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Hauts-de-France : le Familistère de Guise, un voyage en utopie

Des visites guidées et commentées pour les groupes adultes



Situé à Guise, au sud des Hauts-de-France, le Familistère est l’exemple d’une utopie sociale réalisée. Le visiter c’est se projeter au cœur du 19e siècle, sur les traces d’un homme hors du commun. Ouvrier, puis industriel, idéaliste et réformateur, Jean-Baptiste Godin voulait offrir aux ouvriers de son usine l’équivalent de la richesse. Son « Palais social », véritable ville dans la ville, où vivront près de 1 800 personnes, hommes, femmes et enfants, est l’une des plus ambitieuses expérimentations sociales du monde industrialisé. Longtemps méconnu, Jean-Baptiste André Godin est aujourd’hui considéré comme l’un des pères de l’économie sociale.


Rédigé par le Mercredi 26 Avril 2017

Bâti au creux d’un méandre de l’Oise, le Familistère de Guise en 1866. Unique : il offre les équivalents de la richesse aux familles des ouvriers de l’usine du capitaine d’industrie Godin. Le donjon du château des ducs de Guise visible à l’arrière-plan. Photo collection Familistère.
Bâti au creux d’un méandre de l’Oise, le Familistère de Guise en 1866. Unique : il offre les équivalents de la richesse aux familles des ouvriers de l’usine du capitaine d’industrie Godin. Le donjon du château des ducs de Guise visible à l’arrière-plan. Photo collection Familistère.
A 2 heures de route de Paris, au cœur de la « Thiérache », le Familistère de Guise a accueilli 65 000 visiteurs en 2016.

Il est, avec la Caverne du Dragon au Chemin des Dames, le site le plus visité du département de l’Aisne.

Le bicentenaire de la naissance de Jean-Baptiste Godin (1817-1888) a été retenu pour faire partie des commémorations nationales pour l’année 2017.

Pour les groupes, le Familistère organise des visites spécifiques « clés en main », combinées ou non avec la découverte du patrimoine local.

Incursion dans le monde ouvrier du milieu du 19e siècle

La place du Palais social. 3 grands pavillons d’habitation collective construits en U totalisent 500 appartements où vivent 1 800 personnes. Les « familistériens » ont à disposition des magasins, une école, une crèche, une buanderie, un théâtre, un kiosque à musique et même une piscine chauffée. Photo Stéphane Chalmeau. Fam. de Guise.
La place du Palais social. 3 grands pavillons d’habitation collective construits en U totalisent 500 appartements où vivent 1 800 personnes. Les « familistériens » ont à disposition des magasins, une école, une crèche, une buanderie, un théâtre, un kiosque à musique et même une piscine chauffée. Photo Stéphane Chalmeau. Fam. de Guise.
Le Familistère, c’est d’abord l’histoire d’un homme qui, issu d’un milieu modeste - un père serrurier - sera sa vie durant en quête de justice sociale.

Obligé de quitter l’école à 11 ans pour aider son père, Jean-Baptiste Godin gardera à jamais une soif de culture et de connaissances.

A 18 ans, il part pour 2 ans faire le voyage initiatique du Tour de France des Compagnons.

En sillonnant la France, lui qui avait le gîte et le couvert assurés tous les jours, découvre la réalité misérable des conditions de vie des ouvriers fondeurs.

Ils travaillent 14 à 16 heures par jour et ne mangent pas tous les jours. Beaucoup vivent dans des réduits obscurs, sans hygiène, pour ne pas payer l’impôt mis sur les portes et fenêtres.

A 20 ans, de retour chez lui dans l’Aisne, sans argent, il retourne travailler chez son père avant de se marier.

Mariage arrangé avec une certaine Esther, qui lui apporte une petite dot avec laquelle il va créer en 1840 un atelier de fabrication de poêles de chauffage en fonte de fer.

