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Pascal Savary (Atream) : "Nous souhaitons investir près de 2,5 milliards d'euros dans les 3 ou 4 ans à venir"

Interview de Pascal Savary, le cofondateur d'Atream



L'année 2020 n'aura pas été négative pour tout le monde. En quelques mois, Atream a présenté une nouvelle image de marque, un plan de développement de 5 ans prévoyant de posséder à son terme 4 milliards d'euros d'actifs dans l'industrie touristique et de nombreux recrutements prestigieux. Qu'est-ce qu'Atream ? Quelles sont ses ambitions et projets ? Nous avons interrogé Pascal Savary, son co-fondateur et président.


Rédigé par le Mercredi 24 Mars 2021

"ous avons fait des concessions, accompagné et compris l'urgence de la situation. En tant qu'opérateur, ayant les murs et les fonds, nous savons ce que représente financièrement la fermeture d'un hôtel" selon Pacal Savary (Atream) - DR
"ous avons fait des concessions, accompagné et compris l'urgence de la situation. En tant qu'opérateur, ayant les murs et les fonds, nous savons ce que représente financièrement la fermeture d'un hôtel" selon Pacal Savary (Atream) - DR
TourMaG.com - Dans un premier temps, pourriez-vous expliquer à nos lecteurs, ce qu'est Atream ?

Pascal Savary :
Nous sommes une société de gestion de portefeuilles, c'est-à-dire que nous sommes un acteur de la gestion et de l'investissement pour compte de tiers.

Nous investissons pour des institutionnels, comme les banques ou les compagnies d'assurance, puis le grand public via des SCPI (Société civile de placement immobilier) ou SPCI. Nous gérons 4 milliards d'euros d'actifs dont 2 milliards dans le domaine du tourisme en France et en Europe, plutôt Europe du Nord.

TourMaG.com - Ces 2 milliards d'euros comprennent principalement des hôtels ?

Pascal Savary :
Non, pas seulement, nous avons des villages clubs.

Nous sommes un investisseur significatif auprès de Center Parcs, du Club Med, de Mama Shelter, F1, Mercure ou encore Ibis. Nous avons plus de 140 hôtels, 4 Center Parcs, un Club Med.

Dans ces cas précis, nous sommes propriétaires des murs, les grands enseignes sont nos exploitants.

"Nous nous devons de garder en France notre compétitivité, sinon les touristes iront ailleurs"

TourMaG.com - Votre rôle étant d'acquérir l'immobilier, pour les louer ensuite à des acteurs de l'hôtellerie...

Pascal Savary :
C'est ça, nous sommes des investisseurs long terme, c'est à dire à 10 ans ou plus.

Nous rachetons aussi bien de l'existant que nous développons des nouveaux projets. Par exemple pour Center Parcs, nous avons beaucoup réinvesti, pour le remettre à niveau ou encore le futur Mama Shelter de la Défense, nous avons acheté en l'état futur.

Il est important pour les exploitants d'avoir un produit au niveau, pour capter une nouvelle clientèle et augmenter le prix moyen. Nous sommes très soucieux de l'état de nos actifs.

Nous accompagnons dans la durée, y compris des moments difficiles comme, nous l'avons connu avec la covid-19. Nous sommes à leurs côtés, pour leur permettre de redémarrer de la meilleure manière possible, cela n'est possible que si nous restons à leurs côtés durablement.

Ce n'est pas le cas avec des acteurs courts-termites ou opportunistes, car ils doivent créer de la valeur en très peu de temps. Nous créons de la valeur en partenariat avec l'exploitant, il faut de la confiance entre les deux parties, partager le repositionnement des actifs.

TourMaG.com - Quel regard portez-vous sur l'hôtellerie française d'avant crise ?

Pascal Savary :
La crise n'a fait qu'accélérer les changements et évolutions des dernières années.

Le lien de confiance entre les clients et les marques, est un élément important pour fidéliser, mais surtout maîtriser la distribution en direct. Les groupes qui arrivent à cela, ils ont alors la capacité à faire évoluer leurs produits en fonction des attentes des clients.

Si vous prenez Mama Shelter, que nous accompagnons avec conviction, vous voyez bien que cette offre d'hébergement s'est élargie avec de plus en plus d'acteurs, d'autant plus maintenant.

