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Les tour-opérateurs plongés dans l'incertitude, entre attentisme et plans de relance

"Plus l'attentisme dure, plus ils vont réserver en France" craignent les TO


Le conflit entre dans sa quatrième semaine et les ventes ne redécollent toujours pas. Alors que Donald Trump avait initialement assuré que la guerre en Iran ne durerait pas plus de quatre à cinq semaines, les Français semblent désormais attendre une sortie de crise avant de se projeter pour cet été. Si les acteurs ne paraissent pas outre mesure inquiets, certains échafaudent déjà des plans pour relancer les réservations, tandis que d’autres tentent surtout de limiter la casse.


Rédigé par le Mercredi 25 Mars 2026 à 07:30

"Plus l'attentisme dure, plus ils vont réserver en France" craignent les TO - Depositphotos
"Plus l'attentisme dure, plus ils vont réserver en France" craignent les TO - Depositphotos
Après trois années de croissance presque insolente, le secteur du tourisme replonge en pleine zone de turbulences.

Certes, la guerre en Ukraine avait déjà fermé les couloirs aériens à l’Est et amputé certaines destinations, mais le conflit au Moyen-Orient, depuis la pandémie, change clairement d’échelle.

Il a bloqué des milliers de voyageurs dans les Émirats et en Asie, tout en déclenchant une crise énergétique majeure.

Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) évoque même un épisode sans précédent. Et pour cause, entre les attaques sur les raffineries de la région et la fermeture du détroit d’Ormuz, les prix du baril s’envolent à des niveaux stratosphériques.

Dans ce contexte, les tour-opérateurs doivent composer avec une demande atone, des programmes aériens réduits, des clients inquiets et un flou généralisé.

"Il est bien beau de chercher des solutions pour générer de nouvelles réservations, mais notre priorité reste de sécuriser celles déjà enregistrées.

Nos équipes sont entièrement mobilisées sur le sujet. Certains de nos clients doivent transiter par Dubaï ou Doha pour rejoindre l’Asie.

Et les vacances scolaires approchent à grands pas, ce qui représente un volume d’activité, et donc de chiffre d’affaires, que nous tenons à préserver,
" explique Aurélien Aufort, directeur général du groupe Marietton Développement.

Guerre en Iran : "L’industrie pourra-t-elle rattraper son retard ?"

Pour cela, les équipes de Voyamar proposent des reports à d'autres dates, comme pour la Jordanie, et travaillent sur des solutions de repli au niveau de l'aérien, notamment avec des compagnies chinoises et asiatiques pour se rendre au Japon, par exemple.

L'enjeu est le même pour l'un de ses concurrents.

"Nous traitons les dossiers à J-7, donc ceux à venir, pour leur trouver des solutions. Après, nous savons aussi que certains sont pliés à l'avance.

Un vol sur deux entre l'Asie et l'Europe passe par les hubs du Golfe, donc nous avons des annulations. Il n'y aura, sauf miracle, rien pour les vacances d'avril, d'autant que les réservations de dernière minute ne sont pas terribles.

La situation est très volatile. Hier, Donald Trump a dit négocier avec l'Iran, et immédiatement les cours du baril ont chuté. L’industrie pourra-t-elle rattraper son retard ? Ce sera compliqué,
" présume Erwan Corre, le cofondateur de Worldia.

A lire : Erwan Corre (Worldia) appelle la profession à faire de la crise un argument marketing

Un tour-opérateur qui essaye de décrypter les tendances, pour donner des conseils aux agents de voyages, comme les destinations tendances et celles qui ont valeur de refuge.

Le directeur général du groupe Marietton se veut optimiste. Il croit qu'il est encore possible de sauver l'été, à condition qu'une résolution soit trouvée dans les prochains jours par l'administration américaine.

"N'oublions pas que l'année passée, mai et surtout juin n'ont pas été bons du tout, donc nous pouvons encore compenser. Si nous avons deux mois de baisse, ce ne sera plus compensable," estime Aurélien Aufort.

Le son de cloche est le même pour le patron du groupe Altaï.

Même s'il est venu le temps d'être proactif et de se préparer à une crise un peu plus longue que ne l'espère Donald Trump, du moins dans ses conséquences sur l'industrie.

