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Pays Basque : Sare, un patrimoine remarquable et des coutumes ancestrales

Une carte postale dans le Labourd



Dominé par la Rhune et les Pyrénées, l’ancien village de contrebandiers assume sans forfanterie son identité pastorale et sa vocation de gardien des traditions. Une commune au patrimoine remarquable, comme en témoigne ses maisons labourdines, son imposante église à galeries et ses coutumes ancestrales.


Rédigé par Jean-François RUST le Vendredi 17 Août 2018

A marcher sur les sentiers de Sare - ou également à cheval -, on transhume jusqu’aux contreforts pyrénéens. Le tout sur fond de montagne de La Rhune, dont le célèbre train à crémaillère gravit les pentes depuis 1924 - DR : J.-F.R.
A marcher sur les sentiers de Sare - ou également à cheval -, on transhume jusqu’aux contreforts pyrénéens. Le tout sur fond de montagne de La Rhune, dont le célèbre train à crémaillère gravit les pentes depuis 1924 - DR : J.-F.R.
Il faut relire Pierre Loti, dans Ramuntcho. « Bientôt il aperçut Etchézar, sa paroisse, son clocher massif comme un donjon de forteresse ; auprès de l'église, quelques maisons étaient groupées ; les autres, plus nombreuses, avaient préféré se disséminer aux environs, parmi les arbres, dans des ravins ou sur des escarpements. (…) Autour de ce village (…), le pays basque apparaissait (…) comme une confusion de gigantesques masses obscures ».

Etchézar est Sare, la localité qui servit de modèle à l’écrivain pour figurer le village de Ramuntcho, dans le roman éponyme.

Si on a pu reprocher à l’auteur d’avoir trop folklorisé le Pays basque, force est de reconnaître qu’en découvrant cette commune, il ne pouvait guère faire autrement que de tomber sous son charme.

Sare est un village de « quartiers », comme beaucoup dans le Labourd.

Ses magnifiques maisons rouges et blanches à balcons sont égrenées dans un décor de collines moutonnantes et de prairies vertes abruptes, sur fond de montagne de la Rhune et de Pyrénées. Une carte postale.

Chemises à carreaux et bérets noirs

Peu étendu, le centre du village regroupe l’essentiel des « poncifs » attachés d’ordinaire au territoire : un fronton historique (1833) planté au cœur du bourg ; une Herriko etxea (mairie) à arcades du 17e s. ; un hôtel familial, Arraya, si ancré dans le décor qu’on le croirait né avec le bourg ; une eliza (église) massive et centrale, entourée d’une ceinture de tombes à stèles hélicoïdales ; une foire aux pottoks, célèbre rendez-vous estival d’éleveurs de cette race primitive de chevaux.

On y croise quantité de « figures locales », en chemises à carreaux et bérets noirs, posés de biais sur les crânes.

Si on s’interrogeait sur l’authenticité de Sare, le mois de septembre chasse les derniers doutes.

Les cinq jours de fête - Sarako bestak - du village égrènent un chapelet ininterrompu de traditions basques : pelote à mains nues sur le fronton central, compétition de rebot sur le second fronton en place libre - une variante de pelote par équipes, aux règles complexes -, Joko Garbi, concours de force basque (Soka Tira, Lasto Altxatzea, Buzkail Biltzea), démonstration de chiens de bergers, improvisation de bertsulari (poèmes basques), danses et chants…

Peut-être entendrez-vous à cette occasion des chansons basques entonnées dans le chœur de l’église-forteresse Saint-Martin, remarquable édifice du 12e s., rehaussé au 17e s., avec ses trois étages de galeries en chêne sculpté - l’une des plus belles églises du Pays basque.

Son clocher porte une étrange inscription. Elle signifie, en français, « toutes les heures blessent l’homme, la dernière l’envoie au tombeau ».

« Travail de nuit »

Pessimistes, les Saratars ? Allons donc.

