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Air France et le désert aéronautique français

L'Edito de Jean da LUZ



Le Gouvernement vient d’accorder un prêt massif (7 milliards d’euros) pour renflouer Air France qui fait face à la crise la plus grave de son histoire. A cette somme s’ajouteront les 3 milliards des Pays-Bas pour soutenir KLM. Les deux Etats s'exécutent face à leurs devoir d’actionnaires. Ce faisant, les Pouvoirs publics ne vont-ils pas favoriser la réinstauration d’un monopole de fait ?


Rédigé par le Mercredi 22 Avril 2020

Le transporteur national est un poids lourd de l’industrie hexagonale mais aussi un porte-étendard de la présence française dans le monde... /crédit AF
Le transporteur national est un poids lourd de l’industrie hexagonale mais aussi un porte-étendard de la présence française dans le monde... /crédit AF
L’industrie aéronautique française n’a jamais connu telle situation.

Le secteur qui représente 1 100 000 emplois et contribue pour 4,3 % au PIB est aujourd’hui en grand danger.

Face a la pandémie de Covid-19 et à la fermeture des frontières, les compagnies ont dû réduire drastiquement leur activité, avec des pertes qui se chiffrent quotidiennement en dizaines de millions d’euros.

Voilà pourquoi les Etats français et néerlandais, qui détiennent respectivement de 14,3% et 14% du Groupe Air France-KLM, se sont entendus pour réinjecter massivement du “carburant” permettant au transporteur de poursuivre sa route.

Chacun d'entre eux apportera un prêt de 7 milliards d’euros (France) et 3 milliards d’euros (Pays-Bas) (*). L’ensemble pour permettre de sauvegarder les 45 000 emplois que pèse l’entreprise.

La nationalisation du Groupe, qui avait été envisagée de prime abord, a été écartée. La procédure dans un économie libérale n’a pas forcément bonne presse…

C’est la deuxième fois en 26 ans que le contribuable français vole au secours d’Air France. En 1994, les Français avaient déjà “mis au pot” 20 milliards de francs pour sauver la compagnie, au bord de la faillite après une grève très dure de plusieurs semaines.

Soutenons Air France, oui, mais pas à n’importe quel prix...

Que la France veuille recapitaliser Air France-KLM cela n’a, en soit,rien de choquant.

Le transporteur national est un poids lourd de l’industrie hexagonale mais aussi un porte-étendard de la présence française dans le monde. Par ailleurs, l’épidémie de coronavirus est une situation inédite qui justifie des mesures adéquates.

Mais la compagnie reprise récemment en main par Benjamin Smith, bat de l’aile depuis au moins une décennie, sa productivité est inférieure à celle de ses concurrents et elle n’a pa su anticiper l’arrivée des low cost qui lui ont mangé la laine sur le dos.

Ne parlons pas de la gouvernance syndicale catastrophique et des grèves à répétition qui ne doivent pas être loin d’un record au niveau international…

Bref, soutenons Air France, oui, mais pas à n’importe quel prix. Le moment est venu de reprendre le transporteur en main et de lui demander des contreparties.

De rationaliser et d’en finir avec les privilèges et les inégalités des pilotes en fonction des différentes marques du Groupe. D’exiger des standards et une politique environnementale exemplaire.

Le PAF n’est pas constitué exclusivement du transporteur tricolore

Mais surtout, surtout il ne faudrait pas que ce soutien se fasse au détriment des autres acteurs du transport aérien français.

Depuis le début de la crise sanitaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, n’a pas eu un mot (à ma connaissance) pour évoquer la situation des acteurs de l’aérien autres qu’Air France.

Or, le paysage français n’est pas, loin s’en faut, (et heureusement) constitué exclusivement du transporteur tricolore.

D’autres entreprises et non des moindres tentent, vaille que vaille de survivre à l’ombre de leur grande soeur. Certaines lui tiennent même la dragée haute, question gestion, productivité et résultats. Même si cela n’a pas toujours été facile d’exister face à un monopole d’Etat qui n’a pris fin (officiellement) que grâce à l’Union européenne.

Aujourd’hui, si l’on ne prête pas massivement aussi à l’ensemble de secteur, c’est un nouveau monopole de fait qui risque de resurgir. Certaines compagnies privées sont au bord de la faillite et ne tiendront pas très longtemps.

