TourMaG.com, 1e TourMaG.com, 1e

logo TourMaG  




Tourisme régénératif : comment intégrer ses principes dans sa stratégie 2027 ? [ABO]

La chronique de Camille Le Guilloux


À l’approche de 2027, le tourisme régénératif s’impose comme une piste de réflexion pour les professionnels qui souhaitent aller au-delà de la réduction de leur impact environnemental. De la restauration des écosystèmes au partage des retombées économiques avec les acteurs locaux, découvrez cinq leviers pour intégrer cette approche à sa stratégie sans tomber dans le piège du greenwashing.


Rédigé par le Jeudi 5 Novembre 2026 à 07:32

Le tourisme régénératif invite à changer de perspective : on mesure ici ce que l’on contribue à préserver, à restaurer et à renforcer - DepositPhotos.com, doidam10
Le tourisme régénératif invite à changer de perspective : on mesure ici ce que l’on contribue à préserver, à restaurer et à renforcer - DepositPhotos.com, doidam10
Tic-tac, tic-tac… La fin d’année approche doucement et vous allez sûrement commencer à préparer votre stratégie 2027.

Alors, j’ai envie de me la jouer « Madame Irma » et de vous faire une petite prédiction : en 2027, les entreprises du tourisme qui voudront avoir un temps d’avance s’intéresseront de près au tourisme régénératif !

L’idée ? Ne plus se contenter de limiter les impacts négatifs du tourisme, mais contribuer activement à restaurer et à renforcer les territoires qui le font vivre. C’est toute l’ambition du tourisme régénératif.

Derrière ce concept qui gagne en visibilité, une question très concrète pour les professionnels : comment passer des bonnes intentions à une véritable stratégie ?

Préserver la biodiversité, réduire ses émissions de CO₂, favoriser les circuits courts, sensibiliser les voyageurs… Ces actions sont indispensables, mais peuvent-elles suffire à rendre le tourisme véritablement bénéfique pour les territoires ?

L’économie régénérative invite à élargir la réflexion : aller au-delà de la réduction des impacts et contribuer à la vitalité des écosystèmes, des communautés locales et de l’économie du territoire.

Alors, pour préparer votre stratégie 2027, voici 5 leviers pour passer du concept à l’action, sans tomber dans le piège du nouvel argument marketing !


De l’économie régénérative au tourisme : changer de modèle

L’économie régénérative, c’est quoi exactement ?

L’économie régénérative propose de repenser notre manière de créer de la valeur en plaçant le vivant au cœur des décisions économiques. Là où une approche classique cherche principalement à produire de la valeur financière, et où l’économie circulaire vise à limiter le gaspillage et à préserver les ressources, l’approche régénérative ambitionne de contribuer à restaurer les écosystèmes et à renforcer les équilibres sociaux.

Autrement dit, on ne fait pas seulement moins de dégâts, mais on va créer les conditions pour que le vivant puisse se régénérer. Cette approche s’inspire notamment de l’agroécologie, qui cherche à restaurer la santé des sols et les équilibres naturels plutôt qu’à exploiter les ressources sans tenir compte de leur capacité à se renouveler.

Appliquée au tourisme, cette logique invite à questionner la finalité même de son activité : quelle valeur va-t-elle créer pour les voyageurs (bien sûr !) mais aussi pour les habitants, les acteurs économiques locaux et les écosystèmes ?

Tourisme durable et tourisme régénératif : quelle différence ?

• Le tourisme durable vise à réduire les impacts négatifs du secteur et à préserver les ressources pour les générations futures.

• Le tourisme régénératif va plus loin dans son ambition : il cherche à contribuer activement à la restauration du vivant et à la vitalité des territoires.

La nuance est ici importante. Un hébergement qui réduit sa consommation d’eau et d’énergie améliore ses pratiques, et c’est déjà super ! Mais s’il travaille en plus avec les acteurs locaux à la restauration d’un milieu naturel fragilisé, tout en veillant à ce que son activité ne dégrade pas d’autres ressources, il peut dans ce cas contribuer à une dynamique régénérative. Et c’est encore mieux !