"Nous sommes alignés avec le marché, avec une baisse de l'ordre de -15 % au global, mais qui tourne autour de -30 % maintenant. Pour l'instant, nous ne faisons rien de "spectaculaire" ni de différent de nos confrères.

Classiquement, nous réorientons les budgets marketing, nous coupons les embauches et les déplacements inutiles,
puis nous espérons encore un rebond,
' nous explique Yann Wulser.

Le mot pour résumer la situation actuelle est l'attentisme. Pas celui des équipes, mais celui des clients.

Bien sûr, certains réservent et, par chance, l'activité n'est pas à zéro, contrairement au Covid, mais une partie du marché préfère attendre de voir la tournure que va prendre le conflit et ses incidences économiques.

Le Canada ne va pas compenser les USA, selon Amerigo

Si l'Asie est à la peine, ce n'est pas pour autant que les États-Unis retrouvent la grâce des voyageurs, bien au contraire.

"Nous n'arrêtons pas de nous adapter. Nous n'avons pas la guerre, mais nous avons Trump.

Depuis le début de l'année, nous enregistrons une baisse énorme sur les USA. Pour compenser, nous avons augmenté nos capacités sur le Canada.
Par chance, pourrais-je dire, nous avons rouvert l'Amérique du Sud l'année dernière et nous avons un peu plus de demande depuis le début du conflit.

Nous souffrons d'un grand attentisme et du fait qu'il y a très peu de clients dans les agences de voyages,
" déplore Jean Eustache, le patron d'Amerigo.

Alors que le pays de l'oncle Sam dégringole dans les classements des réseaux de distribution, pour la première fois de son histoire, le tour-opérateur spécialiste des Amériques voit le Canada enregistrer plus de demande que son envahissant voisin.

Malgré tout, pas de quoi sauter au plafond. La feuille d'érable ne compensera pas le manque à gagner dû à la chute des Yankees.

"Dans le même temps, nous avons des hausses de taxes aériennes majeures. Je regardais encore ce matin. Sur un trajet vers le Canada, il y avait beaucoup plus de taxes, incluant la surcharge carburant, que le montant revenant à la compagnie aérienne.

L'image du pays en sort grandie, c'est une bonne chose pour la destination.

Nous avons ajouté quelques dates supplémentaires, mais ce ne sera pas un ras de marée, car il n'y a pas suffisamment de chambres d'hôtel,
" poursuit le patron du TO.

A lire : Aérien : surcharge carburant, envolée des cours... la crainte d'une pénurie de kérosène ?

Autre problématique : le coût de la vie outre-Atlantique.

Si l'Amérique du Sud paraît plus abordable, elle doit composer avec de faibles capacités aériennes, et donc un prix des billets relativement élevé, ce qui ne permet pas d'attirer la clientèle qui devait se rendre en Thaïlande ou en Indonésie.

De son côté, Exotismes voit la vie un peu plus en bleu et ensoleillée.

"Même si les chiffres sont en retrait, nous sommes agréablement surpris par la bonne performance de notre catalogue, qui est au-dessus du scénario envisagé en cas de crise.

La dynamique des ventes, pour toutes les destinations situées vers l'Atlantique, c'est-à-dire les Antilles et les Caraïbes, qui représentent chez nous la moitié des ventes, s'est accélérée.

Ces îles, notamment les outre-mer, sont un peu comme l'or en temps de crise pour les investisseurs, ce sont des valeurs refuges. La République dominicaine est aussi en très forte hausse,
" se réjouit, sans fanfaronner par rapport à ses confrères, Didier Sylvestre.

Guerre au Moyen-Orient : "On va entrer dans une spirale inflationniste du voyage"

Dans ce contexte plutôt morose, il n'est pas question de paniquer.

N'oublions pas que la crise sanitaire a laissé place au revenge travel, permettant à l'industrie d'afficher des bilans qu'elle n'avait jamais connus auparavant. Reste à savoir quand Donald Trump mettra fin à une guerre dont il ne semble maîtriser ni les justifications ni l’issue.

