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Futuroscopie - Les Britanniques rĂȘvent aussi de vacances 🔑

Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie


DĂ©rĂ©gulĂ© par la pandĂ©mie et en partie par le Brexit, le marchĂ© britannique a manquĂ© Ă  beaucoup de destinations. Il faut dire qu’avec 95 millions de dĂ©parts annuels, il Ă©tait retombĂ© en 2020, Ă  23 millions seulement. Du jamais vu. Tandis qu’en rĂ©ceptif, il enregistrait des dommages tout aussi spectaculaires, de l’ordre de 80% de baisse.
Avec la fin des restrictions sanitaires, ce marchĂ© a cependant repris des couleurs. A tel point que l’on estime qu’à Paris, les arrivĂ©es des Britanniques pourraient ĂȘtre d’avril Ă  juin 2022 d’environ 32 000. Soit + 1979% par rapport Ă  2021 et + 10% par rapport Ă  2019 ! Mais, c’est sans compter sur l’impact de la guerre en Ukraine et sur celle de l’inflation qui fait flamber les prix et fondre les Ă©conomies de nos voisins.
MalgrĂ© l’incertitude ambiante, qu’attendre de ce marchĂ© vedette fort convoitĂ© par les destinations rivales ?


Rédigé par le Mercredi 23 Mars 2022 à 23:45

Avec quelque 93 millions de départs internationaux, ils constituent traditionnellement 15% des touristes internationaux et se classent en troisiÚme position derriÚre les Allemands et en temps normal derriÚre les Chinois.   Depositphotos.com Auteur serrnovik
Avec quelque 93 millions de départs internationaux, ils constituent traditionnellement 15% des touristes internationaux et se classent en troisiÚme position derriÚre les Allemands et en temps normal derriÚre les Chinois. Depositphotos.com Auteur serrnovik
TrĂšs francophiles, les Britanniques ont bon an mal an toujours reprĂ©sentĂ© environ 10 millions d’arrivĂ©es dans l’Hexagone, parfois plus, puisqu’en 2019, on en dĂ©nombrait 12 millions fournissant selon les estimations d’Atout France 5 milliards d’euros de recettes, pour une durĂ©e moyenne de sĂ©jour de 6,5 jours.

Il faut dire que nos voisins d’Outre-Manche ont toujours Ă©tĂ© de grands voyageurs.

Avec quelque 93 millions de départs internationaux, ils constituent traditionnellement 15% des touristes internationaux et se classent en troisiÚme position derriÚre les Allemands et en temps normal derriÚre les Chinois.

Attendre avec impatience leur retour n’a donc rien d’étonnant. Au contraire.

D’ores et dĂ©jĂ , Ă  Paris, on les voit revenir aprĂšs ces interminables mois d’absence liĂ©e Ă  la pandĂ©mie. Et l’on prĂ©voit qu’ils seront dĂšs le printemps de plus en plus nombreux Ă  sauter dans un Eurostar pour humer l’air de la capitale. On espĂšre surtout que l’on parviendra Ă  reconquĂ©rir les pertes subies en 2019 oĂč ce marchĂ© avait dĂ©jĂ  perdu, selon le CRT Ile-de-France 11,5% de ses effectifs, passant de 2.1 millions Ă  1.8 million.

A 80% en tourisme de loisirs, avec un budget moyen de 440 euros par sĂ©jour d’une durĂ©e de 3,4 jours !

Quant aux autres rĂ©gions prisĂ©es des Britanniques comme la Normandie, la Nouvelle Aquitaine, et Provence CĂŽte d’Azur
 elles sont aussi pressĂ©es d’assister au retour de ces clientĂšles traditionnelles.

Tandis que les Alpes oĂč les Britanniques ont leurs habitudes et constituent parfois la premiĂšre clientĂšle de certaines stations, elles les ont dĂ©jĂ  retrouvĂ©es.


L’Espagne : la grande rivale, convoitĂ©e par 30% des Britanniques

Mais, n’oublions pas que c’est pour l’Espagne que nos voisins d’outre-Manche ont une prĂ©dilection. Avec des pics de plus de 18 millions d’arrivĂ©es dans les annĂ©es avant Covid, le marchĂ© britannique en Espagne est l’un des plus dynamiques du monde. ExceptĂ© en 2020 et 2021 oĂč il a fondu comme neige au soleil avec seulement 3,17 d’arrivĂ©es puis 4 millions l’an dernier.

Une tragédie pour le tourisme espagnol qui perdait ses meilleurs clients sous les coups de butoir conjugués du Covid et du Brexit. ParticuliÚrement touchées : les ßles Canaries et les Baléares avec leurs forfaits tout compris attirant une clientÚle turbulente contribuant aux excÚs de fréquentation des années pré pandémiques.

Ont Ă©tĂ© touchĂ©es aussi toute la Costa Brava et l’Andalousie oĂč, qui plus est, plus de 500 000 retraitĂ©s britanniques ont Ă©lu domicile depuis les annĂ©es soixante, attirĂ©s par le soleil, l’art de vivre et les petits prix de l’immobilier proposĂ©s par la destination.

Selon les chiffres de Frontur, le nombre de touristes britanniques en Espagne durant les premiers mois de 2019 Ă©tait de 8.288 millions. Il s’est effondrĂ© Ă  273 000, durant la mĂȘme pĂ©riode, soit une chute de 96,7% !

Fort heureusement, les prĂ©visions sont toutes d’accord entre elles : 30% des Britanniques cette annĂ©e iront probablement en Espagne, l’éternel bon rapport qualitĂ©/prix. D’ores et dĂ©jĂ  les vols Ă  destination de Tenerife, Alicante, MĂĄlaga et Lanzarote sont les plus demandĂ©s. Semaine aprĂšs semaine, Lanzarote a mĂȘme enregistrĂ© une progression de 427%. Ce qui, n’est peut-ĂȘtre pas une trĂšs bonne nouvelle pour cette Ăźle dont le charme rĂ©side dans son environnement exceptionnel !