Un capitaine d’industrie épris de justice sociale

Conseil de gérance en 1885. Les statuts fonctionnent de façon hiérarchisée. Associés (élus), sociétaires, participants et auxiliaires forment les catégories sociales selon leur capacité, leur engagement et leur aptitude à la solidarité. L’association est dirigée par un administrateur-gérant élu (à l’exception du fondateur Godin, assis au centre de l’image). Détenteur de la signature sociale et unique responsable vis-à-vis des tiers, il est assisté par le Conseil de gérance. (Collection Familistère).
Conseil de gérance en 1885. Les statuts fonctionnent de façon hiérarchisée. Associés (élus), sociétaires, participants et auxiliaires forment les catégories sociales selon leur capacité, leur engagement et leur aptitude à la solidarité. L’association est dirigée par un administrateur-gérant élu (à l’exception du fondateur Godin, assis au centre de l’image). Détenteur de la signature sociale et unique responsable vis-à-vis des tiers, il est assisté par le Conseil de gérance. (Collection Familistère).
Une vingtaine d’années plus tard, l’autodidacte atypique Jean-Baptiste Godin est devenu un grand capitaine d’industrie, à la tête d’importantes fonderies et manufactures d’appareils de chauffage et de cuisson, implantées à Guise et à Bruxelles. L’entreprise deviendra même le premier producteur mondial.

Il s’est installé à Guise, à mi-chemin de Paris et Bruxelles, où il a acheté un terrain de plusieurs hectares en bordure de l’Oise. Les fonderies ont besoin d’eau.

Il se lance dans la politique et devient député de l’Aisne en 1871, socialiste utopique phalanstérien.

L’industrialisation a bouleversé l’Europe et une part importante des populations est réduite à la misère. Les socialistes utopistes proposeront des réformes et un projet de communauté prospère qui se traduiront par des échecs.

Jean-Baptiste Godin se nourrit, entre autres, des idées de Robert Owen, théoricien socialiste britannique considéré comme le « père fondateur » du mouvement coopératif.

Il est aussi séduit par la doctrine sociale de Charles Fourier. Il investira même une partie de sa fortune dans la communauté utopique appelée « la Phalange », que le philosophe tentera de créer au Texas en s’inspirant, oui... du Château de Versailles ! Ce sera un cuisant échec.

L’idée de créer son propre « Palais social » s’impose alors à Godin. A partir de 1859, il va le bâtir à côté de son usine et expérimenter un projet original de société.

Il l’appellera Familistère (le palais des familles), qui sera une interprétation critique du phalanstère de Fourier. Seul, il décidera de son mode d’organisation et de réglementation.

Réunis dans une association coopérative du capital et du travail, les travailleurs, hommes et femmes, participeront à la gestion et aux décisions. Ils deviendront les propriétaires de l’usine et du palais.

Un habitat et des services révolutionnaires

Le « Palais » devient une étonnante machine à habiter ensemble. Chacun des 3 pavillons s’organise autour d’une cour intérieure, recouverte d’une verrière avec son aération, sa diffusion de lumière naturelle ou artificielle, ses adductions d’eau, ses conduits de fumée, de ventilation, ses conduits et ses évacuations des déchets. Les appartements sont loués aux familles des employés de l’usine en fonction de leurs besoins, sur la base d’un prix au mètre carré, variable selon l’étage et l’exposition. Ici le bâtiment central aujourd’hui. Photo M.S.
Le « Palais » devient une étonnante machine à habiter ensemble. Chacun des 3 pavillons s’organise autour d’une cour intérieure, recouverte d’une verrière avec son aération, sa diffusion de lumière naturelle ou artificielle, ses adductions d’eau, ses conduits de fumée, de ventilation, ses conduits et ses évacuations des déchets. Les appartements sont loués aux familles des employés de l’usine en fonction de leurs besoins, sur la base d’un prix au mètre carré, variable selon l’étage et l’exposition. Ici le bâtiment central aujourd’hui. Photo M.S.
Le principe du Familistère ne repose pas sur l’accès à la propriété, mais bien sur un habitat unitaire locatif.

Tous, du fondateur au mouleur, en passant par l’institutrice, sont locataires et jouissent des mêmes services. Chacun se loge selon ses besoins.

Le « palais social » comprend 3 pavillons d’habitation collective, construits en U sur 3 niveaux. Ils s’organisent autour d’une vaste cour intérieure couverte d’une verrière.

Les appartements (pour beaucoup encore habités) s’ouvrent à la fois sur la cour intérieure, espace propice au lien social, et sur la nature extérieure.

