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Ordonnance, PGE, reports de charges… Le Gouvernement a dégoupillé la grenade !

La “douloureuse” risque d’être salée...



L’annonce du prolongement du chômage partiel jusqu’en décembre, n’a pas eu les effets escomptés. Les professionnels du tourisme qui vont être mis à contribution alors que leur activité n’a toujours pas démarré, craignent une hémorragie au niveau des emplois et des dépôts de bilan. Le Gouvernement qui avait réussi l'”atterrissage” est-il en train de rater le redécollage ?


Rédigé par le Mercredi 9 Septembre 2020

Entre les avoirs en cours, les PGE qui ne pourront pas être remboursés et le coût de la reconversion sociale, l'addition va être salée pour l’Etat (donc pour le contribuable). /crédit DepositPhoto
Entre les avoirs en cours, les PGE qui ne pourront pas être remboursés et le coût de la reconversion sociale, l'addition va être salée pour l’Etat (donc pour le contribuable). /crédit DepositPhoto
L’Etat s’est comporté de manière exemplaire et efficace pendant le Confinement.

Face à la Covid-19, le dispositif financier (chômage partiel, PEG, reports de charges…) permettant aux entreprises du tourisme d’encaisser le choc, a été bien ficelé et tenu toutes ses promesses.

L’Ordonnance 2020-315, qui a permis à l’industrie du tourisme de conserver pendant 18 mois l’argent des acomptes versés par les clients, a été l’un des leviers de cette politique de sauvegarde.

La mobilisation des professionnels et des institutionnels s’est avérée payante, malgré la grogne (à tort ou à raison) des consommateurs et de leurs représentants.

Avec quasiment un milliard d’euros levés par le secteur du tourisme auprès de la BPI, les professionnels avaient de quoi voir venir… jusqu’en septembre.

Mais c’était sans compter sur l’évolution de la pandémie et la réaction épidermique des pays qui, peu à peu, ont verrouillé leurs frontières à l’approche de l’été.

La plupart des opérateurs se projettent déjà sur... l’automne 2021 !

La politique du chacun pour soi a abouti à des décisions aberrantes, y compris entre destinations de la zone Shenghen, incapables de coordonner leurs initiatives.

On connaît le bilan catastrophique au niveau de la fréquentation. En Espagne par exemple, premier client outgoing de la France qui, cette année, n’a pas guère dépassé 10% de remplissage pour la clientèle hexagonale !

Si les régions françaises et particulièrement celles littorales (SUD, Occitanie, Côte d’Azur…), ont réussi au finish à boucler une saison convenable, il en va autrement de la clientèle des agences de voyages.

Découragés par l’Etat de prendre l’avion, plantés sur le tarmac par les compagnies aériennes en déconfiture, dissuadés par des menaces de “quarantaine” à destination, les Français se sont retranchés chez eux.

Traditionnellement, la rentrée correspond à la saison hiver et long-courrier pour les longs courriers Antilles, Asie, Pacifique, Océan indien. Une période qui peut représenter jusqu’à 70% du chiffre d’affaires de certains voyagistes.

Mais on sait d’ores et déjà qu’une grande partie de cette clientèle ne sera pas au rendez-vous. Les même causes produisant les mêmes effets, fermetures des frontières et conditions draconiennes d’accès, inquiètent et brident les réservations. La plupart des opérateurs se projettent déjà sur... l’automne 2021 !

L'industrie du tourisme, un enjeu crucial pour l’économie française

Ce retard des bookings a un effet désastreux sur l’activité de la Distribution. Les ventes en agences de voyages, qui ont rouvert partiellement leurs portes, sont quasiment nulles…

L’absence de reprise a un autre effet : faute de stock, elles ne peuvent solder ni “dégonfler” les A-valoirs correspondant aux acomptes encaissés.

Plusieurs chiffres circulent sur le montant des acomptes clients encaissés par les professionnels. Le plus plausible est celui qui frôle voire dépasserait... le milliard d’euros !

Même si les associations de consommateurs poussent des cris d’orfraie à l’évocation de ce montant, il faut savoir qu’une partie significative a d’ores et déjà été décaissée par les agences qui pour régler des billets d’avion, qui pour verser des acomptes aux hôteliers et réceptifs à destination.

Mais le temps passe, la situation financière des entreprises (particulièrement le tourisme) se dégrade et, peu à peu, l’effet conjugué du “tas de sable” cher au président des EdV, qu’on repousse (le tas), ressemble de plus en plus à une grenade dégoupillée pour la profession.

L’enjeu est crucial pour l’économie française, dont le tourisme globalement représente 8% du PIB et 2 millions d’emplois. Habituellement, les pouvoirs publics ont tendance à privilégier l’importation de touristes, celle qui fait rentrer des devises dans les caisses de l’Etat.

