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Tourisme : les lits froids ne sont plus une fatalité !

Face/B est une start-up qui réhabilite les appartements des villages vacances et chambres d'hôtels



Dans une France qui se rêve championne mondiale du tourisme durable, sans vraiment dérouler de stratégie, les lits font une vraie plaie qui non seulement défigure les stations balnéaires, mais aussi les paysages de montagnes. Pour compenser, ces appartements qui sont abandonnés et jamais loués, les acteurs montent de nouveaux immeubles. Pour l'heure, le virus du lit froid n'a pas trouvé de vaccin... C'était sans compter sur les idées de Thomas Montgrandi, le créateur de la start-up Face/B qui entend réchauffer les montagnes et les locations françaises !


Rédigé par le Jeudi 16 Juin 2022

Il y a un peu plus d'un an, Jean Castex (ex-Premier Ministre) dévoilait un projet qui se voulait ambitieux pour les montagnes françaises.

"Nous allons financer un plan de reconquête. Un plan qui n'a pas été conçu depuis les bureaux parisiens, il a fait l'objet de beaucoup de concertations," nous expliquait le cabinet de l'ancien premier ministre.

Depuis, des flocons se sont posés sur les montagnes françaises, les skieurs ont dévalé de nouveaux des pistes et... des milliers de lits sont restés froids. A ce sujet, en septembre 2022, Alexandre Maulin, Président de Domaines Skiables de France (DSF) alertait :

"Nous avons besoin de solutions pour réchauffer les lits froids et remplir les objectifs du gouvernement sur la rénovation thermique.

Nous voulons éviter que les résidences de tourisme construites deviennent à l'avenir des lits froids,
"

Un message qui a été bien reçu par Thomas Montgrandi.

Ce professionnel du secteur, ayant passé plus de 10 ans l'hôtellerie, dont quelques années au sein des directions de Pierre & Vacances et Accor, a décidé de s'attaquer de plein pied à ce problème qui gangrène nos montagnes.

Start-up : qu'est-ce que Face/B ?

C'est pour cela qu'il a créé en 2019 sa propre start-up : Face/B.

"Comme la Face B d'une cassette, quand on la retourne et on découvre une nouvelle chanson. C'est pareil avec les appartements, grâce à la start-up nous voulons leur redonnons une seconde vie," confie l'entrepreneur.

Tout a débuté, avant que le covid-19 ne fasse des entrefilets dans la presse chinois.

Ayant gardé ses entrées au sein du groupe Pierre & Vacances, Thomas Montgrandi échange le directeur de maeva.com au moment, où l'entreprise a quitté le secteur de la résidence de tourisme pour utiliser le stock sortant des résidences de P&V.

La plateforme est ainsi devenu un mix entre Airbnb et une conciergerie, via la location de biens détenus par des particuliers. Sauf que la marque se retrouve face au problème de la qualité de son parc locatif.

"La grande majorité du parc dans les stations de montagne ou balnéaire a été construite entre les années 1970 et 2000, sans être toujours rénové. La demande est là, il suffit de voir le succès d'Airbnb, sauf que l'offre n'est pas au niveau."

La France compte 3 millions de résidences secondaires en France, pour seulement 700 000 en locations. Et chaque année, entre 1 % et 3 % des lits touristiques en montagne sortent du marché, relatait le Monde.

Ainsi, avec 1,45 million de lits (chiffre Atout France de 2019) sur les sommets de notre pays, cela signifie que que 14 500 et 43 500 lits sortent des radars.

Le différentiel s'explique par des biens qui n'ont plus été remis au goût du jour depuis des années ou même des décennies.

Pour répondre à la problématique d'un parc vieillissant poussant les acteurs des villages vacances et les promoteurs touristiques à construire toujours plus, Face/B prend le contrepied de la politique actuelle.

"Nous nous sommes associés avec un architecte pour proposer une solution clé en main, permettant aux entreprises en contact avec les propriétaires, de proposer un produit pensée pour la location secondaire."

Face/B : maeva.com, La Compagnie des Alpes ou Interhome comme clients !

L'entrepreneur enfile alors une double casquette, celle d'architecte et d'hôtelier.

Alors que les gouvernements ont enchainé les incitations fiscales pour pousser les personnes possédants des chalets ou des appartements à remettre aux goûts du jour leurs habitations secondaires, la problématique aurait été mal traitée.

"La politique des lits froids a toujours été abordée d'un point de vue financier. Nous nous sommes rendus compte que l'absence de réhabilitation n'était pas qu'une question de budget. ," se questionne Thomas Montgrandi.

La rénovation est aussi et surtout une question de confiance.

Quand en moyenne, un propriétaire vit à 400 km de sa résidence secondaire, le problème est surtout une question de confiance envers les entrepreneurs qui seront en charge des travaux.

C'est ici que Face/B intervient, l'enjeu étant de rassurer lors de réhabilitation, pour éviter de transformer les adresses en lits froids.

"Nous avons réfléchi à une solution pensée pour la location saisonnière, aussi bien sur un aspect économique, que logistique, conception et résistance des matériaux," prévient le créateur de la start-up.

