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Laurent Abitbol : "Quoi qu'il arrive, de toute façon, l'été 2020 est mort..."

L'appel du 14 juin d'Emmanuel Macron a laissé les professionnels partagés entre doute (DOM-TOM, voyage d'affaires, frontières, reports) et optimisme (reprise, réouverture des agences et Corse)



Le 14 juin 2020 pourrait bien être la date d'un virage complet aussi bien d'un point de vue sanitaire qu'économique. Le président Macron a parlé : les frontières européennes seront libérées dès le lundi 15 juin 2020. "Et à partir du 1er juillet, nous pourrons nous rendre dans les Etats hors d’Europe, où l’épidémie sera maîtrisée" a-t-il ajouté. Mais cet appel du 14 juin a-t-il réellement libéré le secteur du voyage ? Éléments de réponse avec les Entreprises du Voyage, le SETO, Marietton Developpement ou encore Mistefly, Bourse des Vols, etc.


Rédigé par le Lundi 15 Juin 2020

Les professionnels sont partagés entre doutes (DOM-TOM, voyage d'affaires, frontières, reports) et optimismes (reprise, réouverture des agences et Corse)  - Crédit photo : Depositphotos @Vverve
Les professionnels sont partagés entre doutes (DOM-TOM, voyage d'affaires, frontières, reports) et optimismes (reprise, réouverture des agences et Corse) - Crédit photo : Depositphotos @Vverve
C'était l'une des dernières zones d'ombre d'un secteur plongé dans l'obscurité la plus totale depuis le mois de mars 2020.

"Dès le 15 juin, il sera à nouveau possible de se déplacer entre les pays européens. Et à partir du 1er juillet, nous pourrons nous rendre dans les Etats hors d’Europe, où l’épidémie sera maîtrisée," a déclaré dimanche soir, le président Macron.

Une allocution attendue aussi bien par les citoyens français que par les professionnels du tourisme, même si la réponse avait filtré dans les grandes largeurs depuis quelques jours.

Et comme à chaque fois qu'un membre du gouvernement évoque la thématique des vacances ou du voyage, les compteurs des acteurs... numériques s'affolent, mais pas que...

"Ce matin nous sommes pour la première fois, depuis mars dernier, au-dessus des volumes de l'année dernière, " s'extasie, Frédéric Pilloud le responsable digital de Misterfly.

Si les ventes repartent à la hausse au niveau des vols, avec comme triptyque gagnant la Grèce, Portugal et l'Espagne, le satisfecit de début de semaine réside aussi ailleurs.

L'appel du 14 juin profitable aussi bien aux agences en ligne que physiques ?

Après quasiment trois mois d'hibernation, les points de vente physiques seraient de retour dans l'arène.

"On voit même des bookings en agence de voyages depuis 10h ce matin (lundi 15 juin 2020, ndlr).

Emmanuel Macron libère le voyage, c'est l'appel du 14 juin !
" s'enthousiasme le responsable de l'agence en ligne.

Une bouffée d'air frais partagée aussi par son concurrent et confrère, Fabrice Dariot (Bourse des Vols), qui constate une croissance "incroyable" depuis quelques heures, alors que la reprise est soutenue depuis maintenant plus d'un mois.

Un regain d'intérêt pour l'industrie confirmé par les recherches faites sur Google, où le pic des requêtes autour des billets d'avion, des mots "vacances" ou "voyages", sont tous focalisés autour de 20h, soit l'heure de l'allocution présidentielle.

Si pour Misterfly la reprise c'est pour maintenant, l'enthousiasme digitial est plus contenu pour le patron de l'OTA spécialisée dans les vols à bas prix.

"Il n'y a rien de fracassant dans les annonces du Président Macron, elles ne peuvent qu'entériner les tendances déjà en place avec des vols domestiques, bassin méditerranéen et l'Europe.

Par contre, le marché long courrier restera encore très sinistré,
" déplore Fabrice Dariot.

Entre les déclarations des uns, les envies des autres et une épidémi qui tarde à être contenue pour certains, la projection des touristes reste très compliquée pour bon nombre de destinations mondiales.

Un bémol partagé par de nombreux professionnels.

"C'est bien, mais il y a toujours un flou, concernant les frontières hors Europe, puisqu'il a dit qu'elles pourront rouvrir là, où l'épidémie est maîtrisée.

Sauf que la décision ne dépend pas seulement de la France, mais aussi des autres pays,
" temporise Jean-Pierre Mas, le patron des EDV.

En effet, la réciprocité est importante dans les relations entre deux pays, comme nous avons pu le voir au début de la crise sanitaire, où des destinations en sanctionnaient d'autres en raison des décisions politiques.

