TourMaG.com, 1e TourMaG.com, 1e

logo TourMaG  




Hausse du kérosène : quand Volotea régule... les pros dégustent ! [ABO]

Volotea annule des vols et modifie des horaires sur son réseau


La guerre au Moyen-Orient a plombé l'activité des professionnels du tourisme. Les réseaux de distribution font face à une baisse des réservations, quand les tour-opérateurs doivent gérer les rapatriements, l'émission des billets et des départs à venir qui transitent par le Golfe. Et comme si cela ne suffisait pas, Volotea régule en annulant des vols et en modifiant des horaires sur son réseau. De quoi s'arracher les cheveux chez les TO corses, mais pas seulement...


Rédigé par le Vendredi 27 Mars 2026 à 07:46

Volotea a annulé plusieurs vols vers la Corse et changé plus de 145 horaires - Photo : RP
Volotea a annulé plusieurs vols vers la Corse et changé plus de 145 horaires - Photo : RP
Cette année pourrait bien être celle des îles françaises.

De l'autre côté de l'Atlantique, la Martinique et la Guadeloupe connaissent un regain d'intérêt chez Exotismes, tout comme La Réunion.

La Corse, quant à elle, est devenue la tête de gondole des tour-opérateurs généralistes en mal de destinations depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Comme nous vous le relations dans un précédent article, Travel Explorer et Worldia ont notamment mis l'île de Beauté à l'honneur.

Sauf que, comme parfois, les plans de sauvetage ne se passent pas comme prévu.

Ces derniers jours, un patron de réseau nous a alerté sur des annulations de vols en pagaille par Volotea à destination de la Corse, qui plomberaient voyageurs et agences de voyages.

"Nous avons eu le cas, effectivement, sur un Bordeaux-Ajaccio : l'aller-retour a été supprimé par la compagnie, soi-disant à cause de la guerre et de la hausse du carburant.

En plus, sur Bordeaux, il n'y a que Volotea, donc la situation doit être compliquée pour les points de vente et les voyageurs de la région
", nous explique Élodie Andreani, la directrice d'Aria Voyages et Ma Petite Cors’iergerie.

En passant quelques appels, nous nous sommes rendus compte que cela ne concernait pas seulement Bordeaux... et pas seulement la Corse.


Volotea : des annulations depuis Brest, Lille, Bordeaux, Lyon...

Du côté de Corsicatours, les annulations de vols ont d'ores et déjà impacté plusieurs dizaines de dossiers.

"Ce sont des départs depuis Brest, Caen, Lille, Nantes, et beaucoup depuis Bordeaux. Il n'y a rien de très logique. Cela peut concerner des vols en semaine comme en week-end.

Pour le moment, c'est circonscrit à avril et mai, mais nous ne sommes pas à l'abri que cela s'étende en juin
", peste Jean-Marc Ettori, le patron du tour-opérateur.

"Nous devons donc faire des contre-propositions aux clients. Tout le travail d'après-vente est énorme depuis plus d'une semaine."

Et les annulations ne sont que la partie émergée de l'iceberg.

Au total, le tour-opérateur a recensé 145 dossiers concernés par des changements d'horaires. C'est finalement une partie du programme de vols de la compagnie qui est soit modifiée, soit supprimée.

Chez l'un de ses concurrents, spécialiste de l'île, la situation est plus maîtrisée, en raison de son engagement sur des blocs sièges auprès de Volotea et de ses concurrentes.

"Pour ceux qui n'ont aucun bloc, ni stock, là, c'est compliqué. Pire, si l'agence a monté le package dans son coin : elle ne peut pas annuler le terrestre alors qu'elle a perdu l'aérien.

En ce moment, nous avons beaucoup d'appels d'agences en stress. Ils ont fait du dépackaging. C'est très, très dangereux comme pratique en ce moment
", nous explique un patron qui préfère conserver l'anonymat.

Volotea : "90% des annulations, en ce moment, pour moins de 10% de notre activité"

En avril, trois vols ont d'ores et déjà été supprimés vers l'Île de Beauté depuis le continent : d'après nos informations, ceux au départ de Bordeaux le 9 avril, de Strasbourg le 14 avril, et de Brest le 11 avril.

Sauf qu'à bien y regarder, le sujet n'est pas propre à l'Île de Beauté. Il est plutôt systémique chez Volotea.

La destination française serait même une goutte d'eau par rapport aux suppressions de rotations effectuées partout en Europe, selon Édouard Poinsignon, le directeur commercial d'Ollandini Voyages.

Une agente de voyages a eu le même cas sur un vol entre Lyon et Palma de Majorque.

"Il n'est pas toujours évident de mesurer l'ampleur des modifications. Ce que nous constatons chez Worldia, c'est qu'en ce moment, 90% des annulations concernent des lignes Volotea, alors que leur part dans nos ventes représente moins de 10% de notre activité.

