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Crise politico-sociale à Hong Kong : quelles conséquences pour le tourisme ?

Chronique de Juliette Descamps et Flore Picard consultantes en sûreté chez Iremos



Hong Kong est en proie à un soulèvement populaire sans précédent depuis le début du mois de juin 2019, déclenché par un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine, ravivant les dissensions entre le régime communiste chinois et la cité-Etat semi-autonome, aux aspirations pro-démocratie. Les manifestations hebdomadaires, affrontements entre police et protestataires, actes de vandalisme et blocage des hubs de transports (métro, aéroport) concourent à propager un climat hostile opposant la population civile au gouvernement local et plus largement à Pékin. Ces perturbations et débordements se reportent négativement sur l’économie et l’industrie du tourisme à Hong Kong.


Rédigé par Juliette Descamps et Flore Picard le Jeudi 14 Novembre 2019

Photo prise lors des manifestations à Hong Kong - Photo Iremos
Photo prise lors des manifestations à Hong Kong - Photo Iremos
Un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine, introduit en février 2019, a d'abord provoqué des manifestations sporadiques et à petite échelle avant de se transformer en mouvement de protestation massif à travers Hong Kong, Kowloon et les nouveaux territoires (cf. carte ci-dessous) à partir du 9 juin dernier.

Ce sont un million de personnes qui ont défilé ce jour-là, puis 2 millions (soit plus d’un quart de la population) le 16 juin dernier, pour exiger le retrait de cet amendement. Bien que le projet de loi ait été depuis totalement abandonné, d’autres revendications en faveur d’une gouvernance plus démocratique alimentent le mouvement de contestation depuis maintenant plus de cinq mois sur une base hebdomadaire.

Celles-ci se résument en cinq réclamations (« five core demands ») :

• Le départ de la dirigeante hongkongaise Carrie Lam ;

• Le suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif et pour les membres du conseil législatif ;

• Une enquête indépendante sur les violences policières ;

• La libération des manifestants arrêtés ;

• Le retrait du terme d’ « émeute » pour qualifier les manifestations du 12 juin 2019.


Affrontements entre forces de l'ordre et manifestants

Globalement pacifiques lors des premières semaines de la contestation, les manifestations sont aujourd’hui accompagnées d’actes de violence et d’affrontements entre forces de l’ordre et protestataires quasi-systématiques.

Le durcissement de la réponse policière, via l’utilisation de gaz lacrymogène et gaz poivré, canons à eau et tirs de sommation, ne semble pas avoir d’effet catalyseur sur les militants, qui radicalisent leurs actions (cocktails Molotov, jets de briques).

À ce titre, une escalade de la violence a marqué les derniers week-ends de mobilisation. Agressions à l’arme blanche, tirs de balles réelles à bout portant par des policiers (2 étudiants grièvement blessés) et un engin explosif artisanal (pas de victime) font craindre une montée en puissance des moyens d’action de chacune des parties à l’égard de l’autre. L’augmentation des actes de vandalisme ciblant les infrastructures (baraquement de l’armée, agence de presse étatique Xinhua) et magasins chinois (Xiaomi, Best Mart) attestent d’une criminalisation grandissante des manifestants.

Face à cette hostilité envers les intérêts chinois à Hong Kong, des militants pro-chinois infiltrent les cortèges et s’adonnent à des agressions ciblées contre les manifestants pro-démocratie, laissant présager un risque croissant d’affrontements directs entre les deux camps.

Par ailleurs, afin d’échapper à la forte présence policière et les arrestations, notamment lors de cortèges interdits, les manifestants ont initié une nouvelle tactique visant à se disperser en groupuscules à travers les 18 districts du territoire. Si cette dynamique se généralise, les quartiers jusqu’alors épargnés pourraient être également affectés et le maintien de l’ordre serait rendu d’autant plus difficile pour la police locale.