Avec les confinements, il y a un désir très fort de retrouver de la convivialité, des relations sociales, etc. L'hôtellerie va changer, mais cela a toujours été le cas.

La France est sans doute le pays européen qui a le mieux résisté à la crise, grâce à une grande diversité de l'offre. Je rappelle que le tourisme est en France tout simplement la première industrie du pays, nous nous devons de garder notre compétitivité, sinon les touristes iront ailleurs.

"Il n'y a pas de secteurs bouchés, car nous sommes sur une économie de l'offre"

TourMaG.com - Comment trouvez-vous le développement touristique français ?

Pascal Savary :
Cette crise a renforcé un certain nombre d'éléments, comme le respect de l'environnement. Nous ne pouvons plus nous développer sur le littoral comme en Espagne, avec de l'immobilier de masse et des constructions... un peu hasardeuses.

Avec ce respect de l'environnement, nous devons construire une nouvelle offre dans la durée, avec beaucoup plus d'investisseurs pour l'accompagner. Il faut raisonner région par région, avec des produits qui s'adaptent à la culture régionale.

Chez Atream, nous avons un déficit d'offres de qualités sur le littoral, notamment Atlantique, que nous devons stimuler.

Vous savez le tourisme est une économie de ruissellement, si l'industrie représente près de 8% du PIB, avec cet effet vous êtes entre 13 et 15% du PIB français, c'est énorme. L'attractivité des régions passe par le tourisme.

TourMaG.com - Pensez-vous que le développement touristique à la montagne est arrivé à saturation ?

Pascal Savary :
Il n'y a pas de secteurs bouchés, car nous sommes sur une économie de l'offre.

Avant la crise, je vous aurais dit que nous sommes sur une croissance de chiffre d'affaires moyen de 3%, depuis 10 ans, mais aussi du nombre de clients entre 4 et 5% chaque année.

Vous voyez donc qu'il y a toujours des marges de manœuvre. Puis nous oublions souvent que s'il y a 1,5 milliard de touristes dans le monde, vous en avez 750 millions en Europe.

Nous avons donc la capacité la plus importante au niveau de la demande, en revanche il convient d'avoir une offre de qualité. Nous accompagnons le Club Med, un exploitant très exigeant avec une image de marque mondiale.

D'ailleurs nous sommes convaincus de l'offre du Club Med et nous souhaitons continuer à investir à leurs côtés.

TourMaG.com - Vous avez récemment présenté votre plan à horizon 2025, quel est-il ?

Pascal Savary :
Nous voulons doubler nos actifs dans le domaine du tourisme.

Nous considérons que c'est une industrie qui va s'accélérer en termes de développement. Sur le plan européen, nous allons accompagner des grands groupes et des nouveaux talents, en priorité en France.

Après, nous allons poursuivre notre stratégie de développement en Allemagne. Le pays est d'ailleurs en train de rattraper son retard. Le Nord de l'Europe aussi est un bassin important pour nous, car la demande y est très forte.

Je pense que nous devons, en tant qu'Atream, accompagner cette reprise. Plus on investira tôt et plus le rebond sera fort et durable. Cette crise a aussi montré l'importance de l'industrie touristique, notre rôle sera de mobiliser de plus en plus d'épargne et d'investissement pour soutenir le tourisme.

Je peux vous donner rendez-vous dans 28 ou 24 mois, je suis convaincu des bonnes performances qu'elle pourra présenter.

"Je ne milite pas pour des mécanismes fiscaux, mais il faut donner du sens à l'épargne, notamment sur le local"

TourMaG.com - Pour libérer cette épargne, quels mécanismes sont possibles ?

Pascal Savary :
Il faut de l'investissement de proximité, de la transparence.

L'épargnant doit pouvoir se dire que son argent est investi dans l'économie réelle et locale. Il faut une equity story (l’histoire à raconter aux investisseurs ndlr) vertueuse, pour donner envie aux Français et Françaises d'investir.

Cette économie doit être gérée de façon constructive dans la durée. C'est ce qui est important.

Je ne milite pas pour des mécanismes fiscaux, même si personne ne dira non pour que le gouvernement en mette en place, mais savoir que son épargne crée de l'emploi et une nouvelle attractivité dans sa région, cela a plus de sens.