Et l'impact touche toutes les destinations, pas uniquement la Corse, mais partout en Europe,
" recontextualise Erwan Corre.

Pour un fournisseur technologique interrogé, une cinquantaine de dossiers sont touchés par cette régulation.

C'est un problème de plus qui tombe sur la tête des acteurs de la profession. D'autant plus que le secteur fait peut-être face à un nouveau symptôme, susceptible de se propager si le conflit au Moyen-Orient dure dans le temps.

"Nous avons, en effet, pas mal d'annulations depuis maintenant quinze jours. Après, s'il n'y avait que Volotea... c'est presque mineur au regard du contexte général qui touche l'industrie. Ils nous pénalisent, mais nous trouvons des solutions via Paris ou d'autres hubs régionaux, commente Laurent Munda, le gérant de l'agence Atelier Voyages..

Cette guerre cause un sacré bazar. La période est peu favorable. Le gros de notre travail, c'est de rassurer les clients", se désole-t-il.

Volotea régule partout sur son réseau

De son côté, Volotea, que nous avons contactée, affirme que ces ajustements, après analyse de l’ensemble de son réseau, ont été effectués pour des raisons opérationnelles, liées à l'instabilité géopolitique résultant du conflit au Moyen-Orient et à la hausse très importante du prix du carburant à court terme.

Des modifications qui seraient indispensables à la stabilité opérationnelle, afin de pouvoir continuer à offrir un service solide, tout en minimisant l’impact tant que durera le conflit.

"On constate, comme tout le monde, ce qui se passe chez Volotea, sans trop comprendre la mécanique qui se cache derrière. Je pense que c'est plus un problème de remplissage, donc d'ordre économique. Ils ont pris les vols les moins remplis et ils les ont annulés", affirme ce même fournisseur technologique.

Il se pourrait aussi que l'entreprise réévalue la rentabilité de ses vols à l'aune des cours actuels du kérosène, mais aussi d'une forte baisse de la demande.

Le levier prix n'étant plus actionnable, faute d'intérêt de la part des voyageurs, pour rendre certaines rotations rentables, le transporteur couperait alors dans son réseau.

Fort heureusement, la low cost a fait preuve de souplesse, même si elle ne propose que le remboursement à ses clients, sans se soucier d'offrir des alternatives.

"Nous avons pu négocier des reroutings, chose qu'ils n'acceptaient pas par le passé, c'est plutôt positif. Sauf qu'une personne qui part de Bordeaux ne veut pas nécessairement prendre un vol depuis Limoges ou Toulouse.

Le problème, c'est que nous n'avons pas de commerciaux, pas d'interlocuteur. C'est assez compliqué. b[Cette situation est propre à Volotea. Nous n'observons pas ça chez Air Corsica ou Air France,
" lâche Jean-Marc Ettori.

Comme pour la guerre, les annulations sont un argument marketing pour les TO

Ce constat pourrait vite changer, alors qu'une de ses concurrentes à bas prix a récemment régulé sur la Sardaigne, par exemple.

"Les tarifs augmentent énormément sur Volotea. Nous avons aussi vu des hausses de certaines taxes, à hauteur de 10 ou 20 euros. Et puis, nous voyons apparaître des tarifs très conséquents, notamment sur de la dernière minute.

Il faut espérer qu'il n'y ait pas une explosion des prix. Par chance, nous avons des concurrentes sur d'autres aéroports, avec Air Corsica et Air France
", poursuit Jean-Marc Ettori.

Cette situation s'explique par le fait que les compagnies aériennes sont confrontées, depuis plus de trois semaines, à une flambée du cours du baril.

Le kérosène, qui a son propre cours, est passé de 99,40 dollars à 197 dollars entre le 27 février et le 20 mars. La hausse atteint tout simplement 98,19%. Or, le carburant représente entre 20% et 40% des coûts d'une compagnie aérienne.

C'est même le premier poste de dépense pour une low cost, selon Paul Chiambaretto, le directeur de la Chaire Pégase, que nous avions interrogé sur les conséquences de la hausse du pétrole dans l'aérien.

"Etant donné que nous sommes partenaires de Volotea, nous sommes plutôt protégés dans ce genre de situation, puis nous avons du stock sur l'aérien, rassure Édouard Poinsignon, le directeur commercial d'Ollandini Voyages.

Pour l'heure, tout va bien. Nous avons eu une alerte d'un réseau, mais cela est sans doute dû au fait qu'ils ont vendu pas mal de dépackaging. Après, c'est aussi tout l'avantage de passer par un TO qui s'engage. S'il y a des dépassements financiers, nous les prenons en charge et, surtout, nous trouvons des solutions, grâce à nos stocks", poursuit-il.

Finalement, pour le tour-opérateur, cette épreuve, tout comme la guerre au Moyen-Orient, est l'occasion de réaffirmer les bienfaits de passer par un professionnel.


Lu 9158 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus








































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias