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Transport aérien : la désastreuse gestion de la Covid-19 par les gouvernants

la chronique de Jean-Louis Baroux



La crise liée au coronavirus aurait-elle pu être gérée différemment pour éviter une paralysie du secteur aérien et du tourisme international ? C'est en substance la question que pose Jean-Louis Baroux, expert aérien et ancien président d'APG (Air Promotion Group). Il regrette l'absence d'approche


Rédigé par Jean-Louis Baroux le Mardi 1 Septembre 2020

Le transport aérien dans sa totalité a été, lui, presque mortellement atteint. J’entends bien, tout le secteur. Cela va des constructeurs et leurs sous-traitants, aux aéroports et aux sociétés de services et bien entendu aux compagnies aériennes. On ne voit pas, au moment où j’écris ces lignes, quand on verra le bout du tunnel - Depositphotos.com Auteur Gladkov
Le transport aérien dans sa totalité a été, lui, presque mortellement atteint. J’entends bien, tout le secteur. Cela va des constructeurs et leurs sous-traitants, aux aéroports et aux sociétés de services et bien entendu aux compagnies aériennes. On ne voit pas, au moment où j’écris ces lignes, quand on verra le bout du tunnel - Depositphotos.com Auteur Gladkov
Le transport aérien est sans conteste le secteur d’activité le plus touché par la crise du Covid 19. Dans cette période si troublée, certains y ont trouvé un important avantage économique, je pense en particulier à tout l’univers de la communication digitale.

D’autres ont plus ou moins réussi à se rétablir, c’est le cas des secteurs industriels et même du tourisme à l’exception des palaces qui vivent de la clientèle étrangère et des agents de voyages dont les boutiques ont été désertées et qui n’ont plus rien à proposer, tout au moins pour le moment.

Le transport aérien dans sa totalité a été, lui, presque mortellement atteint. J’entends bien, tout le secteur. Cela va des constructeurs et leurs sous-traitants, aux aéroports et aux sociétés de services et bien entendu aux compagnies aériennes. On ne voit pas, au moment où j’écris ces lignes, quand on verra le bout du tunnel.

Cette situation aurait-elle pu être évitée ? Voilà une question intéressante. La réponse est oui, au moins pour une grande partie de l’activité. Essayons de démonter le mécanisme qui nous a conduit dans cette dramatique situation.

La fermeture des frontières a signé l’effondrement du transport aérien

Au mois de janvier, les premières mesures de confinement sont prises par la Chine. On pense alors qu’il ne s’agit que d’un phénomène du type SRAS, qui restera localisé en Asie de l’est et du sud-est.

Seulement le transport aérien est beaucoup plus développé qu’à l’époque du SRAS qui a démarré en 2002 pour se terminer en 2004. On transportait alors 1,7 milliard de passagers contre plus de 4,1 milliards en 2019. Il ne faut dès lors pas s’étonner que la diffusion du virus Covid 19 ait été beaucoup plus rapide et qu’il se soit répandu dans le monde entier.

Fin février les pays ont pris conscience qu’ils avaient peu de chances de passer au travers de cette pandémie. C’est alors que les gouvernements ont fait deux choix majeurs. Le premier a été de privilégier la santé et ce quel qu’en soit le prix à payer par ailleurs, c’est-à-dire même au prix de l’effondrement de l’économie mondiale.

Le deuxième a été le repli sur soi, chaque pays édictant son propre protocole sanitaire, ce qui signifie qu’il fallait alors fermer les frontières puisque les pays voisins appliquaient des méthodes différentes.

Voilà bien le cœur du sujet. La fermeture des frontières a immédiatement signé l’effondrement du transport aérien. Dans le courant du mois de mars, les avions ont été mis au sol et les compagnies sommées de rembourser les billets vendus qui ne pourraient pas être utilisés.

Seulement depuis des années, le transport aérien vit et se développe uniquement par une course au développement et les compagnies ne disposaient pas des réserves suffisantes pour à la fois rembourser les clients et assurer leur propre survie pendant l’arrêt de leur activité, alors que les coûts même réduits au maximum, continuent à représenter un tiers des charges normales.

Covid : seule une réponse mondiale aurait pu le combattre

Bon cela est l’explication. Mais on aurait tout de même pu faire autrement. Au lieu de se replier sur eux-mêmes, les gouvernements auraient pu désigner les grands organismes mondiaux pour définir un protocole sanitaire commun à tous les pays de la planète.

Ces organismes existent. Ils ont pour nom l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale) et IATA (International Air Transport Association). Ils auraient pu être missionnés par les Etats dans le cadre d’une décision de l’ONU au cours d’une Assemblée Générale convoquée par les membres du Conseil de Sécurité dont, faut-il le rappeler, la France, les Etats Unis, La Chine, La Grande Bretagne et la Russie sont des membres permanents.

Après tout le Covid 19 s’est répandu dans le monde entier et seule une réponse mondiale aurait pu le combattre. Il aurait été très envisageable de créer un protocole sanitaire commun et le faire appliquer dans chaque pays et en particulier dans les aéroports et les compagnies aériennes par les procédures habituelles de l’OACI et de IATA. On aurait ainsi évité cette stupide menace de « quarantaine » décidée par chacun des pays et applicable au petit bonheur la chance aux ressortissants d’un autre pays.

