou pour le pire ?

4.Posté par Sebastien Le Caro le 14/12/2020 11:55
Avant même de s'interroger sur le bienfondé, est-ce seulement possible ? Qui aurait le pouvoir de démanteler google ? Et sur quel fondement juridique ? La notion d'abus de position dominante existe depuis longtemps et n'a jamais réussi à servir de base pour enrayer le développement de Google. Remettre cela entre les mains d'instances internationales reviendrai à considérer que le principe du moteur de recherche, les résultats qu'il communique, doivent être pris en main par ces organismes alors qu'eux-mêmes émaneraient, ou seraient influencés, par des gouvernements. Tout d'abord, le temps politique et le temps économique ne sont pas sur le même rythme. Mais surtout, les états se livreraient des batailles d'influence pour favoriser leur économie respective. L'OMS est quand même l'exemple flagrant d'un organisme "noyauté" par les luttes d'influence alors que son sujet, la santé, est hautement plus important et fédérateur.

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