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Assises du transport aérien : la montagne a-t-elle accouché d'une souris ?

La chronique de Jean-Louis Baroux



Jean-Louis Baroux, expert aérien revient sur le flop des Assises du Transport Aérien. Lancées en grande pompe en 2018 par le Gouvernement, elles n'ont finalement abouti... à rien.


Rédigé par Jean-Louis Baroux le Mercredi 9 Janvier 2019

Elisabeth Borne, ministre des Transports à l'occasion de l'ouverture des Assises du Transport Aérien - © DR Twitter Elisabeth Borne
Elisabeth Borne, ministre des Transports à l'occasion de l'ouverture des Assises du Transport Aérien - © DR Twitter Elisabeth Borne
C’était la grande affaire de 2018 pour le transport aérien français. Lancées à grands sons de trompe dès l’automne 2017 les Assisses de Transport Aérien devaient permettre de remettre à flot ce secteur d’activité si stratégique et cependant si affaibli au cours des 10 dernières années au moins, et incapable de s’exporter dans les pays étrangers comme les britanniques, les allemands et même les espagnols peuvent le faire.

Toute l’activité devait être passée au crible.

D'innombrables réunions devaient recueillir l’avis des meilleurs experts. On se donnait tout le printemps pour discuter, argumenter et faire des propositions concrètes.

Bref, au début de 2018, les responsables du transport aérien français et en particulier les dirigeants des compagnies aériennes attendaient avec une certaine fébrilité des réponses concrètes à leurs analyses formulées depuis des années.

Eh bien que reste-t-il de toute cette débauche d’énergie et de savoir-faire ? Au moment où j’écris ces lignes, la réponse est simple, rien du tout. Même pas trois fois rien. Les conclusions devaient être rendues en septembre et suivies d’effet pour que les mesures d’amélioration soient mises en œuvre dès le début de 2019.

Le Ministère des transports n'a pas fait le poids face à Bercy

Elles ont été repoussées une première fois au mois de décembre sous le prétexte, bien pratique d’ailleurs, du changement de dirigeant d’Air France/KLM. Et en décembre, on n’a rien vu venir. Il n’y a même plus de date pour le dépôt des conclusions en 2019. Autant dire que c’est le flop le plus complet qui soit.

A qui la faute ? Sans aucun doute à ceux qui devaient piloter l’opération. Je veux nommer le Ministère des Transports et son bras séculier la DGAC. Oh les uns et les autres ont fait preuve de bonne volonté. Les réunions se sont bien tenues, les comptes rendus ont été effectués. Mais analyser ce n’est pas décider et au niveau de l’action on n’a rien vu venir.

En fait il semble bien que le Ministère des Transports n’ait pas fait le poids lorsqu’il s’est agi de faire les arbitrages budgétaires en face du Ministère de l’Economie et des Finances, en clair, de l’administration de Bercy.

Au fond, personne ne veut se battre pour un secteur d’activité plus ou moins réservé aux riches. Comment demander un abandon de taxes à une industrie dont le but est d’envoyer les Français les plus privilégiés dans des vacances lointaines ? Voilà bien toute la question, or c’est oublier un peu vite que sans un transport aérien efficace, l’économie française battrait sérieusement de l’aile.

Le transport aérien n’a qu’un intérêt marginal

Et petit à petit, tout se délite. On a ainsi pu voir par exemple la Présidente l’Ile de France se demander quelle utilité pouvait avoir le Roissy Express. A quoi cela sert-il de faire alors toutes les études du monde si elles ne sont suivies d’aucun effet ?

Ou alors on veut bien admettre que pour la France, le transport aérien n’a qu’un intérêt marginal. Le nouveau terminal 4 de Charles de Gaulle prévu pour 40 millions de passagers au bas mot, ne verra sa construction commencer qu’en 2023 pour se terminer en… 2037 !

Lire : Saturation de Paris Roissy : le Terminal 4, attendu comme le messie !

Oui, vous avez bien lu. Il est prévu 14 ans pour créer un terminal aéroportuaire sur un site identifié et qui ne nécessite aucune expropriation alors que la Turquie a pu faire sortir de terre à Istanbul un nouvel aéroport dimensionné pour plus de 150 millions de passagers, relié par un train rapide avec la ville, tout cela en moins de 10 ans.

Pourtant ce que demandaient les dirigeants des compagnies aériennes, ce n’était au fond pas grand-chose. D’abord, et cela ne coûte rien, la simplification des procédures. En clair ils réclament l’application des règles européennes sans que les fonctionnaires de la DGAC rajoutent une couche administrative française dont on se demande bien à quoi elle peut servir si ce n’est de justifier leur emploi.

Tout ça pour ça !

Ensuite ils demandent que l’Etat prenne à sa charge la fonction de la sûreté qui pèse tout de même à hauteur d’un milliard d’euros par an alors que c’est une fonction régalienne.

Et puis tout bêtement l’abandon de la taxe dite « Chirac » qu’ils auraient bien accepté de payer si tous les transporteurs mondiaux y étaient soumis. Après tout, elle est là pour le bien de toute la planète. Eh bien au lieu de cela se profile une nouvelle taxe, sur les carburants celle-ci.

Pour faire plaisir à une toute petite frange de la population dont l‘activisme a fait perdre 0,1 point de croissance dont l’Etat et les Français avaient bien besoin, on envisage de taxer le kérosène, sans doute pour compenser le taxe sur le diesel qui a été abandonnée en rase campagne.

Au fond, toute cette agitation pour n’arriver à rien ne peut étonner personne. Depuis longtemps dans ce secteur d’activité tout au moins l’Etat ne joue pas son rôle de coordination entre les acteurs terrestres et aériens, il ne fournit pas un service de contrôle aérien fiable car miné par des grèves à répétition et dit-on une certaine obsolescence des équipements et il exerce son autorité pour auditer les compagnies de façon tatillonne et parfois contradictoires.

Alors dans ce cas, il vaut mieux ne rien faire. L’énergie et le temps passé pour les Assises du Transport Aérien auraient pu être beaucoup mieux employés ailleurs.

Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux - DR
Jean-Louis Baroux est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com.

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1.Posté par Antoine Ferretti le 10/01/2019 08:48 | Alerter
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Aucune surprise, aucune avancée, aucun progrès. Tout changement en vue de faire progresser le transport aérien français aurait forcément altéré les prérogatives de l'un ou de l'autre, aurait modifié de vieilles habitudes. Dormons tranquille !

2.Posté par redbar le 10/01/2019 11:52 | Alerter
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Vous faites le parfait constat de l’incurie de notre administration et de ses technocrates incompétents qui ont amené la France là où elle se trouve aujourd’hui, avec un gouvernement incapable de redresser une situation économique et sociale en coma. Il est trop tard! Le bon en avant de l’Asie en matière d’infrastructures, (dont vous citez le bon exemple de l’aéroport d’Istamboul), ont déjà pris trop d’avance. Peut-être les gilets jaunes rappelleront que ce ne sont pas seulement les riches qui prennent l’avion, mais eux aussi. Grâce à EasyJet et Ryanair et aussi à cause de l’incurie de la SNCF responsable du déclin de la mobilité en Province. SNCF qui appartient à cette même administration…

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