Du fait de sa connaissance pointue du secteur, l'ancien salarié de Pierre & Vacances a apporté un produit correspondant aux besoins des vacanciers actuels, sans représenter un gouffre financier pour les propriétaires.

L'enjeu étant que tout l'écosystème s'y retrouve, aussi bien les stations que les skieurs.

"Au début, maeva.com s'est intéressé à Face/B et l'a distribué auprès de ses propriétaires. Après un test, à Avoriaz, la solution a été proposée à l'ensemble de la plateforme, puis Interhome est venue frappée à note porte."

Tous les acteurs de la location saisonnière ont fait le même constat : cette solution est idéale, mais... le covid est arrivé.

Face/B veut éviter l'écueille de la standardisation

"nous visons 1 000 appartements réhabilités, à la fin de l'année 2024" selon Thomas Montgrandi, le fondateur de Face/B
"nous visons 1 000 appartements réhabilités, à la fin de l'année 2024" selon Thomas Montgrandi, le fondateur de Face/B
Et alors que l'été s'annonce historique, le tourisme repart de l'avant et le marché de la location saisonnière se professionnalise, l'enjeu est plus que cruciale.

Surtout que dans le même temps, la France se rêve en 1ère destination durable du monde.

Ce n'est pas en rasant des forêts et des pans de montagne, que cet objectif sera atteint, sachant que des centaines de milliers de lits se sont congelés.

Si seulement 10% du parc actuel serait mis en location, alors cela doublerait tout simplement les résidences locatifs sur le marché.

"Pour cela, nous devons simplifier la rénovation, en industrialisant le processus et en réduisant les coûts, avec les économies d'échelle, tout en évitant la standardisation des appartements," fixe comme cap, l'entrepreneur.

Un temps à la mode, les grandes marques de l'hôtellerie veulent désormais sortir de cette image d'établissements standardisés à travers le monde. C'est ainsi, que Face/B propose plusieurs planches avec des ambiances différentes et préconçues. Il est aussi possible de faire du sur-mesure.

Un catalogue qui doit croitre continuellement, tout au long de la vie de la start-up.

Cette stratégie permet en partie d'industrialiser le processus, en se basant sur les photos des logements et d'obtenir un devis en moins de 48 heures. En fonction des besoins, différentes formules d'accompagnement sont proposées.

D'une simple shopping liste, pour remettre un coup de jeune à la formule avec architecte, englobant la 3D et les travaux. Le propriétaire est juste invitée à la visite à réception du chantier, s'il souhaite.

"Certains ne viennent pas, même si l'investissement n'est pas négligeable, puisque le ticket moyen est de l'ordre de 30 000 euros. Nous devons industrialiser encore plus pour arriver à 15 000 euros, pour un rafraichissement, souhaite Thomas Montgrandi.

Face à une généralisation du problème, la jeune pousse travaille avec les stations pour sensibiliser et donner des outils aux propriétaires, via une plateforme internet aux couleurs de la destination.

Cette initiative permet d'éduquer le public sur la rénovation, mais aussi la remise au goût du jour pour pérenniser leurs investissements et éviter le vieillissement d'hébergements qui ne trouvent plus grâce aux yeux de la clientèle actuelle.

Lits froids : un marché estimé à 4 milliards d'euros en France

Après trois ans d'existence, Face/B n'a pas connu le succès attendu, en raison de l'épidémie.

Malgré tout, la start-up compte 6 salariés et à déjà réchauffer plusieurs lits froids, en rénovant 35 appartements. Surtout, elle entend profiter du retour en grâce du tourisme, pour se lancer réellement.

Sur cette poignée de logements rénovés et malgré le covid, fermant les remontées mécaniques durant plus d'un hiver, les réservations ont augmenté de 50%. Une statistique permettant de réchauffer les lits froids (moins de 4 semaines d'occupation).

"Nous sommes assez ambitieux, puisque nous visons 1 000 appartements réhabilités, à la fin de l'année 2024," dévoile le créateur de l'entreprise.

Un pari qui parait facilement réalisable. Actuellement, 300 propriétaires discutent pour des travaux à mener en 2022 et/ou 2023. Pour atteindre cet objectif, la jeune pousse va devoir se structurer, en passant par la traditionnelle levée de fonds dans les prochains mois.

Celle-ci permettra de recruter et aussi d'automatiser le plus possible processus. La deuxième qui suivra visera à accélérer son développement.

"Il y a un marché auquel nous voulons nous attaquer, c'est celui du BtoB, à savoir les hôtels. En tout, le marché nous l'estimons à 4 milliards d'euros," s'enthousiasme Thomas Montgrandi.

Des volumes conséquents que Face/B entend aller chercher, en pivotant dans son modèle de contactant général. Par le passé, l'entreprise se chargeait des devis et vendait les travaux à son nom.

"Aujourd'hui, nous sommes dans l'accompagnement. Nous travaillons avec des entreprises tout corps d'Etat, le devis n'est plus à notre nom. Nous voulons nous assurer de faire vivre les tissus locaux et les stations," précise le responsable.

Les équipes de la start-up se chargent de faire du sourcing, pour trouver les bons artisans. Demain le tourisme sera vertueux et local, mais surtout profitera aux habitants locaux, c'est aussi la volonté de Face/B.

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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