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FUTUROSCOPIE - A quand un contrôle sérieux du secteur du bien-être ? 🔒

Décryptage de Josette Sicsic, Futuroscopie



Utiliser son temps de vacances pour se « réparer » n’est pas une nouveauté. Le terme de bien-être a fait une carrière fulgurante. L’industrie qui lui est liée, également. En progression de quelque 22% malgré la pandémie, le tourisme de bien-être a pulvérisé les prévisions. Mais, recouvrant une diversité illimitée et qui plus est, en évolution perpétuelle, cette forme de tourisme dispose-t-elle d’un personnel suffisamment compétent pour poursuivre sa brillante carrière ? La question mérite d’être posée alors que quelques accidents graves commencent à défrayer l’actualité.


Rédigé par le Mardi 19 Octobre 2021

Le tourisme de bien-être, en évolution perpétuelle, dispose-t-il d’un personnel suffisamment compétent pour poursuivre sa brillante carrière ?  - DR : DepositPhotos.com, nd3000
Le tourisme de bien-être, en évolution perpétuelle, dispose-t-il d’un personnel suffisamment compétent pour poursuivre sa brillante carrière ? - DR : DepositPhotos.com, nd3000
Fin août, en effet, on annonçait le décès d’une stagiaire durant un séjour de jeûne*. Horrible nouvelle qui risque fortement de se reproduire si qualification et encadrement ne sont pas mieux surveillés et contrôlés.

Il fallait bien que cela arrive.

C’est un peu la réflexion que l’on est amené à se faire en apprenant le décès d’une participante de 44 ans à un stage de jeûne hydrique. Pourtant, l’évasion a toujours eu une fonction thérapeutique.

La nouveauté réside plutôt dans la propagation d’une offre de soins et thérapies de toutes sortes, souvent proposées soit par les établissements de luxe, soit par d’autres centres de standing divers ne subissant aucun contrôle, car en France, on ne contrôle pas de près cette mosaïque de prestataires ayant pignon sur rue et pignon sur des milliers d’écrans internet.

Lesquels, après avoir diffusé quelques photos et textes concernant les vertus de leur thérapie, commercialisent directement leurs produits. Non sans avoir publié quelques témoignages et avis d’utilisateurs. Plutôt élogieux bien sûr.

La presse papier quant à elle, plutôt florissante en ces temps de disette médiatique, n’est pas avare non plus de petites annonces rarement contrôlées.

Tandis que l’hôtellerie haut de gamme crédibilise ces activités en en faisant un produit complémentaire à leur offre d’hébergement, d’un design irréprochable.



Ainsi, en ces époques bienheureuses d’avant covid, sur la revue Yoga, est proposée une retraite de yoga au grand hôtel de Marrakech : 800 euros les 8 jours.

À Megève, l’établissement de luxe « Les fermes de Marie » accueillait des séjours de yoga élaborés par un tout aussi luxueux club parisien, à des tarifs exorbitants. En Australie, un Novotel du Queensland sert de cadre à un « Wanderlust festival » combinant surf et yoga...

Le Blue Lagoon en Islande est également présenté comme le paradis : bains chauds à ciel ouvert, séjours de détente mais recherche médicale à temps plein : un million de personnes s’y précipitent dont 90% d’étrangers.

Et, bien évidemment, de nombreuses enseignes nord-américaines et indiennes surtout en font tout autant et comptent sur l’après-Covid pour relancer leur activité.

Car, dernier point : loin d’être sur le point de se tarir, cette vague est considérée par le Global Wellness Report comme la plus spectaculaire pour les années à venir. D’autant qu’elle touche tous les marchés, toutes les générations et de plus en plus le public masculin et un public jeune.

Le marché japonais a ainsi explosé : + 360%. Le Canada affiche 240% de croissance. La France, comme beaucoup de marchés européens, a doublé ses performances.

Mieux ! Le Global Wellness estime que depuis 2017, les projets de centres de bien-être dans le monde sont passés de 740 à 2 300 !

En France, Deep Nature, le major depuis 2004, investit peu à peu tous les sites de Pierre & Vacances/Center-Parcs et assure la formation maison de son personnel.

Des raisons supplémentaires pour examiner de plus près les professions les plus populaires que le succès du « mieux vivre » a engendrées et qui évoluent dans un univers bien peu organisé et sécurisé...

