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Quelle est la place du soft power français aujourd’hui ?

à l’heure de la crise sanitaire et de nouveaux enjeux, est-il toujours d’actualité ?



La notoriété culturelle de la France a toujours été ancrée dans l’esprit des audiences étrangères. Qui n’a jamais entendu parler des Misérables, n’a pas souhaité s’aventurer dans les galeries du Château de Versailles ou ne s’est pas émerveillé devant les pâtisseries de Pierre Hermé 


Rédigé par Natsuko D'Aprile Doctorante en sciences politiques le Mercredi 12 Janvier 2022

Avec ses 7 millions de visiteurs annuels hors coronavirus, la tour Eiffel est le monument payant le plus visité au monde. Le tourisme français représente une partie importante du soft power du pays. Thomas Coex/AFP
Avec ses 7 millions de visiteurs annuels hors coronavirus, la tour Eiffel est le monument payant le plus visité au monde. Le tourisme français représente une partie importante du soft power du pays. Thomas Coex/AFP
>C’est de cela que traite le concept de soft power. Conceptualisé par Joseph Nye dans les années 1990, le soft power (littéralement « pouvoir doux »), désigne la capacité d’un État à séduire et à attirer une audience étrangère, par le biais de trois sources principales et non coercitives : sa culture (la source la plus utilisée), ses valeurs, et ses politiques étrangères lorsqu’elles sont perçues comme légitimes. Il s’oppose au hard power qui signifie le pouvoir de contrainte et repose donc sur l’usage de la force ou la menace d’y recourir pour parvenir à ses fins.



Jouir d’un certain prestige, favoriser les relations politiques, économiques et/ou commerciales avec les autres pays, attirer les touristes et les investissements sont des objectifs inscrits à l’agenda de la quasi-totalité des États de la planète.

Certes, la France dispose d’un statut de grande puissance économique et politique du fait, notamment, de son siège au Conseil de sécurité des Nations unies et de sa présence aux grands sommets diplomatiques comme le G20.

Mais à l’heure de la crise sanitaire, de l’émergence de nouvelles puissances et de nouveaux enjeux, son soft power est-il toujours d’actualité ?



Le déploiement du soft power français dans le monde : sur quoi la France mise-t-elle ?



L’État n’est pas le seul acteur du soft power : les acteurs privés peuvent également y participer. Un chef cuisinier agit pour son compte mais son savoir-faire peut se répercuter de manière très étendue, comme le montre la notoriété de grands chefs tels que Paul Bocuse, Joël Robuchon ou Alain Ducasse.



Un pays peut miser sur énormément d’éléments et compter sur une grande diversité d’acteurs afin d’étendre son influence dans le monde, et ce notamment par le biais de sa diplomatie, culturelle en particulier.

La France possède un réseau extrêmement étendu à l’étranger lui permettant d’assurer sa présence au-delà de son propre territoire. Mais qu’est-ce qui assure le rayonnement français à l’étranger ? Voici quelques références parmi tant d’autres.



Le tourisme



Paris, les châteaux du Val de Loire, la Provence, la Côte d’Azur… La France est une destination touristique mondiale. Elle est le pays du monde accueillant le plus de touristes par an. Ce secteur constitue une importante source de revenus pour l’Hexagone depuis plus de trente ans, et pèse aujourd’hui environ 8 % du produit intérieur brut national.



Si le tourisme demeure un enjeu économique majeur, il constitue également un enjeu géopolitique essentiel puisqu’il permet aux visiteurs étrangers de se familiariser avec la culture du pays, et de diffuser, une fois de retour chez eux, ses valeurs ainsi que son savoir-faire, permettant par contrecoup de favoriser les échanges bilatéraux et multilatéraux et de propager une image positive de la France.





Le tourisme, une « arme économique concurrentielle », France 24, 25 juillet 2018.



La promotion de la langue française et l’attractivité éducative



L’apprentissage d’une culture passe par l’apprentissage de sa langue. Faire du français une langue-monde a toujours été l’une des ambitions des chefs d’État, et à cette fin, la France dispose d’un réseau extrêmement étendu à l’étranger, composé d’opérateurs destinés à diffuser la langue et la culture française, comme l’Institut français (IF) ou l’Alliance française (AF) : le monde compte aujourd’hui [98 Instituts français et plus de 800 Alliances françaises], ces dernières étant présentes dans plus de 130 pays.



Tous deux sont destinés à la promotion de la culture et de la langue françaises à l’étranger, à cette différence près que les IF sont des établissements publics sous tutelle du ministère des Affaires étrangères tandis que les AF sont des associations de droit local autonomes financièrement, n’étant pas opérateurs du ministère mais recevant néanmoins une subvention.



Ces initiatives portent leurs fruits : en 2018, le monde comptait 51 millions d’apprenants du français langue étrangère (FLE). Plus globalement, les échanges éducatifs constituent un moyen pour la France (ou pour un État de manière générale) de diffuser ses coutumes, principes, valeurs, et de rayonner davantage à l’international. D’une part, une fois de retour dans leur pays d’origine, les étudiants formés en France pourront devenir des acteurs économiques de leur propre nation. D’autre part, les entreprises internationales françaises nécessitent de plus en plus, pour leur développement, des cadres bilingues et provenant d’un cadre culturel différent.





La Francophonie en chiffres, France 24, 11 octobre 2018.



La France compterait ainsi sur l’excellence des formations qu’elle propose afin d’attirer les talents de demain. Accueillant environ 245 000 étudiants étrangers par an, la compétition est lancée entre elle, les États-Unis (971 000, ce qui en fait son grand rival), le Royaume-Uni (432 000) ou encore l’Australie (335 000).