Autre destination convoitĂ©e, la GrĂšce qui est prĂȘte Ă  tout pour renouer avec les chiffres mirobolants de 2019 oĂč les arrivĂ©es internationales s’étaient envolĂ©es autour de 30 millions dont quelque 4 millions de Britanniques. Surtout en clubs aux tarifs Ă©conomiques.

Enfin, l’Italie est chĂšre au cƓur d’une Ă©lite et les USA, traditionnellement amis, reçoivent quelque 4 millions de visiteurs anglais, soit autant qu’ils en Ă©mettent vers les Ăźles britanniques.

Des prévisions trÚs optimistes

Globalement, et pour ĂȘtre plus prĂ©cis, selon plusieurs enquĂȘtes rĂ©centes, dont l’une de la compagnie aĂ©rienne EasyJet, plus de 2/3 des Britanniques ont cette annĂ©e des envies de quitter leur Ăźle et de s’envoler Ă  l’étranger, avec une prĂ©dilection pour les pays du sud et les bords de mer.

Ils sont 65% dans ce cas. Et, encore mieux, ils sont autant Ă  souhaiter faire de ces vacances le « voyage de leur vie » donc de dĂ©penser sans compter ! Toujours selon la mĂȘme enquĂȘte, un tiers pourrait dĂ©penser plus de 1000 ÂŁ par personne et par voyage. Car, une majoritĂ© compte bien accomplir cette annĂ©e au moins 2 sĂ©jours de vacances.

Autres enseignements, 44% ont envie de nouveautĂ© et sont prĂȘts Ă  se l’offrir.

Le « consumer tracker » : un outil de suivi de la demande exceptionnel

Sur ce marchĂ©, nous disposons encore d’autres Ă©lĂ©ments de prĂ©vision, ceux de cet exceptionnel outil mis en place par Visit Britain : « le Consumer tracker » ( www.visitbritain.org) qui mois par mois, fournit un suivi des Ă©volutions de la demande. PubliĂ© rĂ©guliĂšrement, cet outil fournit des Ă©lĂ©ments prĂ©cis sur les fluctuations du marchĂ©.
On apprend ainsi que d’avril Ă  juin, plus de 70% des personnes interrogĂ©es font confiance Ă  leurs capacitĂ©s de prendre des vacances dans leur pays alors que quelque 50% sont partants pour l’étranger. Un score encourageant. Pour les 12 prochains mois, ces chiffres sont respectivement de 60% et 44%.

Enfin, sachez que les freins au dĂ©part sont rĂ©solument Ă©conomiques. Ils concernent la hausse des tarifs des voyages et l’inflation dans le pays. Une mauvaise mĂ©tĂ©o au Royaume Uni est Ă©galement Ă  mettre sur la liste des freins Ă  un sĂ©jour domestique. Avec, toujours en toile de fond, les risques d’ĂȘtre mis en quarantaine en cas de reprise Ă©pidĂ©mique.

Un marché de « repeaters » en France

Si les rĂ©gions britanniques les plus prisĂ©es sont rĂ©solument le Sud-Ouest de l’üle et l’Ouest ainsi que l’Ecosse et Londres, les vacanciers britanniques dont plus de 60% utilisent leur automobile pour se dĂ©placer chez eux, utilisent pour venir en France Ă  37% l’avion, 35% : Eurostar et le tunnel et 28% le ferry.

Parmi ces flux de touristes britanniques, sachez aussi qu’il faut distinguer une Ă©lite plutĂŽt amateure de culture, de bonnes tables et de bons vins, qui frĂ©quente notre pays en avant et aprĂšs saison, notamment la Nouvelle Aquitaine et la Provence. Avec des revenus confortables, celle-ci sĂ©journe Ă  l’hĂŽtel. Elle est souvent constituĂ©e de couples d’ñge moyen.

Les city-trippers eux constituent le gros des troupes dans les villes bien desservies par l’avion ou le train. Ce sont souvent des jeunes, moins argentĂ©s. Les familles sont Ă©galement nombreuses durant les vacances scolaires et frĂ©quentent camping Ă©toilĂ©s, locations, gĂźtes
 en Bretagne, Normandie


Quant au tourisme d’affaires, il reprĂ©sentait quelque 18% dans la rĂ©gion capitale mais se rĂ©vĂšle en forte baisse. Enfin, n’oubliez pas que ce marchĂ© est constituĂ© d’une forte proportion de « repeaters ». ProximitĂ© oblige.

Belles perspectives donc pour ce marché historique que constitue le Royaume-Uni. A condition que les vents ne tournent pas dans le mauvais sens !

Selon les donnĂ©es du WTTC, le tourisme britannique sort de sa torpeur. L’industrie touristique pourrait faire rentrer 192 milliards de ÂŁ dans les caisses de l’économie du pays, cette annĂ©e. A condition qu’une reprise des protocoles sanitaires ne l’entrave pas. Au niveau de l’emploi, on attend aussi une reprise des embauches de l’ordre de 1.7% par rapport Ă  la pĂ©riode prĂ© pandĂ©mique, soit 4, 3 millions d’emplois directs et indirects.

Josette Sicsic
Josette Sicsic
Journaliste, consultante, confĂ©renciĂšre, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les consĂ©quences sur le secteur du tourisme.

AprĂšs avoir dĂ©veloppĂ© pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualitĂ© oĂč elle dĂ©code le prĂ©sent pour prĂ©voir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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