Etonnez-vous après cela que les clients du transport aérien ne veulent plus voyager. Ce n’est pas tant les contraintes sanitaires qui les bloquent que l’incertitude dans laquelle ils se trouvent quant au risque de se trouver confinés dans leur pays de destination.

Au lieu de coopérer, les gouvernements, tous les gouvernements ont édicté leur propre politique. Dès lors on ne voit pas comment la machine aérienne pourrait être remise en route. Il n’est peut-être pas trop tard pour créer enfin ce protocole mondial.

Si cela était le cas, les échanges pourraient redémarrer vite entre les pays qui l’appliqueraient, les autres ne tardant pas à rejoindre les premiers. Faute de quoi, il faudra attendre la fin de la pandémie. Je rappelle qu’il a fallu deux ans et demi pour que le SRAS qui n’avait infecté que 8000 personnes et causé moins de 800 morts, s’éteigne.

Jean-Louis Baroux
Jean-Louis Baroux
Jean-Louis Baroux est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com

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Commentaires

1.Posté par Karambi le 02/09/2020 00:55 | Alerter
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Il faut être un brin naïf pour penser qu'on aurait pu s'entendre avec, au hasard, Trump, Bolsonaro, Modi, Poutine, Bojo ou encore Xi Jinping.
Par ailleurs écrire que les mesures de quarantaine ont été prises au petit bonheur la chance, c'est faire bien peu de cas des préconisations des experts.

2.Posté par SERGE13 le 02/09/2020 05:03 | Alerter
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J'aimerais tant un jour lire que les gouvernements ont fait ce qu'ils ont pu et que finalement on n'est pas si mal par rapport aux autres pays. Quel horreur cet article c'est peu de le dire. Le Français de base jamais content. pendant ce temps, nous pro de la santé on est là, sur le pont à essayer de convaincre les gens de ne plus lire, ni écouter les journalistes.

3.Posté par Xenon le 02/09/2020 09:20 | Alerter
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Votre analyse est pertinente, « il n’y avait qu’à… faut qu’on… » Sauf que les pays souverains se révèlent de plus en plus incapables d’agir globalement. Les associations mondiales type OMS sont à la solde de d’intérêts particuliers. Et chaque gouvernement a agi en urgence avec les moyens du bord. Les compagnies aériennes ont parfaitement maitrisé l’art de se tirer des balles dans le pied avec les refus de remboursement, malgré l’imploration à genoux du DG de l’IATA, (ridicule), d’accepter des bons à valoir plutôt que de prendre immédiatement des mesures de flexibilité sur les changements comme cela apparaît, maintenant qu’elles réalisent avoir perdu la confiance de leurs clients. Et on voit pire dans la mauvaise gestion. Les compagnies traditionnelles reviennent à des tarifs durcis comme si leurs modèles de yield management n’avait pas réagi à la crise. Résultat: tarifs élevés = avions vide. Alors que ce serait l’inverse qu’il faudrait faire. Ce qu’ont bien compris les Low Costs.

4.Posté par Pierre le 02/09/2020 10:35 | Alerter
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La chine dont on ne parle plus bizarrement a géré sa crise virale d’une façon autoritaire . Elle en a les moyens , qu’ils soient logistiques ou politiques . Quand le virus s’est propagé à travers le monde à la faveur des voyageurs revenant de ces zones Asiatiques où le virus s’était répandu , n’ayant ni les remèdes , ni les outils pour le combattre , aucun masque à disposition à l’époque , le modèle autoritaire de fermeture des frontières et de confinement s’est généralisé . Était ce la bonne solution ? Au niveau économique bien évidemment ce n’est pas la bonne solution . Au niveau sanitaire , visiblement on a beaucoup plus de morts en Europe et aux États Unis qu’en Chine . Il y a certainement des raisons à cela . Donc la même méthode n’a pas apporté les mêmes résultats au niveau sanitaire . Il est vrai que nos conseillers scientifiques disaient tout et leur contraire et que face à une telle cacaphonie on ne savait plus qui croire . En revanche le virus a donné un pouvoir illimité à chaque dirigeant de chaque pays pour la gestion de cette crise . Donc effectivement il n’est pas pensable que tous puissent s’accorder sur la marche à suivre d’où l’arrêt généralisé des échanges et du business . Aujourd’hui Il faut rassurer les gens au lieu de maintenir une peur qui sclérose tout le transport aérien . On en a les moyens et placer le problème sanitaire avant le problème économique est une erreur fondamentale qui est de la responsabilité de chaque gouvernement.

5.Posté par yves le 08/09/2020 15:44 | Alerter
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C'est exactement ce que je dis, depuis des mois, à qui veut l'entendre.
Malheureusement cette idée d'universalité de la pensée est probablement utopique car les conflits, quels qu’ils soient, ne cesseront que le jour où l'humanité parlera la même langue.
Ce n'est de toute évidence par pour demain

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