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FUTUROSCOPIE - Plan montagne : D. Thévenet (Maire de La Clusaz) "Nous devons inventer un nouveau modèle économique"

L'interview de Didier Thévenet, Maire de la Clusaz



De toute évidence, la montagne française doit se réinventer et n’aurait pas dû attendre la pandémie pour le faire. Les menaces sur sa situation environnementale, sportive, économique, touristique sont connues depuis longtemps. Eté comme hiver. A l’heure où l’Etat lance un Plan montagne de 650 millions d'euros dont 331 millions seront financés par le fonds "Avenir montagnes", qu’en est-il pour une station renommée comme La Clusaz ?
Son maire, Didier Thévenet a répondu à nos questions afin d’éclairer l’avenir de nos massifs sur les enjeux qui les attendent.
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Rédigé par Josette Sicsic (Futuroscopie) le Mardi 1 Juin 2021

Didier Thévenet, Maire de La Clusaz : "La Clusaz est une station de 1800 habitants permanents seulement. Nous comptons 800 résidences principales et 4000 résidences secondaires appartenant essentiellement à des Français. Et nous voulons bien évidemment lutter contre le problème des lits froids en faisant en sorte que cet habitat fonctionne une grande partie de l’année." - Photo DR
Didier Thévenet, Maire de La Clusaz : "La Clusaz est une station de 1800 habitants permanents seulement. Nous comptons 800 résidences principales et 4000 résidences secondaires appartenant essentiellement à des Français. Et nous voulons bien évidemment lutter contre le problème des lits froids en faisant en sorte que cet habitat fonctionne une grande partie de l’année." - Photo DR
Futuroscopie - Premier point, que pensez-vous de ce plan montagne que l’Etat vient de mettre en place ? Est-il suffisant ?

Didier Thévenet. Maire de la Clusaz :
C’est un premier pas et une vraie volonté du gouvernement et des régions d’aider la montagne. Cela va aider les territoires dans leur transition environnementale et économique. Cela doit aussi aider les destinations touristiques à sortir de l’ornière financière.

Futuroscopie - La station de La Clusaz a plutôt bien réagi à la pandémie durant cet hiver ?

Didier Thévenet :
Oui, tout à fait. Nous avons jusqu’à 77% d’occupation pendant les vacances scolaires alors que les remontées mécaniques ne fonctionnaient pas, et que les commerces et restaurants étaient fermés.

En fait, notre stratégie de diversification de l’offre d’activités de loisirs a bien fonctionné : activités ludiques, un labyrinthe géant, des pistes de luge, des itinéraires de randonnée… Ce qui a permis aux familles de se divertir tout en passant du temps ensemble.

Au final, pendant la saison, la fréquentation moyenne a été de 47% ! Les restaurateurs se sont également adaptées à la situation avec le click & collect en offrant ainsi un service à nos hôtes.

Nous allons donc poursuivre dans la voie de la diversification de notre activité. D’autant que notre station a été créé autour du village qui vit à l’année et peut s’adapter à d’autres activités que le ski. Mais, cet hiver sans remontées mécaniques a aussi montré que notre économie ne pouvait pas jouer son rôle de redistribution en l’absence de ski.

En effet cet hiver, nous avons perdu 70% de l’activité et entre 500 et 1000 emplois. Nous devons donc inventer un nouveau modèle économique qui maintienne la vie et l’activité humaine sur le territoire, et poursuivre le ruissellement dans les vallées. Nous avons donc lancé l’élaboration d’un schéma directeur sur le sujet dont nous attendons les résultats pour la fin de l’année.


"Notre principal problème : le réchauffement climatique et la sécheresse"

Futuroscopie - Sur le plan environnemental, qu’en est-il de votre station ? Rencontrez-vous des problèmes particuliers ?

Didier Thévenet :
Oui, évidemment comme toutes les stations des massifs montagneux. Nous savons que notre principal problème est le réchauffement climatique et la sécheresse.

En outre à La Clusaz notre sol ne retient pas l’eau ! Le réchauffement entraîne d’ores et déjà des saisons très pluvieuses puis des périodes de sécheresse qui risquent de provoquer des pénuries d’eau potable en été, et en hiver. Le premier impératif consiste donc à éviter cette pénurie grâce à la construction d’une retenue d’eau.

La finalité est de réserver 50 000 m3 en secours pour l’eau potable et le pastoralisme, et également stocker 98 000 m3 pour la neige de culture. En effet, les experts nous montrent qu’en confortant l’enneigement du domaine skiable, nous pourrons maintenir 90% de nos pistes de ski en 2050. Il faudrait ainsi passer de 27% de surface enneigée à 45%.

On est loin de l’enneigement des pays voisins. Mais nous savons que nous devons convaincre les associations écologistes du bien fondé du projet. Ce qui n’est pas toujours facile mais c’est indispensable car nous travaillons bien en économie circulaire.

Futuroscopie - Mais, qu’en est-il de la situation de La Clusaz sur le plan démographique qui semble constituer un autre problème ?

Didier Thévenet :
La Clusaz est une station de 1800 habitants permanents seulement. Nous comptons 800 résidences principales et 4000 résidences secondaires appartenant essentiellement à des Français. Et nous voulons bien évidemment lutter contre le problème des lits froids en faisant en sorte que cet habitat fonctionne une grande partie de l’année.

Mais, nous rencontrons un problème majeur de foncier : le mètre carré est devenu très cher. Il peut atteindre 14 000 euros. Ce qui est dissuasif pour notre population savoyarde qui n’a plus les moyens de devenir propriétaire dans la station.

