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Crise Covid : doit-on s'attendre à une fermeture en chaîne des agences de voyages en 2022 ? 🔑

Contraintes ou par choix, certaines ont déjà stoppé leur activité



L'année 2022 sera-t-elle plus risquée pour les distributeurs que ces deux dernières années de crise économique ? Entre la diminution des aides gouvernementales et qui parfois tardent à arriver sur les comptes en banque, le remboursement des avoirs, des PGE et des reports de charges, mais aussi une reprise du tourisme qui s'opère en dents de scie, les agents de voyages ont de quoi être inquiets. D'ailleurs, certains d'entre eux ont déjà mis un terme à leur activité en ce début d'année...


Rédigé par le Mercredi 23 Février 2022

Depuis le début de l'année 2022, Altares note 3 défaillances en janvier et un seul dépôt de bilan en février pour le moment - DR : DepositPhotos.com, tupungato
Depuis le début de l'année 2022, Altares note 3 défaillances en janvier et un seul dépôt de bilan en février pour le moment - DR : DepositPhotos.com, tupungato
Fin janvier, nous apprenions la liquidation de l'agence Vivarel Voyages, dirigée par Lucien Salemi, le président des EdV Méditerranée.

Une nouvelle qui a suscité de nombreuses réactions au sein de la profession.

Le dirigeant a, en effet, préféré stopper son activité pour éviter de creuser le déficit. Il avait demandé une mise en sauvegarde en décembre dernier mais les aides ne sont pas arrivées à temps...

Cette liquidation laisse-t-elle présager une année 2022 encore plus compliquée pour les distributeurs que les deux précédentes ?

En plein remboursement des avoirs liés à l'ordonnance 315-2020 du 25 mars 2020, dont le montant flirte avec les 2 milliards d'euros, des Prêts Garantis par l’État (PGE) qui représentent 800 M€ pour les entreprises immatriculées et des reports de charges sociales, et alors que les conditions d'obtention des aides d’État se resserrent, doit-on s'attendre à assister à une hécatombe parmi les agences ?

Un nombre de défaillances plus important en 2022 ?

Dans un contexte marqué par l'incertitude liée à la propagation du virus et à la reprise des voyages, difficile de faire des prévisions.

Le mois dernier, Jean-Pierre Mas, le président des Entreprises du Voyage, révélait que sur décembre 2021 et janvier 2022, deux tiers des entreprises interrogées par le syndicat perdaient au moins 50% du chiffre d'affaires réalisés aux mêmes périodes en 2019 et 2020.

"Le redémarrage est plus lent et plus compliqué que ce que nous avions imaginé. Nous respirons mais nous avons le plomb de la dette accroché à nos jambes.

Je crains que le nombre de défaillances ne soit plus important en 2022 qu'en 2020 et 2019
", avait-il déclaré à l'occasion d'une conférence de presse.

LIRE AUSSI : Prêts garantis par l'Etat : "On y est, face à ce mur de la dette !"

Mais si des agences font le choix de liquider « proprement » leur commerce, d'autres se retrouvent mises au pied du mur.

C'est le cas de Speak and GO!, un centre de langue basé à Quimper qui organise, depuis 2019 et l'obtention de son immatriculation, des séjours touristiques et linguistiques à l'étranger et propose également de trouver des séjours au pair, des jobs ou stages en entreprise, etc.

Un soutien à deux vitesses ?

En septembre dernier, c'est la douche froide pour son fondateur, Sylvain Pichon, lorsqu'il reçoit un courrier de son garant financier l'informant de la résiliation de son contrat au 31 décembre 2021.

« La raison est très laconique, puisqu'il était simplement écrit : aggravation du risque en situation de pandémie », commente Sylvain Pichon qui regrette que les garants financiers aient « continué à soutenir les très grosses structures mais pas les toutes petites, comme la sienne, qui n’ont jamais failli.

J'ai toujours honoré mes prestations, j'ai remboursé pratiquement tous mes avoirs, j'ai une trésorerie saine et pas de PGE. Et durant la pandémie, je ne suis pas resté les bras croisés, j'ai essayé de développer un nouveau programme en plaçant des jeunes Français dans des familles anglophones en Bretagne
 ».

Depuis la réception de ce courrier, il a remué ciel et terre pour conserver sa garantie financière en demandant un maintien exceptionnel pour l'année 2022 auprès de son garant, mais aussi en sollicitant Atout France et divers élus politiques. Pourtant, la radiation a été actée début janvier...

