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Fonds de garantie IATA : "Il faut régler cette affaire entre professionnels..."

La chronique de Jean-Louis Baroux



Jean-Louis Baroux, notre expert aérien, revient sur les défis et les chantiers que va devoir relever IATA : le fonds de garantie des transporteurs, le complément commercial au programme IOSA et la banque de données neutre et fiable.


Rédigé par Jean-Louis Baroux le Mercredi 30 Octobre 2019

Sur le fonds de garantie, la pression monte et si le transport aérien n’arrive pas à créer cette garantie, il est fort probable que les politiques s’en mêleront et qu’ils auront la main très lourde - Depositphotos.com jag_cz
Sur le fonds de garantie, la pression monte et si le transport aérien n’arrive pas à créer cette garantie, il est fort probable que les politiques s’en mêleront et qu’ils auront la main très lourde - Depositphotos.com jag_cz
IATA est sous le feu des projecteurs.

L’association des compagnies aériennes est fortement critiquée pour sa gestion contestée des dépôts de bilan récents de Thomas Cook, XL Airways et Aigle Azur.

Il faut pourtant remarquer que sa vocation est de protéger ses mandants, les transporteurs, et que ses développements doivent être approuvés par le « Board » constitué des présidents ou directeurs généraux de 28 compagnies, parmi les plus importantes.

7 européennes, 8 des Amériques, 5 représentant l’Afrique et le Moyen-Orient et 8 pour l’Asie Pacifique.

Notons que sur ces 28 transporteurs, on ne compte que 3 « low costs ». Les progrès dans la gestion du transport aérien ont été indéniables et IATA y est tout de même pour beaucoup.

Pour autant, il reste quelques chantiers très importants dont seule l’Association peut s’emparer.

Le fonds de garantie des transporteurs

C’est le sujet qui fâche. Les 28 membres du « Conseil des Gouverneurs », c’est ainsi que se nomme le « Board », traînent les pieds.

Dans le fond, ils considèrent que leur importance les garantit contre toute défaillance alors qu’ils seraient les plus gros contributeurs dans l’abondement du fonds de garantie, lequel serait essentiellement utilisé au profit, si l’on peut dire, des petites compagnies plus fragiles.

Ils n’ont pas tort, mais cela ne change rien au fait que les clients largement sollicités par les compagnies pour acheter leurs billets très longtemps à l’avance, veulent que leur argent soit protégé.

Et c’est bien légitime. IATA ne peut pas se défausser, d’autant plus que le sujet n’est pas nouveau et que les études de faisabilité ont été menées depuis très longtemps.

Cela coûterait entre 0,5 $ et 1 $ par passager. La pression monte et si le transport aérien n’arrive pas à créer cette garantie, il est fort probable que les politiques s’en mêleront et qu’ils auront la main très lourde.

Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé dans la gestion des retards et des « surbooks » par la Commission Européenne. Alors autant régler cette affaire entre professionnels.

Le complément commercial au programme IOSA

Voilà une initiative que tout le monde peut saluer.

La réussite des compagnies au programme IOSA (IATA Operational Safety Audit) est obligatoire pour qu’elles deviennent membres de IATA, et ce quelle que soit leur taille.

Ce programme est destiné à renforcer encore la sécurité du transport aérien en imposant de bonnes pratiques aux compagnies aériennes. Il est difficile et très complet.

Mais à mon sens il y manque un volet économique et commercial. En effet, il ne sert à rien d’assurer la sécurité des opérations si les compagnies peuvent faire n’importe quoi en matière commerciale et distribution.

Or très souvent, c’est par là que les transporteurs deviennent fragiles. On ne peut pas mettre en l’air un appareil sans que les conditions de sécurité édictées par l’OACI et contrôlées par les aviations civiles des pays soient assurées.

Mais rien n’oblige les transporteurs à avoir les bonnes pratiques en matière de commercialisation et distribution.

Beaucoup de nouveaux entrants n’ont qu’une très vague idée de la meilleure manière de monter un « Yield Management » efficace, à mener des études de marché sérieuses avant d’ouvrir des lignes et d’utiliser les bons canaux de distribution qu’ils soient digitaux ou plus traditionnels.

Il serait donc très judicieux que IATA complète le programme IOSA par un volet destiné à assurer la survie économique des compagnies.

Une banque de données neutre et fiable

L’un des maux du transport aérien est la vente à perte.

Annoncer des tarifs qui n’ont aucun sens économique entraîne plusieurs effets pervers.

D’abord cela oblige les concurrents à s’aligner, quitte à perdre de l’argent, sur les tarifs les plus bas annoncés à grands coups de publicité, mais surtout cela met dans l’esprit des clients de très mauvaises références. Un aller-retour Paris New-York en classe économique vaut au moins entre 600 € et 800 €.

Comment faire accepter un tel tarif aux clients à qui on a seriné dans les médias des prix de moins de 150 € l'aller simple ? C’est tout simplement incompréhensible.

Les dirigeants des compagnies savent très bien que ces tarifs dits promotionnels ne couvrent pas les coûts, mais ils sont conduits à les utiliser car ils ne peuvent attaquer les concurrents pour vente à perte en l’absence d’une banque de données neutre et fiable, capable de donner les prix de revient pour toutes les lignes et tous les types de transporteurs.

Or IATA pourrait très bien se charger de la monter et de la mettre à disposition des compagnies si ces dernières veulent porter devant les tribunaux les comportements commerciaux dangereux de leurs concurrents.

