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Inde coronavirus : "J'ai eu peur d'être contaminée et de ne pas être prise en charge à l'hôpital"

Interview de Garance Chiron, responsable des ventes chez Shanti Travel, de retour de deux mois en Inde



Si les épidémiologistes et les professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme au moment où la France se déconfine, en Inde la situation est plus que critique. Alors que le pays est en proie à une nouvelle flambée meurtrière due au coronavirus, il se replie sur lui-même pour éviter la propagation de l'épidémie, dont les courbes sont plus qu'inquiétantes. Garance Chiron, responsable des ventes chez Shanti Travel, a passé les deux derniers mois en Inde, quelques jours avant le déclenchement de la grave crise sanitaire. Par peur d'être contaminée, dans un pays où les services hospitaliers ne peuvent plus sauver des vies, la jeune femme est rentrée en France. Voici son témoignage.


Rédigé par le Mercredi 5 Mai 2021

En Inde les contaminations au coronavirus dépassent les 300 000 cas par jour, une situation "effrayante" pour Garance Chiron, responsable des ventes chez Shanti Travel, qui revient de deux mois à Delhi - Crédit photo : Garance Chiron
En Inde les contaminations au coronavirus dépassent les 300 000 cas par jour, une situation "effrayante" pour Garance Chiron, responsable des ventes chez Shanti Travel, qui revient de deux mois à Delhi - Crédit photo : Garance Chiron
TourMaG.com - Vous étiez à Delhi durant ces deux derniers mois. La ville indienne est parmi les plus touchées par la nouvelle flambée de l'épidémie. Comment s'est passé votre retour en France ? Et comment allez-vous ?

Garance Chiron :
Je vais bien merci, et je suis actuellement en isolement.

Concernant le retour, il était plutôt chaotique. Avant de partir, je devais faire un test PCR, sauf que c'est impossible d'en faire un actuellement à Delhi. Les délais sont de plusieurs jours, voire même semaines.

Le vol était quasiment plein pour rentrer, d'ailleurs il n'y avait aucun espacement entre les passagers, sauf sur la rangée du milieu. Nous étions un peu choqués, plusieurs personnes se sont plaintes de la situation.

Après avoir fait un test à l'aéroport en Inde, j'ai eu les résultats au bout de 7 heures d'attente, puis au retour en France j'ai dû attendre 6 heures pour en faire un. Les services se sont fait un peu déborder. Le matin même de mon test, à l'aéroport Charles de Gaulle, plus de 900 personnes se sont fait tester.

TourMaG.com - Vous êtes actuellement en auto-isolement, en raison de votre retour en Inde, vous avez eu un appel des autorités françaises ?

Garance Chiron :
La police est venue contrôler que j'étais bien chez moi.

L'isolement dure 10 jours, avec un test le dernier jour. Dans la journée, il est possible de sortir dans un rayon d'un kilomètre autour de chez moi, pour faire des achats, chose que j'évite.

Le 2e jour la police est venue me voir. J'ai un ami qui est rentré plus tôt, il a eu des visites tous les deux ou trois jours.

Je pense que cette mesure est une bonne chose, car nous nous protégeons nous-mêmes et les autres. Après même si les médias français parlent beaucoup du variant indien, c'est surtout le variant anglais qui est la cause de la situation en Inde.

Je ne suis pas une spécialiste, mais d'après ce que j'ai lu là-bas et les tests effectués, le variant anglais serait majoritaire.

Il faut quand même prendre les chiffes avec des pincettes, car les tests sont assez faibles en Inde, donc le nombre de cas réels est bien éloigné de celui recensé, qui doit être multiplié par 3 ou 4, voire plus.

Imaginez, en ce moment, le pays tourne à plus de 300 000 cas quotidiennement. Il y a eu un vent de panique.

Coronavirus Inde : "dès que les cas sont repartis à la hausse, ils ont très rapidement explosé"

TourMaG.com - Vous reveniez donc de deux mois en Inde...

Garance Chiron :
Voilà, je devais y rester plusieurs mois, mais la situation sanitaire m'a poussée à rentrer en France. Je suis basée initialement au Sri Lanka, et je faisais, avant l'épidémie de coronavirus des allers-retours entre les deux pays.

Alors que les cas étaient redescendus en Inde, j'ai pris le parti d'aller rendre visite aux partenaires, vérifier que les hôtels étaient encore ouverts, en bon état et revoir la production, mais aussi de retrouver les équipes de Shanti Travel.

