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Yannick Jadot : 50% des stations basse et moyenne altitude manqueront-elles de neige d'ici 10 ans ?

"Fact checking" suite aux propos de Yannick Jadot sur la montagne



Le premier tour de la présidentielle a lieu demain ou presque. Ce mardi 25 janvier 2022, Yannick Jadot candidat pour Europe Écologie Les Verts (EELV) annonçait au micro de France Inter que "d'ici 10 ans c'est la moitié des stations de ski de moyenne altitude qui n'auront plus assez de neige." Nous avons décidé de vérifier l'affirmation du député européen. Pour ce faire, nous avons demandé l'avis des Domaines Skiables de France, de l'association Mountain Riders, mais aussi du GIEC et de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture.


Rédigé par le Mercredi 26 Janvier 2022

La présidentielle 2022 entre dans sa grande ligne droite en direction du 1er tour qui aura lieu le 10 avril prochain.

Et pour vous permettre d'y voir plus clair, nous vous proposons un fact checking sur les différentes sorties médiatiques, concernant la course à l'Elysée.

L'enjeu n'est pas d'orienter les votes des lecteurs, mais d'éviter les fakes news et surtout d'aborder des sujets d'actualités de l'industrie touristique sous couvert de suivre la campagne présidentielle.

Lancé dans la course à la présidentielle depuis fin septembre 2022, suite à sa victoire lors de la d'Europe Écologie Les Verts (EELV) Yannick Jadot est l'un des candidats officiels de l'élection à venir.

Invité de la matinale spéciale de France Inter, ce mardi 25 janvier 2021, pour dévoiler son programme, le représentant d'EELV a parlé indirectement du tourisme.

"J'étais il y a quelques jours, à côté de Grenoble, d'ici 10 ans c'est la moitié des stations de ski de moyenne et de basse altitude qui n'aura plus assez de neige," a déclaré Yannick Jadot.

Autant, nous ne remettons pas en question la baisse de l'enneigement (sujet traité il y a presque 5 ans) et les difficultés à venir, en raison du réchauffement climatique, autant ce laps de temps paraît être quelque peu exagéré.

Retrouvez la réponse des équipes d Yannick Jadot au papier dans le lien ci-dessous


Enneigement à 10 ans : "l'affirmation de Yannick Jadot est très discutable" Camille Rey Gorrez (Mountain Riders)

C'est peu dire que la phrase a mis la montagne française en émoi.

A commencer par les Domaines Skiables de France dont le patron, à qui nous avons envoyé l'extrait, conteste bien évidemment les conclusions de la sortie médiatique.

"Je suis extrêmement surpris d'entendre ce genre de choses à une équipe où nous avons la chance d'avoir des outils comme celui développé par les scientifiques de Météo France, surtout que celui-ci a été appliqué au territoire de l'Isère qu'il cite en référence," répond Alexandre Maulin.

En effet, les chercheurs du CNRM (Météo-France, CNRS) et d'INRAE ont développé un ensemble d'outils permettant un suivi scientifique de l'enneigement en France.

Les données permettent de réaliser des simulations couvrant tout le XXIe siècle, à partir de plusieurs scénarios climatiques.

"Ces recherches scientifiques ne donnent pas du tout ces conclusions-là, je veux bien que nous soyons en période de campagne présidentielle, mais il faut respecter les perspectives données par les scientifiques," recentre le président chez Domaines Skiables de France.

Vous me direz que demander l'avis à un acteur qui ne vit que de la neige et du ski, cela oriente un peu le débat. Et pourtant l'association Mountain Riders dont la vocation est d'éduquer à la transition écologique, tient peu ou prou le même discours.

"L'affirmation est très discutable et infondée. Il n'est pas possible de faire une généralité.

Après cette phrase au niveau du symbole, nous allons vers des décennies, où les masses d'eau vont évoluer, avec des saisons beaucoup moins certaines,
" tempère Camille Rey Gorrez, la directrice de l'association.

L'enjeu du papier n'est pas de tourner en ridicule Yannick Jadot, et surtout pas de minimiser l'impact du changement climatique, mais d'aborder le sujet des conséquences du dérèglement sur les montagnes françaises.

Rappelons que nous subissons d'ores et déjà les effets du dérèglement du climat du fait des émissions des gaz à effet de serre (GES).

"Les stations de ski ne vont disparaître du jour au lendemain" Samuel Morin (CNRM)

Après les institutionnels, allons faire un tour du côté des scientifiques spécialistes du sujet.

Pour Samuel Morin, le directeur du Centre national de recherches météorologiques (CNRM) il n'existe pas de date butoir aussi rapprochée, même pour les stations situées en basse altitude.

"Il est difficile d'avoir un discours généralisateur sur la question.

Les conséquences du réchauffement climatique pour les stations de sports d'hiver, nous les vivons déjà aujourd'hui, mais elles ne vont disparaître du jour au lendemain,
" résume le chercheur ayant contribué aux travaux du GIEC.

Il ne fait plus de doute que les propos de Yannick Jadot n'avaient pour seul objectif que d'alarmer sur l'urgence et de grossir le trait sur la situation des montagnes françaises.

Ses conclusions ne reposent sur aucun fait scientifique, même si la dégradation des conditions d'enneigement est bien réelle.

