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La consécration des petits bonheurs...

l'édito de Josette Sicsic


Offrant de plus en plus de séjours, activités, équipements de qualité, l’industrie du tourisme est inquiète pour son avenir proche et plus lointain. Une nouvelle fois, l’actualité géopolitique l’expose plus que tout autre industrie à une incertitude qu’il n’est pas facile de gérer surtout quand elle est accompagnée d’une baisse du pouvoir d’achat qui limitera forcément les dépenses des vacanciers.


Rédigé par le Lundi 4 Mai 2026 à 07:41

La consécration des petits bonheurs... - Depositphotos.com Auteur dovapi
La consécration des petits bonheurs... - Depositphotos.com Auteur dovapi
A moins d’un coup de théâtre remettant le monde à l’endroit, restent quantités de « petits bonheurs » capables de satisfaire vos clients. D’autant qu’ils sont le plus souvent gratuits.

Une aubaine qui risque de renforcer de nouvelles habitudes de consommation de notre temps libre.

Commençons par le début. Selon l’excellent Baromètre Europ Assistance Ipsos qui vient de paraître, 76% des Français prévoient de partir en vacances cet été, soit 6 points de moins que l’an dernier !

Une prévision pour le moins pessimiste mais qui n’a rien de surprenant dans le contexte actuel où l’envie de voyager est freinée non seulement par l’actualité géopolitique mais surtout pas ses impacts sur les transports, notamment aériens. Quant à la réalité économique, elle n’est pas non plus très encourageante : 78% des Français désignent l’inflation comme cause de leur incertitude.

Il faut dire que bien qu’en hausse de 90 euros cette année, le budget moyen des Français reste faible. Établi pour un ménage à 1 864 euros, au-dessous de la moyenne européenne estimée à 2 089 euros, il ne permettra pas de folies. D’ores et déjà, raisonnables, nos compatriotes prévoient d’ailleurs de partir moins longtemps soit 1.9 semaine contre 2.1 l’an dernier ! Ce qui est beaucoup.

Une baisse attendue des dépenses de loisirs

Certes, il ne s’agit que de prévisions et la suite des événements internationaux a le temps de faire changer les choses. Mais comme en chaque période de disette, il est certain que les dépenses sur place seront les premières victimes de la conjoncture.

Dans un budget familial, les sorties au restaurant semblent déjà condamnées. Comment régler une addition de quelque 80 euros pour quatre personnes dans une banale crêperie ? Comment même offrir le sacro-saint cornet de glace dont les moins onéreux atteignent 3 euros et dans les rues de Paris : 4 ou 5 euros ?

Que dire encore des stages d’équitation pour un enfant ou des cours de planche à voile qui varie entre 200 et 300 euros pour quelques jours ?

Quant aux billets d’entrée dans des parcs à thèmes, ils ont beau offrir des promotions et des gratuités pour les enfants, ils reviennent en moyenne pour une journée à 60 euros par personne hors achats divers. Et bien plus pour Disneyland Paris !

Dans le domaine du bien-être, ne nous faisons pas d’illusions non plus, le moindre massage est facturé entre 60 et 200 euros selon l’établissement et un court séjour de thalassothérapie grimpe à un minimum de 350 euros par personne pour 3 petits jours.

Le prix de la culture reste aussi élevé

Quant aux activités culturelles, leur tarif varie énormément d’une région à l’autre et selon le genre.

On sait par exemple par les enquêtes du ministère de la Culture ou celles du Credoc, que nos compatriotes ne sont pas de grands consommateurs de loisirs culturels mais que l’écoute de musique (jazz, opéra, classique, variété, rock) dans le cadre de festivals reste leur spectacle favori. Sauf que ce sont les cadres qui en constituent 48% du public !

Ajouté au niveau de diplôme, il est clair que le niveau de revenus est également le marqueur des publics musicaux dont les dépenses se ventilent entre quelques euros pour les moins chers, mais surtout une centaine d’euros pour les Chorégies d’Orange par exemple ou le festival de Jazz d’Antibes-Juan Les Pins.

Quant à la billetterie de Céline Dion ou autre star de rock, elle dépasse largement la centaine d’euros et s’envole plutôt à 200 euros alors que Thaylor Swift facture quelque 10% de moins. Pour le moment !