Sylvain Pichon a fini par s’entretenir avec le directeur général de sa garantie financière, qui a accepté de réexaminer son dossier, sans garantie toutefois de donner une suite positive à sa requête.

« Je leur ai renvoyé un document de caution solidaire (avec état de mon patrimoine) en guise de contre garantie. Le document est à l'étude. S'il est approuvé, je pourrai faire une demande d'annulation de radiation du registre des opérateurs de séjours et voyages auprès d'Atout France et présenter ma nouvelle attestation de garantie financière à la prochaine commission », se réjouit Sylvain Pichon.

Pas de hausse significative des radiations pour Atout France

Nous avons contacté Atout France, afin de faire un point global sur la situation.

Pour ce début d'année 2022, le GIE ne note pas de hausse significative du nombre de radiations au registre des opérateurs de voyages et de séjours. Mais il ne souhaite pas, pour autant, tirer d’enseignements trop tôt.

En revanche, Atout France constate qu'en 2021, le nombre de radiations et de non-renouvellements s’élève 480 au total, dont 306 dans la catégorie « agents de voyages ou apparentés » (voir encadré ci-dessous).

« Ce nombre est un peu plus élevé comparé à la moyenne observée en temps normal, mais rien de comparable à la chute observée des nouvelles immatriculations en 2021 », nous précise un porte-parole d'Atout France.

De même, depuis début 2022, le nombre mensuel de nouvelles immatriculations demeure encore assez faible par rapport à la moyenne observée en temps normal, même s’il a légèrement progressé depuis la fin d’année dernière.

De leur côté, les garants financiers avec lesquels nous avons pu échanger ne constatent pas non plus de pertes importantes parmi leurs affiliés.

« En 2021, nous avons eu 9 départs pour cause d'arrêt ou de suspension d’activité, nous indique Simon Thirot, le délégué général de l'UNAT à propos du Fonds Mutuel de Solidarité (FMS). C'est un peu plus que les autres années, mais pas beaucoup plus. A ce niveau, cela ne nous alerte pas. La crise a un effet indéniable, mais ça n'est pas massif ».

Groupama a même eu moins de sinistres en 2021 qu'en 2020, mais « avec des événements d'une ampleur un peu plus importante, commente Jean-Michel Pérès.

Ce sont des entreprises qui en général n'ont pas eu d'activité en 2020 et qui compte tenu des allers-retours entre des phases d'activité et sans activité en 2021, dues aux fermetures et aux blocages, n'ont pas réussi à s’adapter et ont renoncé.

Elles ont préféré aller en procédure collective alors que, parfois, il y avait encore un peu de trésorerie qui aurait permis de rembourser des voyageurs.

Mais les entreprises ont préféré renoncer et laisser leur affaire entre les mains du Tribunal de Commerce. Et dans ces cas-là, le premier sollicité est le garant financier... Je pense qu'il y a des dossiers qui auraient pu mieux se terminer »
.

Une diminution de 32% des défaillances pour les agences de voyages

« D'une façon habituelle, il n'y a pas énormément de défaut dans ce métier, mais en plus, il a été accompagné par les aides de l’État », analyse pour sa part, Thierry Millon, le directeur des études du Groupe Altares.

En 2021, cela se traduit, pour la seule activité des agences de voyages, par 45 défaillances (sauvegardes, redressements judiciaires ou liquidations judiciaires directes) contre 66 en 2020 et 61 en 2019.

« La tendance est très marquée : nous sommes sur une diminution de 32% des défaillances pour les agences de voyages, alors que sur l'ensemble de l'économie, les défaillances ont reculé d'un peu moins de 12% », ajoute Thierry Millon. Des tendances semblables à celles enregistrées dans le secteur de la restauration.

Sur le début de l'année 2022, Altares note 3 défaillances en janvier et un seul dépôt de bilan en février pour le moment.

Quant aux entrepreneurs qui envisageraient de déposer le bilan après deux années de crise, Thierry Millon rappelle quelques principes élémentaires : « on n'a pas le droit d'ouvrir un business, quel qu'il soit, et de le fermer à discrétion.

On a le droit de l’ouvrir si on a apporté des financements, des garanties, voire des diplômes/qualifications, et quand on le ferme, on doit s'assurer de n'avoir aucune dette, on doit être en capacité de payer les cotisations sociales et tout ce que l'on a à payer.