Jean-Baptiste Godin voulait que l’air pur, la lumière et l’eau entrent en abondance dans l’espace de vie des ouvriers. Le soir, les cours, les galeries et les cabinets d’aisance, les magasins, le théâtre et la « nourricerie » sont éclairés au gaz, branchés sur le même gazomètre que l’usine.

Dans les appartements chacun s’éclaire comme il veut, au pétrole de préférence.

Face aux pavillons d’habitation, il y a l’économat, le théâtre (restauré et inauguré en 2011), qui peut accueillir un millier de personnes, 2 écoles mixtes et obligatoires jusqu’à 14 ans, 1 bibliothèque.

Des groupes sont formés pour l’éducation intégrale et permanente des habitants. Un atelier de déclamation apprend aux ouvriers à s’exprimer. Des bourses d’études sont distribuées. La fille d’un ouvrier deviendra médecin en 1890.

Jean-Baptiste Godin supprime les intermédiaires et approvisionne directement les familistériens dans ses magasins au meilleur prix. Il veut une alimentation équilibrée et des produits de qualité. Au-delà des magasins, dont une épicerie et une mercerie, des jardins d’agrément, du potager éducatif (toujours cultivé), les habitants ont à disposition un véritable atelier de l’hygiène et de la santé physique.

A proximité immédiate de la fonderie, grande consommatrice d’eau chaude, il installe l’atelier de lessive, les cabines de bain, le séchoir et le « bassin d’apprentissage de la natation » au plancher mobile. C’est une véritable piscine dont l’eau chaude est changée chaque jour.

Quant au plancher, qui peut descendre à 2,5 m de profondeur et remonter à la surface, il s’adapte aux baigneurs : haut pour les enfants qui, considérés comme les moins sales, se baignent le matin et en profondeur le soir (jusqu’à 2,50m) pour les adultes, et notamment les hommes qui reviennent de l’usine.

L’ambitieuse expérimentation du Familistère et son organisation réformatrice et révolutionnaire fonctionneront près d’un siècle. Longtemps méconnu, Jean-Baptiste André Godin est considéré aujourd’hui comme l'un des pères de l’économie sociale.

Aujourd’hui, un lieu vivant, habité, à vocation sociale et culturelle

Banquet de la Fête du travail dans la cour du pavillon central, le 6 juin 1870. Le calendrier familistérien est rythmé par deux fêtes laïques inédites : la Fête de l’enfance se tient en septembre depuis 1863, et la Fête du travail créée en 1867 se célèbre le premier dimanche de mai. La Fête du travail familistérienne anticipe de deux décennies le Premier mai de la revendication de la journée de huit heures - DR : Familistère
Banquet de la Fête du travail dans la cour du pavillon central, le 6 juin 1870. Le calendrier familistérien est rythmé par deux fêtes laïques inédites : la Fête de l’enfance se tient en septembre depuis 1863, et la Fête du travail créée en 1867 se célèbre le premier dimanche de mai. La Fête du travail familistérienne anticipe de deux décennies le Premier mai de la revendication de la journée de huit heures - DR : Familistère
Après la mort du fondateur, la direction de la société du Familistère reviendra à un administrateur-gérant élu par l’Assemblée Générale.

De 1888 à 1968, cinq administrateurs se succéderont dont une femme, Marie Moret, la 2e femme de Godin.

Des difficultés économiques entraîneront la dissolution de l’association le 22 juin 1968.

Initié par le Conseil Général de l’Aisne, un vaste programme de restauration et de valorisation du site, très abîmé par le temps, a été lancé en 1998.

Aujourd’hui, il est un musée habité à dimension culturelle, touristique et sociale. Il raconte l’aventure d’un idéal à travers 5 000 m2 d’expositions et de plusieurs hectares de jardins.

Le magnifique théâtre restauré et équipé, bénéficie d’une programmation au service de spectacles vivants, de l’éducation ou de rencontres sur le thème de l’expérimentation sociale.

La mercerie est devenue la boutique et l’épicerie, une salle de projections et de conférences dotée des technologies du 21e siècle.

