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Réchauffement climatique : fin du ski pour la moyenne montagne en 2030 ? Le cas d'école de Métabief

Interview d'Olivier Erard, le directeur du Syndicat Mixte du Mont d'Or



Le réchauffement climatique est une réalité, même si la France grelotte ces derniers jours. A la montagne, la neige a parfois disparu des pistes de ski, bien avant la fermeture présumée des stations. Faisant face à en enneigement de plus en plus restreint, la station de Métabief se prépare d'ores et déjà à la fin du ski alpin. Si pour le village du Haut-Doubs, cette petite mort est attendue pour 2035 au plus tard, il est venu le temps de se tourner vers l'avenir. Demain quel avenir pour nos stations de moyenne altitude ? Rencontre avec Olivier Erard, le directeur du Syndicat Mixte du Mont-d'Or qui supervise la Station de Ski de Métabief.


Rédigé par le Mercredi 14 Avril 2021

"L'épidémie, nous conforte dans l'idée que nous sommes, les stations de moyenne montagne,  dans le changement obligatoire" selon Olivier Erard, le directeur du Syndicat Mixte du Mont d'Or  - Crédit photo : Compte Facebook Station de Métabief
"L'épidémie, nous conforte dans l'idée que nous sommes, les stations de moyenne montagne, dans le changement obligatoire" selon Olivier Erard, le directeur du Syndicat Mixte du Mont d'Or - Crédit photo : Compte Facebook Station de Métabief
TourMaG.com - Avant d'aborder votre décision et étude, concernant l'avenir du domaine skiable de Métabief. Que représente la station dans son territoire ?

Olivier Erard :
Métabief est une station dont le domaine skiable est situé entre 900 et 1 400m d'altitude, avec 40 km de pistes, dans le massif du Jura.

Nous sommes dans le territoire du Haut-Doubs (une région naturelle comprenant la partie montagneuse du département du Doubs) donc très marqué par le ski nordique.

Métabief représente un poids important de cette activité puisque la station génère 30% à 35% de l’économie touristique du pays du Haut-Doubs. Dans la région, le tourisme n'a pas une importance capitale économiquement parlant, du fait de notre proximité avec la Suisse.

Enormément d'actifs travaillent en Suisse, par contre le tourisme est vital d'un point de vue sociétal.

TourMaG.com - D'un point de vue sociétal, qu'apporte donc le tourisme pour ce département ?

Olivier Erard :
Le tourisme permet de garder le territoire ouvert sur le monde, mais aussi de justifier des équipements, comme les cinémas, les piscines ou les infrastructures de loisirs.

Sans les touristes ces structures ne seraient pas rentables et leur maintien ne pourrait pas être justifié simplement avec les habitants.

Le population du Haut-Doubs comprend presque 50 000 habitants, et la communauté de communes dont dépend Métabief n'aurait pas le niveau d'équipements pour ses habitants sans le tourisme, malgré un niveau de vie très élevé.


Vous comprenez donc que l'activité est vitale pour maintenir la vie dans la région. Le tourisme ne peut pas seulement se compter en point de PIB, nous avons du mal à valoriser son influence.

La richesse économique que génère le voyage est trop réductrice.

"Si aujourd'hui nous arrêtons le ski alpin, alors nous assisterons à l'effondrement de l'économie touristique"

TourMaG.com - Que deviendraient alors Métabief et le Haut-Doubs sans les touristes ?

Olivier Erard :
Ici, le foncier est très élevé, le pouvoir d'achat aussi, mais si vous refermez sur lui-même un territoire riche, alors vous aurez une région conservatrice.

L'altérité et l'échange avec l'autre sont essentiels.


La place du domaine skiable est importante, sans être indispensable. Quand nous nous sommes posé la question de l'avenir de la station, si aujourd'hui nous arrêtons le ski alpin, cela entrainera 50% de l'économie touristique en moins et donc l'effondrement de l'économie touristique.

TourMaG.com - A quand remonte la décision d'étudier une possible fermeture du domaine skiable de Métabief alors que son rôle est moteur dans le Haut-Doubs ?

Olivier Erard :
C'est un processus long, d'au moins 5 ans. Tout a commencé par le parc des remontées mécaniques et son avenir.

Nous avons des appareils des années 1980, pas forcément maintenus de façon optimale, car en France la culture est de renouveler les équipements tous les 20 ou 30 ans.

