Aérien : le dernier rapport d’Aéro Décarbo pour le Shift Project préconise une baisse du trafic aérien et le déploiement massif des SAF - Depositphotos.com @pustosh
Le monde brûle, mais il est encore temps d’agir !
Et alors qu’Emmanuel Macron avait expliqué ne pas croire "que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine," le collectif Aéro Décarbo vient de publier un rapport sur l’aérien, moins anxiogène que le climat actuel, et qui propose surtout à l’aérien une trajectoire de décarbonation possible, à horizon proche, sans passer complètement par le modèle Amish.
Sous réserve, évidemment, de ne pas perdre trop de temps et de laisser le vieillissant président américain à ses croyances du XIXe siècle. Mais la réalité devrait vite le rattraper.
Et nous aussi ! En France, il a été inscrit dans le Code de l’environnement que notre pays doit se préparer à un réchauffement de l’ordre de +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100.
Autrement dit, Lille aura le climat de Bilbao, deux villes distantes de près de 940 km, quand Marseille aura celui de Séville et ses 46 degrés, et Paris celui de Montpellier.
Si, tous les 70 ans, le climat remonte de 1 000 km, nos arrière-petits-enfants vont vite se retrouver avec le Sahara aux portes de Paris...
Sauf que cette vision apocalyptique n’est pas inéluctable. Il est possible de prendre notre destin en main, à commencer par le tourisme et son principal vecteur de pollution : l’aérien !
Et alors qu’Emmanuel Macron avait expliqué ne pas croire "que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine," le collectif Aéro Décarbo vient de publier un rapport sur l’aérien, moins anxiogène que le climat actuel, et qui propose surtout à l’aérien une trajectoire de décarbonation possible, à horizon proche, sans passer complètement par le modèle Amish.
Sous réserve, évidemment, de ne pas perdre trop de temps et de laisser le vieillissant président américain à ses croyances du XIXe siècle. Mais la réalité devrait vite le rattraper.
Et nous aussi ! En France, il a été inscrit dans le Code de l’environnement que notre pays doit se préparer à un réchauffement de l’ordre de +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100.
Autrement dit, Lille aura le climat de Bilbao, deux villes distantes de près de 940 km, quand Marseille aura celui de Séville et ses 46 degrés, et Paris celui de Montpellier.
Si, tous les 70 ans, le climat remonte de 1 000 km, nos arrière-petits-enfants vont vite se retrouver avec le Sahara aux portes de Paris...
Sauf que cette vision apocalyptique n’est pas inéluctable. Il est possible de prendre notre destin en main, à commencer par le tourisme et son principal vecteur de pollution : l’aérien !
Aérien : baisse du trafic et déploiement massif des SAF !
Il faudrait, selon Aurélien Bigot, rajouter à ce chiffre 4,4%.
Le tourisme représenterait donc plus de 15% des émissions de notre pays, pour une contribution économique de seulement 3,8% !
Le dernier rapport d’Aéro Décarbo baptisé "Pouvoir voler sans pétrole" rappelle que la trajectoire de l’aérien français va droit dans le mur… du carbone, puisque le secteur pourrait représenter 37% des émissions de notre pays en 2050.
Pour rendre notre industrie plus vertueuse, afin qu’elle rentre dans les clous de l’Accord de Paris, il faudrait alors que le tourisme baisse ses émissions de 35 à 50% d’ici 2030, donc à vitesse grand V !
Si ce chiffre peut donner le tournis ou des sueurs froides, l’imposant document démontre que tout cela n’est pas une fatalité.
L’aérien vert, du moins, qui se veut moins impactant et dans les clous de l’Accord de Paris, c’est possible, et dès demain !
"On est loin des Amish. Aéro Décarbo est une association de passionnés d’aviation : chacun a un côté technophile, et nous souhaitons être le plus possible réalistes et honnêtes intellectuellement.
En mobilisant des hypothèses technologiques (très) optimistes sur le déploiement des SAF, nous parvenons à un scénario respectant l’Accord de Paris.
Ce scénario doit d’abord passer par une diminution du trafic à l’échelle mondiale, pour réduire la consommation de pétrole, pour ensuite le réaugmenter lorsque les SAF seront massivement déployés, pour revenir au niveau d’activité initial, celui constaté aujourd’hui," nous explique Loïc Bonifacio, le co-auteur du rapport "Pouvoir voler sans pétrole".
Aérien : baisser le trafic de 15% d’ici 2030 !
Dans l’aérien, la demande se calcule en passagers-kilomètres payants (RPK), en multipliant le nombre de passagers payants par la distance parcourue.
Ainsi, en 2025, le RPK mondial a atteint 9 600 milliards. Dans le scénario privilégié par le rapport, il faudrait alors baisser cela à 8 400 milliards, soit -12% en 2035, afin de rester dans les limites d’un réchauffement climatique de 1,7°C en 2100.
Le trafic doit même baisser de 15% d’ici 2030 !
Si jamais nous visions une hausse des températures de seulement 1,5°C, scénario qui n’est plus envisageable puisque nous venons déjà de dépasser ce seuil, alors il faudrait réduire le trafic de 60% en 2035.
