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Crise au Moyen-Orient : quelle situation pour les TO spécialistes de l'Asie ? [ABO]

Les voyagistes entre gestion d’urgence, ralentissement et espoirs de reprise


Après un mois de guerre au Moyen-Orient, les tour-opérateurs spécialistes de l’Asie naviguent à vue. Entre reprotections, rapatriements et reports massifs, le secteur tente d’amortir un choc brutal. L’implication indirecte des hubs du Golfe a profondément désorganisé les flux aériens, touchant au cœur l’accessibilité de la région.


Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2026 à 07:38

Depuis le 28 février 2026, date du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les réservations vers l’Asie marquent un net ralentissement, lié à la forte dépendance du secteur aux compagnies aériennes du Golfe - Deopositphotos.com, asiandelight
Depuis le 28 février 2026, date du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les réservations vers l’Asie marquent un net ralentissement, lié à la forte dépendance du secteur aux compagnies aériennes du Golfe - Deopositphotos.com, asiandelight
Impactés dès le lancement de l’offensive américano-israélienne contre l'Iran, les tour-opérateurs spécialistes de l’Asie ont du reprotéger leurs clients.

« On a fait rentrer 120 personnes, quasiment, à nos frais », explique Guillaume Linton, PDG d’Asia.

Chez Climats du Monde, la situation est comparable, avec « entre 200 et 300 clients dont les vols étaient annulés ou perturbés ». La gestion s’est faite au cas par cas, au gré des solutions proposées - ou non - par les compagnies aériennes.

Relais d’Asie a également été confronté à des situations critiques. « Avec Emirates, ça a été très facile. La compagnie a, dès le départ, pris les bonnes décisions. Pour ce qui est de Qatar et Etihad, ça a été atroce, parce qu’ils n’ont rien fait », raconte Philippe Bertholet.

Il évoque un cas emblématique : « un client est resté plus de dix jours coincé au Sri Lanka » avant de rentrer via « un vol de rapatriement organisé par l’Italie ». À l’échelle de l’entreprise, « ça nous a coûté quand même à peu près 15 000 euros ».

Une fois l’urgence passée, les professionnels ont dû arbitrer pour les départs à venir. Les mois de mars et avril, essentiels pour l’Asie, ont été particulièrement touchés.

Asia a choisi de décaler certains circuits au Japon pour « se donner un peu le temps » et préserver la saison du printemps. Même logique chez Relais d’Asie : « tous les départs de mars et d’avril, on les a reprotégés à nos frais sur d’autres compagnies ».

Des décisions qui pèsent lourd financièrement. Entre rachats de billets, frais locaux et annulations, la facture s’alourdit progressivement mais rapidement.

Guillaume Linton évoque déjà « des dizaines de milliers d’euros de coût global de cette crise », absorbés pour l’instant sans répercussion pour les clients.


Des réservations en berne

Et quid des prises de commandes ? « Les premières semaines, on n’a pas eu une baisse si notable des réservations », observe Olivia Calvin, directrice commerciale de Climats du Monde. Mais cette relative stabilité s’est progressivement érodée. « On sent qu’il y a un ralentissement beaucoup plus net des ventes depuis une semaine, dix jours », avec des baisses atteignant « -25, -30% ».

Chez Relais d’Asie, la chute est encore plus marquée : « sur l’Asie, je suis à -74% de réservations », constate Philippe Bertholet.

Pour autant, la demande ne s’est pas effondrée. « Les réservations n’ont pas cessé », insiste Olivia Calvin, citant le Japon, le Vietnam, la Chine ou l’Inde, où « on fait quand même plus de réservations que de reports ». Certaines destinations, comme les Philippines, continuent même de bien performer chez Relais d'Asie.

De plus, « les voyageurs sont en sécurité à destination, rappelle Olivia Calvin. Le problème, c’est plutôt pour les personnes qui passent avec des compagnies via le Moyen-Orient et dont les vols sont annulés ».

Dans ce contexte, les opérateurs avancent au cas par cas. « Le sujet, c’est de décider si on fait partir les clients ou pas », résume Guillaume Linton. Faute d’alternative, « nous proposons des solutions de report afin de pouvoir préserver les vacances des clients d’ici la fin de l’année ».

Hausse des coûts et perturbations aériennes

Au-delà des annulations, la crise révèle des fragilités structurelles, la question du carburant devenant centrale.

Philippe Bertholet évoque un « effet papillon du kérosène » inédit, « même sans parler de prix mais simplement de disponibilité, personne ne l’avait anticipé ». Des tensions, notamment en Thaïlande, font craindre de nouvelles perturbations.

Parallèlement, les coûts augmentent sur toute la chaîne. Surcharges carburant, hausse des tarifs aériens, rigidité des prestataires locaux : la pression est généralisée. Au Japon, en pleine haute saison, « les partenaires ne sont pas du tout disposés à nous faire du sans-frais », souligne Guillaume Linton.

La dépendance aux compagnies du Golfe apparaît donc comme un point de vulnérabilité majeur. Elles représentent environ la moitié des flux vers l’Asie. « Quand on a un vol qui est annulé, on n’a pas d’alternative au même prix aujourd’hui », rappelle Olivia Calvin.

Néanmoins, les compagnies asiatiques commencent à ajuster leurs capacités, à l'image de Vietnam Airlines qui a annoncé des suspensions de lignes domestiques et des réductions de fréquences, signe d’un secteur encore en phase d’adaptation.

Entre incertitude et espoir de reprise

Malgré cela, l’incertitude reste totale. « Il n’y a aucune visibilité », reconnaît Philippe Bertholet, évoquant une situation marquée par « une imprévisibilité » permanente.

Les professionnels gardent néanmoins un optimisme mesuré. La demande persiste et les reports pourraient soutenir l’activité dans les mois à venir. L’objectif est clair : « projeter le chiffre d’affaires d’ici la fin de l’année pour que les clients puissent partir », explique Guillaume Linton.

Même prudence chez Climats du Monde, qui estime que la situation « annonce potentiellement une reprise, dès que les choses se seront calmées ». Le maintien des réservations, même ralenties, constitue un signal encourageant.

Reste une limite de taille : les destinations alternatives ne peuvent absorber les volumes de l’Asie. Philippe Bertholet, également à la tête de Relais d'Afrique le rappelle : « L'Afrique n'a pas la capacité d’absorber les volumes de pays comme la Thaïlande, le Vietnam ou l’Indonésie ».

En attendant un retour à la normale, le secteur reste suspendu à l’évolution du contexte géopolitique et à la capacité du transport aérien à retrouver stabilité et fiabilité.


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