Puis après une année de crise sanitaire, nous voulions montrer aux partenaires que nous sommes toujours là.

TourMaG.com - Puis la situation sanitaire s'est grandement dégradée en Inde, vous avez pu le constater ?

Garance Chiron :
Oui et très rapidement.

Au bout de 2 ou 3 semaines sur place, il était obligatoire de présenter un test PCR pour passer d'un état à un autre, donc il était devenu quasiment impossible de voyager.

Nous parlons là d'un pays qui compte 1,4 milliard d'habitants, donc dès que les cas sont repartis à la hausse, ils ont très rapidement explosé, en seulement quelques semaines.

La crise n'a pas commencé exactement à Delhi, mais à Mumbai et l'ouest Bengale, sauf que Delhi est le centre névralgique du pays, c'est la plaque tournante pour l'aérien, la capitale économique.

TourMaG.com - Où vous trouviez-vous à ce moment-là ?

Garance Chiron :
Nos bureaux sont basés à Delhi, j'avais donc pris une colocation durant plusieurs mois, dans le sud de la ville.

A mon arrivée, la situation était sous contrôle et le pays pratiquait les gestes barrières, avec port du masque plus ou moins respecté. Les bars et restaurants étaient ouverts avec prise de température pour rentrer, ils désinfectaient les mains, certains prenaient les numéros de téléphone des clients.

Si les mesures pouvaient paraître fortes, elles ne s'appliquaient pas à tout le monde. Beaucoup de personnes vivent dans la rue ou dans des conditions toutes autres.

Les mesures et les précautions sont assez disparates, selon que la personne vit en ville ou en dehors, travaille dans un bureau ou dans la rue, etc.

"C'est effrayant et psychologiquement très lourd, avec des décès dans la famille et les amis"

TourMaG.com - Malheureusement l'urgence n'est pas la même pour tous, pour certains c'est de se nourrir ce soir et le virus passe après...

Garance Chiron :
Exactement, c'est aussi pour cela que Delhi et surtout Mumbai ont mis un temps fou pour se confiner, car cela plonge des millions de personnes dans un état économique plus que précaire.

Certains gagnent quelques euros par jour et s'ils n'ont plus de travail, à cause du confinement car beaucoup vivent de petits métiers et de services, alors ils n'ont plus de ressources.

TourMaG.com - Comment avez-vous vécu l'explosion des cas et la crise sanitaire ?

Garance Chiron :
Je vivais dans un quartier résidentiel, donc cette folie que nous voyons dans les médias occidentaux, je la connaissais aussi, mais à travers les médias locaux et avec mes collègues.

Parmi mes collègues, tout le monde connaissait a minima une personne contaminée par le coronavirus, voire des décès.

C'est effrayant et psychologiquement très lourd, avec des morts dans la famille, mais aussi dans le cercle amical.
Cela intervient après une accalmie, c'est un véritable coup de massue pour le moral.

C'est terrible. Il faut savoir que les Indiens vivent souvent avec leurs frères et sœurs, les enfants, les beaux-parents, les conditions de confinement ne sont pas évidentes. Sans parler que le fait de vivre aussi nombreux dans des petits espaces, cela accentue encore plus la propagation de l'épidémie.

Dans mon quartier les rues étaient bloquées, donc il n'y avait quasiment aucune circulation et je ne sortais que tous les 2 ou 3 jours pour faire des courses. Je n'ai pas vécu la même chose que les Indiens.

Au début, nous étions sereins, mais ça a flambé en deux ou trois semaines. Nous avons mis du temps à réaliser ce qu'il se passait.

TourMaG.com - Dans le même temps, le Narendra Modi, le Premier ministre indien se retrouve dans la tourmente...

Garance Chiron :
C'est une certitude, la population pense que le gouvernement aurait dû envoyer l'armée, pas pour réprimer, mais pour soutenir le personnel hospitalier et réguler les flux humains.

Narendra Modi n'a pas réagi assez vite, mais aussi parce qu'il voulait garder son aura et sa popularité. Il n'a pas voulu annuler le Kumbh Mela, un pèlerinage hindou très important.

La décision faisait sens à l'époque d'un point de vue politique, mais pas sanitaire, malheureusement l'Inde en voit les conséquences.

