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Béarn : au cœur de la Vallée d’Aspe, ivre de nature

La vallée a fait de la nature et de la ruralité son socle identitaire



Jusqu’au col du Somport et à la frontière espagnole, se trouve sans doute la plus belle vallée du Béarn. Les marques d’une ruralité ancienne y sont éparpillées dans des villages et hameaux immuables, sur fond de paysages montagneux splendides. En été, c’est un paradis. Et l’on oublie vite les querelles autour du train et de l’ours pour profiter d’une nature virginale et de traditions installées depuis des siècles.


Rédigé par Jean-François RUST le Lundi 14 Août 2017

L'été dans la Vallée d'Aspe est un paradis. On oublie vite les querelles autour du train et de l’ours pour profiter d’une nature virginale et de traditions installées depuis des siècles - DR : J.-F.R.
L'été dans la Vallée d'Aspe est un paradis. On oublie vite les querelles autour du train et de l’ours pour profiter d’une nature virginale et de traditions installées depuis des siècles - DR : J.-F.R.
Après les petites agitations urbaines de Biarritz et de Pau, le contraste avec la Vallée d’Aspe est violent.

Les paysages intègres, l’air transparent concourent à ralentir le rythme et oublier les contingences. Un détour à droite vers une forêt, un autre à gauche vers une chapelle romane... les zigs-zags deviennent ici des évidences joyeuses.

Toutefois, le parcours ramène toujours vers la rivière d’Aspe, fil rouge d’un itinéraire qui n’a pour exutoires, au nord comme au sud, que cette vallée.

Les anciens avaient coutume de dire qu’en venant de Pau, celle-ci commençait à Escot. Mais c’est à Sarrance, le village suivant, que l’on plonge dans une histoire qui n’appartient qu’aux Aspois.

Au bout de cette commune-rue qui semble épouser le parcours du gave, avec sa ligne courbe de maisons blanches à toits d’ardoise, l’église Notre-Dame rappelle que c’est dans les eaux de l’Aspe qu’un vacher aurait trouvé une vierge noire, objet depuis d’un culte et de nombreux pèlerinages.

Pentes à fougères

Culte, c’est bien le mot qui peut définir la boucle routière liant Sarrance à Bedous, par les hauteurs de Lourdios-Ichère et la forêt d’Issaux. Un splendide itinéraire comme la France des « tréfonds » sait encore en proposer.

On y croise un couple de paysans âgés râtelant leur foin sur une borde (prairie de fauche), un village rural dans son jus immuable (Lourdios), des gorges fraîches et vertes, des fermes et des granges perdues sur des pentes à fougères (les fameuses heucas, fauchées à l’automne pour faire de la litière animale), des vaches placides à sonnailles…

Vers la fin du parcours, un formidable point de vue s’ouvre sur le village de Lescun, posé sur un versant sous le relief minéral du Grand Bilhare, de la Grande Aiguille d’Ansabère et du pic de Pétragème. Réconciliation avec la nature assurée !

A Borce, mairie maison-forte

Retour au bord du Gave. Voici maintenant que les villages donnent de la voix patrimoniale.

Bedous, bourg-centre de la vallée d’Aspe - qui totalise 13 communes et 2 800 habitants - présente une jolie place à arcades et la noble maison de Pierre Laclède, négociant parti aux Amériques fonder… la ville de Saint-Louis !

Accous est connue pour ses antiques maisons à portes en ogive.

Entre les deux, le hameau de Jouers abrite la plus vieille chapelle romane de la vallée. Avec l’ancienne abbaye voisine (18e s.), elle forme un ensemble bâti remarquable, très harmonieux avec ses tons patinés bruns et gris.

On allait oublier Aydius. Dans ce cul-de-sac relié par une route se jouant de mamelons aux jolis camaïeux de verts, le village, parfaitement restauré, affiche une totale sérénité, sur fond de cirque montagneux. Et toujours ces toits d’ardoise éclatants sous les rais de lumière…

1928, l’arrivée du train

Poursuivons au sud : un crochet à Osse-en-Aspe, pour se souvenir qu’y demeure une petite communauté protestante et un temple, reliquat du prosélytisme calviniste de Jeanne d’Albret ; un détour à Cette-Eygun, pour voir la belle église romane perchée ; et voici le duo villageois Etsaut et Borce.

La maison forte du premier (13e s.), au fond de la vallée, évoque ces périodes troubles du Moyen Âge où les routes étaient moins sûres qu’aujourd’hui.

La Maison du Parc des Pyrénées, dans l’ancienne gare, témoigne, de son côté, des volontés récentes de désenclavement de la vallée, toujours inachevé en ce début de 21e s…

C’est pourtant en 1928, il y a bientôt 100 ans, que le roi d’Espagne Alphonse XIII et le Président français Gaston Doumergue inauguraient en grande pompe le chemin de fer, fermé depuis.

Villages médiévaux

Dominant Etsaut sur son versant, Borce, cent habitants, peut se parer du titre de « plus beau village de la vallée ».

Une bonne raison à cela : il fut épargné par les incendies et a gardé son caractère médiéval.

Les maisons en pierre calcaire, les ouvertures en ogive, les fenêtres à meneaux, les écussons, une ou deux maisons nobles, la belle mairie maison-forte, l’ancien petit hospitalet des pèlerins (nous sommes ici sur une voie du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle), le glouglou de la fontaine… tout cela concourt à donner un réel cachet au village.

Sans compter l’église, avec son bénitier à tête de pèlerin et son pilier extérieur (le 1er vers le cimetière – cherchez bien) sculpté, au pied, d’une tête d’ours, preuve que l’animal appartient au paysage local depuis des lustres.

Chemin de la Mâture

Le col du Somport approche et la route se rétrécit encore quand apparaît le fort du Portalet.

Etagé sur 100 mètres, depuis les salles communes jusqu’à la poudrière et le fortin du sommet, son histoire est peu banale.

Alfred de Vigny et Saint John Perse y séjournèrent en garnison. Sous le régime de Vichy, il est transformé en prison politique. Blum, Daladier, Gamelin, Mandel et Reynaud y sont embastillés.

Changement de décor en 1945. Arrêté, Pétain est interné au fort d’août à novembre, avant son départ pour l’île d’Yeu. Son épouse partait chaque matin à pied de l’hôtel voisin d’Urdos pour le rejoindre. Et les habitants avaient interdiction de la prendre en voiture…

Juste avant le fort, un sillon creusé dans le rocher indique la présence du chemin de la Mâture. Ce travail de titan fut réalisé au 18e s., afin de descendre les troncs de sapins abattus en forêt servant à confectionner des mâts. Ils étaient convoyés par radeaux jusqu’à Bayonne, par le gave d’Aspe, les Gaves Réunis et l’Adour.

L’ex-village-douane d’Urdos est la dernière commune avant l’Espagne. La route s’échappe ensuite vers les estives où s’affairent, dans des cabanes, en juillet et en août, bergers et fromagers. Ultime illustration d’une vallée qui a fait de la nature et de la ruralité son socle identitaire.

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Tags : Aspe, Béarn
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1.Posté par Emmanuel le 16/10/2018 09:04 | Alerter
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De beaux souvenirs…
Parlez un peu aux parisiens de l’air qu’on y respire…

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