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Emploi : comment s’adaptent les petites agences ?🔑

Leur défi : Endiguer la fuite du personnel



Lassitude, dĂ©motivation, pression, doute, perte de confiance face Ă  cette crise sanitaire qui s’éternise
 l’engagement des collaborateurs est mis Ă  rude Ă©preuve depuis de longs mois. Les petites agences sont, elle aussi, confrontĂ©es Ă  ces difficultĂ©s de gestion du personnel et parfois mĂȘme Ă  des dĂ©missions en nombre. Verbatims.


Rédigé par le Lundi 31 Janvier 2022

Alain Leviel, groupe Oceane Voyages, Ă  la tĂȘte de huit agences Selectour, Havas, Tui et une indĂ©pendante.

Départs massifs, réassurance, recrutements, les petites structures ne sont pas exemptées des changements organisationnels induits par la crise de la Covid-19. -Depositphotos
Départs massifs, réassurance, recrutements, les petites structures ne sont pas exemptées des changements organisationnels induits par la crise de la Covid-19. -Depositphotos
« Depuis deux ans, sur l’effectif de 35 salariĂ©s, nous avons connu 9 dĂ©parts. Nous les avons laissĂ©s partir, ne voyant pas l’issu de cette crise sanitaire. Ce sont des jeunes intĂ©grĂ©s Ă  l’équipe depuis deux ou trois ans, ils sont partis vers des domaines diffĂ©rents, dont la banque.

Nous avons eu plusieurs petites sorties de crise. Cet Ă©tĂ©, nous avons bien travaillĂ©, les Ă©quipes se sont bien remobilisĂ©es. DĂ©cembre et janvier sont plus calmes, avec cette nouvelle vague. Il y a beaucoup de monde en agence, de demandes de devis, mais nous sommes dans l’attente de rĂ©servations.

Nous sommes sortis du tricotage, dĂ©tricotage, des avaloirs que l’on a remboursĂ©s.

En septembre, nous avions lancé des recrutements, avant de les mettre de cÎté et de rappeler deux retraités. Nous avions eu des difficultés dans le processus de recrutement.

DifficultĂ©s que la crise a certainement accrues. Les formations ont Ă©tĂ© gelĂ©es, beaucoup d’étudiants n’ont pas pu effectuer leurs stages. Et puis, la formation fait moins rĂȘver les jeunes. C’est le cas dans beaucoup de secteur. Tout le monde reprend en mĂȘme temps et a besoin de main d’Ɠuvre.

Malheureusement, notre secteur n’est pas celui qui paye le mieux. Les marges ne sont pas exponentielles. La seule option envisageable serait d’augmenter les prix de vente, on y vient.

Nous espĂ©rons tous une embellie pour mars et avril. Pour le moment, on sent un frĂ©missement, il y a beaucoup de demandes de devis, mais pas encore de rĂ©servations, le chiffre d’affaires ne revient pas Ă  la normal. En janvier, nous avons mĂȘme remis en place l’APLD sur l’ensemble de nos agences. »

A lire aussi : Pénurie : la crise accentue encore les difficultés du secteur à recruter

Yann Leroux - La boutique des vacances, 11 salariĂ©s, 4 agences Arras, Hesdin, Boulogne-sur-Mer, Abbeville (PrĂȘt-Ă -Partir).

« Nous n’avons pas connu de dĂ©parts, nous avons mĂȘme recrutĂ© en pleine crise deux alternants.

Nous sommes une petite entreprise, avec des relations assez privilĂ©giĂ©es avec le personnel. Cette proximitĂ© permet beaucoup d’échanges, de pondĂ©rer les choses, d’accompagner, de rassurer. Pendant le chĂŽmage partiel, de la formation via le dispositif FNE-Formation pour ceux qui le souhaitaient a Ă©tĂ© mises en place.

Comme pour toutes les agences, le quotidien est compliquĂ©, mais nous avons la capacitĂ© de nous soutenir. Ça marche plutĂŽt bien.

Evidemment, il y a des doutes pour certaines personnes, un Ă©puisement face aux difficultĂ©s relationnelles fut un temps. L’ordonnance a brusquĂ© les relations avec les clients. Sans compter sur les difficultĂ©s de gestion : faire, dĂ©faire, refaire, ne plus savoir si on doit faire.

