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Les migrations d’élans… le mieux-être à la suédoise [ABO]

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)


Quand animaux et nature conjuguent leurs talents, un petit rien de technologie suffit à produire des programmes de télévision en direct capables de nous plonger dans un autre monde et de nous détendre ! L’exemple suédois sur les migrations d’élans (que nous analysons ) en est un exemple. Mais, les migrations d’animaux d’une façon générale comptent de plus en plus dans la panoplie du « bien-être ». Surtout quand elles se déplacent en pleine nature et ne font pas encore l’objet d’une promotion pouvant les dénaturer.


Rédigé par le Vendredi 17 Avril 2026 à 07:31

Depositphotos.com binnerstam@telia.com
Depositphotos.com binnerstam@telia.com
Certains films de promotion sont plus originaux que d’autres.

Ils peuvent même coûter moins cher et fasciner des millions de spectateurs assidus depuis plusieurs années, devant leurs écrans. Pourquoi ? Que s’y passe-t-il ?

Et bien, c’est simple : nous sommes en Suède, dans son grand Nord et nous assistons grâce à une trentaine de caméras postées partout dans la forêt, à la migration d’une petite centaine d’élans qui quittent la côte pour aller passer les beaux jours dans l’intérieur des terres !

Forme nettement plus rustique et authentique de la téléréalité, cette initiative démontre le pouvoir que peut avoir le spectacle des animaux dans leur milieu naturel. Lequel relaxe, détend, ouvre la porte à la méditation, au ressourcement, à l’apaisement…


La télé au ralenti : un nouveau mouvement de relaxation

Parfaitement en phase avec l’image de la Suède en tant que destination privilégiée du « wellness », les migrations d’élans télévisées s’inscrivent dans un mouvement plus important que l’on appelle « la slow TV ».

Inventée par les Norvégiens il y a une quinzaine d’années, cette forme de télévision consiste à proposer des programmes d’images dans lesquels il ne se passe rien. Vraiment rien !

Ainsi, les Norvégiens avaient mis en place des caméras filmant pendant sept heures d’affilée une voie de chemin de fer suivie par un train ! Silence, plans fixes… En fait, ils reprenaient à leur compte les techniques du « cinéma underground » développée par les cinéastes anglo-saxons dans les années soixante-dix afin de transcrire la réalité.

Maître du genre, Andy Wharol par exemple branchait une caméra sur des jeunes filles en train de dormir. Cela durait 4 heures, on criait au génie ! Le film se nommait « Chelsea girls » ! D’artistique, la méthode est donc devenue thérapeutique.

svtplay.se, la chaîne qui produit et diffuse le programme de la migration des élans transforme en fait ce rituel millénaire en événement mondial.

Avec une diffusion 24h/24, le programme cumule plus de 500 heures de direct que certains spectateurs regardent durant les congés qu’ils prennent pour suivre la transhumance des élans dans la forêt et notamment la traversée d’un fleuve. Clou du spectacle, la traversée du fleuve a réuni en 2025 70 animaux contre 87 en 2024.

Tandis que de nombreux ours ainsi que des renards, des rennes, des loutres et des légions d’oiseaux et rapaces sont venus enrichir ce spectacle. Un spectacle assez imprévisible mais dont les bienfaits sont reconnus par les scientifiques.

Les bienfaits de la lenteur passive

En effet, une étude récente menée par l’Université suédoise des sciences agricoles (SLU) auprès de personnes ayant suivi La grande migration des élans au format slow TV, confirme que regarder l’événement réduit le stress, apaise l’esprit et renforce le sentiment de connexion à la nature :

- Il favorise également un sentiment de proximité émotionnelle avec la nature, malgré l’expérience digitale.

- Les sons naturels (vent, rivière, oiseaux) jouent un rôle clé dans cette immersion.

- Le format sans montage ni narration renforce la sensation d’authenticité et de présence.

- Observer offre aussi un volet esthétique : des formations d’oiseaux parfaitement synchronisées ou des bancs de poissons en mouvement fluide créent une harmonie visuelle qui ralentit naturellement le rythme intérieur.

