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Une lueur au fond du tunnel pour les constructeurs aéronautiques ?

la chronique de Jean-Louis Baroux



Jean-Louis Baroux, notre expert aérien revient dans cette chronique sur la crise que traverse les constructeurs aéronautiques aux premiers rangs desquels Boeing et Airbus.


Rédigé par Jean-Louis Baroux le Dimanche 8 Novembre 2020

Airbus a annoncé qu’il avait cessé de brûler du cash au cours du dernier trimestre écoulé en dégageant une trésorerie positive de 600 millions d’euros alors qu’il avait consommé plus de 12 milliards d’€ au cours du premier semestre 2020. - Depositphotos.com inhabitant
Airbus a annoncé qu’il avait cessé de brûler du cash au cours du dernier trimestre écoulé en dégageant une trésorerie positive de 600 millions d’euros alors qu’il avait consommé plus de 12 milliards d’€ au cours du premier semestre 2020. - Depositphotos.com inhabitant
Remontons en arrière de deux ans seulement, c’était en 2018 et le transport aérien était en plein boom. Il prévoyait une croissance régulière de 5% pendant au moins les vingt ou trente prochaines années.

A tel point qu’il fallait envisager un doublement du trafic d’ici à 2032, c’est-à-dire, absorber 4,5 milliards de passagers supplémentaires par an, soit plus de 500.000 toutes les heures. Les chiffres donnaient déjà le vertige.

Les commandes d’avions pleuvaient sur les deux grands constructeurs qui avaient l’ambition d’absorber les fabricants d’appareils de moins de 100 places. Le grand souci les opérateurs était de trouver suffisamment de pilotes pour assurer l’exploitation des quelques 40.000 avions nécessaires à écluser la demande de transport.

C’est alors qu’une première sérieuse alerte a été enregistrée avec la perte du vol Lion Air 610 le 29 octobre 2018. Le constructeur Boeing n’a pas pris la mesure de la catastrophe et a laissé le nouvel appareil 737 MAX en opérations. Peut-être après tout cet accident était le fait de la compagnie indonésienne, le pays n’étant pas réputé pour sa fiabilité. Seulement 5 mois plus tard, le 10 mars 2019 le même accident frappait Ethiopian Airlines dont les règles opérationnelles ne pouvaient pas être mises cause.

Il a bien fallu se résoudre à mettre au sol tous les 737 MAX alors en service. La grande catastrophe s’est alors profilée. Comment un géant tel que le premier constructeur mondial allait-il pouvoir passer la crise, d’autant plus qu’aucune date de certification de l’appareil n’était alors avancée ?

Petit à petit Boeing a pris la mesure de l’ampleur des erreurs commises pour arriver à cette situation. Cela a conduit à la démission de son CEO : Denis Mullenburg dont l’objectif avait toujours été de privilégier les facteurs économiques, avec en ligne de mire l’arrivée massive des nouveaux Airbus NEO sur le marché.

450 B737 MAX (4 versions) sont en attente de sortie

Bon an, mal an, Boeing a maintenu la production de son appareil drapeau, quitte à en diminuer les cadences de sortie. Seulement il a bien fallu se résigner et stopper la fabrication car on ne savait plus où stocker les appareils. Il faut savoir qu’un Boeing 737 MAX vaut en moyenne 100 millions de dollars.

Or les avions sont payés au constructeur lorsqu’ils quittent le parking de Boeing pour rejoindre ceux des compagnies clientes. A ce jour 450 B737 MAX (4 versions) sont en attente de sortie. Cela correspond à un prix catalogue de 45.000.000.000 de $. Même si les prix négociés se situent largement en dessous, cela constitue un manque de trésorerie tout simplement colossal. Et cela a conduit à un plan de restructuration visant à mettre plus de 30.000 salariés sur 160.000 à la porte de la grande compagnie.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la pandémie Covid 19 s’est invitée dans le portefeuille des difficultés. Le transport aérien international a été mis à l’arrêt et par voie de conséquences, les livraisons d’avions n’ont pu avoir lieu.

Or Boeing avait une spécialité d’appareils gros porteurs largement prisés par les transporteurs, tels que le B 777 et le B 787 dans leurs multiples versions. Tout le monde freine des quatre fers avant de recevoir de nouveaux appareils dont les compagnies de savent quoi en faire. Alors les comptes continuent de plonger pour Boeing qui a affiché une perte de 466 millions de dollars au troisième trimestre de cette année, et ce en dépit du marché militaire et spatial qui continue à bien se porter.

La FAA et l’EASA vont valider la remise en exploitation du B 737 MAX

Airbus va certes un peu mieux, bien que les résultats ne soient pas très brillants, tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas l’être. Le constructeur européen a néanmoins annoncé qu’il avait cessé de brûler du cash au cours du dernier trimestre écoulé en dégageant une trésorerie positive de 600 millions d’euros alors qu’il avait consommé plus de 12 milliards d’€ au cours du premier semestre 2020.

C’est peut-être la première bonne nouvelle pour les constructeurs depuis longtemps. On peut imaginer que petit à petit, l’un et l’autre vont pouvoir reprendre leurs livraisons, car après tout les appareils ont bel et bien été commandés. Cela leur permettra de stopper l’hémorragie dans leur trésorerie.

Et puis, on peut raisonnablement imaginer que la FAA et l’EASA vont valider la remise en exploitation du B 737 MAX et ce d’ici la fin de cette année. Alors Boeing sera sorti de la zone rouge dans laquelle il se trouve depuis 2 ans et Airbus aura limité la casse, les deux constructeurs disposent, faut-il le rappeler, d’un carnet commandes de l’ordre de 10.000 appareils.

Dans la grande chaîne du transport aérien, la prospérité des uns entraine celle des autres, alors souhaitons-leur bonne chance.

Une lueur au fond du tunnel pour les constructeurs aéronautiques ?
Jean-Louis Baroux est l'ancien président d'APG (Air Promotion Group) et le créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) devenu le World Air Forum.

Grand spécialiste de l'aérien, il a signé aux éditions L'Archipel ''Compagnies Aériennes : la faillite du modèle'', un ouvrage que tous les professionnels du tourisme devraient avoir lu.

Les droits d'auteur de l'ouvrage seront reversés à une association caritative. On peut l'acquérir à cette adresse : www.editionsarchipel.com.

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