"Nous savons très bien que ce n'est pas parce que le président Macron dit que nous y allons, que tout va repartir.

Il faut du temps. Et quoiqu'il arrive, de toute façon, l'été 2020 est mort,
" déclare fataliste, Laurent Abitbol.

Les agences en ligne 1, les agences physiques 0.

Malgré tout, le président de Marietton Developpement s'attend à quelques ventes pour la période estivale et plus tard dans l'année.

Pour stimuler la reprise, les TO du patron lyonnais seront mis à contribution, avec une réouverture de la Tunisie, puis de la Grèce avec "quelques clubs" dès le 10 juillet 2020, dont les ventes BtoB ouvriront ce jour (mardi 16 juin 2020).

Alors que le flou se dissipe peu à peu, sur les destinations, les plans de vol et les mesures sanitaires, il reste toujours des points à éclaircir.

"C'est une bonne première étape, mais le sujet qui se profile pour nous sera l'opérationnalité effective.

Nous allons être confrontés à une réalité qui pourrait être différente par rapport à la pratique, à destination,
" prophétise Grégoire Pasquet, l'un des cofondateurs de Worldia.

Les enjeux de l'été 2020 pour les voyagistes français ?

En effet, entre les annonces des gouvernements et les applications des mesures sanitaires, les prochaines vacances ne sont pas les mêmes que les précédentes.

Un important travail de curation sera indispensable pour permettre aux agences d'apporter les informations justes concernant les contraintes pour se rendre sur place, mais aussi pour vivre à destination.

"Nous sommes là pour ça, c'est aussi notre rôle, celui d'accompagner les agences dans cette démarche. Nous venons quand même de changer de dynamique, nous ne prévoyons plus les annulations, mais les départs" se félicite le PDG de Worldia.

Le travail de fourmi, qui permettra aussi bien de traiter les nouvelles demandes que les reports, est considérable.

C'est aussi tout l'enjeu de la période qui s'ouvre, pour les points de vente qui accueilleront à nouveau du public après presque trois mois de fermeture.

"La réouverture sert à gérer au mieux les à-valoir. Nous avons 60 millions que nous devons mettre en réservation. C'est un beau cadeau, dont il faut se débarrasser rapidement, sinon il va nous empoisonner," prédit Laurent Abitbol.

Une problématique qui agace aussi le patron de Bourse des Vols, dont les équipes sont engluées dans un stock de plusieurs milliers de demandes de report empêchant de pouvoir se concentrer sur la reprise.

"Le bilan est assez contrasté, avec une reprise des commandes, mais nous ne sommes pas totalement prêts à accueillir les masses de voyageurs qui veulent partir, car nous avons encore des semaines et des mois pour nous délester de ces dossiers," peste-t-il.

Si du côté de l'aérien, le frein vient principalement des transporteurs, pour les agences classiques le problème vient encore et toujours des frontières, selon le patron des EDV.

"Nous ne savons pas si les décisions concernant la réouverture des frontières seront nationales ou européennes. Qui décidera ? Entre les exemples du Royaume-Uni, de l'Espagne ou encore de Maurice, nous voyons que tout est très complexe."

Alors que l'épidémie semble maîtrisée dans l'île de l'Océan Indien, ce qui rendrait la destination exigible aux yeux du gouvernement français, l'Etat mauricien a annoncé le week-end dernier, que les Français sont personae non gratae, jusqu'à la fin du mois d'août.

Une situation qui va compliquer le ménage à faire dans les reports.

"Le président Macron n'a pas dit : c'est ouvert, allez-y. Il y a plein de cas de figure qui se présentent, il faut décrypter. Cette semaine sera celle de la compréhension," explique René-Marc Chikli, le président du SETO.

Des déclarations qui pourraient faire douter le plus optimiste des professionnels du tourisme.

La Corse en haut de la courbe, les DOM-TOM dans l'incertitude et l'imbroglio sanitaire

Car si les frontières intra et extra européennes occasionnent quelques tracas aux voyagistes français, que dire de la situation des DOM-TOM ?

"Il y a un imbroglio à ce niveau. Nous avons déjà du mal à comprendre ce qu'il se passe pour les Antilles, alors imaginez un peu les clients," rapporte le patron du SETO.

Surtout qu'après l'intervention d'Annick Girardin ce week-end, annonçant la fin de la septaine ou quatorzaine "au plus tard le 10 juillet 2020", le président Macron déclarait que l'ensemble du territoire passait en zone verte, sauf Mayotte et la Guyane.

Alors qu'il est possible de circuler de département en département librement en France métropolitaine ou vers la Corse, ce n'est encore et toujours pas le cas pour les DOM-TOM.