► Le jeûne : une activité peu contrôlée

Parmi les pratiques montantes, le jeûne se maintient relativement bien. Se remettre en selle et en même temps perdre du poids, voilà de quoi séduire.

Le jeûne est certes plus connu que pratiqué, mais la Fédération Jeûne et Rando revendique une cinquantaine de centres qu’elle labellise aujourd’hui, et en année normale quelque 700 stages par an, dans les plus belles régions de France, durant lesquels les « curistes » se voient proposer à la fois des activités de détox, de méditation, d’exercice physique mais surtout un régime alimentaire très allégé, de l’ordre de 250 calories quotidiennes.

Pratiqué dans des pays comme l’Allemagne où la tradition remonte à la fin du XIXe siècle, par environ 8 millions de personnes, le jeûne est également entré dans le secteur touristique via des hôtels/cliniques de grand luxe...

Zoom sur la méthode allemande : la version Buchinger

Ouverte en 1953, la clinique Buchinger sur les bords du lac de Constance, qui a son double en Espagne sur les hauteurs de Marbella, constitue à la fois un pionnier et un exemple de rentabilité touristique.

Recrutant des individus tentés par un régime très limité sur le plan calorique, composé de jus de fruits et bouillons de légumes, la clinique est censée soigner stress, fatigue, inflammations chroniques... Et cela à des tarifs impressionnants, variant entre 1 500 euros par jour et 30 000 euros pour 21 jours !

De quoi limiter la clientèle à une catégorie de « happy few » en quête d’un cadre avenant, un service raffiné et des soins efficaces qui leur procureront à la fois détente et minceur. Car, la dimension perte de poids n’est jamais très éloignée des aspirations des pratiquants.

Sur un plan touristique en tout cas, les deux établissements de Buchinger accueillent chacun entre 3 000 et 3 500 clients. Une bonne affaire pour les propriétaires des lieux, les descendants du Docteur Buchinger, le fondateur.

... Pour autant, le succès de ce lieu reste isolé, malgré les tentatives nombreuses de duplication.

Pourquoi ?

Pour les nutritionnistes, le jeûne radical est en effet une hérésie dangereuse pour la santé. Selon eux, le corps a besoin d’une dose quotidienne d’aliments, faute de quoi il puise dans ses réserves et devient vulnérable au stress.

Un taux de calories très réduit peut aussi être dangereux, à moins d’être encadrées par des nutritionnistes diplômés.

Bon nombre de lieux sont tenus par des « charlatans » nullement diplômés, nullement contrôlés qui exercent leur charisme sur des individus crédules en quête de bien-être, prêts à tout pour atteindre la sérénité, la jouvence et l’apaisement promis.

Dénoncées par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), les dérives et autres escroqueries existent bel et bien et sont parfois difficiles à démasquer.

► Massage : entre le pire et le meilleur

Dans le domaine illimité, complexe et ambigu du massage, la situation est encore plus délicate.

Comptant parmi le trio de tête des soins les plus appréciés et demandés par les clientèles, notamment celle des « spas », le massage prend de multiples visages : il est chinois, thaïlandais, californien, aux bambous, aux huiles essentielles... et parfois ayurvédique.

Mais, en milieu touristique, sa vocation n’est pas médicale, elle est relaxante. Le massage peut donc être exécuté par des personnes titulaires d’un diplôme d’esthétique.

Et cela depuis novembre 2016, date à laquelle le ministère des affaires sociales et de la santé a tranché en faveur d’un assouplissement de la législation afin de mettre un terme à la guerre opposant professionnels de la santé et du bien-être.

Pour autant, le problème n’est pas résolu. De nombreux masseurs exercent après avoir suivi des formations de quelques dizaines d’heures, dispensées par quantité d’organismes dont une bonne partie ne sont reconnues par personne. Ni par l’état, ni par la Fédération française de massage de bien-être. Laquelle constitue pourtant la seule garante existant en France d’un certain sérieux dans la pratique.

Quant à la prolifération d’officines au look parfois douteux, proposant dans un cadre parfois très approximatif mais à des prix élevés une gamme illimitée de massages, elle ne contribue pas à améliorer la réputation de la profession.

Rarement contrôlés, ces lieux ont pourtant pignon sur rue. À Paris seul, on en compte plus de 500.

Bien entendu, les bons masseurs existent. Mais, comme le dit la responsable d’un spa situé dans un grand hôtel parisien, "il est de plus en plus difficile de recruter du personnel compétent face à une demande de plus en plus pressante, et qui, plus experte et ayant accumulé des expériences, se montre très exigeante".