Ces appareils sont arrivés en fin de vie. En 2015, nous avons fait un schéma directeur d'aménagement de 15 millions d'euros, pour renouveler le parc. L'investissement était très conséquent pour la communauté de communes.

J'ai établi différents scénarios avec des dates de fermeture. Une chose est sûre, nous n'étions pas prêts pour une fin rapide, car la station n'était pas mature.

Je suis arrivé à la conclusion qu'entre 2030 et 2035, cela deviendrait compliqué pour la station.

"L'épidémie, nous conforte dans l'idée que nous sommes dans le changement obligatoire"

TourMaG.com - Quel était le postulat au moment où l'étude sur l'avenir de la station de Métabief a été lancée ?

Olivier Erard :
Nous n'étions pas du tout dans l'hypothèse d'une fermeture, mais plutôt dans l'euphorie d'une redynamisation de la station.

Nous étions alors en 2006, dans une politique de développement. Nous ne nous posions pas vraiment la question de la fin du domaine skiable. Jusqu'en 2016, nous avons cru que la neige de culture sauverait Métabief.

Je suis glaciologue de formation, je connais la problématique du réchauffement climatique, mais à l'époque il n'y avait rien de solide. Surtout que nous sommes sur une station de moyenne montagne où presque chaque mètre compte.

En l'espace de 10 ans, la recherche s'est surtout affinée. Nous avons aujourd'hui, tous les outils en France pour permettre aux stations de se projeter.

Nous nous sommes alors aperçus qu'en dessous de 1 100 m, nous n'avions peut-être pas 20 ans devant nous. L'autorité environnementale en 2017 nous demande de bétonner l'approche climatique de notre dossier.

Des études s'enchainent et les publications aussi, je croise toutes les informations et nous nous rendons compte que nous allons droit dans le mur.


TourMaG.com - D'ailleurs, avec le recul, vous ne regrettez pas cet investissement pour la neige de culture ? N'est-ce pas une vision une court-terme ?

Olivier Erard :
Je ne regrette absolument pas, car aujourd'hui le domaine skiable serait déjà fermé, avec les conséquences que vous savez.

Quand j'entends certaines personnes faire la morale, en disant "nous vous avions bien dit qu'il ne fallait pas faire de neige de culture", cela m'agace pour rester poli. Sans le ski, les idées de slow tourisme ou de transformation de l'activité, il serait impossible d'en parler.

L'investissement dans la neige de culture a été vital et le sera pour la transition.

Bien sûr qu'il faut faire de la neige de culture, de façon raisonnée, mais surtout la produire en conscience, savoir durant combien de temps elle sera une solution et pour préparer l'après. Il est nécessaire d'arrêter le bashing sur la neige de culture.

TourMaG.com - Avec la crise sanitaire, la montagne française a déjà eu un aperçu d'un monde sans ski. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Olivier Erard :
Cela nous conforte l'idée que notre moyenne montagne attire.

Après le retour d'expérience sur cette saison blanche, c'est que nous n'avons pas été capables d'être agiles. Je pense que nous aurions pu mieux profiter de l'affluence que nous n'avions pas anticipée.

La vertu d'un domaine skiable, c'est qu'il concentre la fréquentation dans un lieu. Cet hiver, les skieurs et les populations se sont diffusés partout dans la station et la montagne, pour la biodiversité, c'est inquiétant.

Nous nous rendons compte que si nous travaillons sur le capital humain, pas seulement technologique, alors cette transformation n'est pas si difficile. La crise nous montre que la montagne est attractive pas seulement pour le ski alpin.

L'épidémie, nous conforte dans l'idée que nous sommes dans le changement obligatoire et ceux qui ne voudront pas changer sortiront du jeu.

"Personne, mais absolument personne, ne sait qu'elle sera l'activité ou le business qui remplacera le ski"

" Il faut regarder la réalité telle qu'elle est et faire confiance aux réalités climatiques," selon Olivier Erard - Crédit photo : Linkedin
" Il faut regarder la réalité telle qu'elle est et faire confiance aux réalités climatiques," selon Olivier Erard - Crédit photo : Linkedin
TourMaG.com - La transition vers un tourisme différent, plus vert et tourné vers l'avenir, ne peut pas se faire du jour au lendemain...

Olivier Erard :
C'est exactement cela.

Il faut du temps et ne surtout pas dire ce que sera le modèle de demain. Personne, mais absolument personne, ne sait qu'elle sera l'activité ou le business qui remplacera le ski.

