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Alexis Boudrand (Minor Hotels) : "Nous voulons doubler notre portefeuille d'ici trois ans"

Pour progresser plus vite, le groupe mise sur le modèle « asset-light »


Alors que la concurrence s'intensifie en Europe pour fédérer les hôtels encore indépendants, Minor Hotels réaffirme sa volonté de s'y implanter davantage. Tour d'horizon avec Alexis Boudrand, directeur du développement pour la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et les Pays-Bas.


Rédigé par le Jeudi 15 Octobre 2026 à 07:27

Alexis Boudrand, directeur du développement pour la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et les Pays-Bas.  © Minor Hotels
Alexis Boudrand, directeur du développement pour la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et les Pays-Bas. © Minor Hotels
TourMaG - Vous êtes, depuis janvier 2026, directeur du développement de Minor Hotels pour la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et les Pays-Bas. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter le groupe Minor International ?

Alexis Boudrand : i[Le groupe est né, en Thaïlande, en 1967, de la vision d’un entrepreneur, Bill Heinecke, alors qu'il avait seulement 17 ans. D'où son nom : Minor. Le premier hôtel a ouvert en 1978.

D'abord centré sur la Thaïlande, le groupe s'est, ensuite développé à l'échelle internationale en procédant notamment à des acquisitions : celle du groupe Oaks présent en Nouvelle-Zélande et en Australie, celle de l'enseigne portugaise Tivoli. Il a également diversifié ses marques en créant Anantara (ce sont des cinq étoiles) en 2001, Elewana en Afrique (Lodges de luxe) en 2008, puis Avani (des 4 étoiles +) en 2011.

Enfin, en 2018, Minor a mis sur la table 2,3 milliards d'euros pour l'acquisition du groupe espagnol NH hoteles qui opère alors plus de 380 hôtels à l’international et majoritairement en Europe.

Aujourd'hui, le groupe Minor International qui totalise 560 hôtels (80 000 chambres) est coté seulement à la bourse de Bangkok, mais il compte deux entités. L'une regroupe les hôtels d'Asie et du Moyen-Orient ainsi que les commerces et les restaurants. L'autre regroupe l'intégralité du parc d'hôtels en Europe et sur le continent américain.

Le groupe totalise douze marques. Dans le cadre de l'accélération de sa stratégie d'expansion mondiale et de diversification amorcée depuis juillet 2025, Minor Hotels a en effet lancé quatre nouvelles marques : The Wolseley Hotels (ultre-luxe), Minor Reserve Collection (hôtels d'exception, chargés d'histoire et de patrimoine), Colbert Collection (premium, dédiée à l'art de vivre), et, enfin, iStay Hotels (milieu de gamme).

En élargissant son spectre, le groupe s'est donné les moyens de couvrir tous les profils de voyageurs (de l'ultra-luxe au moyen de gamme).

Minor Hotels : la France, un marché prioritaire

Une Suite Junior du NH Collection Paris-Ponthieu-Champs Elysées © Minor Hôtels
Une Suite Junior du NH Collection Paris-Ponthieu-Champs Elysées © Minor Hôtels
TourMaG - Minor Hotels voit dans la France un marché prioritaire pour s'implanter. Pourquoi ?

Alexis Boudrand
: NH s'était beaucoup développé sur l'Espagne et le Portugal. Le groupe est aussi très présent en Allemagne et au Benelux. Il l'est, en revanche, assez peu en Grande-Bretagne, France et Suisse.

Nous voulons compenser ce retard. En France, nous sommes carrément sous-représentés, avec seulement 9 hôtels. C'est moins que dans la seule ville d’Amsterdam qui en compte 12 et autant dans la seule ville de Bruxelles !

TourMaG - Votre objectif est-il toujours de tripler le nombre d'hôtels en France, comme annoncé il y a quelque temps ?

Alexis Boudrand :
Il faut être réaliste. Notre l'ambition est d'y doubler notre portefeuille dans les trois ans à venir.

TourMaG - Est-ce vraiment un objectif réaliste alors que la France a de grosses difficultés financières et un avenir politique pour le moins incertain ?

Alexis Boudrand : La France reste la première destination touristique mondiale. Nous espérons raisonnablement pouvoir y attirer une importante clientèle venant notamment d'Espagne, d'Allemagne, du Benelux, d’Italie, du UK ou d'Amérique qui comptent parmi les marchés émetteurs les plus importants de Minor.

Il nous faut davantage d'hôtels à Paris où en avons seulement trois sous les marques NH Hotels et NH Collection. Nous regardons aussi la Côte d'Azur, les territoires viticoles, les Alpes.

Bien sûr, il nous faudrait un deuxième hôtel à Lyon, en centre-ville, car, pour l'instant, nous sommes présents seulement à l'aéroport Saint-Exupéry. Nous en voudrions également un second à Toulouse. Nous aimerions aussi nous implanter dans d'autres métropoles régionales, bien desservies par le train -comme Bordeaux ou Strasbourg- et également en Champagne.

Cap sur les hôtels en franchise

Avec l'Anantara Plaza Nice Hotel (ici, Les Colonnades, un séduisant espace qui se transforme selon les heures de la journée), Minor Hôtels a réalisé la première incursion en France de sa marque luxe Anantara © Anantara Plaza
Avec l'Anantara Plaza Nice Hotel (ici, Les Colonnades, un séduisant espace qui se transforme selon les heures de la journée), Minor Hôtels a réalisé la première incursion en France de sa marque luxe Anantara © Anantara Plaza
TourMaG -Comment comptez-vous procéder ? Ciblez-vous la reprise d'hôtels indépendants ? Les conversions ? Passerez-vous par des franchises et des contrats de management ?

