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Chômage partiel dans le tourisme : certains se lancent, d'autres réfléchissent, voici la FAQ [ABO]

Il existe 3 dispositifs pour actionner le chômage partiel


Lundi 30 mars au matin, le ministre du Travail a annoncé la mise en place de mesures de chômage partiel pour soulager toutes les entreprises qui en exprimeraient le besoin. Si, pour Jean-Pierre Farandou, cela ne concerne que peu d’entités, les secteurs des transports et du tourisme pourraient être surreprésentés par rapport au reste de l’industrie. Plusieurs acteurs se penchent déjà sur le sujet. Nous vous présentons le mode opératoire pour le mettre en place.


Rédigé par le Mardi 31 Mars 2026 à 07:37

Les récents événements peuvent justifier la mise en activité partielle de tout ou partie du personnel, pour circonstance de caractère exceptionnel - DepositPhotos.com, lightsource
Les récents événements peuvent justifier la mise en activité partielle de tout ou partie du personnel, pour circonstance de caractère exceptionnel - DepositPhotos.com, lightsource
La situation ne semble pas vraiment s’améliorer du côté de l’activité des professionnels du tourisme.

Même ceux qui ne sont pas directement concernés par la guerre au Moyen-Orient pâtissent de l’attentisme des clients et de l’inquiétude face à un conflit dont personne ne connaît l’issue.

Laure Jacquet, directrice de Discovery Trains, évoquait ainsi l’annulation d’un voyage en train en Italie, "du Nord au Sud", en raison d’une "situation internationale inquiétante". Un autre prospect se dit "intéressé par une boucle scandinave si cela s’avère possible compte tenu de la situation internationale en cours".

Personne n’est vraiment épargné. À l’exception peut-être des spécialistes de la France, comme Belambra ou Pierre & Vacances, peu d’acteurs sortiront gagnants de cette période.

Globalement, les semaines passent et les réservations poursuivent leur dégringolade, tandis qu'on espère qu'une issue à ce conflit sera trouvée, afin de sauver la saison estivale.

En attendant, chacun fait le dos rond. "La bonne nouvelle, c’est que nous avons des réservations tous les jours, mais le niveau est très irrégulier. Or, à cette période, nous devrions enregistrer une très forte activité. Ce n’est pas le cas.

Il y a de l’incertitude et de l’attentisme
, témoigne Selatt Erdogan, le directeur commercial de Mondial Tourisme.

Cette guerre ne devait durer que quelques jours ou semaines… et désormais tout le monde parle d’une intervention terrestre des États-Unis en Iran. Cela crée du trouble dans l’esprit des gens. S’ils attaquent au sol, la guerre risque de s’éterniser", craint-il.


Chômage partiel : certains acteurs préparent les équipes…

Le tour-opérateur, plutôt spécialiste du bassin méditerranéen, enregistre une baisse de ses réservations de l’ordre de 26%.

Un taux qui reflète assez fidèlement l’ampleur des dégâts dans la profession.

Néanmoins, pour l’heure, chez Mondial Tourisme, il n’est pas question d’ouvrir le dossier du chômage partiel. Le TO compte moins de 50 salariés à Paris pour un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros.

L’urgence n’est donc pas de couper dans les dépenses, du moins pas à ce stade. La rationalisation se fera plutôt au niveau de l’aérien si le conflit devait durer, afin de réduire les engagements pris auprès des compagnies aériennes.

Chez certains de ses concurrents, en revanche, la mesure a déjà été présentée au Codir et aux managers, afin de préparer les équipes si l’activité ne redémarre pas dans les prochaines semaines.

Ce n’est pas encore un sujet systémique. Mais, selon les bruits de couloir, certains acteurs pourraient franchir le pas de l'activité partielle prochainement, tandis que d’autres cherchent des solutions pour repousser l’échéance.

Les uns soldent les heures supplémentaires pour raccourcir les journées des collaborateurs ; les autres ne remplaceront pas les congés maternité ou gèlent les recrutements.

Le problème, pour l’ensemble des acteurs interrogés, ne se situe pas à l’instant T, mais dans l’anticipation d’un conflit qui s’inscrirait dans la durée et entraînerait avec lui son lot de conséquences - notamment sur les cours du pétrole et l’économie mondiale - initialement perçues comme des impondérables.

Chômage partiel : "Je suis totalement contre" annonce selon François Piot

Pour François Piot, le chômage partiel ne doit pas être une solution appliquée, du moins pour les réseaux de distribution.

"Actuellement, il y a beaucoup de travail entre les rapatriements, les annulations à gérer et les demandes de clients. Et puis, nous devons surtout rassurer ceux qui doivent partir.

Le message serait totalement catastrophique pour les équipes. Et nous ne pouvons pas le faire, car il y a du travail.


Je suis totalement contre le chômage partiel. Même si le travail actuel est peu rémunérateur, il est indispensable et permet de préparer l’avenir
", explique le patron de Prêt à Partir.

Il faut dire aussi que son réseau est un peu plus épargné, puisque son principal partenaire Luxair Tours se montre très flexible et n'applique pas de surcharge carburant.

