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Le tourisme face au climat : s'adapter ou subir ? [ABO]

Édito de Romain Pommier


Cela n’aura échappé à personne : la semaine dernière a été étouffante. Le réchauffement climatique se rappelle de plus en plus fréquemment à notre bon souvenir. Il a fait plus de 50 degrés dans une école des Landes... Un nouvel épisode de canicule qui nous ramène à une réalité têtue : nous devons remettre en question nos comportements... à commencer par le voyage !


Rédigé par le Lundi 1 Juin 2026 à 07:37

Tourisme : des destinations best sellers seront invivables... - crédit photo : visuel généré à l'aide de l'IA
Tourisme : des destinations best sellers seront invivables... - crédit photo : visuel généré à l'aide de l'IA
En 2014, pour sensibiliser au réchauffement climatique, TF1 tente un exercice de projection, lors d'un bulletin météo.

Nous sommes le 17 août 2050. La France étouffe sous un soleil de plomb, à peine voilé.

"Demain matin, les températures seront déjà très élevées, notamment à Paris, à Perpignan ou à Nice, avec 26 degrés. Dans l’après-midi, on atteindra ou dépassera encore les 40° : 41 à Strasbourg, 40 dans la capitale, 42 pour Lyon et jusqu’à 43 degrés prévus à Nîmes", annone Évelyne Dhéliat, lors d’un bulletin météo présenté après le JT.

De la science fiction ? Pas du tout. À peine douze ans plus tôt, force est de constater qu'il n'est point besoin de se projeter aussi loin. Ces températures, qui relevaient autrefois de l’anticipation, sont devenues réalité, alors même que l’été n'a pas démarré.

Comme le rappelle Maxime Combes, économiste, Évelyne Dhéliat a fait trois erreurs dans ses prévisions : non, la Bretagne et le Cotentin ne seront pas épargnés ; non, il ne faudra pas attendre le mois d’août pour brûler sur place ; et non, il ne faudra pas non plus attendre 2050.

En effet, fin 2026, la France bat déjà record sur record. Il a déjà fait 37,8 °C à La Couronne, en Charente, 37,4 °C à Perpignan et 37,6 °C à Narbonne.

Pendant que les agences de voyages rament, la France brûle. Et certains préfèrent encore détourner le regard, quand ils ne choisissent pas d’en rire.


Tourisme : des destinations best sellers seront invivables...

De son côté, Daniel Riolo, journaliste, de moins en moins rigolo, appelait les Français à ne pas "chouiner", tout en affirmant "il fait chaud, basta !"

Quelques heures plus tard, dans une classe à Soustons, dans les Landes, le thermomètre s’emballait et atteignait les 53 degrés.

Nous sommes fin mai, les élèves suffoquent, mais il suffira d’enfiler un tee-shirt et d’ouvrir les fenêtres. Sérieux ? Deux très mauvais conseils d'ailleurs dans ce genre de situation.

Disons le : notre industrie ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur son avenir, même si les crises se succèdent que ce soit pour les agences de voyages et les acteurs institutionnels.

A lire : Gaz à effet de serre : le tourisme doit (vite) agir ou mourir ?

Car si nous ne faisons rien, c'est tout un pan des destinations vendues par la distribution, mais aussi des pays fortement dépendants du tourisme qui vont devenir infréquentables durant la période estivale.

""Si nous ne faisons rien, le Sud et le bassin méditerranéen seront des régions comparables au désert de l’Afrique. En résumé, cette région ne sera plus intéressante pour les vacances estivales. Le sable sera si brûlant que personne ne pourra s’y balader.

Les touristes ne voudront pas rester dans leur chambre d’hôtel toute la journée, alors qu’il sera possible de sortir ailleurs.

Si nous ne faisons rien, je ne suis pas optimiste pour cette région
", m’expliquait il y a quelques années Wouter Vanneuville, expert de l’adaptation au changement climatique à l’Agence européenne pour l’environnement.

Le temps presse. Et même si l’adaptation en Europe coute très cher, ne rien faire coûtera davantage, tant économiquement et humainement.