Petit warning cependant : le tourisme régénératif ne remplace pas le tourisme durable. Réduire ses émissions, ses déchets et ses consommations de ressources reste indispensable. Pas de greenwashing ici : une action positive ne va pas faire disparaître les impacts négatifs de l’activité.

Pourquoi le tourisme est-il particulièrement concerné ?

Le tourisme dépend directement de la qualité des paysages, de la biodiversité, de l’eau, du patrimoine et de l’accueil des populations locales. Mais ses activités peuvent aussi accentuer la pression sur les ressources, les espaces naturels, le logement ou les conditions de vie des habitants.

Stratégie 2027 : 5 leviers pour passer du concept à l’action

Levier 1 : Partir des besoins du territoire

La première étape consiste à comprendre ses enjeux et à dialoguer avec celles et ceux qui la font vivre. Alors on sort de son bureau et on va à la rencontre de ses parties prenantes ! Biodiversité menacée, tensions sur l’eau, difficultés de recrutement, fragilisation des commerces, perte de savoir-faire ou pression touristique sur certains sites : chaque territoire a ses propres priorités. Pour les identifier, vous pouvez organiser des échanges avec les habitants, les associations, les collectivités, les gestionnaires d’espaces naturels et les entreprises locales. L’objectif est de construire des projets qui répondent à des besoins réels, plutôt que d’ajouter une initiative responsable à une to do list déjà longue comme le bras.

Un exemple : avant de développer une nouvelle activité de pleine nature, un opérateur peut consulter les gestionnaires du site et les acteurs locaux pour identifier les zones sensibles, les périodes à éviter et les retombées attendues pour le territoire. Cette démarche suppose aussi d’accepter que le projet initial soit modifié, voire même abandonné si ses conséquences risquent d’être défavorables…

Levier 2 : Restaurer le vivant

La biodiversité est un pilier essentiel du tourisme régénératif. Par contre, on va essayer d’aller un peu plus loin que les gestes symboliques. C’est toujours super de planter des arbres ou d'organiser une journée de ramassage de déchets, mais encore une fois, l’idée ici n’est pas de s’arrêter à ça. Les possibilités dépendent du territoire et des compétences mobilisables : restauration de zones humides, protection des habitats naturels, soutien à des projets de conservation, réduction de la pression sur les ressources en eau ou encore réhabilitation de bâtiments existants plutôt qu’artificialisation de nouveaux espaces.

Un exemple concret : un hébergement implanté dans une zone naturelle sensible peut travailler avec une association spécialisée pour restaurer un habitat dégradé, tout en réduisant sa consommation d’eau, en adaptant ses aménagements et en informant ses clients sur la fragilité du milieu. L’important est de s’appuyer sur une expertise adaptée et de suivre les résultats dans le temps. Une surface restaurée ne garantit pas, à elle seule, le retour de la biodiversité. Il faut pouvoir évaluer l’évolution effective du milieu. Et n’oubliez pas, la restauration écologique ne doit jamais devenir un prétexte pour compenser symboliquement des dégradations qui pourraient être évitées. La priorité restera toujours de réduire les impacts à la source !

Levier 3 : Faire bénéficier l’économie locale des retombées touristiques

Un territoire c’est des paysages, mais aussi des habitants, des entreprises, des artisans, des producteurs et des savoir-faire. Une démarche régénérative doit donc aussi intégrer les dimensions sociales et économiques. Et cela peut passer par des achats auprès de fournisseurs locaux, une rémunération équitable des partenaires, le recours à des guides issus du territoire, la transmission des savoir-faire ou encore le développement de partenariats durables avec les acteurs locaux.

Un rapide exemple : un tour-opérateur peut construire une offre avec des hébergeurs indépendants, des guides locaux, des artisans et des producteurs. Et en plus de leur présence dans le programme, il va veiller à ce que ses partenaires participent à la conception du séjour, soient rémunérés équitablement et bénéficient de relations commerciales durables. Cette logique rejoint les principes du tourisme équitable, qui met l’accent sur la participation des populations locales, le partage des retombées économiques et la construction de partenariats équilibrés (source : ATES - Association pour le tourisme équitable et solidaire).

