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C. Orofino : le concept du « non voyage », c’est s'enfermer dans sa propre prison...

La chronique de Christian Orofino




Rédigé par Christian OROFINO le Mardi 19 Mars 2019

L'accord CORSIA

Les états membres signataires de la COP 21 n’étant pas parvenus à se mettre d’accord sur un principe de frontières des émissions de CO2, le transport aérien et maritime international n’a pas été soumis à l’obligation d’évaluation et de compensation des émissions de CO2 comme l’ont été les autre activités économiques.

Les 191 membres de l’OACI ont donc signé un accord en 2016 appelé CORSIA (CARBON OFFSETTING and REDUCTION SCHEME for INTERNATIONAL AVIATION) portant sur un vaste programme de compensation carbone.

L’accord prévoit que :

- Dès le 1er janvier 2019 jusqu’ à la fin 2020, les compagnies aériennes seront dans l’obligation de calculer précisément leurs émissions et le volume à compenser.
- A partir de 2022 les premières compensations seront payées pour les vols reliant les pays volontaires pour participer à la première phase pilote soit 76 pays à ce jour.
- A partir de 2027 l’accord deviendra obligatoire pour tous les pays.

Ce système devrait permettre de compenser 80% de la croissance des émissions des compagnies aériennes entre 2020 et 2035

Attention ! Cet accord ne prévoit pas un engagement des compagnies à une émission zéro de leur vols mais à une croissance neutre en carbone. C’est à dire qu’il sera compensé uniquement les émissions supérieures à celles émises en 2020

En appliquant cet accord, les compagnies aériennes acquerront des « crédits carbone » pour leur croissance.

Si une compagnie évalue ses émissions à 100 en 2020 et à 100+3 en 2022, ce sont uniquement les +3 , qui représentent la croissance passager, qui seront compensées.

Le transport aérien international ne s’engage pas à réduire ses émissions car leurs appareils ne le permettent pas, mais s’engagent seulement à compenser les émissions générées par leur croissance.

Cette position des compagnies aériennes est cohérente puisque d’une part les objectifs de la COP21 sont de contenir les émissions de CO2 afin de ne pas augmenter la température au delà de 2° et les compagnies ne peuvent se substituer aux constructeurs aéronautiques.

De plus, compenser la totalité des émissions représenterait des budgets énormes.

Concernant donc les émissions des opérateurs touristiques générées par le transport aérien et en attendant les avions propres est ce que la profession doit s’engager sur la totalité de ses propres émissions aériennes générées par le voyage de leurs clients ?

Un accord du même principe que le CORSIA devrait être imaginé entre les voyagistes et les compagnies allant jusqu’en 2050 et qui prévoirait la mise en place d’opérations communes de compensation au prorata du niveau d’affaires de chaque entreprise.

Un moucheron sur le dos d’un éléphant ne peut pas assumer seul toute la poussière qu’ils font à eux deux en courant : chacun doit assumer sa part.]b

Réduction et compensation des prestations autre que le transport aérien

S’agissant des émissions de gaz à effet de serre causées par les prestations autre qu’aériennes, elles sont au nombre total d’environ 3 millions de tonnes par an à périmètre égal pour les opérateurs français.

Sur ces 3 millions jusqu’à 20% d’émissions peuvent être réduites par une meilleure gestion écologique de l’entreprise, par des modifications dans les processus de production notamment dans la collaboration avec les prestataires hôteliers, autocaristes, réceptifs et de commercialisation des offres, entres autres dans l’information donnée aux clients.

L’association ATR a créé un label permettant de mettre en place ces nouvelles pratiques. Le travail des entreprises pour l’obtention de cette certification les incite à rechercher une meilleure qualité de gestion pour les collaborateurs et les prestataires et une meilleure qualité de service pour les clients.

Après ces réductions, il restera 80% de ces émissions hors transport aérien qu’il sera difficile de réduire et qu’il faudra donc compenser.

La compensation carbone

La compensation carbone consiste à contrebalancer ses propres émissions de CO2 par le financement de projets de réduction d'autres émissions ou de séquestration de carbone.

Il faudra jusqu’en 2 050 compenser pour les professionnels du tourisme à périmètre constant 1.600.000 tonnes par an.
On peut considérer les projets de captation de carbone permis par la plantation d’arbres ou des implantations d’infrastructure d’énergies renouvelables à environ 10 à 15€ € la tonnes de CO2.

Pour la totalité des professionnels français, cela représente un budget annuel de 16 à 24 millions d’€ à se répartir proportionnellement à l’activité de chacun. Viendront s’ajouter les budgets de compensation mis en place conjointement avec les compagnies aériennes.

Ces contributions serviront à financer des opérations dans des pays à fort potentiel touristique et fragiles sur le plan écologique, économique et social.

Elles peuvent être mutualisées comme le propose ATR avec des actions communes ou à l’initiative des entreprises.

Alors quels retours peuvent espérer les opérateurs de ces engagements contenus dans un traité 2020/2050 ?

Seule l’ordonnance de médecins conventionnés donne le droit au remboursement de sécurité sociale ? Pourquoi ne pas imaginer que seul l'opérateur s’étant engagé à compenser ces émissions puisse vendre un voyage générant un certain nombre d’émissions de gaz à effet de serre ?

Cette nouvelle approche permettrait une régulation et une maîtrise des flux touristiques.

Ainsi les budgets consacrés à la compensation par l’ensemble des professionnels seront justifiés par une exclusivité d’activité accordée par les pouvoirs publics.


Le tourisme une utilité sociale majeure

L’écologie est une nouvelle approche sociale qui doit se traiter par le haut, non pas d’une manière punitive en augmentant ou inventant des taxes nouvelles, mais en récompensant les acteurs qui ont réussi la mise en place d’une nouvelle conception de leur activité.

Il est normal de récompenser un agriculteur qui a supprimé tous les pesticides de ses cultures en l’autorisant, sans le taxer, à vendre plus cher ses produits, il est normal de donner la priorité aux voyagistes qui s’engagent dans un processus de transition écologique contrôlé par un label.

Ainsi, nous ne devons pas nous crisper sur les anathèmes proférés à l’encontre de l’activité touristique, mais nous devons construire notre route sur 30 ans entre les contraintes techniques très lourdes d’une modification du transport aérien et les efforts nécessaires qui sont de notre ressort et que nous devons et pouvons assumer.

Accepter le concept du « non voyage », ne plus bouger, c’est s’enfermer dans sa propre prison. Le voyage est donc une liberté nécessaire à notre ouverture sur le monde.

Les voyages nous éduquent à la différence. Ils construisent le lien indispensable à toute société qui s’inscrit dans le respect des hommes et de la tolérance, ingrédients indispensables à la paix : leur utilité sociale est donc ainsi démontrée.

Christian OROFINO
Président de TOURCONSEIL
Co-président d'OBGET
Ex PDG et DG du TO VISIT FRANCE
Ex-Président de la commission Tourisme responsable du SNAV

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