Les mesures actuelles d’accompagnement ne suffiront pas. Il faut viser plus loin, plus fort et plus haut pour soutenir massivement cette industrie et éviter que demain il n’y ait plus qu’Air France et le désert aéronautique français…

(*) 4 milliards de prêt garantis par les banques et 3 milliards de prêt d'Etat pour sauver la compagnie et les emplois"

Jean Da Luz Publié par Jean Da Luz Directeur de la rédaction - TourMaG.com
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1.Posté par Alain WATERINCKX le 26/04/2020 11:24 | Alerter
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Bonjour,

Enfin un article qui crie haut et fort la pensée de la minorité silencieuse. M. Da Luz, nous vous en remercions. Représentant syndical d'une de ces petites Compagnies qui porte le drapeau français et européen sur ses avions, j'ai été reçu par le cabinet du secretaire d'Etat aux Transports et j'ai été dépité de la façon dont sont traités les appels au secours des petites Compagnies.

N'oublions pas que les pavillons français, derrière celui de la compagnie nationale, permettent aux français de voyager pour leurs loisirs à des tarifs plus accessibles.

N'oublions pas que ce sont des milliers de familles et de contribuables qui dépendent de ces emplois et de l'aide que l'État sera en mesure de leur apporter. Il n'y a pas que le pavillon national à sauver. C'est l'ensemble du pavillon français qu'il faut aider. Si l'une ou l'autre venait à disparaître, la place laissée serait très vite occupée fort probablement par des Compagnies étrangères.

Le besoin financier de ces petites Compagnies est aussi important que celui qu'Air France au prorata de leur flotte. L'Etat doit aller plus loin que l'étalement des dettes fiscales et sociales. Les marges nettes de ces petites structures sont minimales font que les PGE ne sont pas adaptés pour leur survie. Ces aides doivent donc se faire principalement sous forme de prise de participation ou d'investissement de l'État.

Bien cordialement,

Alain W.

2.Posté par PASCAL BATAILLE le 26/04/2020 12:26 | Alerter
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Je partage votre analyse, le risque de monopole est contre producteur pour la profession et certaines destinations comme les Antilles ...

3.Posté par Roynel Thierry le 26/04/2020 17:19 | Alerter
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Merci Jean Da Luz pour votre analyse qui enfin ose s’exprimer concrètement..
Air France ne doit pas être soutenu par l’état sans un engagement fort et par écrit des syndicats à la réforme nécessaire de ses statuts / pilotes/ personnels au sol !!
Si ce n’est pas exigé en contrepartie autant semé des cailloux dans un champ !
La nécessité aussi d’avoir des Cies privés et concurrentes est cruciale pour la liberté de circulation..
c’est vital afin de voir et de construire le jour d’après...

À tous mes collègues du tourisme je nous souhaite le meilleur / ensembles...

4.Posté par marc le 26/04/2020 18:05 | Alerter
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nous savons tous que Air France ne pourra jamais rembourser ce prêt et qu'il sera a terme transformé en augmentation de capital.Il s'agit de l'argent des contribuable car l'état est garant du prêt alors
plus de grève jusqu'au remboursement complet du prêt et une diminution des salaires des pilotes

5.Posté par francois le 26/04/2020 20:00 | Alerter
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Swissair et la raison d’état avait fait de même en 2001... aujourd’hui Corsair, air Caraïbes, et consort devront disparaître devant le grand machin sous perfusion permanente .
Terminus, les banques à la manœuvre .
Il va falloir tuer les low cost ou abandonner le court complètement... allez, une petite loi comme avait fait villepin ....

6.Posté par damien bayard le 27/04/2020 09:34 | Alerter
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le monopole va revenir dans plusieurs pays au niveau mondial et on sera tous perdant !!!!

7.Posté par Pierre le 27/04/2020 10:05 | Alerter
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J'avais lu que ces cies Française cessaient leurs activités momentanément mais qu'il n'y avait aucune crainte que leur niveau de réserve financière ne posait aucun problème.Il faut arrêter de taper sur AF cette cie assure énormément de services sans en être reconnue.Les syndicats effectivement sont nuls et empêchent le bon déroulement de l'évolution qui devrait être.un peu de bon sens pourrait améliorer la situation mais c'est du rêve.

8.Posté par Maude G le 27/04/2020 23:43 | Alerter
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Merci pour cet article qui met en avant l’avis de nombreux français !
Pensez-vous que les syndicats de pilotes et la compagnie se remettront en question pour être plus efficace, et au niveau d’autres compagnies européennes de référence ?

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