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II. Histoire des EDV : dans les années 1960-70, le temps des deux licences et du statut de correspondant

La saga des Entreprises du Voyage (EDV)



Créé en 1945 dans l’immédiat de l'après-guerre, le syndicat patronal des "Entreprises du Voyage" (EDV) a été créé pour représenter dans leur diversité les agents de voyages et regrouper, sous toutes leurs formes, les activités de la Distribution et de la Production. Les EDV s’imposent comme l’organisation référente et incontournable des métiers qu’elle représente auprès des pouvoirs publics, des fournisseurs, des grands partenaires et des médias grand public et professionnels. L'instance siège aux côtés des autorités administratives et des organisations syndicales. En défendant les intérêts de chacun, en cultivant un esprit de solidarité, elle veille à la pérennité de tous. Voici l’histoire des Entreprises du Voyage à travers les hommes qui ont présidé ce syndicat.


Rédigé par le Dimanche 13 Décembre 2020

Jean-Claude Rouach, président du SNAV de 1979 à 1983, le "doyen". Sur la photo, devant la Maison du Tourisme, 15 avenue Carnot à Paris (17e) - DR : M.S.
Jean-Claude Rouach, président du SNAV de 1979 à 1983, le "doyen". Sur la photo, devant la Maison du Tourisme, 15 avenue Carnot à Paris (17e) - DR : M.S.
Dans les années 1960-1970, encore peu nombreuses, les agences de voyages doivent être inscrites au Registre du Commerce, avoir un local, une RC Pro, une garantie bancaire.

En fonction de leur activité, elles ont le choix entre deux licences, A pour la production, B pour la Distribution, délivrées par une commission nationale qui ne siège que deux fois par an.

Le système fonctionne tant bien que mal. Pour se lancer, l’agent de voyages a l'option de statut de correspondant. Il opère après un simple accord mutuel, la billetterie étant émise par l’agence "licenciée" disposant des agréments IATA, ATAF, SNCF.

Le correspondant peut, à son tour, obtenir une licence après deux ans d’exercice. Encore faut-il qu’il justifie de son trafic billetterie pour obtenir à son tour les agréments des fournisseurs transporteurs. "C’était compliqué. Il n’y avait pas de justificatifs. Personne ne tenait vraiment un registre des activités billetterie", se souvient Jean Perrin (futur président du SNAV).

L’administration centrale du tourisme navigue à travers les structures ministérielles : après l’Equipement et le Logement, ce seront l’Aménagement du territoire, les Travaux publics, les Sports et la Jeunesse, les Transports, la Culture, l’Environnement, la Qualité de la vie…

Devant ces ministres, secrétaires d’État et directeurs du tourisme qui se succèdent à un rythme soutenu et découvrent tour à tour les problématiques du tourisme, le SNAV est un interlocuteur stable doté d’une véritable expertise. Il a l'expérience du terrain.

"Un syndicat professionnel n'a pas à s'autoproclamer label"

Maurice Briant (1969-1975), Jean-Claude Murat (1975-1979 et 1983-1985), Jean-Claude Rouach (1979-1983) succèdent à Philippe Bamberger à la présidence du SNAV.

Ce sont des agents de voyages à la tête de petites entreprises, hommes de bonne volonté, des bénévoles qui consacrent beaucoup de temps à la vie syndicale au détriment parfois (c'est arrivé) de leur propre entreprise.

Jean-Claude Murat prend une initiative qui fait débat. En coordination avec Olivier Delaire, président de l’APS, il engage une grande campagne de publicité avec ce message : "Ne frappez pas à n'importe quelle porte. Vérifiez que l'agence à laquelle vous vous adressez possède bien les labels SNAV et APS !" Des pleines pages dans la presse grand public financées par les deux organismes.

Violente réaction d’un agent de voyages. Non-adhérent au SNAV et à l’APS, Stéphane van Son, PDG de la Compagnie des Voyages, intente un procès contre les deux organisations.

"Cela laisse entendre qu'une agence de voyages disposant d'une licence, d'un agrément IATA et de garanties financières bancaires n’a pas de conditions suffisantes pour exercer sérieusement la profession ! Cette campagne remet en question le système même de la licence délivrée par les pouvoirs publics. Un syndicat professionnel n'a pas à s'autoproclamer "label".

Gagné par la Compagnie des Voyages, le procès fera jurisprudence.

Resid'air distribué par les chauffeurs de taxis parisiens !

Avant de prendre la présidence du SNAV, Jean-Claude Rouach a siégé à l’APS.