Jean-François Rial partage cette opinion. Le PDG de Voyageurs du Monde se montre plutôt optimiste quant à une résolution prochaine du conflit. Il estime que le chômage partiel serait une aberration au regard de la situation, alors que de nombreuses destinations restent accessibles.

Et ce, malgré les annonces du ministre du Travail, ce lundi 30 mars 2026, qui prévoit de "mettre en place des mesures de chômage partiel pour soulager les entreprises", avec une enveloppe de 70 millions d’euros pour celles qui "font face à une baisse d’activité brutale liée directement à la crise".

Pour le patron de l’un des principaux tour-opérateurs français (classement), le déploiement de cette mesure serait inadapté, les "économies étant trop faibles et sa mise en place très lourde".

"Nous ne sommes plus dans le cadre du Covid et des largesses de l’époque, analyse-t-il, mais dans celui du chômage partiel relevant du régime de droit commun, ce qui le rendrait financièrement moins incitatif pour les entreprises".

Reste une question : quelles sont, concrètement, les marges de manœuvre des professionnels du tourisme ?

Chômage partiel : quels sont les dispositifs ?

Pour y répondre, nous nous sommes appuyés sur la dernière note des Entreprises du Voyage consacrée au sujet.

Le document a été rédigé courant mars 2026 par Me Marie-Laure Tarragano, afin de répondre aux questions des adhérents du syndicat.

Selon l’avocate associée au cabinet DTMV Avocats, les récents événements peuvent justifier la mise en activité partielle de tout ou partie du personnel, pour circonstance de caractère exceptionnel.

Les entreprises subissant une hausse importante des prix du carburant, ou confrontées à la fermeture d’aéroports et d’espaces aériens consécutive aux guerres en cours, peuvent également en bénéficier.

Un peu comme ce qu’ont pu connaître certains acteurs au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Pour être validée par l’administration française, encore faut-il démontrer que le conflit a eu des conséquences directes ou indirectes sur la baisse d’activité de l’entreprise. Il sera donc nécessaire de fournir tous les documents attestant de ce lien.

Concernant la hausse du carburant ayant entraîné une baisse d’activité, le document devra être établi par un expert-comptable ou un commissaire aux comptes.

Une fois acté que les professionnels peuvent recourir à cette mesure, trois modalités sont possibles pour la mettre en place.

La première consiste à réactiver l’activité partielle de longue durée (APLD), à condition que l’accord d’entreprise signé à l’époque prévoie une mise en œuvre possible jusqu’au 31 décembre 2026.


A lire : Activité partielle de longue durée (APLD) : la FAQ (presque) exhaustive sur la question !

Pour les entreprises concernées - elles seraient plusieurs selon la note - il est alors possible de réduire le volume horaire des salariés, sans dépasser 40% de l’horaire légal, tout en bénéficiant d’une indemnisation partielle financée par l’employeur et remboursée en partie par l’État.

Attention, le dispositif ne peut être activé que pour une durée maximale de 36 mois sur l’ensemble de la période couverte par l’accord, soit depuis la crise sanitaire jusqu’à la fin de l’année 2026.

Les conditions du chômage partiel traditionnel

Pour ceux qui n’ont pas signé d’accord, deux autres voies sont possibles.

Le chômage partiel dit "classique" permet, comme son nom l’indique, de réduire le volume horaire des salariés. L’entreprise verse alors une indemnité équivalente à 72% du salaire net horaire. Celle-ci ne peut être inférieure à 9,52 euros, ni supérieure à 32,45 euros.

De son côté, l’employeur peut bénéficier d’une prise en charge par l’État, avec une allocation dans la limite de 1 000 heures par an et par salarié, fixée à 36% de la rémunération horaire brute.

Les entreprises qui mettent en place la procédure en invoquant l’activité partielle disposent "d’un délai de 30 jours à compter du placement en activité partielle pour adresser leur demande d’autorisation", comme le rappelle Marie-Laure Tarragano.

Pour celles ayant déjà eu recours à ce dispositif au cours des 36 derniers mois, il faudra fournir des engagements complémentaires à l’administration.

Pour les entreprises dotées d’un CSE, si celui-ci n’a pas pu se tenir avant la mise en place du chômage partiel, l’avis de l’instance peut être recueilli postérieurement à la demande.

Au-delà du CSE, l’avocate conseille d’informer les salariés (motif du recours, durée prévisionnelle envisagée, nombre de salariés concernés, montant de l’indemnité versée) en diffusant une note d’information à l’ensemble du personnel.

Enfin, la loi de finances 2025 a créé l’activité partielle de longue durée rebond (APLD-R), qui pouvait être mise en place jusqu’au 28 février 2026. Il n’est désormais plus possible de recourir à ce dispositif.

Pour ceux qui avaient signé un accord d’entreprise, il reste toutefois possible de conclure des avenants modificatifs de l’accord ou du document unilatéral après le 28 février 2026.

L’activité partielle de longue durée rebond (APLD-R) est limitée à 24 mois, avec une indemnisation possible sur 18 mois.

Reste à savoir s’il est opportun, à ce stade, de se lancer dans de telles démarches, alors qu’un simple message de Donald Trump sur son propre réseau social peut faire chuter le cours du pétrole, rouvrir des espaces aériens… voire rebattre totalement les cartes du conflit.


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