Un dirigeant ne peut donc fermer son entreprise de façon amiable* que s'il est à jour de son endettement, d’autant plus à l'heure actuelle avec les plans d'apurement mis en place par les URSAFF qui permettent un étalement de la dette sociale sur 24 ou 36 mois pour les entreprises
».

* (Pour rappel, la liquidation amiable est une décision libre, prise par un dirigeant ou des associés qui choisissent de mettre fin à leur entreprise. Elle diffère de la liquidation judiciaire, qui est déclarée par le tribunal de commerce pour une entreprise en état de cessation de paiement).

Une baisse des liquidations amiables

En 2021, Altares recense 93 liquidations amiables d'agences de voyages, contre 153 en 2020 (-39%). « Cette liquidation amiable présente une tendance même meilleure que celle que l'on a sur les défaillances », ajoute Thierry Millon.

A noter également 17 défaillances en 2021 pour les services/plateformes de réservation en ligne, pour lesquelles la liquidation judiciaire est prédominante.

Toutefois, Thierry Millon est formel : « nous ne voyons pas dans les chiffres aujourd'hui de tendances, ni d’augmentation des faillites, qu'elles soient amiables ou judiciaires.

Cela ne veut pas dire que le secteur va bien, il faut évidemment que le client revienne aux affaires et cela n'est pas gagné, même si la Covid est en train de partir.

Les rendez-vous d'affaires ne reviennent pas rapidement, les salons se demandent s’ils vont pouvoir se tenir ou pas, les réunions d'entreprise continuent à se tenir par visio et les déjeuners d'affaires ne sont pas revenus...
 »

Idem sur le loisir, « où nous sommes face à des consommateurs qui doivent faire face à des arbitrages compliqués du fait des tensions tarifaires, de l'inflation », conclut Thierry Millon.

Inflation, Covid, tensions internationales, élections présidentielles, pénurie de main-d’œuvre, gestion des liquidités... l'année 2022 ne sera pas de tout repos pour les agences de voyages, en espérant que le second semestre - attendu de meilleure facture que le premier - laissera entrevoir un espoir de retour aux affaires et de la consommation des ménages.

Atout France : le point sur les immatriculations/radiations

Nouvelles immatriculations :

- En 2021, Atout France aura enregistré un nombre plus faible encore de nouvelles immatriculations qu’en 2020, soit un total de seulement 199 opérateurs de voyages et de séjours, dont 100 dans la catégorie agents de voyages ou apparentés.

Pour mémoire, sur la période 2010-2019, le nombre moyen de nouveaux opérateurs s’établissait à 632 par an, dont 358 dans la catégorie "agents de voyages ou apparentés" (réceptifs, distributeurs et producteurs), dont la vente de voyages est l’activité principale.

- Depuis le début de l’année 2022, le nombre mensuel de nouvelles immatriculations demeure encore assez faible par rapport à la moyenne observée en temps normal, même s’il a légèrement progressé depuis la fin d’année dernière.

Radiations et non-renouvellements :

- Quant aux radiations et aux non-renouvellements, leur nombre s’élève en 2021 à 480 au total, dont 306 dans la catégorie "agents de voyages ou apparentés". Ce nombre est un peu plus élevé comparé à la moyenne observée en temps normal, mais rien de comparable à la chute observée des nouvelles immatriculations en 2021. En effet, le Gouvernement a pris et continue de prendre, en concertation avec les organisations professionnelles, des mesures destinées à soutenir l’activité et garantir la survie des entreprises concernées.

- En 2022, sur le nombre de radiations et avis de cessation de garantie financière, "nous ne constatons pas à ce stade d’évolution significative, déclare Atout France. Il est de toute façon beaucoup trop tôt pour tirer d’éventuels enseignements concernant l’année 2022."

Observations :

- Autre impact de cette crise : la chute des nouvelles immatriculations a généré une baisse du nombre total d’opérateurs immatriculés en 2021. Depuis dix ans, ce nombre tournait autour de 7 000 opérateurs immatriculés, dont 4 350 dans la catégorie "agents de voyages ou apparentés". En 2021, il est inhabituellement descendu en-dessous de 7 000. A date : on compte 6 709 opérateurs, dont 4 076 dans la catégorie "agents de voyages ou apparentés".

- Atout France travaille actuellement en étroite relation avec la DGE à l’élaboration d’une réforme qui vise à simplifier et sécuriser les démarches en matière d'immatriculation. Elle est toujours à ce stade en cours de définition et de concertation.

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