Le Familistère est toujours partiellement habité par des co-propriétaires descendants des familistériens. Le projet prévoit de maintenir de l’habitat dans le pavillon central restauré, et dans l’aile droite en cours de restauration.

L’aile gauche, elle aussi en restauration, devrait accueillir un hôtel multistandard (1 à 4 étoiles) d’une centaine de chambres. La date de son ouverture n’est pas communiquée.

Le Familistère en chiffres en 1889

- 490 appartements occupés
- 1 748 habitants
- 482 écoliers
- 50 berceaux à la nourricerie
- 1 000 places dans le théâtre
- 2 360 ouvrages dans la bibliothèque
- 110 personnes employées dans les services du Familistère
- 1 205 personnes employées à l’usine.

Le seul pavillon central a demandé 40 mois de chantier. Il comprend 112 appartements (en 1865), 194 caves, 48 greniers, 8 fontaines (2 par niveau).
La nourricerie du Familistère en 1899. Une crèche modèle qui réunit les dispositions réputées les plus favorables. La nourricerie est ouverte de jour comme de nuit. Sa capacité est de 50 berceaux. Des femmes du Familistère, salariées par l’association coopérative du capital et du travail, sont chargées de la surveillance et des soins. Les berceaux-hamacs, non-berçants, sont faits d’un piétement en fonte de fer supportant une armature métallique à laquelle une toile de couchage est suspendue. Ils sont fabriqués à l’usine et figurent même au catalogue de la manufac (phot. De Jongh Frères)
La nourricerie du Familistère en 1899. Une crèche modèle qui réunit les dispositions réputées les plus favorables. La nourricerie est ouverte de jour comme de nuit. Sa capacité est de 50 berceaux. Des femmes du Familistère, salariées par l’association coopérative du capital et du travail, sont chargées de la surveillance et des soins. Les berceaux-hamacs, non-berçants, sont faits d’un piétement en fonte de fer supportant une armature métallique à laquelle une toile de couchage est suspendue. Ils sont fabriqués à l’usine et figurent même au catalogue de la manufac (phot. De Jongh Frères)

Visite pour les groupes

A l’entrée du Familistère, et à proximité immédiate de l’usine et de ses fonderies procurant de l’eau chaude, « l’atelier de l’hygiène et de la santé physique » avec la buanderie, les cabines de bain et le « bassin d’apprentissage à la natation ». Photo M.S.
A l’entrée du Familistère, et à proximité immédiate de l’usine et de ses fonderies procurant de l’eau chaude, « l’atelier de l’hygiène et de la santé physique » avec la buanderie, les cabines de bain et le « bassin d’apprentissage à la natation ». Photo M.S.
Le Familistère propose des visites guidées et commentées pour les groupes adultes d’au moins 20 personnes.

On visite les économats, le Pavillon central du Palais social (150 appartements dont certains toujours habités), ouvert au public depuis 2010.

La visite se poursuit par le théâtre et les écoles, la buanderie-piscine, l’appartement de Jean-Baptiste Godin, où lui est consacré une exposition permanente, le jardin d’agrément et le potager.

A la suite de la visite, les groupes découvrent librement tous les espaces d’exposition créés dans les anciens logements.

Sur réservation, un déjeuner thiérachien est proposé aux groupes, avec un menu où la spécialité locale, le « maroilles, le plus fin des fromages forts » est à l’honneur (menu de 17 à 25 euros par personne).

Le site est ouvert de 10h à 18h. Fermé le lundi de novembre à février inclus. Fermeture annuelle durant les fêtes de fin d’année.

Le Familistère propose des journées clés en main, en combinant le Familistère avec quelques uns des haut-lieux touristiques de la Thiérache : château-fort des Ducs de Guise, la cité médiévale de Laon, l’Isle à Saint Quentin, la plus grande réserve naturelle en milieu urbain d’Europe avec déjeuner au bord de l’eau, l’écomusée du textile de Fourmies, l’atelier-musée du verre de Trélon, etc.

Guise est à 186 km de Paris, 108 de Lille, 41 de Laon, 28 de Saint Quentin, 91 de Reims.

Informations et réservations : www.familistere.com
Mail : reservation@familistere.com
Pour les groupes : www.tourisme-thierache.fr/Sejourner/Hebergement/Groupes


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