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Futuroscopie - De l’emploi informel à l’emploi formel : la longue route du tourisme 🔑

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)



L’avenir, insistons encore et encore, se joue maintenant. Où ? A travers une série de faits parfois insignifiants, souvent majeurs, qui, lus entre les lignes se révèlent porteurs de transformations plus ou moins radicales.
En ce début de période estivale plutôt agitée, quels sont les principaux événements nécessitant une mise en perspective ? Ils sont nombreux. Nous avons cependant choisi ceux concernant l’emploi. Un sujet rebattu, certes, mais non moins préoccupant dans la mesure où il révèle les contradictions endémiques d’un secteur qui reste miné par le spectre de l’économie informelle…


Rédigé par le Mercredi 29 Juin 2022

Quelques signaux forts…

Economie parallèle : les représentants de 86 gouvernements présents lors de la dernière réunion technique, organisée par l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Genève, ont bien souligné que le secteur du tourisme ne peut plus laisser se développer cette économie - Depositphotos.com Auteur JrCasas
Economie parallèle : les représentants de 86 gouvernements présents lors de la dernière réunion technique, organisée par l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Genève, ont bien souligné que le secteur du tourisme ne peut plus laisser se développer cette économie - Depositphotos.com Auteur JrCasas
Tout a commencé avec le « Big quit » ou « la grande démission », des phénomènes que l’on observe depuis la pandémie, affectant de nombreux pays et secteurs et allant tous dans le même sens : l’évaporation de millions d’emplois, notamment dans le secteur touristique.

Autre fait passé plus inaperçu : les élections législatives de juin dernier qui ont permis à une députée « pas comme les autres » d’entrer à l’assemblée nationale. « Pas comme les autres », car cette femme : Rachel Kéké que rien ne prédisposait à l’activisme politique, avait pris la tête en 2019 de la grève des femmes de chambres de l’hôtel Ibis des Batignolles.

Très avant-gardiste, ce combat symbolique des « laissés pour compte » de l’industrie hôtelière se double aujourd’hui de la lutte des femmes de chambres américaines de Los Angeles pour obtenir des « boutons de panique » leur permettant de demander de l’aide en cas d’agression…

Un combat ancien et difficile contredit cependant par un autre fait : l’obligation pour ces mêmes femmes de chambres de nettoyer quotidiennement les chambres des clients de l’hôtellerie de la ville ! Sur décret municipal… Bon !

Autre signal d’actualité nettement plus spectaculaire : les grèves qui secouent le secteur de l’aérien, notamment dans les compagnies EasyJet, Ryanair, Brussels Airlines… où sont prévus plusieurs jours de débrayage afin d’obtenir des conditions de travail plus décentes et de meilleurs salaires.

N’oublions pas que certains personnels navigants sont payés au SMIC et que le SMIC en Espagne par exemple est de 950 euros ! Et que dire de la grève massive qui paralyse le transport ferroviaire britannique ?

Dans la même catégorie, les grèves annoncées par les salariés de l’aéroport Charles de Gaulle ou de celui de Heathrow (par les personnels de British Airways) contribuent à agiter le début de cette saison estivale inédite qui aurait pourtant du se présenter sous un autre jour.


Un spectacle contradictoire désolant

En effet, quand la demande repart, s’amplifie sous les coups de butoir du « revenge travel » et du « pentup travel » et que l’économie du secteur concerné connaît une embellie, le recrutement aurait du reprendre son envol et proposer des emplois de qualité, bien rémunérés à un personnel qualifié.

C’est d’ailleurs ce qu’il fait, puisque, selon le dernier baromètre des emplois du cabinet de recrutement Qapa, il apparaît que bon nombre d’emplois bien payés cette année sont des emplois touristiques : voiturier, barman, serveur, cuisinier, plagiste, hôtesse sur un yacht, bagagiste… et cela avec des salaires oscillant entre 3000 et 2000 euros ! Sauf que les emplois ne trouvent pas preneurs…

De plus, l’embellie aurait du faire en sorte que les employés en poste, restés fidèles à leurs entreprises, obtiennent des augmentations et des améliorations de leurs salaires sans avoir à les réclamer via des grèves.

Quant à ceux qui avaient été licenciés provisoirement pendant les confinements, ils auraient dû revenir, attirés par des emplois et conditions de travail repensés et revalorisés.

La refondation n’a pas eu lieu

Eh bien, non ! C’est tout le contraire qui s’est produit. Dans le monde post pandémique qui frémit des envies de boucler ses valises d’une majorité de vacanciers, le secteur touristique souffre d’une pénurie qu’il n’avait pas anticipée.