Voilà au moins trois sujets de fond dont seule IATA peut prendre la responsabilité.

On peut toujours crier haro sur cette institution, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle est indispensable et que sans elle, le transport aérien se porterait beaucoup moins bien.

Pétition Caisse de garantie : déjà plus de 15 000 signataires... et vous ?

Pour signer la pétition "Faillites Compagnies aériennes : pour la création d'une assurance qui garantit les passagers !", cliquez sur ce lien.

Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com.

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Tags : baroux, iata
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1.Posté par idress le 31/10/2019 11:59 | Alerter
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bonjour Mr Baroux

j'avoue être déçu par votre analyse, qui , pardonnez moi mille fois Mr Baroux, est d'une rare indigence

Ce sont les politiques de "'ciel ouvert " mises en place d'abord , sur l'axe transatlantique en 1987, jusqu'au droit de cabotage Européen en 1997, qui ont permis la surcapacité. En ce sens, les transporteurs aériens peuvent se comparer à des producteurs de lait : trop d'offres tue l'offre et perverti la demande.

comment voulez vous , avec autant de sièges mis sur le marché, que le prix moyen ne soit pas inférieur aux coûts de production : c'est impossible. Je rappelle que dans le transport , on ne peut pas stocker les invendus.

Je vous laisse imaginer la situation si les concentrations n'avaient pas eu lieu, si Northwest, USAir, Continental existaient encore......


Un exemple, j'ai fait émettre, il y a 2 ans un vol ar AF Bale Mulhouse -Koh Samui , Via CDG & Singapour, à 469 euros TTC, incluant le feeder, et le vol bout de ligne en add-on : ou est la logique économique dans ce tarif ???? Il y aura meme, bientôt, des consommateurs pour me dire que c'est trop cher.

IATA se fiche de XL ou AIGLE AZUR :c'est du menu fretin pour IATA

la seule manière d'assainir ce marché est de sortir de la dérégulation : et la, vous allez me traiter de dangereux communiste !!!

La ou vous m' étonnez , c'est que vous appelez IATA à créer une police d'assurance pour prémunir contre les depots de bilans de compagnies aériennes : Cela va à l'encontre de l’idéologie d'une structure supra-nationale, dont le dogme est le libre commerce, sans aucune contraintes. IATA vous dira : créez la vous-meme !!! Quant aux indemnités de retard ( 600 euros pour 6 heures de retard), elles pénalisent surtout les "flag carriers",avec leurs vols en connection, cibles du mondialisme, et nuire aux "flag carriers" est un dessert que raffole IATA . Ce que vous n'admettez pas, Cher Mr Baroux, c'est que IATA se fiche des Etats et des nations du Monde . A cet egard, il a la meme ideologie que l'ONU ou DAESH : pas d'etats, juste un seul etat sur la surface de la planète.

J'anticipe vos contre-arguments :

vous allez me dire que la France sera moins nourrie en touristes internationaux :

la France n'est pas un pays du tiers-monde, du moins pas encore. Elle a moins besoins de touristes que d'industries lourdes, pourvoyeuses d'emplois. Je prefere voir moins de Chinois à Paris et plus d'ouvriers dans les usines, soyons sérieux

Vous allez me dire que la France vendra moins d'Airbus :

en 1971, Les USA ont il eu besoin de vendre leurs fesses juste parce qu'ils ont sorti le fameux B747 qui a révolutionné le transport aérien ???


alors c'est la eneieme fois que je prends la plume pour évoquer ces politiques mortifères de "ciel-ouvert", mais, si on ne sort pas de ces accord à la .on, le pire est devant nous.

Idress

2.Posté par Gilles Gompertz le 31/10/2019 13:00 | Alerter
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Bonjour,

j'adhère pleinement à l'analyse de Jean-Louis : Les compagnies n'ont pas fait le choix d'indemniser "raisonnablement" les passagers en cas de retard ou d'annulation, en s'appuyant sur la Convention de Varsovie, qui date du temps des premiers tours d'hélice des avions de transport (1929 !) Le retour de balancier a été extrêmement violent, avec la réglementation européenne EC261/2004.

Si la profession n'est pas capable de proposer des compensations honorables de son propre chef en cas de défaillance financière des compagnies aériennes, les régulateurs l'imposeront, sans grande concertation.

Il est dommage que IATA ne soit pas plus à l'écoute des Clients, des Partenaires du transport aérien et se refuse à faire des propositions constructives sur de tels sujets !

Gilles Gompertz
AVICO

3.Posté par Dhaouadi Mohamed le 31/10/2019 14:36 | Alerter
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Fond de Garantie contre la faillite des Cies: Encore une fois c'est le consommateur qu'on convertit en mouton de Panurge. Ceci veut dire que les Compagnies aériennes voiufraient que le Passager les protège contre leur mauvaise gestion, leur faillite
IATA demande aux Agences Accréditées des Cautions faramineuses pour la protection des ventes des Cies BSP, alors la memez logique exige que le Fond soit alimenté par les Cies Aériennes et NON PAR LE CONSOMMATEUR....!!

4.Posté par Idress le 01/11/2019 01:42 | Alerter
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@gilles Gompertz


A croire JLBaroux, IATA pourrait devenir une structure de régulation et d'arbitrage tarifaire......je me marre. Bientôt, on apprendra que IATA va faire du social et financer les Resto du Coeur.




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