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Ecotaxe : aérien et tourisme lointain, deux boucs émissaires (trop) faciles...

La tribune de Stéphane Rossard, fondateur de Planet Experiences



L'Etat français envisage l'instauration d'une écotaxe sur les billets d'avion qui figure en tête des préconisations de la Convention citoyenne. Alors que le secteur est sinistré, que les compagnies aériennes ont été en partie et ponctuellement sauvées par le gouvernement français, le tourisme va devoir composer avec des attaques venues les citoyens. Mais notre industrie durablement affaiblie ne serait-elle pas devenue une proie un peu trop facile ? Dans cette tribune, Stéphane Rossard, fondateur de Planet Experiences essaye de répondre à la question.


Rédigé par Stéphane ROSSARD le Mardi 15 Septembre 2020

La tribune de Stéphane Rossard, fondateur de Planet Experiences sur l'écotaxe - crédit photo : depositphotos @Rangizzz
La tribune de Stéphane Rossard, fondateur de Planet Experiences sur l'écotaxe - crédit photo : depositphotos @Rangizzz
Guadeloupe Inside
L'instauration d'une écotaxe fait partie des huit mesures préconisées par les 150 participants de la « convention citoyenne pour le climat ».

Un grand débat doit avoir lieu, avant la présentation d'un projet de loi, d'ici à la fin du mois.

Après avoir sauvé le transport aérien au printemps, le gouvernement va-t-il le sacrifier sur l'autel de l'environnement cet automne ? Comme le quotidien Les Echos pose fort judicieusement la question.

Au-delà de l'aérien, par ricochet, le tourisme, en l'occurrence lointain, est directement concerné, impacté.

Le moment est des plus mal choisi.

Le monde du tourisme a davantage besoin d'être rassuré et de se sentir soutenu par les autorités publiques plutôt que d'avoir l'impression de leur asséner un autre coup qui pourrait lui être fatal.

Faut-il rappeler que ces mesures ont été adoptées en juin 2020 par 130 Français sur les 150 volontaires tirés au sort. Ces mesures figurent parmi les 149 propositions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, dont huit concernent spécifiquement le transport aérien.

Il est question aussi d'une « écocontribution renforcée ».

Il s'agirait de porter « l'écocontribution » de 1,50 euro ajoutée en 2020 à la « taxe de solidarité », à 30 euros pour un vol de moins de 2.000 km en classe éco (180 euros en classe affaires) et 60 euros pour un vol de plus de 2.000 km (400 euros en classe affaires).

Une écotaxe, pour équilibrer le budget de l'Etat ? Comme la taxe Chirac

Or la représentativité de ces Français a fait couler beaucoup d'encre et fait encore l'objet d'interrogations.

Un débat toujours d'actualité au regard des conséquences de ces mesures - si elles entrent en vigueur - sur le long terme pour les secteurs concernés.

Outre l'inopportunité du calendrier, il y a aussi des précédents qui nourrissent la défiance et inclinent à la suspicion.

Comme le rappelle le magazine Le Point ''la taxe Chirac devait être mondiale pour permettre d'acquérir des médicaments pour les pays défavorisés.

Elle est restée quasiment franco-française. Par ailleurs, l'excédent de la taxe Chirac (qui dépassait le budget prévu de l'association Unitaid) a été versé au budget général de l'État.

Une entreprise privée qui agirait ainsi serait poursuivie pour abus de biens sociaux. Depuis peu, l'excédent est versé à la modernisation des transports terrestres.
''

Donc quelle garantie offerte à ce jour que le fruit de cette écotaxe bénéficiera bien aux récipiendaires ou sera réellement redistribuée au profit de la cause défendue ?

Mais on le voit bien l'État cède à la facilité et à ces idées qui circulent en ce moment, plus activement que la Covid-19 dans le corps social, comme celle qui fait de l'aérien et, implicitement, le tourisme lointain des pollueurs, des ennemis dangereux pour la planète à qui il faut rapidement et impérativement leur ôter ce pouvoir de nuisance.

L'absence de travail pousse les populations à migrer.

Or l'Europe reste une des destinations phares. C'est ce qui s'appelle un effet boomerang. Effet oublié faute de prendre en compte la réalité dans sa totalité.

Effet du même acabit que celui dit du battement d'aile du papillon et, pourtant, tant mis en avant par ceux-là même qui nous rappellent, au nom d'un futur vivable, l'interdépendance croissante des décisions dans ce monde globalisé.

Autre point que soulève cette proposition : toute société sécrète aussi son propre système de valeurs. Et les hiérarchise.

Nous sommes actuellement dans ce schéma-là de pensées. Comme l'atteste de prendre pour cible systématique le transport aérien.

Loin de nous l'idée de nier ou sous-estimer ses impacts sur le climat et la nécessité impérieuse de progrès de la part du secteur aéronautique.

Quelle solution pour les professionnels face à ces attaques ?

Mais les cycles d'innovation sont parfois lents. Un rythme en décalage avec l'impatience légitime et l'exigence de résultats des citoyens.

Cela, cependant, ne justifie pas cette volonté absolue, d'imposer ce corpus d'idées comme la norme.
Le fond est acceptable. La forme est beaucoup plus discutable.

On le voit bien que toute autre façon de penser ou le simple fait d'émettre des idées différentes indispensables à un débat, le propre de toute démocratie en bonne santé, est pointé d'un doigt accusateur.

Idées édictées comme la norme et qui ne doivent souffrir d'aucune contestation.

Henri Laborit dans son célèbre essai l'Eloge de la fuite, publié en 1976, mettait déjà en garde contre toute société qui impose et assoit sa légitimité sur ses valeurs hiérarchisées et dominantes.