À ce jour, aucune de ces cinq revendications n’a été satisfaite par l’exécutif local, qui maintient une ligne dure envers les manifestants. Le manque de politisation (volontaire) du mouvement pro-démocratie rend difficile l’émergence d’une plateforme de dialogue avec l’exécutif. Un règlement politique de la crise peine ainsi à se dessiner.

Depuis la promulgation d’une procédure d’urgence le 4 octobre dernier, octroyant à Carrie Lam des pouvoirs législatifs étendus, les manifestants ont désormais l’interdiction de porter un masque lors des rassemblements, sous peine d’amende et de prison.

Cette mesure pourrait être la première d’une série de sanctions, qui pourrait aller jusqu’à l’instauration d’un couvre-feu ou une restriction d’accès à internet, faisant redouter un durcissement autoritaire du pouvoir local. Si des dissensions au sein du parlement local émergent, Carrie Lam conserve le soutien de Pékin et demeure relativement confiante quant à ses capacités de régler la crise en interne.

Néanmoins, en cas d’enlisement de la crise politique, la destitution de la dirigeante hongkongaise par Pékin, voire une intervention militaire de l’armée chinoise ne sont pas à exclure. Pékin a en effet doublé son arsenal militaire sur l’île et à la frontière de Shenzhen, cependant il s’agit davantage d’une démonstration de force qu’une réelle menace d’intervention militaire pour le maintien de l’ordre.

D’autant que, d’un point de vue légal, seule une demande formelle émanant du gouvernement de Hong Kong permettrait à l’armée chinoise de supplanter les forces de sécurité locales. La Chine continentale a tout intérêt à préserver le statut quo avec Hong Kong, compte tenu des débouchés considérables en termes commerciaux et financiers que représente la cité-Etat.

Pour l’heure, peu d’indicateurs pointent vers un règlement politique de la crise en interne, étant donné l’hostilité mutuelle entre les parties. Les manifestations – et débordements - devraient donc se poursuivre de manière hebdomadaire à travers le territoire.

Les foules se mobiliseront davantage autour de dates clés et symboliques, tant pour le pouvoir central que local, telles que les prochaines sessions parlementaires et surtout les élections locales du 24 novembre prochain. Bien que local, ce scrutin pourrait davantage cristalliser les tensions entre les camps pro-Pékin et pro-démocratie, voire donner lieu à des épisodes de violences politiques, à l’instar du candidat proche du régime agressé au couteau lors d’un meeting de campagne à Tuen Mun le 6 novembre dernier.

Impacts sur le tourisme

Le bilan de ces quelques mois de mobilisation est conséquent. Depuis le 9 juin dernier, plus de 1 500 personnes auraient été blessées et presque 3 000 arrêtées.

L’économie hongkongaise est tombée en récession, notamment en raison de cinq mois de manque à gagner, principalement dans les secteurs du tourisme et du transport aérien, mais également de la vente. Depuis juin, la fréquentation des touristes n’a fait que dégringoler; elle aurait diminué de moitié en octobre comparée à l’année précédente selon les estimations du ministre des finances hongkongais.

Les hôtels sont remplis en moyenne aux deux tiers, faisant fortement chuter les prix et les revenus moyens des employés du secteur. Malgré les subventions du gouvernement local pour enrayer l’hémorragie, la perte est considérable pour un secteur qui emploie près de 300 000 personnes et représente entre 4% et 5% du PIB de la ville.

La désertion des rues par peur des débordements se répercute directement sur les ventes de détail. Des centaines de points de vente ont été détruits et vandalisés depuis le début des manifestations, principalement des banques et enseignes chinoises, ce qui pousse certains commerçants à mettre la clé sous la porte.

Les turbulences sociales ont également eu des répercussions sur les services de transport. Le trafic aérien a été fortement impacté par les sit-ins aux abords de l’aéroport international de Hong Kong (HKG) entre le 9 et le 13 août dernier, responsables de l’annulation de près de 1 000 vols.