Inde Coronavirus :" j'ai eu peur d'être contaminée et de ne pas être prise en charge à l'hôpital"

Garance Chiron : "Je n'ai pas eu peur d'avoir le coronavirus ou le variant indien, mais par contre j'ai eu peur de ne pas pouvoir être prise en charge à l'hôpital. C'est pour ça que je suis rentrée" - Crédit photo : G.C.
Garance Chiron : "Je n'ai pas eu peur d'avoir le coronavirus ou le variant indien, mais par contre j'ai eu peur de ne pas pouvoir être prise en charge à l'hôpital. C'est pour ça que je suis rentrée" - Crédit photo : G.C.
TourMaG.com - Vous avez eu peur ?

Garance Chiron :
Je n'ai pas eu forcément peur d'avoir le coronavirus ou le variant indien, mais par contre j'ai eu peur de ne pas pouvoir être prise en charge à l'hôpital.

C'est pour ça que je suis rentrée. Tous les hôpitaux sont débordés, la situation est catastrophique, que ce soit dans le privé ou le public.

Je devais repartir au Sri Lanka, mais les cas sont en hausse, j'ai eu un peu peur.

Je préférais être en France, même s'il y a beaucoup de cas, la tendance est à la décrue. Depuis un an, j'ai fait un confinement en France, un confinement au Sri Lanka, un confinement en Inde, c'est un peu long.

TourMaG.com - Et malheureusement dans la région, l'épidémie repart...

Garance Chiron :
Oui c'est aussi le cas au Népal ou encore au Sri Lanka, des pays qui avaient rouvert aux touristes vaccinés.

Le Népal s'est reconfiné, et le Sri Lanka reconfine selon des secteurs et en fonction des clusters. Dès que les populations voient le bout du tunnel, l'épidémie repart, c'est très difficile psychologiquement.

Au Sri Lanka comme en Inde, les gens respectent les mesures mises en place, ils ne sont pas du genre à se plaindre, mais vivent avec les restrictions.

TourMaG.com - Dans le même temps, la vaccination n'arrive pas à freiner l'épidémie, puis vacciner une telle population ce n'est pas chose aisée...

Garance Chiron :
Il y a pas mal de vaccinés, avec 28 millions de personnes entièrement vaccinées, mais à l'échelle de la population ce n'est rien du tout.

Depuis le 1er mai, la vaccination est ouverte à tout le monde, cela se fait via un site pour s'inscrire afin de recevoir une dose soit des vaccins indiens, Spoutnik ou encore Pfizer.

Le piège comme chez les Anglais, c'est de distribuer toutes les doses et se retrouver en manque de vaccins pour la 2e dose.

La situation de l'industrie touristique en Inde "est assez disparate"

TourMaG.com - Avant que la crise sanitaire provoquée par le coronavirus n'explose, comment avez-vous trouvé les structures touristiques en Inde ?

Garance Chiron :
Le constat est assez disparate.

Certains hôtels se sont bien rattrapés avec le marché national, car il y a eu des promotions et des campagnes pour pousser les Indiens à voyager, d'autres sont complètement à l'arrêt depuis un an et d'autres fonctionnent à 10% de leur capacité.

Globalement les établissements de catégorie supérieure sont pleins, en plus des gens aisés en Inde, il y a eu la saison des mariages en début d'année. Il faut savoir que ce genre de cérémonies rassemblent plusieurs dizaines, centaines voire même milliers de personnes.

Il n'est pas inhabituel d'avoir un hôtel de 200 chambres privatisé pour un seul mariage.

TourMaG.com - Donc le paysage touristique ne devrait pas trop être dégradé ?

Garance Chiron :
Le problème se pose surtout pour les petites structures hôtelières ou touristiques, les autres peuvent tenir un temps avec la clientèle locale.

Avec Shanti Travel nous avons un volume assez important de voyageurs, nous travaillons avec des hôtels qui ont 5 ou 10 chambres, si ce n'est plus.

Malheureusement pour les petites structures pas spécialement organisées ou ayant peu de ressources, parmi nos partenaires nous n'avons pas de mauvaises nouvelles.

Après concernant la main-d'œuvre touristique, je reste aussi assez positive. Le tourisme offre des revenus bien supérieurs à ce qu'ils ont actuellement.

Nos chauffeurs se sont reconvertis en Uber ou sont retournés dans leur famille à la campagne, pour travailler dans l'agriculture, sauf que ça ne leur apporte pas du tout la même manne que le tourisme.

Les pourboires représentent une grande part du salaire. Je pense qu'ils reviendront dans le tourisme. Il faut que l'industrie touristique reste optimiste, à réserver pour soutenir l'économie. J'espère que pour l'hiver, cela ira mieux.

Les Indiens sont impatients de revoir des touristes, dans les trains j'étais l'attraction, ils attendent les voyageurs.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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