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Sarah Morand (Follow Me by Sarah) : « On fait voyager une personne avant tout, pas son handicap » [ABO]

Développer le B2B


Après près de vingt ans dans le tourisme, Sarah Morand a créé Follow Me by Sarah, une agence spécialisée dans les voyages sur-mesure accessibles. À l’origine du projet, un accident de bateau survenu en 2017 à Bornéo, qui a profondément changé son regard sur le handicap. Depuis, elle défend une approche du voyage où les envies des voyageurs passent avant les contraintes liées au handicap.


Rédigé par le Jeudi 5 Novembre 2026 à 07:33

À travers Follow Me by Sarah, Sarah Morand souhaite favoriser les rencontres avec les populations locales. Au Sri Lanka, elle emmène notamment les voyageurs à la découverte d’une fondation qui accompagne des personnes en situation de handicap - Photo : Sarah Morand
À travers Follow Me by Sarah, Sarah Morand souhaite favoriser les rencontres avec les populations locales. Au Sri Lanka, elle emmène notamment les voyageurs à la découverte d’une fondation qui accompagne des personnes en situation de handicap - Photo : Sarah Morand
Le tourisme a toujours été le fil conducteur du parcours de Sarah Morand.

Après un BTS Tourisme et une licence internationale, elle part travailler au Vietnam, à seulement 20 ans, pour un réceptif spécialisé sur l’Indochine.

Elle poursuit ensuite sa carrière en France, chez Quartiers du Monde puis Partir (Visiteurs), avant de rejoindre Bangkok comme responsable des ventes et des produits pour une clientèle individuelle et francophone.

De retour en France, elle intègre PlanetVeo, devenu Marco Vasco, puis Comptoir des Voyages.

Spécialiste de l’Asie du Sud-Est, elle y travaille à la fois sur la production et la vente, avant d’ouvrir et de diriger l’agence de Lille. Mais un événement va bouleverser son parcours.


Un accident à Bornéo comme point de départ

En 2017, peu avant l’ouverture de l’agence lilloise, Sarah Morand participe à un voyage à Bornéo. Le bateau à bord duquel elle se trouve heurte un pilier en béton. Un passager américain, Dileep, tombe dans la rivière. Il est inconscient et grièvement blessé.

« Je lui ai tenu la main jusqu’à ce que les secours arrivent », raconte Sarah Morand. La prise en charge à l’hôpital local est chaotique. La professionnelle du tourisme reprend ensuite contact avec l’épouse de Dileep, cherche à reconstituer les circonstances de l’accident et l’accompagne dans les démarches engagées sur place. Elle se rendra même dans le New Jersey pour rencontrer la famille.

Dileep gardera de lourdes séquelles, avec notamment une paralysie importante et des douleurs chroniques. Cette rencontre marque durablement Sarah Morand. « Dileep m’a fait comprendre que la vie continuait, mais différemment », explique-t-elle. Elle prend alors conscience de la réalité du handicap, visible ou invisible, mais aussi de ses conséquences sur l’entourage.

« J’ai découvert tout un monde que je ne connaissais pas. Je me suis rendu compte de la manière dont le handicap pouvait bouleverser la vie d’une personne, mais aussi celle de sa famille » , témoigne la fondatrice de Follow Me by Sarah.

Si elle avait déjà été sensibilisée et formée au tourisme chez Comptoir des Voyages, cette expérience devient le point de départ d’un nouveau projet professionnel : créer une structure capable de rendre le voyage accessible au plus grand nombre.

Faire voyager avant tout

Follow Me by Sarah propose aussi des ateliers sensoriels. Ici, Manon, voyageuse non-voyante, participe à un atelier de cuisine chez l’habitant en Asie - Photo : Manon Morel
Follow Me by Sarah propose aussi des ateliers sensoriels. Ici, Manon, voyageuse non-voyante, participe à un atelier de cuisine chez l’habitant en Asie - Photo : Manon Morel
Avec Follow Me by Sarah, Sarah Morand conçoit des séjours sur mesure pour les personnes en situation de handicap moteur, visuel, auditif ou intellectuel, mais aussi pour les voyageurs valides. L’objectif n’est pas de proposer des voyages à part, mais de construire des expériences adaptées aux envies et aux besoins de chacun.

« On fait voyager une personne avant tout, on ne fait pas voyager son handicap », insiste la dirigeante. La destination, les rencontres, les découvertes et les expériences restent au cœur du projet. Le handicap intervient dans la préparation et l’organisation du séjour, sans devenir le sujet principal du voyage.