De ce fait, l’aéroport de Hong Kong, auparavant privilégié comme plateforme régionale de transit aérien, a vu son volume de passagers diminuer de plus de 15,4% comparé à l’année passée. La compagnie locale Cathay Pacific a par exemple enregistré une baisse de ses passagers de 38% au mois de septembre.

Les lignes de métro, dont l’Airport Express qui dessert l’aéroport international de Hong Kong, demeurent partiellement perturbées depuis le week-end du 4 octobre, où des stations avaient été saccagées par des militants. Depuis, les lignes terminent leurs services de circulation plus tôt pour réparation ou sont fermées en anticipation des prochaines manifestations.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir - DR Iremos
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Lieux phares de la mobilisation (9 juin-8 novembre)

  • Legislative Council (et Tamar Park/Charter Park le jouxtant)

  • Victoria Park

  • HK Exhibition Center

  • Bureau de Liaison de la République populaire de Chine

  • Quartiers de Causeway Bay, Central, Wan Chai, Admiralty, Sha Tin, Tsuen Wan

  • Salisbury Garden

  • Nathan Road

  • Stations de Métro : Kowloon, Mong Kok, Yuen Long

Quelques préconisations pour des voyageurs à Hong Kong :

Avant un déplacement
• S’informer régulièrement sur l’évolution de la situation. Une vigilance particulière doit être accordée aux dates du déplacement. Les dates clés, telles que les élections locales prévues le 24 novembre, sont des occasions pour les manifestants de renouveler leurs revendications.

• Si le déplacement est indispensable, éviter les arrivées et départs le week-end et privilégier les vols de jour.

• Maintenir un itinéraire flexible et se préparer à l’éventualité de changements de dernière minute.

• Sélectionner un hébergement le plus proche possible des lieux à fréquenter, tout en veillant à éviter les hôtels aux abords des lieux de rassemblements.

• Dans le cadre d’un déplacement professionnel, mettre en place des dispositifs de sûreté adaptés, tels que des procédures de communication entre l’entreprise et le voyageur ou des procédures d’urgence telles que le confinement en cas de dégradation soudaine de la situation.

Pendant un déplacement

• Se tenir à l’écart de tout rassemblement, rapidement susceptibles de dégénérer et de provoquer des blessures.

• Contourner les lieux prisés par les manifestants (cf. carte). En cas d’implication involontaire dans une manifestation ou un rassemblement, s’en extraire le plus rapidement et calmement possible, et ne pas s’approcher des forces de l’ordre, qui pourraient mal interpréter ce geste.

• Rester neutre en termes d’idéologie politique et s’abstenir d’évoquer des sujets en lien avec le mouvement, notamment sur les réseaux sociaux ou dans les espaces publics.

• Se renseigner sur les routes bloquées et définir des itinéraires de substitution si besoin. En cas d’utilisation des transports publics, se renseigner sur les horaires de fonctionnement des stations, régulièrement fermées pour réparation (cf. Sites officiels : MTR ; Hong Kong Transport Department). Anticiper les déplacements bien en avance, surtout pour se rendre à des rendez-vous importants ou à l'aéroport.

• Se conformer aux mesures décrétées par les autorités locales notamment ne pas porter de masque (sauf motif médical ou professionnel) ou porter des t-shirts de couleur noire, signe distinctif des manifestants.

• Si un déplacement est prévu de Hong Kong vers la Chine, anticiper des fouilles approfondies d’ordinateurs, tablettes et mobiles lors du passage aux frontières. Ne pas résister, respecter les consignes des autorités et prévoir un délai plus important pour accomplir ces trajets.


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A propos d'Iremos :

Spécialisé sur les sujets de sûreté, mobilité internationale et gestion de crises, le cabinet Iremos propose deux activités complémentaires : le conseil en organisation et l’édition de logiciels. Composée d’anciens membres des unités d’intervention françaises et d’experts en relations internationales, l’équipe Iremos accompagne entre autres les directions générales d’entreprises dans la sécurisation de leurs déplacements à l’étranger.

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Tags : hong kong, iremos
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