Cette fois-ci, face à la fermeture des destinations et aux problèmes sanitaires récurrents, pas de cocorico. La fréquentation de la France est aux abonnés absents. Hormis quelques pays frontaliers, les grandes clientèles (Américains, Asiatiques…), on est loin des centaines de millions d’étrangers circulant et séjournant chaque été en France.

75% des agences pourraient fermer dans les prochains mois

Etude PS2E (Cediv)
Etude PS2E (Cediv)
On attendait beaucoup de la Relance France et des 700 milliards mobilisés pour rebooster l’économie.

Mais l’éléphant a accouché d’une souris : certes, le prolongement du chômage partiel jusqu’à la fin de l’année est toujours bon à prendre mais les 15% à la charge des entreprise qui viennent s’ajouter aux 14% précédent, n’augure rien de bon pour la suite des événements.

C’est quoi la réalité actuelle ? Une industrie sinistrée, criblée de dettes, qui s’est endetté avec la bénédiction étatique pour pouvoir faire face à ses échéances. C’était un prêté pour un rendu, croyons-nous… mais la réalité est tout autre.

Après quelques mois force est de rendre à la réalité : il n’y aura pas de reprise des voyages avant l’année prochaine. Et les professionnels vont continuer à taper jour après jour dans le bas de laine. Pendant ce temps, le tas de sable grossit et son grain ne tardera pas à enrayer définitivement la machine…

Désolé de pourrir l’ambiance mais il faut appeler un chat un chat et se rendre à l’évidence : sans voyageurs, pas de recettes, et sans recettes il faudra bien finir par manger la grenouille !

Malheureusement, cette conclusion en guise de fable n’est pas très morale car elle se traduira par la perte de plusieurs centaines de milliers d’emploi et des dépôts de bilan en cascade d’ici quelques mois.

Selon une projection effectuée récemment par l'Étude PS2E du Cediv, cet avis de deuil concernerait 28 000 emplois directs pour le seul secteur de la distribution avec ses 5000 points de vente. Or, selon un sondage de la même source, 75% de ces agences pourraient fermer dans les prochains mois.

Entre les avoirs en cours, les PGE qui ne pourront pas être remboursés et le coût de la reconversion sociale, l'addition va être salée pour l’Etat (donc pour le contribuable). En effet, ce scénario-catastrophe est évalué à un total de 3 milliards d’euros !

Alors, on fait quoi ?

Jean Da Luz Publié par Jean Da Luz Directeur de la rédaction - TourMaG.com
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1.Posté par Abisset le 10/09/2020 08:52 | Alerter
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Si le remboursement des PGE est « diférable »il n’en est pas de même pour les bons à valoir qui seront soit utilisés soit réclamés en remboursement par les clients au plus tard après 18 mois. Avec les difficultés dans lesquelles se trouve actuellement l’APST(dont on se demande encore comment le dossier TC a pu être accepté...) le risque de voir les agences dans l’incapacité de faire face et d’honorer ces bons à valoir est réel. Une situation qui serait dramatique pour l’avenir de la profession....

2.Posté par Pierre le 10/09/2020 09:31 | Alerter
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Enfin cette réalité que tous les professionnels du tourisme n’osaient pas ou ne voulaient pas voir est décrite parfaitement par Jean Da Luz dans cet article . C’était à prévoir depuis le début de cette crise avec le confinement et la fermeture des frontières . Vivre en autarcie ne sauve pas l’emploi même si certains politiques vous disent le contraire . Donc On comprend pourquoi Monsieur Abitbol n’était pas à la fête après son rendez vous avec Mr Lemoine . Aucune mesure concrète face à la situation qui s’empire .Il va falloir licencier et fermer des agences car mathématiquement il n’est pas possible de s’en sortir sauf à puiser dans un bas de laine que tout le monde ne possède pas. Que dire également des grands magasins et nombreux commerces à Paris qui vivent essentiellement des touristes ? Oui le corona-iceberg est en train de couler toute la profession .

3.Posté par Pierre le 10/09/2020 09:39 | Alerter
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On fait pression sur le Gouvernement pour arrêter cette psychose et on recommence de vivre.
A vouloir sauver à tout prix d'épargner quelques milliers de morts le remède sera pire que le mal.
Je le dis depuis le mois d'avril qu'on court à la cata avec des dépots de bilans en cascade.
On a l'impression que nos instances dirigeantes n'en prennent un peu conscience qu'aujourd'hui.
DRAMATIQUE ! Cette crise est surréaliste.

4.Posté par Stéphanie le 10/09/2020 10:39 | Alerter
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Pourrai-t-on enfin arrêter de penser que tout est, toujours, la faute de l'Etat ...
Ou la faute des autres ...

5.Posté par marc le 10/09/2020 13:37 | Alerter
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arrêtons de nous plaindre nous sommes le pays le plus aidé de l'Europe et non les agences
n'ont pas utilisé les acomptes pour régler les fournisseurs uniquement éventuellement celles qui
travaillent en direct avec les réceptifs ceux qui ont éventuellement avancé de l'argent ce sont les TO

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