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Violences du 17 octobre : « Il ne suffit pas de montrer de belles images pour effacer les précédentes »

L'interview d'Edith Fagnoni, spécialiste du développement territorial en cas de crise


Les images des dernières semaines, de manifestations et de dégradations, diffusées en boucle, peuvent fragiliser l’image touristique des villes françaises, au risque d’alimenter un sentiment d’insécurité bien au-delà des lieux concernés. Pour Édith Fagnoni, spécialiste du développement territorial en cas de crise, l’enjeu est désormais de reconstruire la confiance, en mobilisant les professionnels du tourisme et les pouvoirs publics.


Rédigé par le Mardi 27 Octobre 2026 à 07:33

Édith Fagnoni : "Il faut d’abord rappeler que tous les lieux ne sont pas touchés" - Photo : RS
Édith Fagnoni : "Il faut d’abord rappeler que tous les lieux ne sont pas touchés" - Photo : RS
Les images de violences et de dégradations survenues dans plusieurs villes françaises, notamment le 17 octobre dernier, interrogent sur les conséquences de ces événements pour l’attractivité touristique du pays.

Si les professionnels redoutent des annulations et une dégradation de l’image de la France à l’étranger, comment mesurer les effets de cette crise et surtout comment en sortir ?

Édith Fagnoni, dont les travaux portent notamment sur le développement de territoires en situation de crise et sur le rôle du tourisme dans la transformation des territoires, analyse, pour TourMaG, les mécanismes et leviers possibles pour restaurer la confiance.

TourMaG - Quel impact les images de dégradations peuvent-elles avoir sur le tourisme ?

Édith Fagnoni :
Il y a un impact certain. Il faut toutefois éviter de considérer les choses de manière binaire, tout le monde n’est pas touché de la même façon. Il existe une gradation entre les territoires, les quartiers et les activités concernés.

L’image de la ville, celle du Paris romantique ou de la carte postale, peut prendre un sacré coup. Les images donnent parfois le sentiment que le pays est livré à des hordes de pillards et que le risque est partout, alors que ce n’est pas le cas.

C’est notamment l’échelle de la rue, du quartier et de la place qui est interrogée. Ces espaces publics sont au cœur de l’expérience touristique urbaine. Pour un visiteur qui a déjà réservé, ces images peuvent faire naître un sentiment de désorganisation et d’insécurité, au point de le conduire à annuler son séjour, car sans date de fin, il est difficile pour lui de choisir simplement de décaler.

TourMaG - Les médias jouent-ils un rôle dans l’amplification de ce sentiment d’insécurité ?

Édith Fagnoni :
Les médias peuvent faire beaucoup de mal, surtout lorsqu’ils diffusent les mêmes images en boucle. Ces images sont ensuite relayées à l’étranger et leur portée devient beaucoup plus importante.

Il faut aussi faire attention aux images réutilisées hors de leur contexte et aux termes employés pour les décrire. Des expressions comme « guerre civile » peuvent être utilisées pour qualifier des situations qui ne correspondent pas nécessairement à cette réalité.

Le risque, c’est que les visiteurs généralisent à l’ensemble d’une ville ou d’un pays ce qu’ils voient d’un lieu précis. On peut alors avoir l’impression que certains sites emblématiques sont devenus inaccessibles, et renoncer à visiter une destination entière.

TourMaG - Cette dégradation de l’image peut-elle s’inscrire dans la durée ?

Édith Fagnoni :
J’espère que les conséquences ne seront pas durables, mais il sera difficile de se relever. Cela renvoie directement à la question de la réputation des lieux.

Une crise appelle nécessairement une reconstruction. Mais cette reconstruction ne peut pas se faire du jour au lendemain. Il faut réfléchir à la manière de réinvestir les espaces, de les réhabiter et de leur redonner une dynamique.

Je pense notamment à la notion de résilience. Comment un territoire parvient-il à se relever après une crise ? Comment retrouve-t-il une attractivité ? Ce sont des questions qui nécessitent une réflexion collective.

Il faut que les acteurs du tourisme se mettent autour d’une table et construisent ensemble un processus de revitalisation.

Cela ne concerne pas uniquement les professionnels, mais aussi les institutions, les collectivités et les acteurs de la ville, notamment les commerçants.

Il faut aussi rappeler le rôle des offices de tourisme, qui peuvent contribuer à informer les visiteurs, à les rassurer et à valoriser les possibilités de visite. Mais aucun acteur ne peut résoudre seul une crise de cette ampleur.

TourMaG - Comment les destinations peuvent-elles contrebalancer ces images négatives ?

Édith Fagnoni :
Il faut d’abord rappeler que tous les lieux ne sont pas touchés. À Paris, par exemple, certains secteurs ont été particulièrement exposés, mais d’autres restent accessibles. On peut aussi penser à Fontainebleau ou aux châteaux de la Loire.

Il y a donc un travail à mener pour mettre en valeur les autres ressources touristiques d’un territoire. À l’échelle d’une ville, cela peut consister à faire découvrir d’autres quartiers, d’autres rues et d’autres lieux que les sites les plus fréquentés. À une échelle plus large, il s’agit aussi d’encourager les visiteurs à découvrir les territoires autour des grandes métropoles.

Il faut également réfléchir à la communication. Je me souviens d'une campagne menée en Tunisie après les printemps arabes. Elle jouait sur le contre-pied avec cette idée : « On raconte que la Tunisie est un champ de ruines. À vous de voir. » La campagne montrait ensuite d’autres facettes du pays.

Cette approche peut être intéressante, il ne s’agit pas de nier la crise, mais de montrer ce que le territoire a aussi à offrir.

TourMaG - La reconquête touristique doit-elle commencer par les visiteurs étrangers ?

Édith Fagnoni :
Non, la priorité est de redonner confiance aux habitants. Une ville doit d’abord être animée par ses habitants, ses commerces doivent rester ouverts et les espaces publics doivent être de nouveau investis.

Quand on voit des terrasses vides, cela pose question. Il n’y a pas que les touristes qui fréquentent les cafés et les restaurants. La revitalisation passe donc aussi par le retour de la vie quotidienne.

Il faut rassurer, montrer que les lieux sont de nouveau accessibles, que les projets reprennent et que les activités fonctionnent.

TourMaG - Cette crise peut-elle changer la perception que certains ont des agents de voyages ?

Édith Fagnoni :
C’est une piste à explorer. On peut se demander si certains voyageurs, qui avaient l’habitude d’organiser seuls leur séjour, pourraient désormais être davantage rassurés par un accompagnement, des visites guidées ou des formules proposées par des opérateurs locaux.

Plus un touriste vient de loin, plus la question de la confiance peut être importante. Il faut toutefois trouver des solutions adaptées, sans transformer les visiteurs en groupes systématiquement encadrés.

TourMaG - Au-delà de la communication, quel est finalement le principal enjeu pour les villes françaises ?

Édith Fagnoni :
Le mot important, c’est la confiance.

Lorsqu’un territoire est associé à des images de violences ou de dégradations, ce n’est pas seulement son image qui est touchée, c’est aussi la manière dont les gens se le représentent et se projettent dans cet espace. Un lieu que l’on avait envie de découvrir peut devenir un lieu que l’on préfère éviter.

On passe alors de l’attractivité à la répulsivité.

Et c’est là que se pose la question de la résilience. Une ville ne peut pas être réduite à quelques images, mais ces images peuvent prendre le dessus sur toutes les autres. Il faut donc réussir à recréer un imaginaire dans lequel les visiteurs peuvent de nouveau se projeter.

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