Dans le même temps, le trafic est plutôt sur une courbe ascendante, puisque Eurocontrol estime que les vols vont augmenter de 50% d’ici 2050.
"Ainsi, la question de la sobriété aérienne se pose-t-elle à la fois pour des enjeux climatiques, mais aussi pour des enjeux d’équité sociale dans la répartition de son usage," explique le rapport.
Dans un monde parfait, ou presque, où tout le monde aurait accès de façon identique aux voyages aériens, alors les 8,1 milliards d’humains auraient tous volé 1 185 km en 2050.
Pour rendre l’aérien plus propre, il faudrait aussi que nous nous limitions tous à 963 km en 2035, et 1 097 km en 2040.
En résumé, si nous nous limitions tous à 1 000 km par an en avion en France, nous pourrions tous faire un aller-retour Paris-Toulouse… tandis qu'un aller-retour Paris-New York pourrait s’effectuer tous les 12 ans, ou un aller-retour Paris-Tokyo tous les 20 ans.
Ainsi, en 2025, le RPK mondial a atteint 9 600 milliards. Dans le scénario privilégié par le rapport, il faudrait alors baisser cela à 8 400 milliards, soit -12% en 2035, afin de rester dans les limites d’un réchauffement climatique de 1,7°C en 2100.
Le trafic doit même baisser de 15% d’ici 2030 !
Si jamais nous visions une hausse des températures de seulement 1,5°C, scénario qui n’est plus envisageable puisque nous venons déjà de dépasser ce seuil, alors il faudrait réduire le trafic de 60% en 2035.
Dans le même temps, le trafic est plutôt sur une courbe ascendante, puisque Eurocontrol estime que les vols vont augmenter de 50% d’ici 2050.
"Ainsi, la question de la sobriété aérienne se pose-t-elle à la fois pour des enjeux climatiques, mais aussi pour des enjeux d’équité sociale dans la répartition de son usage," explique le rapport.
Dans un monde parfait, ou presque, où tout le monde aurait accès de façon identique aux voyages aériens, alors les 8,1 milliards d’humains auraient tous volé 1 185 km en 2050.
Pour rendre l’aérien plus propre, il faudrait aussi que nous nous limitions tous à 963 km en 2035, et 1 097 km en 2040.
En résumé, si nous nous limitions tous à 1 000 km par an en avion en France, nous pourrions tous faire un aller-retour Paris-Toulouse… tandis qu'un aller-retour Paris-New York pourrait s’effectuer tous les 12 ans, ou un aller-retour Paris-Tokyo tous les 20 ans.
Aérien : plus de 7 000 km parcourus par usager et par an !
Dans le faits, selon un rapide calcul, alors qu’en 2018, seulement 11% de la population mondiale avait déjà pris l’avion - un taux qui doit augmenter du fait du déploiement de l’aérien et de l’accession de certaines populations à la classe moyenne - nous serions plutôt à une moyenne de 7 666 km parcourus en moyenne par usager de l’aérien en 2025.
Si l'on prend la liberté d’imaginer que 15% de la population a pris un vol l’année passée, même en réduisant à 5 000 km par usager et par an, le terrain de jeu reste très conséquent.
Autrement dit : tout le monde doit réduire, et notamment ceux qui voyagent beaucoup. Il faut revenir à un usage raisonné de l’aérien pendant quelques années.
"En 2040, il (le trafic, ndlr) retrouve son point de départ, qui est d’un peu moins de 10 000 milliards de passagers-km, soit 1 000 km multipliés par un peu moins de 10 milliards de personnes.
Une moyenne, donc, de 1 000 km/an en avion, par personne, à l’échelle mondiale.
Le message se veut à la fois optimiste et ancré dans le réel, car 1 000 km/an, ce n’est clairement pas prendre l’avion tous les ans," poursuit le rapporteur.
Si l'on prend la liberté d’imaginer que 15% de la population a pris un vol l’année passée, même en réduisant à 5 000 km par usager et par an, le terrain de jeu reste très conséquent.
Autrement dit : tout le monde doit réduire, et notamment ceux qui voyagent beaucoup. Il faut revenir à un usage raisonné de l’aérien pendant quelques années.
"En 2040, il (le trafic, ndlr) retrouve son point de départ, qui est d’un peu moins de 10 000 milliards de passagers-km, soit 1 000 km multipliés par un peu moins de 10 milliards de personnes.
Une moyenne, donc, de 1 000 km/an en avion, par personne, à l’échelle mondiale.
Le message se veut à la fois optimiste et ancré dans le réel, car 1 000 km/an, ce n’est clairement pas prendre l’avion tous les ans," poursuit le rapporteur.
Aérien : "sans SAF, pas de croissance"
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À côté de cette baisse nécessaire du trafic, le secteur va devoir déployer massivement les carburants durables.
Et alors que nous en sommes à seulement 2% cette année, les SAF devront obligatoirement représenter 6% de la consommation de carburant des compagnies aériennes européennes en 2030, puis 20% en 2035 et 70% en 2050.