Peut-être est-ce le souvenir de temps pas si lointains, lorsque de robustes gaillards affrontaient les pentes pyrénéennes à pied pour convoyer vers l’Espagne (et inversement) des marchandises interdites. Un « travail de nuit » qui fit la bonne fortune du village… et conduisit certains devant les tribunaux.

Ou bien est-ce la mémoire parfois tragique de l’océan ? Oui, l’Atlantique.

Car Sare a beau être préservée de la folie estivale de la côte, elle est située à portée d’aile du rivage et de Saint-Jean-de-Luz.

Aux 15e et 16e s., beaucoup d’hommes ont voué leur vie à la marine. Embarqués à bord des baleiniers, on leur donnait des pintes de cidre pour éviter qu’ils attrapent le scorbut...

Des temps dont on mesure la rudesse et l’originalité en visitant la demeure Ortillopitz, exemple parfait d’etxe (maison) basque.

Héritages complexes

Cette splendide ferme du 17e s., restaurée dans sa version d’origine, rappelle des us et coutumes dont certains restent d’actualité.

Pourquoi les pans de bois des maisons basques sont-ils rouges ? « A l’origine, ils n’étaient pas peints. Le rouge est arrivé au début du 19e s. pour décorer, c’était la couleur de la coque des bateaux », rappelle Elies Tapia, héritier de la maison dont il assure parfois la visite.

Pourquoi les habitations sont-elles tournées au sud-est ? « Pour recevoir le soleil dans toutes les pièces, l’ouest [restant] opaque car c’est le côté de la pluie et du vent ».

Qui hérite de la maison familiale ? « En Labourd, les parents choisissent à 55 ans celui de leurs enfants le plus apte à maintenir et entretenir la maison. Ce n’est pas nécessairement l’aîné ou le fils, comme ailleurs en Pays basque. A charge pour lui d’assurer sa descendance pour retransmettre à son tour la maison à la génération d’après ».

Un héritage qui oblige l’élu à vivre sur place, à entretenir l’exploitation - Elies Tapia est agriculteur bio, il cultive des tomates, des pommes et fait du cidre -, voire à accueillir, s’ils le demandent, les descendants de la famille partis vivre à l’étranger !

A l’entendre, ces traditions expliqueraient le non morcellement des terres et le faible risque de voir la maison vendue, tant l’honneur qui repose sur les épaules de l’héritier est grand.

Un droit coutumier basque permettrait même aux propriétaires acculés à la vente de récupérer leur bien une fois la prospérité revenue… « Au Pays basque, ce n’est pas la maison qui appartient à la famille mais la famille qui appartient à la maison », justifie Elies Tapia.

Lavoirs et linteaux…

Pour apprécier pleinement Sare, il faut aussi arpenter ses hameaux et ses chemins.

Du quartier Lehenbizkal à celui d’Ihalar, d’Olhalde à Istilar, on découvre la richesse du petit patrimoine rural : des ponts médiévaux, des parcelles closes de pierres levées, des lavoirs, des oratoires, des linteaux de pierre sculptés sur les façades, un long et étroit passage glissant entre deux murs de l’ikastola (école basque) au centre du village…

Celui-ci débouche sur la Galtzada, une voie médiévale empierrée qui relie Sare à Zugarramundi, en Navarre.

Le sentier fut longtemps l’unique voie de communication avec les voisins du Pays basque sud. Aujourd’hui chemin de loisir, il permet de rejoindre le village navarrais en 2 heures et de découvrir ce territoire frontalier nommé Xareta, comprenant aussi les villages d’Ainhoa et d’Urdax.

A marcher ainsi sur les sentiers de Sare - ou également à cheval -, on transhume jusqu’aux contreforts pyrénéens, à la rencontre des palombières et des enclos à porcs basques, des exploitations d’élevage ovin et des forêts de chênes, de châtaigniers, de mélèzes… Le tout sur fond de montagne de La Rhune, dont le célèbre train à crémaillère gravit les pentes depuis 1924.

L’unique équipement véritablement touristique d’un village qui sait sinon séduire par la seule force de son identité, qu’à l’évidence Pierre Loti avait su capter.

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Tags : Pays Basque, Sare
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