"La situation est surréaliste, avec une septaine qui sera levée courant du mois de juillet, surtout que dans le même temps, les élus locaux auront la possibilité de limiter le nombre de vols, se lamente Jean-Pierre Mas.

Un mauvais signal de plus envoyé aux Antilles.

Pour ceux qui espéraient que le discours du président de la République ferait infléchir les propos de la ministre des Outre-mer, ce n'est pas le cas.

Il nous a été confirmé par un membre du ministère qu'il n'y a aucun changement en perspective et que les annonces présidentielles n'entraient pas en contradiction avec les mesures ministérielles, même si la septaine pourrait être assouplie avant la fin de l'urgence sanitaire, programmé le 10 juillet prochain.

"Les Antilles et la Réunion étaient les seules destinations long-courriers envisageables pour les Français, elles ont raté le coche d'un été qui aurait pu être le leur."

S'il ne fait plus de toute que les DOM-TOM ne seront pas une destination refuge, pour les métropolitains, les déclarations d'Annick Girardin avaient un but précis : permettre aux natifs ou aux personnes ayant de la famille de se rapprocher des leurs.

Alors que l'outre-mer est hors-jeu, la grande gagnante pourrait bien être plus proche des îles lointaines.

De Misterfly à Bourse des Vols, la Corse attire et les commandes affluent.


"L'Île de Beauté va s'en doute connaître une année record, au niveau de sa fréquentation. C'est une destination fiable dans une période de crise," analyse Fabrice Dariot, le président de Bourse des Vols.

Et cette période difficile devrait s'étaler encore sur de nombreux mois ou semaine, d'autant que toutes les strates du tourisme n'ont pas repris et que le chemin à parcourir ne serait-ce que pour sauver l'année est encore bien long.

Les acteurs du tourisme vont devoir encore se serraient les coudes et avancer groupés, face aux difficultés.

"Nous ne sommes pas encore sortis de la crise, les nouvelles sont bonnes, mais rien n'est fait. Il est important que nous, distributeur et producteur, restons solidaires," souhaite Grégoire Pasquet.

Un voyage d'affaire toujours bloqué à la case départ ?

Surtout que si le loisir concentre l'ensemble des regards, le business travel montre, lui, des signaux de fragilité inquiétants.

Alors que Laurent Abitbol tente de désamorcer la bombe, les indicateurs et les rumeurs vont bon train, sur une activité qui peine à redémarrer.

"L'activité a déjà repris depuis un mois, avec un volume d'activité équivalent à 14% de celui de l'année précédente. Je pense qu'à partir de septembre cela ira beaucoup mieux," espère le patron de Marietton Developpement.

Un optimisme que ne partage pas René-Marc Chikli pour qui la situation serait plus que critique. Surtout après trois mois d'arrêt, une activité économique qui tourne au ralenti et les nouvelles habitudes des salariés français, avec notamment le télétravail et les visioconférences.

"Je ne sais pas si les tour-opérateurs vont s'en sortir, mais il faudrait quand même se poser la question de comment le business travel, lui, va s'en sortir ?" questionne René-Marc Chikli.

Surtout que si le voyage d'affaires peine à redémarrer, le business modèle des compagnies aériennes, mais aussi des loueurs de voitures, et de certains hôteliers sera impacté.

Un doute partagé par le patron de Bourse des Vols.

"Pour parler avec certaines TMC (Travel Management Company, ndlr), elles sont encore plus dévastées. La première chose qui a disparu avec le covid-19 est le voyage d'affaires.

La lecture que j'ai, étant que le marché même du voyage d'affaires que nous avons connu n'existera plus. Il sera différent aussi bien à moyen et long terme,
" analyse Fabrice Dariot.

Un constat qui rejoint celui d'un changement en profondeur du tourisme. Mais ce n'était sans doute pas le virage anticipé par bon nombre d'observateurs...

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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1.Posté par Pierre le 16/06/2020 11:01 | Alerter
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Oui la dynamique est bel et bien enrayée. Quid du quasi arrêt de six mois d’activités du 15 mars au 15 septembre des agences physiques ? Le secteur ne pourra fonctionner normalement que si tout devient comme avant et cela ne se fera que l’année prochaine au mieux . Quel est le nombre d’agences physiques qui vont fermer ? C’est la question que tout le monde devrait se poser ! Et regardez la réalité en face ! Si même des géants comme Zara et H&M ferment en grand nombre des boutiques alors réfléchissez au nombre d’agences qui vont fermer dans un secteur où la concurrence d’internet est bien plus grande . Qui va vouloir acheter aujourd’hui un point de vente physique d’une industrie du tourisme sinistrée ? Personne . Ce n’est plus le business modèle que retiendront les investisseurs . Sauve qui peut ! 2020 sera la fin de ce modèle .

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