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L’hôtellerie à l’ère du post-Covid-19 : retour en grâce de l’hôtellerie traditionnelle ?

quid des plateformes de services dans le sillage du coronavirus



Selon le World Economic Forum (1) d’ici à 2025, la transformation numérique aura créé près de 305 milliards de $ de valeur pour l’industrie du tourisme. Un tiers de cette valeur doit passer des acteurs traditionnels aux nouveaux concurrents en ligne notamment les gestionnaires des plateformes numériques.


Rédigé par Nathalie Fabry et Sylvain Zeghni, maitres de Conférences à l’Université Gustave Eiffel le Samedi 25 Avril 2020

L’après Covid-19, un retour en grâce de l’hôtellerie traditionnelle ? /crédit DEpositPhoto
L’après Covid-19, un retour en grâce de l’hôtellerie traditionnelle ? /crédit DEpositPhoto
Ces plateformes sont devenues des interfaces incontournables au point de mettre en difficulté des pans entiers de l’hôtellerie traditionnelle.

Cependant, la crise sanitaire du Covid-19 pourrait infléchir la tendance en faveur de l’hôtellerie à condition qu’elle fasse preuve « d’agilité sanitaire ».

Dans le secteur du tourisme, on distingue deux types de plateformes : les plateformes de distribution qui assurent les réservations sur Internet et négocient les tarifs avec les compagnies, les hôteliers ou les tour-opérateurs (Booking, Hôtel.com, Expedia, Priceline, etc) et les plateformes de services qui se décomposent en plateformes « de partage » et plateformes « à la demande ».

Le tourisme est essentiellement concerné par le développement des plateformes de services liées aux mobilités collaboratives de type covoiturage (Blablacar, etc.), à la location d’hébergements entre particuliers (Airbnb, HomeAway, Housetrip ou, sur un créneau haut de gamme, the Collectionnist) ou à la fourniture de services à la demande (conciergerie, guidage, restauration, VTC, etc.).

Les résidents qui étaient les parents pauvres du tourisme réceptif traditionnel, deviennent, grâce à Internet et au développement de l’économie collaborative, des acteurs directs de l’accueil touristique.

Ils sont en mesure de fournir des prestations en C2C en matière de logement entre particuliers (Airbnb, Courchsurfing, etc.), d’accueil guidé des touristes désireux de sortir des sentiers battus (greeters, ToursByLocals), de restauration à domicile (Vizeat, Eatwith), de prêt de voitures (OuiCar), etc.

Cet entrisme s’adosse sur l’économie collaborative (Sharing economy) qui donne la possibilité aux individus d’utiliser le bien d’autrui (voitures, appartement, objet, etc.) moyennant rémunération.

Cela permet aux avoirs sous-utilisés ou dormants de devenir plus « productifs » car « rémunérés » au prorata de l’usage.

Qu'adviendra-t-il des plateformes de services dans le tourisme

Ce type d’échange reflète une économie décentralisée, organisée en réseaux auquel correspond un mode de vie pour lequel l’usage prime sur la possession.

Rifkin (2015) qualifie de « société du coût marginal zéro » cette économie où les citoyens, guidés par la valeur d’usage et non la propriété, deviennent alternativement producteurs et consommateurs de biens, de services et de data.

L’après Covid-19, un retour en grâce de l’hôtellerie traditionnelle ?

Qu'adviendra-t-il des plateformes de services dans le tourisme dans le sillage de la crise du coronavirus ? C'une des nombreuses questions qui se posent sur le sort des leaders de l'économie du partage pré-pandémique tel Airbnb.

Cette société et ses concurrents ont transformé le marché de l'hébergement touristique, remodelant des quartiers et des villes entières au fur et à mesure que les locations à court terme se sont répandues dans les régions du monde très touristiques.

Avec un tourisme en chute libre, des économies nationales chancelantes, les perspectives de ce modèle économique sont désormais bien sombres. Dans l'avenir immédiat, les choses semblent vraiment désastreuses car non seulement partout dans le monde, les réservations d'Airbnb ont chuté selon les analystes d'AirDNA (2) mais surtout la confiance réciproque – ciment du modèle économique de la plateforme - s’effrite.