... les infrastructures vont devenir obsolètes

Cet épisode d’une précocité historique nous rappelle que les destinations ne sont pas les seules à ne pas être adaptées : nos infrastructures ne sont pas mieux loties.

La semaine dernière, la SNCF n'a eu d'autre choix que d’annuler des trains.

Le transporteur a expliqué que cette décision a été rendue nécessaire par le risque de pannes de climatisation, en raison d’un matériel trop ancien et pas assez robuste face aux températures extrêmes.

Lors du dernier congrès des EDV, Jean Castex, l’ancien Premier ministre, avait tenu à rappeler l’urgence de la situation.

"Je dis souvent que les climato-sceptiques seraient sidérés de l’évolution constatée en seulement 15 ans, s’ils venaient à la SNCF.

Cet impact est aujourd’hui considérable. Les conséquences ne se limitent pas seulement aux phénomènes climatiques plus marqués.

On constate notamment une multiplication des feux de forêt. Or, nos lignes traversent de nombreux espaces boisés, ce qui peut avoir un impact très important sur le trafic ferroviaire.

Il y a aussi un dérèglement de la faune et une forte augmentation des chutes d’arbres sur le réseau. En dix ans, elles ont été multipliées par quatorze
", confiait le président-directeur général de la SNCF.

Le transporteur surveille aussi de près les problèmes de caténaires, d’alimentation électrique ou encore de surchauffe des rails. Quand il fait 37 °C, la température du rail peut atteindre 55 °C. À ce niveau, il peut se déformer.

En 2025 déjà, la nouvelle gare de Nantes a déjà dû être fermée, en raison des fortes chaleurs. Elle a de nouveau fait parler d’elle la semaine dernière.

L'aérien ne sera pas davantage épargné.

Le tourisme n’est pas la bête noire du climat, mais il doit se questionner !

En 2017, la ville de Phoenix, aux États-Unis, s’est transformée en véritable étuve. Le thermomètre a dépassé les 50 degrés.

"Plus l’air est chaud, moins il est dense. Il faut donc atteindre une vitesse plus élevée pour décoller. La longueur de la piste peut être un élément déterminant pour atteindre cette vitesse. À Phoenix, avec cette vague de chaleur, la densité de l’air a rendu impossibles les décollages", nous précisait dans un précédent papier Clément Mallet, chef de projet mobilités et adaptation chez Carbone 4.

Le réchauffement climatique va aussi accentuer les turbulences.

Selon une étude de chercheurs de l’université de Reading, ces phénomènes deviennent de plus en plus fréquents, en raison d’un air plus chaud. Aujourd’hui, lors d’un Paris-New York, les passagers subissent en moyenne 10 minutes de turbulences.

D’ici 2050, ce sera plutôt 20 à 30 minutes.

Voici autant d’exemples qui démontrent que notre industrie n'est pas prête à affronter ce phénomène que nous, l’humanité, avons engendré. Et nous n’avons même pas parlé de l’élévation du niveau de la mer ou de la raréfaction de la neige en montagne... ni même du risque règlementaire qui pourrait s'imposer aux entreprises...

Bonne nouvelle, nous avons toujours notre destin entre nos mains.

Et contrairement à ce qu’écrivait récemment un commandant de bord dans un post LinkedIn, il est évident que taxer l’aérien français ne changera pas tout. Mais ce n’est pas non plus en rejetant la faute sur les autres ou en minimisant son propre impact sur le réchauffement global que nous ferons avancer le débat.

Avec un tel raisonnement, nous aurions pu laisser les gens continuer à fumer dans les restaurants, les bars ou les cafés. Après tout, ce n’est pas une cigarette qui va faire du mal à quelqu’un. De la même manière, il serait plus simple d'éviter de ramasser les excréments de Médor ou de ne pas jeter sa bouteille à la poubelle...

C'est, bien entendu, la somme des comportements individuels qui est en cause. Seule une prise de conscience globale, permettra à notre vieille Terre de rester respirable.

Alors non, il ne faut pas arrêter de voyager, ni de prendre l’avion. Mais nous devons tous, collectivement, adopter un comportement raisonné, pour que cette industrie reste le formidable levier d’émancipation et d’inclusion, que ce soit en 2050 ou au-delà.


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