Levier 4 : Repenser l’expérience du voyageur

Dans une approche régénérative, le voyageur peut participer à une dynamique locale, sans pour autant porter seul la responsabilité de la transformation. À vous, de proposer des expériences qui favorisent la compréhension des écosystèmes, la rencontre avec les habitants et la découverte des savoir-faire locaux. Cela peut passer par des visites guidées par des naturalistes, des rencontres avec des producteurs, des ateliers artisanaux ou des activités de sensibilisation conçues avec des associations du territoire. Le visiteur pourra ainsi mieux comprendre le paysage, et pas « juste » l’admirer. Certains séjours peuvent également proposer une participation à des projets de restauration écologique, à condition que ces activités soient utiles, encadrées par des spécialistes et souhaitées par les acteurs locaux ! Ici, faites quand même attention au piège du touriste « sauveur » : les habitants n’ont pas attendu les voyageurs pour prendre soin de leur territoire. Le rôle du professionnel est de soutenir des projets existants ou coconstruits localement. On évite donc d’instrumentaliser les communautés pour rendre l’expérience plus valorisante.

Levier 5 : Faire évoluer son modèle économique

Vous l’avez compris, intégrer les principes du tourisme régénératif ne consiste pas à ajouter des activités responsables à une offre existante. Cela va forcément amener à questionner votre modèle économique, la manière dont votre entreprise se développe et crée de la valeur. Faut-il systématiquement augmenter les capacités d’accueil ? Développer une nouvelle activité est-il pertinent par rapport aux ressources disponibles ? Comment mieux répartir les flux touristiques sans déplacer les pressions vers d’autres lieux ou d’autres périodes ? Quelle part de la valeur créée reste réellement sur le territoire ? Ces questions concernent aussi bien les hébergeurs que les agences de voyages, les tour-opérateurs, les activités de loisirs et les destinations ! Dans certains cas, une stratégie régénérative peut conduire à limiter la fréquentation d’un site, comme c’est déjà le cas dans le Parc National des Calanques ou en Thaïlande, à renoncer à une nouvelle infrastructure ou à revoir une offre peu compatible avec les capacités du territoire.

Comment construire sa feuille de route pour 2027 ?

Maintenant que l’on a dit tout ça, comment on structure sa démarche ?

Comme d’habitude, inutile de tout transformer du jour au lendemain. Vous n’avez pas de baguette magique, alors on y va étape par étape et on fait preuve de transparence avec ses parties prenantes.

1. Faire un état des lieux : quels sont les principaux impacts de votre activité ? Quelles sont les fragilités et les priorités du territoire ?

2. Dialoguer avec les parties prenantes : habitants, salariés, fournisseurs, associations et collectivités peuvent aider à identifier les besoins et les pistes d’action.

3. Choisir une ou deux priorités : mieux vaut un projet pertinent, coconstruit et suivi qu’une multitude d’initiatives dispersées.

4. Définir des objectifs et de bons indicateurs : le nombre de journées de bénévolat organisées ou le montant versé à une association ne prouvent pas, à eux seuls, qu’un territoire se régénère. Il faut chercher à mesurer les changements réels, en tenant compte du contexte local et, lorsque c’est possible, avec l’appui de spécialistes. Selon le projet, vous pouvez suivre l’évolution de la consommation d’eau, l’état d’un habitat naturel restauré, la part des achats locaux, la rémunération des partenaires ou les retombées économiques pour le territoire.

5. Évaluer et ajuster : les résultats doivent être observés dans le temps. Si les effets attendus ne sont pas au rendez-vous, il faut pouvoir revoir les actions engagées.

Attention au tourisme régénératif comme nouvel argument marketing

À mesure que ce concept gagne en visibilité, le risque est de voir le terme « régénératif » devenir une promesse commerciale de plus, sans critères précis ni résultats démontrés.

