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Six ans après le Covid, l'hôtellerie face à un défi de transformation

L'analyse d'Yvan Arnold Tegui, docteur en Sciences Économiques


Six ans après le choc du Covid-19, la reprise touristique française révèle des dynamiques radicalement différentes selon les types d'hébergement (hôtellerie, campings, hébergements collaboratifs) et les territoires. Pour les professionnels du tourisme et les investisseurs, comprendre ces divergences sectorielles est important pour adapter les stratégies 2025-2030. Dans ce nouveau dossier, le docteur en économie du tourisme Yvan Arnold Tegui, se penche sur le segment de l'hôtellerie. TourMaG vous livre son analyse.


Rédigé par Yvan Arnold TEGUI le Mercredi 1 Juillet 2026 à 07:38

Fréquentation hôtelière post-Covid : en Île-de-France, la majorité des départements restent en retrait - DepositPhotos.com, lenyvavsha
Fréquentation hôtelière post-Covid : en Île-de-France, la majorité des départements restent en retrait - DepositPhotos.com, lenyvavsha
Peut-on dire qu'en 2026, le secteur de l'hôtellerie est revenu à son niveau d'activité pré-Covid 19 ?

Pour répondre à cette question, Yvan Arnold Tegui, docteur en économie du tourisme à l'Université de Perpignan, a analysé les 96 départements français métropolitains entre 2020 et 2025*.

Et globalement, l’hôtellerie affiche une quasi-égalité, dans la sous-performance.

En 2024, ce pan de l’hébergement affiche une convergence entre typologies territoriales. Les zones rurales atteignent 95,2% de leur niveau attendu sans COVID, les urbaines 96,1%, les métropoles 94,2%.

En 2025, la situation s'améliore légèrement mais reste encore sous l'objectif. Les données nationales montrent une progression vers 97-98% selon les territoires.

Cette quasi-égalité masque cependant une réalité plus préoccupante.

* en mobilisant la typologie territoriale de Fadic et al. (2019) détaillée dans la publication scientifique Région et Développement (Tegui, 2025).

Une reprise progressive mais sélective selon les territoires

Etat de la reprise dans l'hôtellerie en 2025 dans les 30 plus grandes villes de France (cliquez sur l'image pour l'agrandir) - Illustration : Yvan Tegui
Etat de la reprise dans l'hôtellerie en 2025 dans les 30 plus grandes villes de France (cliquez sur l'image pour l'agrandir) - Illustration : Yvan Tegui
68 des 96 départements métropolitains n'avaient pas retrouvé 100% de leur niveau de référence à la fin de l’année 2025.

En Île-de-France, la majorité des départements restent en retrait (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Yvelines, Hauts-de-Seine, Val-d'Oise, Essonne).

Paris franchit néanmoins le seuil symbolique en 2025 avec 104%, contre 95% en 2024, porté par un retour progressif du tourisme international.

Les départements abritant d'autres grandes métropoles connaissent des trajectoires variables. Les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Gironde, le Bas-Rhin progressent lentement mais restent majoritairement sous les 100% en hôtellerie fin 2024.

Les résultats plaident donc en faveur d’une récupération plus lente dans les métropoles.

En 2020, au plus fort de la crise, les zones rurales affichaient 64% de leur niveau attendu, les urbaines 54%, les métropoles 52%. Les métropoles sont parties de plus bas et ont mis plus de temps à récupérer.

En 2022, année de reprise accélérée, les zones rurales atteignaient déjà 97,3%, contre 94,3% pour les métropoles, bien que l'écart se soit ensuite progressivement résorbé.

Néanmoins, 28 départements ont franchi le seuil des 100% en hôtellerie en 2025, confirmant une reprise progressive mais sélective.

Trois facteurs de résilience transversaux

Cette cohorte révèle une diversité territoriale marquée (11 métropoles, 12 ruraux, 5 urbains) mais aussi trois facteurs de résilience transversaux qui transcendent les typologies.

Le premier est une diversification de l'offre touristique réduisant la dépendance à un segment unique. Ces territoires combinent majoritairement tourisme de nature, patrimonial, balnéaire et gastronomique, permettant de lisser les chocs sectoriels.

Ensuite, une clientèle domestique majoritaire ou significative, moins sensible aux chocs internationaux (tensions géopolitiques, inflation des transports aériens) que les destinations dépendantes du tourisme international.

Puis, une moindre exposition au tourisme d'affaires, segment structurellement affaibli par le télétravail et les visioconférences.

Des profils territoriaux distincts

Au sein de cette convergence factorielle émergent toutefois trois profils territoriaux distincts :

- Les métropoles performantes (Vienne 110%, Alpes-Maritimes 109%, Haute-Savoie 108%, Marne 105%, Var 105%) combinent forte composante tourisme de loisirs (littoral méditerranéen, montagne, vignobles), clientèle internationale premium sur certains territoires (notamment sur la côte d'Azur).

