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FUTUROSCOPIE - Quand les pénuries menacent, un nouveau touriste émerge 🔑

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)



Pendant que les professionnels du tourisme se frottent les mains en voyant la fréquentation de leurs destinations reprendre des couleurs et atteindre des pics, il est une autre petite musique sur laquelle nous devrions tendre l’oreille. C’est celle concernant les pénuries qui nous guettent et le changement d’époque vers lequel nous nous acheminons. Après les périodes d’abondance, en particulier dans nos pays occidentaux, les manques de toutes sortes qui sont à l’ordre du jour, font évoluer les comportements touristiques dans une direction imprévue. Par ailleurs, de nouvelles questions reviennent sur la table. Elles concernent les relations entre tourisme, pays émergents et pénuries. Et celles-ci sont d’ordre éthique. Analyse.


Rédigé par le Mercredi 4 Mai 2022

Avec les pénuries récurrentes, sera-t-il acceptable de voyager dans certains pays et de consommer une partie des ressources domestiques au détriment de la population locale ? - DR : DepositPhotos.com, MonaMakela
Avec les pénuries récurrentes, sera-t-il acceptable de voyager dans certains pays et de consommer une partie des ressources domestiques au détriment de la population locale ? - DR : DepositPhotos.com, MonaMakela
La pandémie avait créé des pénuries notamment de matériaux de construction dans le secteur du bâtiment ou de pièces détachées pour les bicyclettes et autres appareils ménagers…

Et cela, tandis que le manque de main-d’œuvre dans certains secteurs faisait la une de l’actualité. « Manque », « moins », « diminution », « récession »… Le monde de la « surabondance » ou au moins du vocabulaire de l’abondance dans lequel nous vivions, nous Occidentaux, était en train de s’aventurer dans les eaux tourmentées et inquiétantes de la disette. 

Et nous en étions enfin informés, voire alertés.

Mais, plus que la pandémie, c’est la guerre en Ukraine, un accident de l’histoire inattendu, qui, en provoquant d’autres pénuries encore plus graves, nous met aujourd’hui, et chaque jour un peu plus face à une évidence que les militants de la sobriété dénonçaient pourtant depuis longtemps.

Les pénuries alimentaires commencent à apparaître et frappent plus que les autres les esprits : la réduction des importations de céréales, celle d’huile de tournesol… entraînant des hausses du prix de cornets de frites, même si elles sont exagérées et que nous ne risquions pas encore grand-chose, inquiètent.

Elles fragilisent d’autant plus qu’elles s’accompagnent de nouvelles pénuries, celles d’énergie vers lesquelles nous nous acheminons pour l’hiver prochain et qui sont probablement bien plus réelles et difficiles à supporter quand le froid ou les grandes chaleurs nous toucheront.

Un ou deux degrés de moins ou de plus, ce n’est pas neutre pour des sociétés dans lesquelles la crise énergétique ne touchait jusqu’à présent que les foyers les plus modestes et tant que les bâtiments publics étaient épargnés.


Une ambiance pénurie où l’eau viendra à manquer

Autres pénuries annoncées : les métaux rares dont la diminution va freiner la production de matériels numériques, de chargeurs de batteries, etc.

Et surtout, surtout n’oublions pas la pénurie d’eau qui, selon l’ONU, touche actuellement près de 700 millions de personnes dans 43 pays et qui en 2025, touchera 1,8 milliard de personnes.

Pire, selon le scénario actuel sur le changement climatique, près de la moitié de la population de la planète vivra dans des régions soumises à un fort stress hydrique d'ici 2030, dont entre 75 millions et 250 millions en Afrique.

De plus, la pénurie d'eau dans certaines régions arides et semi-arides poussera entre 24 et 700 millions de personnes à se déplacer.

Évidemment, dans le domaine environnemental, les dégâts du changement climatique sur la faune et la biodiversité en général sont également à mettre sur le compte des pénuries présentes et avenir.

Moins d’espèces, c’est une pénurie d’abeilles, et autres insectes et animaux indispensables à la survie de l’homme dans un nombre grandissant de régions du globe.

C’est toujours la comparaison qui crée la frustration

Mais quel rapport me direz-vous avec le tourisme et les touristes ?

Premièrement, cette époque de « moins » dans laquelle nous allons devoir vivre et à laquelle il faudra bien s’habituer va probablement constituer un traumatisme dont on mesurera l’intensité dans les années à venir.

Une société de consommation parfois excessive, compulsive et surtout de « consolation » va se transformer en une société dans laquelle il faudra compter, calculer, faire attention, et « in fine » se priver.

Pauvres mais aussi riches devront s’habituer à une forme de « frustration » à laquelle ils n’avaient pas été préparés, que ce soit parmi la population des baby-boomers, celle de la génération X et Y.

Enfants gâtés, ayant vécu au rythme du « toujours plus » et du gaspillage, à celui de la « fast food », de la « fast fashion » et de cette consommation toujours plus pléthorique et inutile que fort heureusement ils commencent à dénoncer, les Occidentaux risquent de se sentir d’autant plus frustrés qu’ils feront des comparaisons pendant encore longtemps avec le « monde d’avant », celui de l’opulence.

Durant leurs vacances, leur faire accepter des coupures d’eau, des piscines et des golfs ouverts seulement quelques semaines dans l’année, des chambres non climatisées… ne va donc pas être chose simple, y compris pour les plus éduqués et sensibles aux problèmes environnementaux.

Et que dire du tourisme hivernal durant lequel il faudra réduire les températures intérieures ? Que dire encore de l’obligation de choisir des transports collectifs alors que l’essence manquera ?

Ce sont donc des touristes en pleine mutation psychologique et comportementale qui composeront votre clientèle qu’il faudra affronter.

Les arbitrages d’ordre éthique

Par ailleurs, les pénuries récurrentes affectant certains pays vont poser la question suivante : est-il acceptable de voyager dans ces pays et de consommer une partie des ressources domestiques au détriment de la population locale ?

Le débat est shakespearien. En effet, n’importe quelle destination touristique vivant en grande partie sur son tourisme refusera probablement de réduire la fréquentation touristique internationale qui fournit emplois et richesses et fait grimper son PIB.

La Tunisie ou le Sri Lanka ou l’Égypte, voire même la Grèce pourraient être dans ce cas. De vache à lait, le touriste redeviendrait ainsi « prédateur ». Ce qu’il a toujours été aux yeux de nombreux militants de l’égalité des rapports nord-sud.

Mais, les débats amorcés il y a cinquante ans qui sont restés sans réponse et qui surviennent concrètement dans un monde proche du « burn out » peuvent se reposer et devenir rapidement explosifs…

Je n’ai pas de réponse. Je souligne juste les risques qu’il ne faudrait pas minimiser…

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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