Alexis Boudrand :
Depuis le rachat du le groupe espagnol NH hoteles en 2018, le portefeuille se décompose à 22 % en propre (Minor est propriétaire de ces hôtels) ; à environ 60 % en bail ; le reste étant managé ou en franchise.

Lorsque Gonzalo Aguilar a pris ses fonctions de CEO de Minor Hotels Europe & Americas en janvier 2025, il a donné le cap vers un rééquilibrage de ces proportions, afin de parvenir à la moitié des hôtels en propriété ou sous le régime du bail, et l'autre moitié sous le régime de l’asset light (franchise ou HMA), d’ici 3 ans, ce vers quoi on tend.

TourMaG - Comment comptez-vous décliner cette stratégie en France ?

Alexis Boudrand :]b Au Benelux où nous disposons déjà de 49 hôtels, nous ne signerons plus de bail : le développement se fera en franchise. En revanche, en France où nous sommes peu implantés, y compris dans des localisations essentielles de Paris, nous pourrons signer des baux, car ce sera un atout de plus pour nous développer.

Nous voulons démontrer nos capacités de gestionnaire hôtelier ou franchiseur également, en délivrant des résultats (optimisation des ventes et de la distribution de ces hôtels indépendants), avec une approche orientée vers ces propriétaires.

Nous sommes également propriétaires donc nous comprenons leurs problématiques de propriétaires. Tout ce qui n’a pas de retour sur investissement n’a pas sa place. Nous avons donc une double casquette, à la fois propriétaires et gestionnaire ou franchiseur pour le compte d’autres propriétaires. Nous agissons en partenariat. Il nous faut être agile, en offrant de la flexibilité.

"A l'affût des opportunités"

TourMaG - Concrètement, quel genre d'hôtels cherchez-vous ?

Alexis Boudrand : Nous cherchons des hôtels indépendants prêts à s'adosser à un groupe comme Minor, avec son écosystème commercial et son programme de fidélité, etc. Bien entendu, les hôtels prêts à changer d'enseigne sont aussi les bienvenus.

TourMaG - Miserez-vous plus particulièrement sur telle ou telle gamme d'hôtels, en France ?


Alexis Boudrand
: Tout dépendra des opportunités qui se présenteront. Les 12 marques du groupe Minor nous permettent de couvrir tout le spectre : si Oaks est réservé aux apparts hôtels, nous avons iStay Hotels (milieu de gamme) qui convient aux hôtels peu standardisés et donc faciles à convertir. Nous avons aussi NH Hotels* pour des 4 étoiles.

Au-dessus, nous avons quatre marques premium -Avani, nhow, NH Collection et Colbert Collection, créée en 2026.

S'y ajoutent aussi nos cinq marques de luxe : Anantara, The Wolseley Hotels, Tivoli, Elewana Collection -des éco-lodges exclusifs développés au Kenya et en Tanzanie- ; Minor Reserve Collection, notre marque blanche de luxe lancée cette année, s'adresse aux hôtels qui ont intérêt à garder leur identité forte, comme les deux -un en Slovénie, un autre en Croatie- pris en contrats de gestion cette année.

Concrètement, nous nous développerons sur les trois segments, en étant, je le répète, assez opportuniste.

"La neige va devenir un produit de luxe"

TourMaG - Avez-vous déjà des pistes concrètes en France ?

Alexis Boudrand : J'ai été appelé par des hôtels sur la Côte d'Azur, en montagne aussi. J'ai regardé des hôtels existants mais aussi des sites exceptionnels à transformer en Provence, en Alsace, dans les Alpes, sur la Côte atlantique... Mais, rien n'est encore concrétisé.

Dans les Alpes, la montée en gamme est réelle, en particulier dans les Trois vallées. La neige va, en effet, devenir un produit de luxe réservé aux stations d'altitude, sauf lorsqu'elles pourront être atteintes facilement via les remontées mécaniques depuis les stations de moyenne montagne.

Cependant, partout dans les Alpes, la saison touristique s'étend : désormais, on y vient de plus en plus, l'été ! Cela explique que toutes les grandes marques internationales y soient aujourd'hui. Mais, n'oubliez pas que la France est redevenue, cette année, la première destination de sports d'hiver (en nombre de journées/skieurs vendues).

TourMaG - Miser sur le haut de gamme, est-ce judicieux compte tenu des actuels problèmes de pouvoir d'achat des Français ?

Alexis Boudrand
: C'est justement pour cela que nous ne voulons pas tout miser sur le luxe !

Et puis, comme vous le savez, les Français partent davantage en vacances en ... France !

A l'avenir, tout sera basé sur les expériences. Il faudra donc avoir les bons produits pour répondre aux besoins d'une clientèle variée, dans laquelle se trouveront aussi des Américains venant skier, assister à des concerts, etc. en France parce que cela leur coûte moins cher que chez eux.

La montée en gamme, une nécessité ?

TourMaG - L'envolée du prix du kérosène ne va-t-elle pas doucher ce bel enthousiasme ?

Alexis Boudrand
: Aaaah.....

TourMaG - Tout de même, l'hôtellerie semble tenue de monter de plus en gamme par nécessité, simplement pour accroître voire seulement garder sa rentabilité...

Alexis Boudrand : Le foncier disponible se faire rare donc cher. Les coûts des constructions s'envolent. Pour rentabiliser leurs opérations, les hôtels s'efforcent de garder les clients le plus possible à demeure en leur proposant restauration et Spa.

Reste que l'activité la plus profitable, ce sont encore les chambres. D'où, en effet, cette montée en gamme, surtout en ville, et dans les régions où le tourisme est enclin à une forte saisonnalité.

PAULA BOYER Publié par Paula Boyer Journaliste LuxuryTravelMaG - TourMaG.com
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Tags : minor hotel
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