Sa formation (une licence en droit) l’amène à y créer la commission juridique. Il se souvient. "C’était une époque passionnante. Il y avait tout à faire. J’avais de bonnes notions en droit, ce qui nous aidait beaucoup".

Avec Me Selnet, l’avocat du SNAV, il va travailler sur des dossiers essentiels, telle la préparation de la loi de 1975 et la mise en place du système - toujours actuel - de garantie.

"Les pouvoirs publics souhaitaient nous imposer une garantie bancaire, du même type que celle des agents immobiliers, avec un dépôt obligatoire des fonds sur un compte bancaire bloqué ! Nous nous sommes battus pour mettre en place un vrai système de garantie solidaire. L’affaire Resid'air a été notre première mise en application".

Resid'air ? L’affaire reste en bonne place dans les annales des EDV et de l’APST. En 1972, un important tour-opérateur distribué par le réseau des agences de voyages décide de passer outre et de vendre en faisant distribuer ses brochures par les chauffeurs de taxis parisiens.

En publicité, il va dépenser la somme des commissions destinées au réseau. Tollé général.
Exclusion des instances.

Une énorme opération de relations publiques

L’épisode se termine par l’échec de cette commercialisation directe, la faillite de Resid'air et 4 000 clients qui, alors qu’ils ont soldé leur voyage ou versé des acomptes, risquent de rester bloqués à destination.

"Notre système de garantie était à son tout début, encore inconnu du grand public. Pour l’image de toute la profession, il fallait faire quelque chose même si Resid'air ne faisait plus partie des adhérents et ne disposait d’aucune structure de sauvetage.

Après une réunion d’urgence des différents Conseils, avec l’adhésion de toute la profession, nous avons mis en place une vaste opération. Face à l’ampleur de la tâche, nous avons créé une structure spécifique animée par Maurice Briant et Michel Dursort (alors trésorier du SNAV).

A la fin de l’été, après avoir encaissé les soldes des clients, nous avons réussi à faire partir et revenir plus de 4 000 personnes. Un coût nul pour la profession et une énorme opération de relations publiques qui nous a beaucoup servie par la suite.

Ce fut une expérience inoubliable. Tout le monde nous avait aidés, compagnies aériennes, hôteliers, agents de voyages, pouvoirs publics"
, se souvient Jean-Claude Rouach.

Trois ans après ce krach et de longues négociations, la loi du 11 juillet 1975 renforce les conditions d’exercice des activités relatives à l’organisation de voyages et de séjours.

La responsabilité de l’agent de voyages, celui qui vend, n’est engagée vis-à-vis de son client que pour ses propres fautes.

Suppression des licences A et B. L’agent de voyages est titulaire d’une seule licence obtenue dans la mesure où il exerce une activité liée directement au tourisme et aux voyages. Elle est délivrée par un Comité Consultatif des Agences de Voyages (CCAV).

Basé à Paris, il est composé des représentants de l’administration, du SNAV, de l’APS et des associations. Les fondamentaux sont respectés : RC Pro, formation professionnelle. La garantie est modulable en fonction du chiffre d’affaires.

Vols vacances : turbulences dans le réseau

Le SNAV signe des conventions avec l'ADONET (Association des directeurs des offices nationaux de tourisme étrangers en France), avec l'ADIMAP (association des directeurs de maisons de province à Paris) et avec le SGIH (syndicat général de l’industrie hôtelière).

Jean-Pierre Soisson, ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs annonce une direction unique du tourisme.

Le SNAV bataille, une constante, afin de préserver les rémunérations et autres commissions accordées par les transporteurs à ses adhérents. En voici un exemple probant : au lancement de ses vols vacances, Air France décide de baisser la commission de 8 à 5%.

Branle-bas de combat dans les instances où une opération inédite se met en place. Il s’agit d’émettre sur les billets Air France des réservations haute contribution prises auprès des compagnies concurrentes.

"Tous les points de ventes, du plus petit au plus important, Paris et régions, ont joué le jeu. Au bout d’une semaine, nous avons eu un appel de Pierre Sautet, directeur général d'Air France, nous invitant à un petit-déjeuner. Et la commission fut rétablie.  

Cette opération s’est faite dans la plus grande discrétion. A l’époque, personne n’en a parlé",
relate Jean-Claude Rouach.

A SUIVRE : III. Histoire des EDV : Avec le carnet de change, François Mitterrand met les agents de voyages dans la rue

Retrouvez tous les articles consacrés à la saga des Entreprises du Voyage
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Tags : EDV, sagaEDV, SNAV
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