Financer un projet de reforestation ne suffit pas à rendre toute une entreprise régénérative. Proposer une rencontre avec un artisan ne garantit pas que les retombées économiques lui soient favorables. Participer à une action environnementale ne permet pas d’affirmer qu’un séjour laisse nécessairement un territoire dans un meilleur état.

Pour rester crédible, votre démarche doit reposer sur des objectifs clairs, des actions adaptées au contexte local, des résultats suivis dans le temps et une communication transparente sur ce qui fonctionne, comme sur ce qui reste à améliorer.

Surtout, les communautés locales doivent rester au cœur des décisions. Comme le rappelle l’ATES dans son analyse du tourisme régénératif, le risque serait de présenter le voyageur comme celui qui vient réparer un territoire, alors que les projets doivent d’abord répondre aux besoins des personnes qui y vivent.

2027 en vue ! Alors, quelle contribution souhaitez-vous apporter avec votre entreprise ?

Le tourisme régénératif invite à changer de perspective : on mesure ici ce que l’on contribue à préserver, à restaurer et à renforcer.

Pour préparer l’année à venir, commencez par vous poser cette question : si mon activité touristique se développait, qu’est-ce qui pourrait concrètement s’améliorer pour le territoire, ses habitants et ses écosystèmes ?

La réponse ne sera pas la même pour un hôtel en bord de mer, un tour-opérateur spécialisé dans les séjours nature ou une destination confrontée au surtourisme. Mais elle peut aider chacun à définir ses priorités, à mobiliser ses partenaires et à faire évoluer son modèle.

À vous maintenant de faire de cette ambition une réalité : construire une activité touristique qui trouve sa juste place dans son territoire, contribue à sa vitalité et participe à son avenir.

Vivement 2027 !

À retenir pour les pros du tourisme

- Partez des besoins du territoire : échangez avec les habitants, les associations et les acteurs locaux avant de définir vos priorités.

- Allez au-delà de la réduction des impacts : préserver les ressources reste indispensable, mais demandez-vous aussi comment contribuer à restaurer les écosystèmes et à renforcer la vitalité locale.

- Faites bénéficier l’économie locale de votre activité : privilégiez les partenaires du territoire, les emplois locaux et une juste rémunération des prestataires.

- Ne faites pas du régénératif un argument marketing : c’est la cohérence de votre démarche et ses effets réels qui comptent.

Pour aller plus loin

- Comprendre l’économie régénérative : découvrez la Fresque de l’économie régénératrice, un atelier collaboratif pour comprendre les principes de l’économie régénérative et identifier des pistes d’action à l’échelle de son entreprise ou de son territoire.

- Faire le point sur ses impacts sur la biodiversité : consultez l’outil d’autodiagnostic destiné aux entreprises touristiques, conçu pour évaluer leurs pressions, impacts, risques et dépendances liés à la biodiversité.

- Trouver des outils pour passer à l’action : explorez France Tourisme Durable, la plateforme publique qui rassemble des ressources, des guides et des outils pour accompagner les professionnels dans leur transition.

- Repenser la gestion des flux touristiques : téléchargez le vade-mecum de la Direction générale des Entreprises, qui propose des pistes pour mieux préserver les ressources, améliorer l’expérience de visite et répartir les retombées économiques.

Retrouvez tous les articles de Camille Le Guilloux en cliquant ici.

Camille Le Guilloux - DR
Camille Le Guilloux - DR
Experte Marketing Responsable, Camille Le Guilloux s’est donné pour mission d’inspirer, outiller et guider les entreprises vers des pratiques plus éthiques et durables du marketing.

Devenue infopreneur à impact et animatrice de différents ateliers RSE de sensibilisation (Fresque du Climat, Atelier 2 tonnes, Fresque Océane, Fresque des Nouveaux Récits), elle accompagne aujourd'hui les entreprises et les étudiant·es en école de Commerce à mettre en place des stratégies performantes et responsables !

Site web : www.kerezenn.com


Lu 148 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus








































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias