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Brune Poirson (Accor) : "il ne faut pas encourager la réaccélération du voyage d’affaires"

Directrice Développement Durable Groupe Accor



C’était l’une des têtes d’affiche du dernier colloque du voyage d’affaires organisé par AirPlus France, jeudi 8 septembre, au Jardin d'Acclimatation. Brune Poirson, ex-secrétaire d’Etat de la Transition écologique lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, aujourd’hui directrice générale du développement durable du groupe Accor, a expliqué comment le groupe hôtelier doit faire sa mue pour s’adapter aux enjeux environnementaux et sociaux en « déstandardisant » ses hôtels.


Rédigé par le Mardi 13 Septembre 2022

Pour Brune Poirson, directrice du développement durable du groupe Accor, "vendre des chambres à des personnes qui ont traversé la planète ne peut plus être le modèle".
Pour Brune Poirson, directrice du développement durable du groupe Accor, "vendre des chambres à des personnes qui ont traversé la planète ne peut plus être le modèle".
« Concilier enjeux environnementaux et performance économique », c’est le thème sur lequel a été interrogé Brune Poirson, directrice générale du développement du groupe Accor par le journaliste François-Xavier Izenic, lors de l'évènement AirPlus.

Le groupe hôtelier se prépare à une réduction sensible des voyages d’affaires : « Vendre des chambres à des personnes qui ont traversé la planète ne peut plus être le modèle, estime la responsable, qui est aussi membre du comité exécutif du groupe hôtelier.

A-t-on besoin de voyager autant ? Si vous le faites dans le cadre d’une négociation climatique ou pour embarquer toute une équipe pour accélérer la transition carbone, ce n’est pas la même chose que pour parler pendant deux heures dans une réunion.

C’est à nous d’accompagner ce changement, il ne faut pas revenir à 2019. On encourage, par exemple, beaucoup le bleisure, le dimanche et le lundi soir ont ainsi aussi aujourd’hui des taux d’occupation élevés
».

L’intégration d’un hôtel dans son environnement fait aussi partie de l’objectif. Elle cite l’exemple du Jo&Joe de Gentilly avec, par exemple, des artistes qui exposent et que les habitants se sont appropriés.

« Toute l’idée, aujourd’hui, est de déstandardiser les établissements pour que l’hôtel soit le plus intégré possible dans le tissu environnemental, social et économique. C’est très difficile à faire, notamment dans une entreprise habituée à standardiser pour faire des économies d’échelle.

Il faut couper la dépendance substantielle entre l’avion et l’hôtel. Il faudra aussi voir comment voir nos hôtels peuvent accueillir d’autres publics, il ne faut pas encourager la réaccélération du voyage d’affaires
».

Brune Poirson (Accor) : apprendre à dire « non » aux clients

Cette transition aura-t-elle un coût ? « Une réponse spontanée serait de dire que, grâce à la chasse au gaspillage, le développement durable permet de faire des économies.

Il a en fait un coût qu’il faut considérer comme un investissement que l’on fait pour les générations futures qui ont des demandes environnementales. Plus on attend, plus cela sera cher
».

Comment y parvenir : « Il faut se fixer des objectifs, c’est ce qui permet de tenir un cap. On s’engage résolument vers la neutralité carbone, y compris sur le Scope 3 - les émissions indirectes - alors que l’on nous ne sommes pas prioritaire de nos hôtels ».

Elle ajoute : « Il faut aussi développer des programmes de formation, on ne veut pas dans nos équipes un clivage comme cela existe dans la société. L’écologie, c’est scientifique, rationnel, nous devons être d’accord sur les fondamentaux ». Ainsi, « supprimer tous les plastiques à usage unique » signifie une « transformation », celle « d'apprendre à dire « non » à un client qui veut toujours son shampooing dans une bouteille en plastique ».

Comment ensuite s’assurer des efforts réalisés par tel ou tel hôtel ?