Il faut s'alerter que ''de purs jugements de valeur d'une société donnée à une certaine époque, sont élevés au rang d'éthique, de principes fondamentaux, de lois universelles, alors que ce ne sont que les règlements de manœuvres utilisés par une structure sociale de dominance pour se perpétuer, se survivre" écrivait-il.

C'est pourquoi nous devons être extrêmement vigilants.

Il nous faut réagir en intervenant dans les médias pour faire entendre notre point de vue, un autre son de cloche et rétablir un minimum de vérité et nous mobiliser.

Si nous avions un brin de provocation, la tentation serait grande d'aborder le sujet de la façon suivante :
En quoi les vacances au ski, par exemple, sont-elles davantage ecocompatibles ?

Le simple fait que ce soit local n'est pas un gage en soi de voyage propre et responsable. Mais ne tombons pas dans ce piège dans lequel certains souhaitent nous entraîner.

Piège qui est d'opposer voyage local et voyage lointain par exemple. Un antagonisme qui n'a pas lieu d'être puisque les arguments sont irrecevables entachés de ce biais de raisonnement.

Chacun est libre de passer les vacances qu'il veut. A la condition de ne pas biaiser la réalité sur l'autel d'une doxa qui veut dicter sa façon de vivre au prix de n'importe quelle contre-vérité.

Le plus important pour l'heure est de se mobiliser contre cette doxa qui progresse et s'impose insidieusement dans les esprits.

Et menace dangereusement le monde du tourisme et nos professions.

Les voyages sont-ils réellement la une plaie pour la planète et une menace pour l'environnement ?

Une nouvelle taxe c'est aussi un message fort et audible en termes de communication politique.

Bien plus que de proposer des mesures incitant les compagnies aériennes à investir dans des avions moins polluants et à mieux les remplir.

Compagnies aériennes qui n'ont pas attendu les Etats pour innover et réduire l'impact sur le climat de leurs avions.

C'est ici que le bât blesse.

Car au-delà des questions de calendrier ou de représentativité de ses initiateurs, il y a plus grave.

Derrière cette mesure, se cache en filigrane, avance masquée, une pensée dominante, discriminante et culpabilisante à l'œuvre qui désigne les voyages comme une plaie pour la planète et une menace pour l'environnement.

Conception irresponsable car elle est démagogique en occultant volontairement de parler des bienfaits du tourisme. En tant que travail donc seule source de revenu pour des millions de personnes à travers le monde, indispensable pour faire vivre leur famille.

Et envoyer leurs enfants à l'école. Scolarisation qui est la clé de voûte d'une future insertion sociale et réussite professionnelle.

N'oublions pas les centaines de programmes communautaires et de préservation de la biodiversité menés depuis très longtemps par beaucoup de professionnels du tourisme en collaboration avec des organisations non lucratives et des fondations dans le monde au service du tourisme responsable et générateur d'une croissance inclusive.

Le voyage pour enraciner l'économie locale

Autant de professionnels du tourisme qui n'ont pas attendu cette crise sanitaire pour prendre conscience des enjeux écologiques et sociétaux !

Autant d'initiatives qui ont pour but aussi de compenser les émissions de CO2 et diminuer l'empreinte carbone.

Comme l'a rappelé l'Onu dans une note récente "Pourquoi la crise du tourisme est une menace pour la planète."

Ce qui est gênant dans cette démarche intellectuelle, c'est cette cristallisation sur un point en oubliant le tableau d'ensemble.

Un regard par le trou de la serrure.

Sans prendre en compte ce qu'on appelle les effets externes positifs. Dont l'un majeur est justement ce travail grâce auquel vivent des millions de personnes à travers le monde.

Or ce travail permet un enracinement local, donc contribue de façon significative à diminuer les flux de migrations. Flux donc on connaît tous les conséquences dramatiques.

Et contraires aux objectifs de développement durable fixés par l'ONU dans le cadre de l'Agenda 2030.

Or l'objectif 8 explicitement s'engage à''promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, et un travail décent pour tous.''

A propos de Stéphane Rossard

Ecotaxe : aérien et tourisme lointain, deux boucs émissaires (trop) faciles...
Spécialiste de l'organisation de voyages sur-mesure et MICE en Afrique Australe depuis plus de 15 ans, Stéphane Rossard est aussi le fondateur de Planetexperiences, agence de contenus et d'analyses sur le tourisme et sur les questions de relations internationales.

Expert de l'Afrique, il décrypte le monde et donne des clés de compréhension aux voyageurs et des outils de décision pour les voyageurs d'affaires et événementiels.

Il est aussi consultant médias pour la réalisation de reportages (presse,TV et radios) et le fondateur de www.lanamibie.com/ et de www.lafriquedusud.com/

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1.Posté par Pierrecl le 16/09/2020 10:35 | Alerter
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vouloir tuer certaines cies aérienne on ne peu mieux agir.
Les ecolos vont pousser a fond pour appliquer ces taxes sur l'aerien ils menaceront et l'etat ou ses representants plieront le genoux devant ces nouveaux maitres.
Car le taux de pollution aerien est bien connu et beaucoup moins eleve par exemple que le transport routier mais dans ce cas ces gens la ferment les yeux.
Enfin je me pose la question ces eoliennes qui sont tellement revendiquées par les ecolos y aurait il des retours de finances dans ce domaine.

2.Posté par Covida 2020 le 16/09/2020 11:13 | Alerter
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Les écolos bobos plein aux as ont raisons !!! comme ça ce sera enfin les plus riches qui pourront partir voir les beautés du bout du monde sans être ennuyés par ce "peuple" qui restera agglutiner sur les plages bien françaises qui sentent bon la frite.

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