La sortie au théâtre est également réservée à une élite. Selon le Crédoc, il existe un écart de 14 points entre les spectateurs bénéficiant de hauts revenus (38%) et ceux appartenant aux classes moyennes supérieures (24%).

Fort heureusement, les spectacles gratuits proposés par de nombreuses communes touristiques pendant l’été permettent de compenser le déficit des publics culturels. Encore faut-il accéder à une destination de vacances à des prix de transport et hébergement acceptables.

Des milliers d’euros pour le ballon rond

Quant aux grands événements sportifs comme les matchs de football qui devraient faire le bonheur des destinations réceptives de la Coupe du monde (Mexique, USA, Canada) ils sont inatteignables pour le commun des « fans ».

Une moyenne réaliste s’étalant entre 200 et 600 euros a été établie, mais les grands matches tournent d’ores et déjà autour de 2000 euros ! Sans compter les nuits d’hôtels et les transports.

Ce qui, selon un article du New York Time ne rend pas encore très optimistes les professionnels du tourisme ! Fort heureusement, le ballon rond est surtout une pratique sportive qui, pour sa part, est gratuite.

La quête des « petits bonheurs »

Reste alors à diversifier son temps libre et à le consacrer à des activités non marchandes qui n’en sont pas moins particulièrement lucratives sur le plan du bien-être en général, de la détente et du ressourcement que l’on peut attendre de ses vacances.

J’ai bien dit « petits bonheurs » et pas « grand bonheur », sachant que celui-ci reste inaccessible à la plupart d’entre nous et est de toute façon éphémère. Quoi qu’en ait dit le slogan du Club Méditerranée qui clamait dans les années 90 : « le bonheur si je veux », ce sont plutôt les « petits bonheurs » qui permettent aujourd’hui de se transcender, de s’élever, de se dynamiser et d’éprouver du plaisir.

« S’il n’y avait plus de joie, il n’y aurait plus de monde » écrit Jean Giono. « La joie est avant tout espérance de ce que sera demain ». Une déclaration reprise à l’unisson par nombre d’écrivains et philosophes et de plus en plus par nos contemporains qui, dans notre époque d’incertitude et de danger permanent, savent réduire la voilure de leurs aspirations et se contentent non pas de « i[moins » mais d’autre chose de plus simple (et gratuit) pour vivre des moments de plaisir.

N’avez-vous pas remarqué que les couchers de soleil par exemple et l’observation des ciels étoilés sont devenus des activités récréatives vedettes ? Observer le vol des oiseaux et les migrations d’animaux ( voir Futuroscopie..) ne coûte rien et procure un bien-être indicible.

Ecouter leurs chants ainsi que celui de toutes sortes d’insectes, contempler les arbres et les fleurs figure également au programme de ceux qui cherchent la simple joie, en particulier au contact de la nature. Car, notre époque a bel et bien reconsidéré et configuré notre relation avec la nature qu’elle situe en tête de nos aspirations.

Outre le grand spectacle qu’elle propose à travers ses paysages, elle sait aussi déclencher un voyage intérieur (tel que JJ Rousseau l’évoquait dans ses « Rêveries » et la redécouverte d’un milieu dont l’humanité s’est éloignée au fil des âges.

Cette joie qui décuple nos capacités, est également celle qui naît de la relation avec nos contemporains. En nos temps de solitude augmentée par l’usage des écrans et la robotisation des services, la joie c’est aussi la rencontre avec l’autre et toutes les activités auxquelles on peut s’adonner avec lui : la pétanque, l’apéritif, la rando, la chasse au trésor, le bivouac, le jeu de cartes, le karaoké, la danse, la partie de pêche ou le barbecue (il s’en vend 1.9 million par an en France) qui créent des opportunités de tisser des liens et de se sentir mieux !

En se souvenant que « L’homme affecté d’une joie ne désire plus rien d’autre que de la conserver ».

Lire absolument :
- Alain Corbin. Histoire de la joie. Editions Fayard
- Statistiques culturelles. Baromètre Crédoc édition 2025. Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation du ministère de la Culture, juillet 2025.
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