Contrairement aux ruraux qui s'appuient quasi-exclusivement sur le domestique, ces métropoles réussissent à maintenir ou reconquérir une clientèle internationale, mais sur un segment premium moins sensible à l'inflation.

- Les départements ruraux (Creuse 116%, Lot-et-Garonne 107%, Haute-Corse 106%, Aude 105%, Lozère 103%) affichent quant à eux le profil le plus homogène. Ils allient tourisme de nature dominant, quasi-absence de dépendance au tourisme d'affaires, clientèle domestique ultra-majoritaire, et pour certains une dimension patrimoniale et balnéaire forte.

Ces départements surperforment malgré des volumes absolus modestes, illustrant que la résilience ne se mesure pas en taille mais en adéquation offre-demande.

- Pour finir, les zones urbaines (Savoie 113%, Tarn-et-Garonne 106%, Oise 106%, Pas-de-Calais 103%) incarnent un profil émergent "seconde couronne". Ils présentent une proximité métropolitaine facilitant l'accessibilité, une offre hybride nature-patrimoine, et un positionnement intermédiaire captant à la fois la clientèle en quête de nature (comme le rural) et celle recherchant des services urbains (comme les métropoles).

Contrairement aux ruraux isolés, ces territoires bénéficient d'effets de débordement métropolitains (excursions à la journée, courts séjours) tout en évitant la saturation et les coûts des centres urbains denses.

Quelles pistes pour renforcer la résilience dans l’hôtellerie ?

Etat de la reprise dans l'hôtellerie en 2020 dans les 30 plus grandes villes de France (cliquez sur l'image pour l'agrandir) - Illustration : Yvan Tegui
Etat de la reprise dans l'hôtellerie en 2020 dans les 30 plus grandes villes de France (cliquez sur l'image pour l'agrandir) - Illustration : Yvan Tegui
La sous-performance généralisée de l'hôtellerie pourrait s'expliquer par une triple dynamique structurelle.

L'effondrement durable du tourisme d'affaires avec la généralisation du télétravail et des visioconférences, documenté par Curtale et al. (2023) dans leur analyse des impacts COVID sur le tourisme européen.

Ensuite, les tensions géopolitiques ont fragmenté les flux touristiques internationaux, réduisant la clientèle russe et moyen-orientale traditionnellement présente massivement dans l'hôtellerie française de luxe (Gurtner, 2016).

Trois leviers pourraient être mobilisés pour renforcer la résilience dans l’hôtellerie :

- d’abord, diversifier la clientèle vers le loisir pour compenser la perte du segment affaires et renforcer sa structure.

- développer ensuite les offres longue durée (workation, digital nomads) pour capter les nouveaux usages liés au télétravail qui concerne notamment 26% des cadres français selon la DARES.

- investir dans la montée en gamme et l'expérience client pourrait également augmenter le revenu par chambre même si les volumes restent inférieurs à 2019.

L'hôtellerie face à un défi de transformation

L'hôtellerie fait face à un défi de transformation.

Le segment affaires ne reviendra probablement pas à son niveau 2019.

Il faudrait donc privilégier la transformation plutôt que l'extension.

La diversification des produits (offres workation, packages loisirs et/ou haut-de-gamme) et la montée en gamme (expérience client, services premium) est impérative.

Les investissements doivent privilégier la montée en gamme et le développement de nouveaux produits plutôt que l'extension de capacité.

Références bibliographiques

- Curtale, R., e Silva, F. B., Proietti, P., & Barranco, R. (2023). Impact of COVID-19 on tourism demand in European regions-An analysis of the factors affecting loss in number of guest nights. Annals of Tourism Research Empirical Insights, 4(2), 100112.

- Gurtner, Y. (2016). Returning to paradise: Investigating issues of tourism crisis and disaster recovery on the island of Bali. Journal of Hospitality and Tourism Management, 28, 11-19.

- Tegui, Y. (2025). Territorial typology and resilience: the case of french’s NUTS3 post COVID19 tourism recovery. Region et Developpement, 61, 131-160.

Méthodologie

L'indice de reprise compare la fréquentation observée chaque année (2020-2025) à un niveau de référence calculé à partir des tendances de croissance 2016-2019.

Un indice de 100 signifie un retour au niveau attendu en 2020, sans crise COVID. Au-dessus de 100, on observe une surperformance des territoires, quand en-dessous on parlera de sous-performance.

Présentation de l'auteur

Yvan Tegui - Photo : YT
Yvan Tegui - Photo : YT
Yvan Arnold TEGUI est Docteur en Economie du tourisme au laboratoire CRESEM de l'Université de Perpignan Via Domitia.

Ses recherches portent sur l'économie publique, la compétitivité et la résilience des destinations touristiques infranationales.

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Tags : covid, hotellerie
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