Face à une situation qui évolue rapidement, Airbnb a offert l’annulation totale de toutes les réservations faites avant le 31 mai, ce qui a remis en cause la confiance des loueurs qui pensaient que les politiques d’annulation qu’ils avaient convenues avec leurs clients seraient maintenues.

Pour restaurer une relation de confiance avec les hôtes, Airbnb met en place un fonds de 250 millions de dollars, afin de les indemniser jusqu’à 25% de leurs revenus perdus, avec un fonds de sauvetage supplémentaire de 10 millions de dollars pour les super-hôtes.

Sera-ce suffisant pour restaurer une confiance largement entamée ? Lorsque le tourisme repartira la forme qu’il pourrait prendre et ce à quoi il pourrait ressembler dans les villes où Airbnb a été le plus présent restent un mystère.

Il pourrait y avoir un retour à moyen terme vers les hôtels traditionnels en raison des craintes quant à la mise en place et au respect des normes d’hygiène. Les touristes pourraient être moins enclins à réserver un appartement sur Airbnb en raison de problèmes de propreté perçus.

Possible basculement vers les résidences de tourisme

En effet, les hôtes ne peuvent tout simplement pas garantir un nettoyage en profondeur après chaque départ alors que les grandes chaînes hôtelières ont déjà mis au point un référentiel sanitaire permettant de garantir une hygiène sûre dans les hôtels après la crise.

Cependant, après une période où la distanciation sociale a été encouragée, les touristes pourraient se méfier du partage d’espaces hôteliers qui connaissent une forte rotation de clients. Un possible basculement vers les résidences de tourisme notamment la location d’appartements pourrait voir le jour.

Ces hébergements gérés comme un hôtel, avec un nettoyage régulier et des précautions en matière de santé et de sécurité, ne pourra que rassurer les touristes. Le secteur hôtelier, sous réserve qu’il fasse preuve d’une « agilité sanitaire », pourrait bien être celui qui se redressa le plus rapidement.

Ce ne serait pas une mauvaise chose pour les villes qui ont besoin de recettes, les résidences hôtelières contribuant généralement davantage en termes de taxes tout en favorisant les emplois à plein temps.

La crise va obliger de nombreux propriétaires d’appartements dédiés à la location de court terme à trouver d’autres moyens de rembourser leurs emprunts, éventuellement en trouvant des locataires à long terme.

À Dublin, par exemple, le nombre d’appartements d’une ou deux chambres à coucher disponibles à la location dans le centre ville a atteint en mars son plus haut niveau depuis cinq ans.

Une tendance similaire semble se dessiner à Londres et à Madrid. Si davantage d’appartements sont loués à l’année, on devrait assister à une amélioration de la qualité de vie des résidents dans certains quartiers des grandes villes très « touristifiés » et en voie de gentrification.

Dans les villes qui ont le plus critiqués les effets des locations à court terme sur le prix des logements et la qualité de vie, comme Paris, Berlin et Barcelone, il est possible que l’arrêt du tourisme élargisse le marché locatif et rende les logements plus abordables pour les habitants.

La crise du Covid-19 semble montrer les limites d’un modèle économique basé sur le no assets et remettre en piste un modèle économique plus traditionnel basé sur le light assets incarné par une marque et garant d’une qualité de service dans laquelle désormais, et pour probablement encore longtemps, la maitrise de la dimension sanitaire deviendra un critère de choix et d’achat.

Notes : (1) World Economic Forum (2007), Digital Transformation Initiative - Aviation, Travel and Tourism Industry

(2) www.airdna.co/blog/coronavirus-update-2-impact-on-strs

(2) Nathalie Fabry et Sylvain Zeghni dirigent le Master Mention « Tourisme » de l’Université Gustave Eiffel (ex-Marne-la-Vallée) qui comprend trois parcours de spécialisation : « Management de la destination », « Meeting & Event International » et « Voyages et Hébergements de Luxe »

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