"Pour l'instant, il n'y a pas encore de véritable inquiétude manifeste, mais si ça dure, je me demande comment nous allons tous finir l'année.

Et même si la guerre devait s'arrêter rapidement, les compagnies auront été tellement mises à mal que je ne les vois pas baisser leurs prix. On va donc entrer dans une spirale inflationniste du voyage à moyen-long terme,
" déplore Yann Wulser.

Ce qui rejoint le ressenti de Jean Eustache : les compagnies vont faire payer l'immobilisation des 600 avions à cause de la guerre, l’allongement des routes aériennes lié aux espaces fermés et la hausse des cours du baril.

Pour le patron d'Altaï, il est aussi temps qu’un véritable ministre du Tourisme fasse son retour à Paris, pour éviter le flou dans lequel se trouvent les opérateurs, avec une Égypte classée en orange et rouge sur France Diplomatie et des Émirats arabes unis en vert.

b[Il réclame un organisme d'État capable de donner des "instructions" et non des conseils, afin d’éviter les interprétations des uns et des autres.]b

Pour revenir au quotidien, chez Voyamar, il n'est pas encore venu le temps de communiquer.

"Les gens ne sont pas réceptifs aux communications sur le voyage, ce n'est pas le bon moment.

Et ceux qui veulent partir ne vont pas loin et privilégient des destinations sûres et rassurantes, à savoir l'Espagne, la Grèce et l'Italie.

Avec Travel Explorer, nous avons créé tout un tas de produits, des voyages faciles à acheter, notamment en Corse, en train, en Sardaigne et en Sicile. Cela nous permet d'attirer ceux qui hésitent.

Le Canada enregistre une hausse très importante, mais aussi l'Afrique du Sud. Le pays qui affiche la plus forte progression reste l'Espagne, car cela rassure,
" poursuit le dirigeant.

La Corse pourrait donc connaître une belle saison estivale, après deux étés maussades, car elle figure aussi en bonne place chez Worldia.

Le tour-opérateur soigne d'ailleurs tout particulièrement la France et inclut le pré-acheminement en train dans sa garantie, de quoi rassurer les agents de voyages, souvent réticents à vendre notre pays et les destinations limitrophes.

"Plus l'attentisme dure, plus ils vont réserver en France"

"Nous travaillons en ce moment même sur la mise en place d’actions marketing.

Nous mettons en avant des destinations jugées moins risquées en Europe, mais aussi le Brésil, le Costa Rica ou encore le Mexique. Nous proposons des incentives et mettons en place des animations commerciales pour stimuler les réservations.

De plus, à nos partenaires qui disposent d’un onglet à la carte, opéré par Worldia en marque blanche, nous proposons des incentives, des jeux concours, des éléments de communication, etc,
" explique Erwan Corre.

De son côté, NG Travel fait la promotion de ses prix malins et TUI France de sa "garantie plan B," offrant une grande souplesse aux clients qui réserveraient entre le 20 mars et le 31 mai.

Exotismes va lancer, début avril, son poker de l'été, à savoir des tarifs doux qui offriront aux agents de voyages une véritable alternative au bassin méditerranéen, qui s'annonce surchargé et donc soumis à une forte inflation.

L'enjeu pour le tour-opérateur spécialiste des îles est d'offrir du stock aérien et des hébergements pour tous les budgets. Des solutions existent donc pour les réseaux de distribution, encore faut-il que les clients se rendent dans les points de vente.

"Après, même si le conflit s’enlise, il y aura toujours un moment où les gens penseront à leurs vacances d’été.

Plus l'attentisme dure, plus ils vont réserver en France.

La France va sans doute être la grande gagnante et, dans une moindre mesure, l’Europe. Les gens vont dans les agences, ils posent des questions, mais ils n’achètent pas. Ils attendent le déclencheur.

Dès qu'une paix sera trouvée, les réservations vont repartir, c'est un peu l'enseignement des différentes crises que nous avons passé,
" conclut Aurélien Aufort.

L'industrie touristique semble replonger dans une période similaire à celles que nous avons connues entre deux confinements, où l’Hexagone était le terrain de jeu unique de nos compatriotes.

Allons-nous revivre cela ? Les prochaines semaines nous le diront.


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