► Yoga : un secteur réglementé par lui-même

Autre activité de plus en plus prisée et pratiquée : le yoga.

Aux USA, on compte aujourd’hui environ 20 millions de pratiquants contre une quinzaine de millions à peine en 2012. Une ascension fulgurante pour cette discipline ancestrale à laquelle on attribue toutes sortes de vertus sur le plan de la santé physique et mentale.

En France, on estime à 2,5 millions les adeptes de la discipline parmi lesquels les femmes restent majoritaires malgré une progression régulière du public masculin et des jeunes pratiquants.

Mais, il n’existe pas de Fédération française de yoga officielle reconnue par l’état. Une situation qui n’est pas propre à la France.

Le yoga n’entre pas dans la liste des professions réglementées en France. Tous les pratiquants peuvent créer leur propre fédération de yoga. Il n’existe donc aucun diplôme « officiel ». Qui aurait une légitimité à valider quoi que ce soit dans le Yoga ?

Il n’existe pas non plus de cycle précis de formation de professeur de Yoga et un diplôme d’une association de Yoga a autant de valeur qu’un diplôme d’une fédération de Yoga, c’est-à-dire aucune valeur juridique ou officielle.

La pratique est donc parfois d’autant plus risquée qu’elle est plus acrobatique que spirituelle. Aux USA, un article de Time Magazine qui a fait grand bruit a dénoncé le fait que le yoga est destiné aux personnes en bonne condition physique et que beaucoup de pratiquants moins en forme s’exposent à des risques de blessures.

Le yoga est cependant rattaché au ministère de la Culture au même titre qu’une philosophie ou une religion.

► La méditation : des risques plus limités

Quant à la pratique de la méditation, elle est aussi en pleine évolution.

Emmanuel Carrère, dans son dernier ouvrage « Yoga », a décrit avec son talent habituel la sévérité et l’austérité de ces séjours sinistres durant lesquels vous payez pour vous couper d’autrui, subir des brimades mentales et écouler des heures terribles à tenter de vous restructurer et soigner vos blessures psychologiques.

Et, dans ce domaine, c’est le bouche-à-oreille qui régit les relations entre pratiquants et enseignants.

Lesquels ne certifient leurs compétences que sur la base de formations expérimentales auprès de « grands maîtres » à la réputation établie dans ce milieu longtemps fermé mais, Internet aidant, de plus en plus ouvert.

Cela étant, la pratique ne présente pas trop de risques, sauf des risques sectaires. Mieux vaut donc vérifier l’origine des « gurus » ou s’offrir des cours de gymnastique tout simples !

► Le coaching : une explosion annoncée

Enfin, le « coaching » a pris une telle expansion, dans la vie courante et la vie professionnelle, qu’il est aussi devenu un allié des séjours touristiques.

Bon nombre de grands hôtels proposent à leurs clientèles les services de coachs grassement payés qui conseillent à la fois sur le plan nutritionnel, sportif, mental, parfois spirituel...

Comment sont-ils formés ? En France, seuls les coachs sportifs sont diplômés.

Les autres font souvent ce métier sur la base d’un diplôme sportif et de quelques jours de formation dans toutes sortes de domaines, notamment la nutrition, la méditation, le yoga.

Considérées comme indispensables à la clientèle très haut de gamme qui fréquente les palaces internationaux, ces personnes sont très recherchées par les conciergeries des grands établissements.

► Le wellness numérique : une concurrence

Il va sans dire que durant les longs confinements que nous avons subis, les cartes de crédit ont chauffé pour régler les abonnements à toutes sortes d’applications proposant de vous coacher, vous détendre, vous psychanalyser en visioconférences, soit en groupes, soit seuls.

Le wellness digital a bien compris le parti à tirer de cette frénésie grandissante pour les soins du corps et de l’esprit.

Et le secteur du thermalisme a tout de même quelques soucis à se faire face à cette concurrence, lui qui peine à attirer les 600 000 clients dont il a besoin pour faire tourner ses établissements.

Retour aux vertus naturelles : qui a le droit de faire quoi ?

Mais, la grande gagnante dans le domaine de la quête de « santé » est l’alimentation et notamment l’alimentation dite naturelle, dont la palette de plus en plus pléthorique est de taille à désorienter le vacanciers lambda soucieux de ne pas passer à côté d’un supplément de bien-être peu couteux et peut-être savoureux.