La gastronomie… et le reste


La cuisine française est à l’œuvre dans les pays du monde entier, spécialement depuis 1815, année où le ministre des relations extérieures de Louis XVIII, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, mit en place une stratégie diplomatique basée sur la gastronomie afin de promouvoir les intérêts de la France.



Le « repas gastronomique des Français » fut classé en 2010 comme patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco, et des grands noms de la gastronomie ont su exporter leur savoir-faire à l’étranger. A titre d’exemple, Alain Ducasse possède plus de 70 restaurants répartis dans sept pays, au même titre que Joël Robuchon, qui a su bâtir un empire dans le monde. De manière générale, la France est le pays comptant le plus de restaurants étoilés au Guide Michelin.



Dans le but d’impulser la créativité culinaire du territoire, le ministère des Affaires étrangères et le chef Ducasse ont créé en 2015 l’initiative Goût de/Good France, portée par les ambassades et les consulats du monde entier. Par le biais de masterclasses, de dégustations de produits, de rencontres avec des chefs locaux, l’État compte sur cet événement pour apporter davantage de visibilité aux produits du terroir et à la maîtrise des cuisiniers et, qui sait, peut-être dépasser un jour la cuisine italienne en termes d’exportations puisqu’aujourd’hui, la gastronomie transalpine est celle qui s’exporte le mieux, avec plus de 160 milliards de dollars par an.



La liste des atouts du soft power français est encore longue : sport, industrie cinématographique, arts, industrie musicale… la boucle n’est pas bouclée. Néanmoins, disposer d’une immensité de ressources ne signifie pas pour autant que la bataille du soft power est gagnée.



L’impact de la crise sanitaire



La pandémie de Covid-19 a durement touché plusieurs secteurs de l’industrie culturelle française, qui ont vu leur chiffre d’affaires chuter de manière assez douloureuse.



Des statistiques datant de 2020 indiquent une baisse de 72 % pour le secteur du spectacle vivant, 36 % pour le patrimoine ou encore 25 % pour le tourisme. Un coup dur pour la France entière qui doit aussi faire face à un déficit budgétaire qui s’est alourdi de 32 milliards d’euros en 2021.



Des plans de reconquête sont mis en place, comme Destination France, qui a pour but de relancer le secteur touristique et de conforter la place de la France comme destination phare. Néanmoins, la pandémie n’a pas touché à sa fin malgré la campagne de vaccination, laissant les cinémas et les centres culturels dans un avenir incertain.



Une concurrence internationale intense



La France n’est évidemment pas le seul pays à soigner son soft power. Dernièrement, outre les puissances traditionnellement associées à cette notion, au premier rang desquelles les États-Unis, de nouveaux acteurs ont connu une progression significative en la matière.



Personne n’est passé à côté du succès fulgurant de la série Squid Game, de la performance du groupe BTS « Permission to Dance » à l’ONU, ou du tube « Gangnam Style » de Psy (le premier single à atteindre le milliard de vues sur YouTube) – autant de symboles de l’apogée du soft power sud-coréen, dont l’ascension débuta au début des années 2000, sous le nom de Hallyu, littéralement « vague coréenne ».



Les séries coréennes inondent Netflix, les groupes de K-pop cumulent les streams sur Spotify, la cuisine coréenne fait saliver les internautes sur YouTube. Certains considèrent que la culture sud-coréenne a déjà supplanté le géant du cinéma Hollywood. Cette vague n’étant pas près de s’arrêter, donnera-t-elle du fil à retordre à la France ?



En outre, la Corée du Sud n’est pas le seul acteur du soft power asiatique. Le Japon et la Chine ont su s’imposer comme des acteurs majeurs de la montée en puissance de l’Asie dans le monde. Le Japon a su faire de sa culture une arme prépondérante grâce à la campagne Cool Japan mise en place dans les années 2000 et à l’exportation massive de ses produits culturels.



La Chine, quant à elle, a gagné un statut de superpuissance au fil des ans, notamment depuis l’arrivée au pouvoir en 2013 de Xi Jinping, qui a mis en place de multiples stratégies afin d’étendre son influence à l’étranger, à commencer par les Nouvelles routes de la soie. Pékin a également ouvert partout sur la planète de nombreux Instituts Confucius destinés à promouvoir la langue et la culture chinoises. Toutefois, il convient de mentionner que, à l’inverse du Japon ou de la Corée du Sud, la Chine souffre d’une image largement négative en Occident, notamment du fait de sa gestion de la pandémie de Covid-19, de la répression qu’elle met en œuvre à l’intérieur, en particulier à l’encontre des Ouïghours, et d’une diplomatie perçue comme agressive.



D’autres nouveaux acteurs développent également leur soft power, comme le Qatar, qui mise considérablement sur sa diplomatie sportive dans le but de s’affirmer non seulement dans le Golfe mais dans le monde entier, avec la mise en place d’événements comme la Coupe du monde de handball 2015 ou l’accueil de la Coupe du monde de la FIFA 2022.



L’affaiblissement ou le renforcement du soft power national est imprévisible, influencé par des facteurs aussi bien internes qu’externes. Si la France peut compter sur son large réseau à l’étranger, sur un patrimoine bien ancré depuis de nombreux siècles et sur une volonté de fer de conserver sa position dans le rang des grandes puissances, elle n’est pas à l’abri d’un affaiblissement de son image à l’étranger, d’où la nécessité de soutenir les secteurs touchés par la crise sanitaire et de toujours redoubler d’efforts pour soutenir son soft power.The Conversation



Natsuko D'Aprile, Doctorante en sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.



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