"L'enjeu est de se préparer à la dégradation structurelle de l'enneigement pour faire avec.

Quand une station ferme, ce n'est pas seulement en raison de l'enneigement. Il y a une multiplicité de critères aussi bien économiques, de gouvernance, de stratégie territoriale,
" précise le directeur CNRM.

La montagne française se prépare aussi à la fin de son activité reine, à l'image de Métabief.

Même si ce n'est pas le cas de la majorité des territoires, une bonne partie d'entre eux s'engagent dans une démarche de transition économique, sociale et environnementale.

"Cette posture est moins radicale que le cas de Métabief, puisque certaines stations incluent le ski avec plus ou moins d'importance pendant encore 10, 20 ou 30 ans.

Elles travaillent sur la résilience de l'économie, l'attractivité de son territoire pour faire venir des habitants à l'année,
" rapporte Camille Rey Gorrez, la directrice de Mountain Riders.

Pour aller plus loin, nous vous proposons une interview de Hugues François, ingénieur de recherche à l’INRAE et spécialiste de la question de l'enneigement.

"Ce qui posera problème pour les stations, c'est la récurrence de ces années difficiles"

TourMaG.com - Quel regard portez-vous concernant les propos de Yannick Jadot ?

Hugues François :
L'état de la science aujourd'hui ne permet pas d’aborder les choses de manière aussi tranchée , dans le sens où la neige est une ressource extrêmement variable d'une année sur l'autre.

A l'avenir, il y aura toujours des hivers très enneigés que très mal enneigés, sauf que nous aurons de plus en plus de saisons hivernales avec un mauvais enneigement.

Nous allons vers des difficultés d'exploitation récurrentes.

Dix ans, ce n'est pas une échelle de temps compatible pour détecter une tendance sur une thématique aussi variable que l'enneigement.

Par exemple pour notifier les tendances à la baisse de la neige sur le Col de Porte, Météo France a 60 ans de recul. Nous avons observé que la hauteur de neige a diminué de moitié depuis les années 60.

TourMaG.com - Quelles conclusions tirez-vous de vos travaux ?

Hugues François :
Les conditions d'exploitation les plus difficiles, ce que nous avons coutume d’appeler les "hivers sans neige", vont avoir tendance à se multiplier.

Actuellement, les pires saisons, celles qui ont une chance d'arriver une année sur cinq, nous constatons que cela se reproduira une année sur deux d'ici à 2050..

Donc ce qui posera problème pour les stations de sports d'hiver à terme, c'est la récurrence de ces années difficiles. Cette plus grande fréquence menacera la survie économique d'un outil de production.

Néanmoins, à horizon de 2050, la production de neige permettra de revenir à un niveau d'enneigement équivalent à ce que nous avions constaté sur la période allant de 1985 à 2015 en ne tenant compte que de la neige naturelle.

Ce maintien du manteau neigeux aura un coût écologique direct, puisqu'il va falloir augmenter de 40%, par rapport à la situation actuelle, l'eau nécessaire pour parvenir à ce résultat.

Les pratiques de gestion de la neige ont beaucoup progressé ces dernières années et les exploitants sont capable d’ouvrir les pistes avec moins de neige qu’auparavant.

Pour autant, cette logique ne sera pas nécessairement accessible pour toutes les stations, puisque cela nécessite des capitaux pour investir dans les technologies adaptées et suppose également de nouveau une augmentation des coûts d’exploitation.

La fermeture des domaines skiables en difficultés au niveau de l'enneigement ne sera pas automatique.

Dans certaines stations, l'activité des remontées mécaniques n'est pas directement rentable, par contre, l’activité touristique qui en découle irrigue tout un territoire, amenant la collectivité à investir pour maintenir ces installations.

TourMaG.com - Avez-vous une vision après 2050 ?

Hugues François :
Au-delà ce sont clairement les émissions de gaz à effet de serre qui vont décider des marges de manoeuvre des stations.

Sur un scénario de croissance des gaz à effet de serre, le déficit d'enneigement sera catastrophique, celui de neutralité carbone nous permettra de maintenir des conditions comparables à 2050.

Celui intermédiaire, avec une stabilisation des émissions au niveau de celles de 2050, alors nous observons une dégradation continue de l'enneigement jusqu’en fin de siècle, mais loin de l’effondrement si lnous n'arrêtons pas la croissance des émissions de GES.

Tous les éléments que je vous donne ont été calculés à l’échelle de l’ensemble des Alpes. Cela donne une tendance, au sein de laquelle, il faut tenir compte des spécificités de chaque domaine skiable.

Il ne faut pas non plus se résigner et subir le changement dynamique, nous pouvons être proactifs. Les marges de manoeuvres que nous aurons demain dépendent des décisions que nous prenons aujourd'hui. Il est encore temps pour agir !

Je voudrais aussi à préciser que les stations de ski n'ont pas été créées pour les skieurs et les 8% de privilégiés qui en profitent. Elles n'ont pas été construites pour les touristes, mais pour que les populations puissent se maintenir en montagne.

L'enjeu n'était pas de faire skier les Français, mais d'alimenter en devises la vie sur les versants français.


Le tourisme est menacé par le changement climatique, alors même que cette activité menace le climat, car elle repose sur la mobilité. C'est un peu tout le problème dans nos massifs : comment accompagner cette sortie du tout tourisme ?

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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