Aujourd'hui, nous avons très peu ce discours pour mobiliser l'épargne des Français, tout le monde parle de mécanismes ou de véhicules. Il serait intéressant d'avoir des véhicules régionaux ou de proximité.

TourMaG.com - Comment avez-vous accompagné les hôteliers depuis un an ?

Pascal Savary :
C'est un travail permanent, au quotidien avec tous les exploitants.

Notre philosophie a été le juste équilibre. Nous avons fait des concessions, accompagné et compris l'urgence de la situation. En tant qu'opérateur, ayant les murs et les fonds, nous savons ce que représente financièrement la fermeture d'un hôtel.

Nous nous sommes positionnés pour permettre dans les moins mauvaises conditions l'accompagnement de cette crise. Le tout en permettant à nos exploitants de pouvoir rebondir à la fin de cette crise, dans les meilleures conditions.

TourMaG.com - 10 milliards d'euros de PGE ont été contractés par l'industrie touristique. Êtes-vous confiant quant à la capacité de l'hôtellerie pour rembourser ces sommes ?

Pascal Savary :
Tout d'abord, il était important que l'Etat maintienne à flot les acteurs, puis nous ne savons pas ce qui sera à rembourser de ce qui ne le sera pas.

Nous parlons aussi, d'une industrie qui génère annuellement 200 milliards d'euros de recette.

Imaginez que du jour au lendemain, il n'y ait plus un seul touriste, il manquera environ 10% dans le PIB français. Je suis persuadé que l'enjeu est tellement important pour le pays, qu'une partie sera transformée en participation.

L'enjeu est considérable. Nous pouvons quand même remercier le gouvernement français pour son action tout au long de la crise. Autant, nous pouvons critiquer la lourdeur administrative, mais là, les décisions ont été prises et l'industrie a été sauvée d'une déroute totale.

Dans le passé, quand il y avait des crises, le soutien n'était pas toujours au rendez-vous, donc le tourisme mettait toujours plus de temps à remonter. Il faut maintenant mobiliser l'investissement privé et l'épargne.

"Nous allons continuer à investir près de 350 millions en 2020 et 700 millions cette année"

TourMaG.com - Vous avez changé votre identité de marque, il y a peu. Comment imaginez-vous Atream dans 10 ou 15 ans ?

Pascal Savary :
C'est loin.

Déjà dans 5 ans, nous voulons conforter notre place d'acteur majeur dans l'investissement auprès l'industrie touristique en France et en Europe. Nous sommes particuliers, car nous avons dans nos équipes de vraies compétences sur la partie exploitation et connaissance des stratégies de positionnement.

Le changement d'identité de marque correspond à un besoin de modernité. Nous avons considéré que cette crise correspondait à un très bon moment pour travailler et moderniser.

Durant la crise, nous avons établi un plan de développement à 5 ans, nous avons renforcé nos équipes, nous allons continuer à investir près de 350 millions en 2020 et allons dépenser 700 millions cette année.

Nous avons recruté Pascale Roque, l'ancienne présidente de Pierre & Vacances, comme directrice générale du tourisme chez Atream. Nous souhaitons dans les 3 ou 4 ans investir près de 2,5 milliards, soit 700 millions par an.

Nous devons muter dans l'adversité.

TourMaG.com - Vous avez des façades maritimes qui ont assez peu de projets d'envergure et de retards au niveau de l'investissement touristique, comme la Bretagne et la Normandie. Dans ces régions, les résidences secondaires se sont grandement développées, ce qui appauvrit le tissu local. Quel regard portez-vous sur ces régions ?

Pascal Savary :
Nous avons des projets qui seront prochainement annoncés aussi bien en Bretagne, qu'en Normandie, mais aussi dans les Hauts-de-France.

Il est nécessaire d'investir sur le littoral, à la montagne, mais aussi à la campagne. Il y a la volonté d'avoir plus d'espaces, moins de tourisme de masse, le qualitatif est de plus en plus important.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par Yves BROSSARD le 25/03/2021 11:34
C’est toujours très intéressant d’entendre la parole d’un investisseur, c’est à dire d’un acteur toujours absent des « institutions » qui sont censées animer la politique de développement des industries touristiques françaises.

Intéressant car c’est un véritable acteur, qui investit gros et sur une durée longue. Qui prend donc de véritables risques, et cherche réellement à en mesurer, et à en limiter, l’amplitude.

L’idée de « véhicules » d’investissement régionaux ou de proximité est très intéressante, mais à la condition que les investisseurs régionaux admettent eux-mêmes que les industries touristiques régionales sont effectivement gérées de façon constructive, dans la durée. Car plus on est près du « terrain », plus on est spectateur des errances et des soubresauts des politiques affectant ces industries, et plus on est prudent et circonspect. L’histoire des quarante dernières années a malheureusement démontré que peu de situations ont été gérées de façon constructive et dans la durée.

Alain Savary mentionne qu’il ne milite pas pour des mécanismes fiscaux ; j’approuve, dans la mesure ou la fiscalité n’est qu’une des composantes de l’algorithme du succès ou de l’échec d’un investissement.

Mais la fiscalité est-elle elle-même gérée de façon constructive et dans la durée ?

J’approuve aussi dans la mesure où le potentiel de développement des industries touristiques françaises est considérable (et les pays asiatiques attachent une attention extrême au développement de leurs industries touristiques), pour peu qu’une véritable politique publique soit construite en matière de développement raisonné de ces industries. Cela n’est pas impossible, puisque cela a été fait dans le passé, éloigné il est vrai.

Ce qui suppose que la « gouvernance » actuelle des « institutions » influençant la politique menée en matière touristique soit complètement révisée, pour qu’elle gagne en efficacité, en durabilité, et en rééquilibrages territoriaux. L’outil des UTN, auquel il est possible de faire recours en montagne et en Corse, peut être une source d’inspiration pour un développement - respectueux des richesses environnementales - des littoraux atlantiques et caraïbes. La mise en place des intercommunalités n’a pas encore - réellement - traité les questions liées au développement des industries touristiques, notamment l’articulation de leur travail avec celui des acteurs des PLU, ni réglé les sujets de superposition stérile des missions avec les comités régionaux du tourisme.

On a beau évoquer le fait que les industries touristiques représentent - dans leur ensemble morcelé - la première industrie française, cela ne se traduit pas dans les faits par la mise en place d’une organisation nationale maîtrisée du développement. L’Etat lui même ne se considère pas, selon le code du tourisme, comme engagé dans cette politique de développement. Beaucoup de non-dits, et pas assez d’action, alors même que les collectivités territoriales et l’Etat sont mécaniquement solidaires en matière d’industries touristiques. La gouvernance est un vilain mot, mais la carence de pilote ou de coordinateur est à la fois le principal frein, et la source d’un gaspillage considérable d’énergie pour les acteurs comme pour les investisseurs, régionaux comme nationaux. Notre « organisation » institutionnelle des industries touristiques date de 1920, puis des années 1960, et nous sommes désormais à des années lumières de ces époques en termes de réalités.

Parmi les mécanismes fiscaux sur lesquels il convient de réfléchir, il en est un qu’Alain Savary ne mentionne qu’indirectement, en creux, quand il évoque la « grande diversité de l'offre » et que
« nous devons garder notre compétitivité, sinon les touristes iront ailleurs ». Je parle de la taxe foncière affectant les immeubles à usage d’hébergement temporaire : elle est assimilée à la taxe foncière des immeubles d’habitation permanente, alors qu’elle devrait s’apparenter à la taxe foncière applicable aux industries. Sujet jugé sans doute mineur par beaucoup, mais pourtant…

Autrement exprimé, si les hébergements temporaires construits dans les territoires français de montagne n’étaient pas si exigus, la réorientation des industries touristiques de la montagne française ne constituerait pas un problème difficile. Or, la taxe foncière, appelée à augmenter considérablement en raison de la disparition de la taxe d’habitation, a contribué très sensiblement au choix de minimiser les surfaces des hébergements temporaires, ce qui est allé à contre-courant de la demande internationale, et même nationale. Et, qui plus est, ce choix a même été improductif au plan de la recette fiscale globale. On a joué « perdant-perdant ».

Ajoutons que jusqu’à présent les résidences « dites prétendument secondaires » restent soumises à la taxe d’habitation, de manière incompréhensible, ce qui ne manquera pas de poser de sérieux problèmes, notamment pour l’avenir à long terme de certains secteurs touristiques, les moins attractifs ou n’offrant pas de solution de reclassement alternatif des immeubles en cas de désaffection touristique.

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