- Enfin, ce type de spectacle peut provoquer un sentiment d’émerveillement tandis que le live chat (qui est proposé) crée une communauté engagée, favorisant échanges, apprentissage et parfois même engagement environnemental.

- Dernier point et non des moindres : la slow TV apparaît comme un complément crédible aux expériences en plein air, capable de générer des effets proches d’un contact réel avec la nature. Sans pour autant s’y substituer.

Pour l’exemple : les migrations d’oiseaux qui font du bien

Si cette expérience fournit un excellent exemple du pouvoir des spectacles immersifs produits par les animaux sur nos esprits, elle n’est pas la seule. Sans l’aide de svtplay et des écrans, une simple promenade en forêt telle que la propose la sylvothérapie un peu partout dans le monde en fait partie.

Tandis qu’il faut bien reconnaître que l’observation des migrations d’animaux et d’oiseaux ont de plus en plus le vent en poupe.
En tête les migrations des oiseaux à certaines périodes de l’année, en immenses bandes parfaitement organisées font les délices des amateurs d’ornithologie dont le nombre grandit. La LPO revendique 80 000 adhérents et 460 000 abonnés sur les réseaux sociaux.

En France, la Baie de Somme, le lac du Der Chantecoq, la réserve naturelle du Teich, la Camargue et surtout le célèbre Cap Gris-Nez offrent des possibilités de promenades et d’observations spectaculaires. Intégré au Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale, les migrations aviaires qui se croisent sur ce parc sont celles des fulmars, goélands et sternes.

A lire aussi : Tourisme ornithologique et sonore : de la vue à l'ouïe

Proposés par des associations, ces sorties se font à trois niveaux : celles proposées par la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), les réseaux scientifiques avancés (SEOF et RFO) et de petites associations locales.

Au niveau international, les ornithologues parlent de flyways et recensent parmi les plus beaux spectacles : la migration des grues du Nebraska avec plus de 500 000 grues, les flamants roses du Rift africain, les migrations de rapaces à Veracruz (Mexique) avec chaque automne, des millions de rapaces (éperviers, buses, faucons). La mer des Wadden en Europe du Nord), le delta du Danube (Europe de l’Est), le détroit de Gibraltar, les migrations côtières en Australie et Nouvelle-Zélande…

Toutes constituent d’autres hauts lieux de ces voyages spectacles auxquels, il convient d’ajouter les grandes migrations d’animaux dont certaines sont proposées par des tour-opérateurs : les gnous, zèbres, gazelles dans le Serengeti, les caribous dans l’Arctique, les éléphants en Afrique australe… et bien sûr les baleines très popularisées par les Québécois sur le Saint-Laurent ou les dauphins.

Souvent méconnues, les migrations des papillons monarques (Canada, Mexique) sont impressionnantes et bien sûr les manchots empereurs qui arpentent tous ensemble un long parcours sur la glace pour aller se reproduire…. font les délices de rares privilégiés.

« Eye Movement Desensitization and Reprocessing » pour l’exemple

En fait, ces pratiques « in situ » ou sur écran utilisent une technique thérapeutique connue par son acronyme d’« EMDR ».

Mise au point par une psychologue américaine Francine Shapiro, à la fin des années quatre-vingt, cette thérapie est née de l’observation avec régularité et lenteur du vol des oiseaux à Central Park qui a permis à la thérapeute de comprendre que le mouvement oculaire parfaitement répétitif et lent qu’elle effectuait lui offrait un apaisement inattendu.

Un constat à la base d’une technique pratiquée aujourd’hui par environ 2 millions de personnes dans le monde, permettant de chasser des souvenirs traumatiques, en s’absorbant dans le déplacement du regard de gauche à droite ou de droite à gauche.

… Est-ce ainsi que l’on peut détendre les spectateurs des migrations d’élans sur les écrans de la chaîne suédoise dont l’Office du tourisme fait la promotion ?

A l’heure où nombreux sont les individus en quête d’apaisement, la piste est d’autant plus à explorer qu’elle combine un cocktail gagnant : nature, animaux, rêve, lenteur, un brin de poésie et surtout de l’humanité.

Voir absolument : La grande migration des orignaux

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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