La fondatrice privilégie les expériences immersives, les rencontres avec les habitants et les itinéraires qui sortent des sentiers battus. Pour les construire, elle s’appuie sur des partenaires locaux de confiance, qu’elle considère comme ses « yeux et ses oreilles » sur place. Tous ne sont toutefois pas prêts à travailler avec des voyageurs en situation de handicap. « Il y a encore beaucoup de réticences. Certains partenaires ont peur de ne pas savoir faire, de ne pas être à la hauteur », constate-t-elle.

Sarah Morand prend donc le temps de les sensibiliser et de les former.

Lire aussi : Agent de voyages : comment créer des séjours 100 % accessibles

Une organisation au millimètre

La préparation d’un séjour peut mobiliser de nombreux intervenants et nécessiter des ajustements très précis. « Il faut tout millimétrer. Il suffit qu’un seul élément ne soit pas adapté pour que tout le voyage soit remis en question », souligne Sarah Morand. Le transport, les transferts, l’hébergement, les activités et les équipements doivent fonctionner ensemble.

Au Panama, l’agence a organisé le voyage d’une personne en fauteuil roulant électrique. Il a notamment fallu trouver un véhicule avec une rampe d’accès et une chaise de douche adaptée. Ne trouvant pas le bon équipement sur place, Sarah Morand a fait appel à un partenaire parisien, qui lui a fourni une chaise reconditionnée. L’agence l’a achetée et transportée dans la soute de l’avion. Elle a ensuite été laissée au partenaire local pour pouvoir servir à d’autres voyageurs.

« On essaie aussi de trouver des solutions qui aient du sens. Cet équipement pourra resservir à d’autres personnes qui voyageront au Panama », explique la fondatrice de l'agence.

L’agence peut également faire appel à des accompagnants professionnels spécialisés dans le handicap. Sarah Morand travaille avec deux personnes de confiance, qu’elle met en relation avec les voyageurs. Leur prestation peut être intégrée au forfait du séjour ou facturée indépendamment.

Cette organisation a un coût. Pour une personne, un week-end de deux jours et une nuit coûte rarement moins de 2 000 euros. Pour une semaine avec assistance, le budget peut atteindre 6 000 à 10 000 euros. « Un véhicule adapté coûte plus cher. Pour une personne non voyante, il peut aussi être nécessaire de prévoir un chauffeur ou un guide qui parle sa langue », précise la dirigeante.

Des aides peuvent parfois être mobilisées, notamment auprès de la MDPH, selon la situation administrative du voyageur.

Développer les collaborations avec les agences

Follow Me by Sarah travaille à la fois en B2C et en B2B, un segment qu'elle souhaite développer.

Aujourd'hui, elle travaille avec des partenaires en France, en Belgique, en Suisse et au Luxembourg. Elle intervient également comme réceptif France notamment pour des voyageurs installés en Australie ou en Amérique.

L’activité représente environ 30 dossiers sur douze mois, un chiffre qui ne correspond pas nécessairement au nombre de voyageurs, certaines demandes concernant des familles ou des groupes. La dirigeante observe une demande qui progresse et se qualifie.

Le contexte géopolitique et sanitaire impose toutefois une vigilance accrue. « On doit être encore plus attentif à ce qui se passe dans les pays », explique-t-elle.

Préserver une dimension humaine

Sarah Morand reste seule aux commandes de l’entreprise. Pour accompagner son développement, elle envisage de s’entourer de professionnels du tourisme, salariés ou indépendants, qu’elle pourra former aux spécificités du voyage accessible.

Son ambition n’est pas de faire grossir Follow Me by Sarah à tout prix. « Je veux automatiser la partie technique, mais je veux garder la partie humaine. On fait voyager des gens à travers le monde et grâce à d’autres humains. Et ça, je veux absolument le préserver », affirme la dirigeante.

Cette dimension humaine se retrouve également dans sa conception du tourisme responsable. Pour elle, la responsabilité ne se limite pas à l’environnement : elle passe aussi par les rencontres et les retombées locales. Au Sri Lanka, certains séjours comprennent notamment la visite de plantations de cannelle et de poivre liées à des fondations qui accompagnent des personnes en situation de handicap. Les voyageurs peuvent ainsi rencontrer les personnes impliquées dans ces projets.

« Ce qui m’intéresse, c’est aussi de créer du lien entre les voyageurs et les populations locales », explique Sarah Morand. Une façon de faire du voyage un espace d’échange, au-delà de la seule découverte d’une destination.

Pour la fondatrice de Follow Me by Sarah, les principaux obstacles au développement du tourisme accessible ne sont d’ailleurs pas toujours matériels. « Les freins sont surtout psychologiques et humains. Les barrières matérielles, on arrive à les lever quand on a l’humain », conclut-elle. Reste à convaincre l’ensemble de la chaîne touristique, des hébergeurs aux transporteurs, de faire de l’accessibilité une réalité concrète.


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Tags : handicap
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