La complexitĂ© des Ă©volutions des conditions sanitaires, des formalitĂ©s, etc
 a menĂ© Ă  une pression, une lassitude des collaborateurs. Il y a des doutes en permanence sur la capacitĂ© Ă  rĂ©ussir, mais ça reste gĂ©rable avec des Ă©changes, un bon accompagnement et du soutien.

Nous sommes transparents, nos équipes ont pleinement conscience de nos difficultés et de la situation de nos entreprises. »

Patricia SaĂŒquere, Sorelh Voyages Havas Ă  Mont de Marsan.

« Une personne a démissionné pour se reconvertir dans les assurances, elle ne voyait pas la fin de cette crise. Et maintenant, elle ne travaille plus le samedi et finit plus tÎt.

Nous sommes deux au sein de l’agence. J’ai toujours une collaboratrice trĂšs motivĂ©e, malgrĂ© le contexte. Il y a de quoi baisser les bras. Actuellement, elle bĂ©nĂ©ficie toujours d’un jour et demi de chĂŽmage partiel. L’agence est fermĂ©e deux demi-journĂ©es supplĂ©mentaires. On travaille sur rendez-vous, un mode de fonctionnement que l’on va conserver.

Actuellement, nous avons Ă©normĂ©ment de demandes de devis. Si on garde ce rythme de croisiĂšre, il faudra penser Ă  recruter. Mais c’est compliquĂ©. On ne peut pas embaucher des intĂ©rimaires pour faire de la vente, le mĂ©tier est trop technique. Les grands rĂ©seaux peuvent recruter et faire tourner leur personnel sur les points de vente, pas moi.

Et puis, on ne va pas s’emballer comme en septembre ou novembre l’an dernier, pour reprendre une gifle le mois suivant, suite Ă  l’arrivĂ©e d’un nouveau variant. Si on n’apprend pas Ă  vivre avec le covid, on ne s’en sortira pas dans nos jobs.

Je vais attendre 2023 avant de réfléchir à embaucher. »

Ludovic Plouvier - Groupe Ulys Voyages, rĂ©seau PrĂȘt-Ă -Partir, Tui store, et agences indĂ©pendantes « Ă  la carte »

« On a perdu plus de la moitiĂ© de nos collaborateurs, 6 sur les 9 salariĂ©s ont dĂ©missionnĂ©. On culpabilise toujours quand on a un salariĂ© qui part. Mais la remise en cause est tout simplement liĂ©e au mĂ©tier, Ă  l’attitude des clients et puis il y a une lassitude Ă  travailler pour tout annuler.
Ce sont essentiellement des personnes qui ont un peu de métier, entre 10 et 30 ans, qui ont connu les belles années qui sont partis. Les jeunes sont restés.

On n’est pas formĂ© au rapport de force avec le client.

J’attends la reprise pour recruter. On embauche plus facilement qu’on ne licencie, il faut s’assurer du redĂ©marrage Ă  long terme pour pouvoir embaucher quelqu’un.

Depuis une dizaine de jours on a Ă©normĂ©ment de clients, mais l’an dernier c’était pareil. On a beaucoup travaillĂ© avant d’annuler tout notre travail en mars et avril. On a l’espoir de voir la fin du tunnel ou d’apprendre Ă  vivre avec le covid. Mais un entrepreneur ne peut embaucher aprĂšs une reprise de quinze jours.

J’espùre pouvoir recruter au moins deux ou trois conseillers de voyages en avril.

En attendant, je me suis restructurĂ© en externalisant la comptabilitĂ© et une partie de la vente, sur la partie recherche « basique » pour garder l’expertise en agence et accorder plus de temps Ă  mes collaborateurs. C’est aussi amĂ©liorer les marges et payĂ© un temps de travail qui correspond Ă  l’activitĂ©. C’est un peu original, je suis en phase test.

Je pense qu’on n’aura pas le choix d’augmenter les salaires, les conventions collectives vont Ă©voluer. Ce mĂ©tier est extrĂȘmement mal payĂ© en comparaison des compĂ©tences qu’il demande, du fait des marges trĂšs basses. Il faut attendre 5 ans pour gagner un SMIC +200 euros. Il reste une chose la passion. »

Caroline Lelievre Publié par Caroline Lelievre Journaliste - TourMaG.com
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