Pour cela, les industriels vont devoir décupler leurs productions pour que la quantité de SAF passe de 80 millions de tonnes en 2035 à 149 millions en 2040, puis 209 Mt en 2045.
Cette année, la production est attendue à 2,4 millions de tonnes.
Toutefois, le rapport explique que la production de SAF a de nombreuses contraintes et limites. En France, elle repose majoritairement sur le réemploi de l’huile de cuisson usagée et à l’horizon 2030, il serait possible d’atteindre environ 15% de la consommation de kérosène, soit 1 million de tonnes.
Sauf que derrière ce chiffre se cache une autre réalité : pour atteindre cette quantité, il faudrait capter la totalité des ressources françaises (cultures dédiées comprises). Le gisement serait donc saturé d’ici 2030.
Pour permettre la décarbonation de l’aérien et de la mobilité, il sera alors nécessaire de se tourner vers la biomasse lignocellulosique, donc les résidus agricoles.
Rappelons aussi que "la réalité d’aujourd’hui est que le SAF coûte 3 à 5 fois le prix du kérosène. Nous faisons notre part du travail, mais ce sujet est collectif," nous confiait récemment Victoria Morin, responsable développement durable de Transavia.
Le gisement est conséquent, mais la ressource fragile. Il paraît aussi indispensable d’effectuer des plantations allant dans ce sens : mettre en place une filière agricole entièrement dédiée au carburant durable, que ce soit pour les huiles ou la biomasse.
Le Shift Project recommanderait alors l’implantation de 1,5 million d’hectares de miscanthus, soit 5,5% de la Surface Agricole Utile française.
De plus, concernant les e-SAF, soit l’hydrogène produite par électrolyse de l’eau à l’aide d’électricité bas-carbone, "la production peine à se matérialiser," essentiellement à cause de son coût, lié à la forte consommation énergétique qu’elle nécessite.
Un véritable casse-tête que l’humanité va devoir résoudre, car cela représente l’unique solution pour l’aérien, et donc, globalement, pour notre industrie touristique, de regarder l’avenir avec sérénité et optimisme, car "sans SAF, pas de croissance," conclut Loïc Bonifacio.
De son côté, Victoria Morin boucle la boucle en appelant à la responsabilité de tous les acteurs, du tour-opérateur à l'agent de voyages, en passant par la destination, pour rendre l'aérien plus vert !
Et alors que nous en sommes à seulement 2% cette année, les SAF devront obligatoirement représenter 6% de la consommation de carburant des compagnies aériennes européennes en 2030, puis 20% en 2035 et 70% en 2050.
Pour cela, les industriels vont devoir décupler leurs productions pour que la quantité de SAF passe de 80 millions de tonnes en 2035 à 149 millions en 2040, puis 209 Mt en 2045.
Cette année, la production est attendue à 2,4 millions de tonnes.
Toutefois, le rapport explique que la production de SAF a de nombreuses contraintes et limites. En France, elle repose majoritairement sur le réemploi de l’huile de cuisson usagée et à l’horizon 2030, il serait possible d’atteindre environ 15% de la consommation de kérosène, soit 1 million de tonnes.
Sauf que derrière ce chiffre se cache une autre réalité : pour atteindre cette quantité, il faudrait capter la totalité des ressources françaises (cultures dédiées comprises). Le gisement serait donc saturé d’ici 2030.
Pour permettre la décarbonation de l’aérien et de la mobilité, il sera alors nécessaire de se tourner vers la biomasse lignocellulosique, donc les résidus agricoles.
Rappelons aussi que "la réalité d’aujourd’hui est que le SAF coûte 3 à 5 fois le prix du kérosène. Nous faisons notre part du travail, mais ce sujet est collectif," nous confiait récemment Victoria Morin, responsable développement durable de Transavia.
Le gisement est conséquent, mais la ressource fragile. Il paraît aussi indispensable d’effectuer des plantations allant dans ce sens : mettre en place une filière agricole entièrement dédiée au carburant durable, que ce soit pour les huiles ou la biomasse.
Le Shift Project recommanderait alors l’implantation de 1,5 million d’hectares de miscanthus, soit 5,5% de la Surface Agricole Utile française.
De plus, concernant les e-SAF, soit l’hydrogène produite par électrolyse de l’eau à l’aide d’électricité bas-carbone, "la production peine à se matérialiser," essentiellement à cause de son coût, lié à la forte consommation énergétique qu’elle nécessite.
Un véritable casse-tête que l’humanité va devoir résoudre, car cela représente l’unique solution pour l’aérien, et donc, globalement, pour notre industrie touristique, de regarder l’avenir avec sérénité et optimisme, car "sans SAF, pas de croissance," conclut Loïc Bonifacio.
De son côté, Victoria Morin boucle la boucle en appelant à la responsabilité de tous les acteurs, du tour-opérateur à l'agent de voyages, en passant par la destination, pour rendre l'aérien plus vert !






Publié par Romain Pommier 