Et, il se révèle surtout incapable d’offrir le nouveau visage qu’il s’était engagé à fournir au début de la pandémie. Celui d’un secteur capable de réfléchir, refonder, réinventer les multiples métiers de la mosaïque touristique et surtout de former un personnel compétent et fiable.

Il n’a donc pas été capable de fournir des solutions réfléchies, stratégiques, durables… nées d’un véritable exercice de prospective portant à la fois sur l’avenir du travail en général, l’avenir de l’économie dans son ensemble, l’avenir des modèles économiques de l’industrie du loisir, et celui de cette plaie qui colle à la peau de l’emploi touristique, l’emploi informel.

De l’économie informelle à l’économie formelle

Car derrière l’écran des mouvements sociaux légaux et légitimes dans les économies avancées, il reste un sujet que l’on peine à aborder, c’est celui de l’économie informelle qui occupe plus de la moitié de la main-d'œuvre mondiale et plus de 90% des micro et petites entreprises dans le monde dont une grande partie des entreprises touristiques.

Petits commerces autour de la restauration, artisanat, bricolage, remise en état des hébergements et autres équipements de loisirs, transport, location de toutes sortes de services… constituent les principaux « petits métiers » exercés un peu partout dans le monde permettant à des millions de familles de vivre et de survivre.

Lesquels métiers ont vu leur nombre rebondir dès les premières réouvertures de frontières et ont permis à beaucoup de retrouver un peu d’aisance matérielle.

Mais, sans protection sociale !

Les femmes premières victimes de l’économie informelle

Parmi ces emplois précaires et non déclarés, selon l’OIT (Organisation internationale du travail), les femmes sont les plus nombreuses et exercent des métiers difficiles de vendeuses ambulantes, travailleuses domestiques, d’ouvrières dans des usines informelles.

En outre, elles font face à des facteurs spécifiques d’informalité, comme la discrimination, l’absence d’accès aux ressources économiques, aux services financiers ou autres services aux entreprises, la pauvreté, ainsi que la nécessité de combiner responsabilités familiales et professionnelles.

Il est, par conséquent, important de concevoir des stratégies de formalisation "sexospécifiques".

Voilà pourquoi, les représentants de 86 gouvernements présents lors de la dernière réunion technique, organisée par l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Genève, ont bien souligné que le secteur du tourisme ne peut plus laisser se développer cette économie.

Selon les porte-paroles : il doit désormais rigoureusement et sérieusement non pas se contenter de se battre contre la prolifération d’emplois informels mais transformer ces emplois en emplois formels.

Il s’agit selon les mots de ses rapporteurs de « créer des emplois décents dans des entreprises durables visant à assurer une protection adéquate à tous les travailleurs, et à améliorer la préparation du secteur aux crises futures ».

Mieux, les conclusions de ces rencontres ont également souligné l'importance de mettre en œuvre les directives de l'OIT sur le travail décent et le tourisme socialement responsable et de soutenir la coopération avec les organisations multilatérales pertinentes, notamment l'OCDE, le PNUD, le PNUE, l'OMT et l'OMS ainsi que les organisations régionales compétentes.

Paroles, paroles ! Non. Le combat est bel et bien engagé. Mais, à la marge car, par définition le travail informel n’est pas quantifiable, donc difficile à localiser, à prendre en flagrant délit, à verbaliser et ensuite à transformer.

Le travail informel illégal

Pire ! L’activité touristique a aussi entraîné, parfois à une grande échelle, le développement d’une économie informelle illégale et particulièrement préjudiciable aux clientèles touristiques, aux populations qui les exercent et, in fine, à l’économie du pays et à l’image d’une destination.

Outre la mendicité, c’est la prostitution qui constitue l’un des pires fléaux de ces emplois clandestins tandis que les trafics de tous ordres (drogues, fausses antiquités et œuvres d’art) impliquant petits et gros trafiquants continuent de sévir impunément.

S’y ajoutent aussi les pseudos gurus et autres thérapeutes plus ou moins compétents et honnêtes…

... En conclusion

Alors que, dans les nombreuses enquêtes déployées au niveau national et international, les candidats au voyage chercheront à satisfaire leur besoin d’évasion, dans de bonnes conditions, en bénéficiant des services de qualité de professionnels bien dans leur peau, à leur place et bien dans leurs métiers, il n’est pas certain que le challenge de l’emploi sera relevé de si tôt. Le chantier est en effet gigantesque…

Mais notre pays n’est pas le moins bien placé. Heureusement. Surtout si une députée aguerrie à ces combats s’y emploie…



Josette Sicsic
Josette Sicsic
Journaliste, consultante, conférencière, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les conséquences sur le secteur du tourisme.

Après avoir développé pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualité où elle décode le présent pour prévoir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com


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