« L’auto-labellisation a ses limites, nous sommes dans une démarche de certification ». Il faut toutefois « ne pas aller trop vite, question de tempo, au risque de briser le business model ». Enfin, celle qui a été la ministre d’Emmanuel Macron, ne semble pas regretter son transfert dans le privé : « Être dans une entreprise est une grande chance car nous sommes dans l’action ».

« Voyagez ou polluez, faut-il choisir ? »

Guillaume Duny, directeur des achats du Crédit Agricole, lors d’une autre table ronde, « Voyagez ou polluez, faut-il choisir ? » a pu expliquer que son entreprise s’était engagée à réduire « ses émissions carbones liées aux déplacements professionnels de 50% par rapport à 2019 ».

Il ajoute : « A court terme, on pense qu’il faudra réduire les voyages ». Pour le responsable, la crise du covid a été riche d’enseignements : « on peut fonctionner correctement sans voyager mais, culturellement, on ne peut pas toujours s’affranchir d’aller serrer une main tout comme la cohésion d’équipe ne passe par la visio.

Cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut revenir comme avant. Il faut s’appuyer sur la crise sanitaire et trouver le meilleur équilibre
. » Pour que les collaborateurs « adhèrent », il faut « comprendre le sens de cette stratégie, la contrainte est le dernier recours »

Présent, aussi, Marc Levasseur, directeur de l’environnement et de la RSE chez ADP, souligne que « l’on doit responsabiliser tous les collaborateurs» avec, au sein, du groupe aéroportuaire un « programme de formation obligatoire pour tout le monde » et, aussi, « communiquer sur ce qui a déjà été fait ». Il faut « arriver à ne voyager que quand c’est indispensable » et « explorer des alternatives » comme la récente création « d’une marketplace pour s’échanger des équipements entre aéroports ».

Laurent Guéna Publié par Laurent Guéna Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par vainopoulos le 13/09/2022 11:38 | Alerter
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Je comprends parfaitement que nous devions changer nos habitudes pour protéger la planète mais je suis très surpris par les arguments de Brune Poirson! J'ai du mal à croire qu'une chaine internationale comme ACCOR entende réduire "sensiblement" l'accueil des voyageurs d'affaire ...afin qu'ils prennent moins l'avion! Surtout après deux années de disettes économiques! Car, si j'ai bien compris, un client australien n'aurait plus la possibilité d'avoir une chambre à Paris? Je ne savais pas que ce groupe hôtelier était si riche pour refuser "éventuellement" des clients qui osent prendre l'avion et qui viendraient de loin comme les américains, les chinois, les japonais....type de voyageurs permettant d'avoir d'excellentes marges! Quant aux shampoing, Accor a beaucoup de palaces, sous différentes enseignes: je voudrais bien voir la tête du client "de luxe" payant sa chambre à un prix haut de gamme et à qui on proposera la savonnette accrochée au mur type Formule 1... Je précise: je suis entièrement d'accord pour modifier nos gestes et nos habitudes quotidiennes mais je suis assez dubitatif lorsque j'entends ou je lis ce type d'argumentation venant d'une personne travaillant pour un puissant groupe économique mondial et coté en bourse... Pendant de longues années, des disaient que tel pays est magnifique, dommage qu'il y ait les locaux qui gâche tout! Aujourd'hui, le tourisme est très important pour l'économie d'un pays mais à la condition que les touristes restent chez eux.... J'dis ça...

2.Posté par LC le 20/09/2022 15:31 | Alerter
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Pour répondre au commentaire précédant, il est possible d'accrocher au mur de la salle de bain un distributeur de savon / shampoing, sans pour autant parler d'une savonnette au mur type Formule 1... Il faut savoir vivre avec son temps ! Je ne travaille pas dans l'hôtellerie, mais bien dans le tourisme, j'ai 30 ans et je ne souhaite plus voir de tubes de shampoing à usage unique dans les hôtels ! Il y a des éco-gestes qui vont rentrer dans les mœurs et fort heureusement (tel que : laver les serviettes qui sont uniquement posées au sol. Et cela convient à tout le monde, je vous rassure !). Il est grand temps d'évoluer, ne vous en déplaise !

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