Les saisonniers surtout sont très pénalisés par cette situation qui est commune à beaucoup d’autres stations. Il nous faut à tout prix enrayer les départs et conserver une population, des commerces et des services publics utiles à tous : écoles, postes, banques… Pour les saisonniers, des dispositifs existent, nous allons les utiliser pour pouvoir les loger dans la station toute l’année.

Immobilier : "Nous avons bloqué certains projets"

Futuroscopie - Quels sont vos autres projets pour lutter contre cette situation ?

Didier Thévenet :
Nous avons bloqué certaines opérations de promotion pour limiter le développement inexorable des résidences secondaires sous-occupées qui contribuent à tendre le marché immobilier. Pour aller plus loin, nous souhaitons désormais augmenter notre maitrise foncière sur le territoire, et modifier le PLU pour garantir l’habitabilité du village.

Je pense que nous devons à tout prix jouer sur notre cadre de vie et sa qualité et tenter de séduire une population hybride qui vivrait et travaillerait dans la station, au moins quelques jours par semaine.

Le télétravail est un atout énorme pour des territoires proches de grandes agglomérations. Il fournit un environnement propice à l’exercice de tâches professionnelles sans en assumer les difficultés. Comme nous sommes proches d’Annecy, on pourrait attirer une population active, jeune, familiale mais soucieuse de vivre au calme une partie de la semaine. Cela ferait de La Clusaz une station des quatre saisons, vivante, animée et accueillante toute l’année. Cela en ferait surtout une station authentique qui a gardé son âme.

Futuroscopie - 10 millions d’euros pour la biodiversité, est-ce suffisant ? Et, ces « vacances apprenantes », vous en pensez quoi ?

Didier Thévenet :
C’est un bon début. Mais il faut que les pouvoirs publics aident la montagne à s’adapter aux transitions. Pour autant, faut-il la mettre sous cloche ? Je pose la question… Pour ce qui est des « vacances apprenantes », nous savons que le renouvellement des générations est un levier important.

Futuroscopie - Le ski et les glisses dans tout cela, allez-vous essayer de développer de nouveaux aménagements ? Au fait, à combien en êtes-vous sur ce plan et sur les lits touristiques ?

Didier Thévenet :
Nous avons gelé le projet du Club Med, ainsi que le projet d’extension du domaine skiable dans la combe de la Creuse. Nous pensons qu’à l’avenir, le développement doit être maitrisé pour qu’il continue d’alimenter l’économie locale et ne pas servir à enrichir les centres de décisions et les actionnaires.

Néanmoins à La Clusaz, nous avons 15 000 lits froids contre moins de 10 000 lits chauds. Cela nous a aidés pendant la pandémie, mais malheureusement ce n’est pas suffisant pour développer l’activité 4 saisons. Nous devons donc continuer de lutter contre les lits froids. Et nous avons besoin du concours des autorités et des investisseurs pour y parvenir.

Josette Sicsic
Josette Sicsic
Propos recueillis par Josette Sicsic/ Futuroscopie

Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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Tags : sicsic
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Commentaires

1.Posté par Yves Brossard le 07/06/2021 11:39 | Alerter
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De vrais sujets, préoccupants, et insuffisamment pris en compte aujourd’hui par le législateur, dans le code du tourisme, le code électoral et la fiscalité foncière applicable aux habitations temporaires.

La notion de résidence principale et secondaire est archaïque et obsolète ; la résidence secondaire pouvant devenir principale à terme, et devenant de plus en plus la résidence affective majeure de leur propriétaire. Le montant investi par l’habitant temporaire dans son habitation temporaire devenant parfois plus important que pour son habitation permanente. Il faudrait presque parler d’habitation permanente mais temporaire à terme, et d’habitation temporaire mais permanente à terme. Voire même de double habitation temporaire !

La physionomie des communes touristiques a considérablement évolué au cours des 30 dernières années, rendant les régimes juridiques et fiscaux inadaptés à la situation présente et aux risques à venir.

La suppression de la taxe d’habitation permanente présente des risques majeurs à long terme pour les populations permanentes, en raison des dérives comportementales potentielles sur la gestion des ressources locales.

Les chiffres cités pour La Clusaz sont édifiants : 800 habitations permanentes et 4000 habitations temporaires.

Quid de la participation des propriétaires des 4000 habitations temporaires aux décisions communales ou intercommunales ?

Le problème pourrait se poser, tôt ou tard, du désengagement financier des habitants temporaires, incités à revendre sous la pression des coûts, et/ou du désengagement financier des héritiers futurs des habitants temporaires qui n’auront peut-être plus la volonté, ou les moyens financiers, de conserver l’habitation temporaire de la génération précédente. Ou qui opteront pour l’acquisition d’une résidence temporaire à l’étranger.

Outre le sujet de la participation des habitants temporaires aux décisions publiques, faudrait-il songer à un rétablissement de la taxe d’habitation permanente, puisque la taxe d’habitation temporaire existe toujours ? Ou à tout le moins songer à faire voter les taux de la taxe d’habitation temporaire par les habitants temporaires eux-mêmes ?

Quant à la taxe foncière, faudrait-il imaginer une taxe foncière à géométrie variable selon le taux annuel d’occupation des habitations temporaires ? Ce qui suppose aussi la participation des habitants temporaires au vote du régime nouveau et du taux annuel.

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