La montagne de demain prend du temps pour s'imaginer et se construire. Par contre si, nous restons dans notre pensée unique et notre confort, nous n'arriverons pas à nous adapter.

Pour maintenir nos équipements jusqu'à 2030, j'ai trouvé une solution grâce à un maitre d'œuvre spécialiste des bâtiments métalliques.

TourMaG.com - Êtes-vous confiant dans l'avenir ?

Olivier Erard :
Ayant trouvé une solution, en 2018, pour maintenir nos remontées mécaniques, pendant encore une quinzaine d'années, nous avons commencé à nous projeter.

Le changement viendra du terrain, nous devons sortir des postures des institutionnels et des associations qui pensent pour les gens de la montagne. Vous avez d'un côté ceux qui disent sans le ski tout est fini et de l'autre qui disent toute façon le ski est fini.

Ainsi, si nous arrêtons en 2030, les activités économiques autour du ski, alors le chiffre d'affaires sera divisé par 4. Les retombées touristiques sur le territoire du Haut-Doubs chuteront alors de 30 voire même 50%.

Le domaine skiable crée une inertie dans un territoire, car les opérateurs sont bien souvent dépendants et ne cherchent pas d'autres centres d'intérêt.

Par contre si nous coupons en douceur cette dépendance, alors les acteurs iront chercher de la croissance sur d'autres activités.

Nous avons animé toute une réflexion sur les alternatives au ski sur le domaine skiable, avec les contraintes que notre montagne vit de la forêt de l'agriculture.

"Il faut regarder la réalité telle qu'elle est et faire confiance aux réalités climatiques"

TourMaG.com - Donc vous avez pris le parti qu'après le ski, il n'y aura plus de construction venant défigurer la montagne ?

Olivier Erard :
C'est un peu ça, car notre marge de manœuvre est restreinte.

Nous n'allons pas étendre le domaine des VTT qui ne permet d'ailleurs pas d'amortir les remontées mécaniques, pas même de pailler à leur mise en route. Au mieux nous pouvons mettre une luge 4 saisons.

Depuis 2019, j'ai mené des études sur le VTT, le trail, la mobilité, le numérique et d'autres, pour élaborer des pistes de réflexion de ce qui pourrait être mis en œuvre afin de déclencher de la croissance nouvelle.

Le territoire a déjà les prospectives et les outils pour se retourner, avec dix ans pour se libérer de l'inertie du ski.

TourMaG.com - Quelles sont les pistes pour se passer du tout ski ?

Olivier Erard :
Nous avons développé différentes pistes, mais si nous améliorons le système des activités outdoor existant, alors Métabief a déjà fait la moitié du chemin vers sa transition.

Il n'y aura pas d'entre-deux, en 2030 ou 2035, la décision devra être prise. Après il est humain de freiner le changement et de s'accrocher à l'existant.

Je n'ai pas de boule de cristal et je ne sais pas ce qu'il y aura après. A ce niveau-là, c'est la panique. Il faut bosser, inventer, innover et se former. Puis il n'y a pas que le tourisme, nous ne voulons pas vendre un futur.

A partir du moment, où nous avons annoncé la décision, vous vous rendez compte que cela libère des énergies et que des opérateurs vont prendre de la place. En 10 ans, nous pensons que le territoire s'adaptera.

TourMaG.com - Quels enseignements devraient tirer la montagne de votre expérience ? Il serait nécessaire qu'un plan national soit lancé, afin de permettre à la montagne française de se projeter, car nous nous rendons bien compte que votre cas n'est pas isolé.

Olivier Erard :
Chaque situation est particulière, je pense que le chemin doit venir du domaine skiable.

Ce dernier a tout intérêt à être clair et honnête sur sa vie future, cela concerne aussi des domaines skiables importants qui ont certaines parties basses difficiles à enneiger. La première étape pour eux serait de poser les prospectives climatiques, afin de connaître la viabilité du domaine.

Les chiffres peuvent faire peur, mais cela laisse du temps pour s'adapter. Le porteur de mauvaise nouvelle doit être légitime, s'il vient de tout en haut, alors cela ne va pas avancer dans le bon chemin.

Il faut regarder la réalité telle qu'elle est et faire confiance aux réalités climatiques.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par Serge LACROIX le 30/04/2021 16:07 | Alerter
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Article très intéressant par sa lucidité. Ce territoire (y compris avec le Lac de Saint-Point) est magnifique en été ; et de ce fait il faut avoir confiance en sa capacité à séduire des visiteurs extérieurs.

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