Après l’emballement pour les herbes de Provence, les algues, les huiles d’argan, les lotions à base d’aloe vera et autres huiles essentielles dont les fleurs de Bach restent les locomotives historiques, stages et séjours divers associent en général la consommation de produits naturels avec des thérapies de taille elles aussi à concurrencer la médecine.

Mais, dans ce domaine comme les autres, les formations officielles reconnues par le ministère de la Santé sont rarissimes.

Généralement, les pharmaciens seuls sont habilités à pratiquer l’herboristerie ou l’aromathérapie. Mais, on ne les rencontre quasiment jamais dans ce genre d’établissements…

Coup d’œil sur ces spécialités :

Naturothérapie, les seuls diplômes nationaux

L’OMNES - l’Organisation de la médecine naturelle et de l’éducation sanitaire - est une association professionnelle de naturopathes créée en 1981, avec pour mission de faire connaître la naturopathie et d’encadrer les professionnels, pour en sécuriser les pratiques. Lesquels doivent détenir un diplôme de niveau universitaire validant au moins 4 500 heures d’études en anatomie, physiologie, nutrition, biothérapies... Les pharmaciens sont aussi habilités à pratiquer cette discipline.

Herboristerie, le diplôme a été supprimé en 1941

Un pharmacien diplômé a aussi tout à fait le droit de se livrer à des pratiques d’herboristerie. Mais, depuis 1941, il n’existe plus de diplôme officiel d’herboriste. Face à une demande croissante, les herboristes français exercent en réalité dans une semi-clandestinité. De plus, seules 148 variétés de la pharmacopée française (parmi lesquelles certaines plantes aromatiques...) tombées dans le domaine public depuis 2008 peuvent être en vente libre, c’est-à-dire disponibles en pharmacies, en herboristeries, mais également sur les marchés ou Internet et ce, sans indications thérapeutiques. Pour les quelque 340 plantes restantes, elles restent réservées aux officines ou herboristes diplômés... d’avant 1941 qui ont presque toutes disparu. En attendant que le diplôme soit rétabli et que les 5 écoles existantes en France soient reconnues.

Aromathérapie, le succès des huiles essentielles

Encore une thérapie qui a le vent en poupe. Elle accompagne donc systématiquement la palette des soins proposés par les spas et autres séjours de détente et remise en forme. Basée sur l’utilisation d’huiles essentielles, elle est une médecine naturelle mais pas une médecine douce. Car, préviennent les pharmaciens, les huiles essentielles puissantes en goût, en force et en action, ce qui les rend efficaces, peuvent également être dangereuses si elles sont utilisées à mauvais escient. Les formations sont rapides, quelques jours seulement mais permettent d’obtenir un diplôme validé par la Fédération française d’aromathérapie.

Nutrition : enfin, depuis 2007, un diplôme est exigé

En France, le diplôme de nutritionniste existe et il est le seul reconnu par le ministère de la Santé qui permette d’exercer ce métier, légalement.

Les autres n’ont officiellement pas le droit de prodiguer des conseils en alimentation...

Attention au monde de demain !

Nous voilà prévenus ! Le monde d’aujourd’hui qui cherche à vendre du « bonheur » vite et cher, n’est pas foncièrement malhonnête. Mais, disons qu’il est pressé.

Le « happiness » à tout crin est un business dont les performances économiques sont indéniables.

Parfois, tout va bien. Les offres proposées sous l’œil attentif d’un professionnel de santé sont efficaces.

Mais, parfois elles ne le sont pas du tout et sont même légèrement dangereuses.

A l’heure où tous les territoires sont à la recherche d’un positionnement et de produits « santé », mieux vaudrait enfin oser aborder le sujet.

Josette Sicsic - DR
Josette Sicsic - DR
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité et décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com

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Commentaires

1.Posté par bodin le 20/10/2021 20:29 | Alerter
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Pour rappel, le décès de la personne qui jeûnait en août n à pas de lien avec le jeûne et personne n à été mis en examen pour mise en danger de la vie d autrui.
Donc faire le lien entre deux évènements simplement parce qu ils ont en commun un lieu est juste un raccourci que la prudence et l objectivité d une bonne information ( verifiee) pourrait éviter de faire à bon compte. A bon entendeur.

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