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Ciel unique : l'Europe du transport aĂ©rien sous le feu des critiques 🔑

les compagnies aĂ©riennes d'une mĂȘme voix


L’ensemble des compagnies aĂ©riennes europĂ©ennes et l’association du transport aĂ©rien international ont uni leurs voix la semaine derniĂšre pour dĂ©noncer une Europe bien trop frileuse et peu efficace en matiĂšre de politique du transport aĂ©rien.


Rédigé par le Jeudi 28 Mars 2024 à 00:05

Les compagnies aériennes et IATA dénoncent une Europe peu efficace en matiÚre de politique du transport aérien.Photo : C.Hardin
Les compagnies aériennes et IATA dénoncent une Europe peu efficace en matiÚre de politique du transport aérien.Photo : C.Hardin
Quand deux « grandes gueules » irlandaises s’unissent pour tomber Ă  bras raccourci sur la Commission europĂ©enne et son projet de ciel unique europĂ©en, ont peut-ĂȘtre assurĂ© d’un langage plutĂŽt fleuri et cash.

« On a mis du rouge Ă  lĂšvres Ă  un cochon », aboyait Michael O’Leary, le patron de Ryanair tandis que Willie Walsh, le PrĂ©sident de IATA dĂ©nonçait dans un communiquĂ© au vitriol « un projet d’accord crasseux, ne crĂ©ant que des emplois inutiles soutenus par l’élite politique europĂ©enne. »

Avec eux, c’est l’ensemble des patrons de compagnies aĂ©riennes qui ont exprimĂ© leurs franches rĂ©serves quant au projet SES 2 (Single European Sky, ciel unique EuropĂ©en) qui vient aprĂšs le SES 1.

Un projet qui, au fur et à mesure des textes votés, se construit, mais bien trop lentement.


Rare moment d’unitĂ© chez les patrons de compagnies aĂ©riennes

L’objectif de consolider la gestion du contrĂŽle aĂ©rien, de permettre des mouvements d’avions plus fluides n’est pas atteint depuis 1999, date Ă  laquelle remonte le projet.

En cette annĂ©e Ă©lectorale dĂ©cisive pour l’Union europĂ©enne, les dirigeants des compagnies europĂ©ennes relayĂ©s aussi par IATA ont voulu se faire entendre sur les insuffisances et les lenteurs europĂ©ennes.

Leur association A4E (Airlines for Europe) tenait son assemblée générale la semaine derniÚre à Bruxelles.

Un rare moment d’unitĂ© entre des patrons qui se mĂšnent une concurrence acharnĂ©e.


PrĂȘt de l’État indument touchĂ©, concurrence dĂ©loyale, subventions illĂ©gitimes... Ben Smith,Carsten Spohr ou encore Michael O’Leary ont mis leur querelle en sourdine pour quelques heures.

Quels sont les sujets qui, aux yeux des dirigeants des compagnies aĂ©riennes prennent du retard et ne font pas l’objet de dĂ©cisions efficaces ?

Ciel unique : pour une gestion centralisée du contrÎle aérien

Il y a d’abord cette impossibilitĂ© Ă  trouver un accord global pour une gestion centralisĂ©e du contrĂŽle aĂ©rien, faciliter son dĂ©ploiement dans une seule entitĂ©, pouvant notamment fournir des itinĂ©raires plus directs et gĂ©rĂ©s plus simplement.

Aujourd’hui, un vol entre AthĂšnes et Londres implique presque une dizaine d’espaces aĂ©riens diffĂ©rents ayant chacun son ATC (centre de contrĂŽle) pour contrĂŽler la trajectoire de l’avion.

Sur ce vol, le pilote peut demander un raccourci, mais il doit ĂȘtre approuvĂ© par les contrĂŽleurs ATC. C'est pourquoi un vol direct n'est gĂ©nĂ©ralement possible que dans un seul espace aĂ©rien, oĂč les contrĂŽleurs ATC ont une visibilitĂ© et un contrĂŽle complets.

Mais les patrons ne sont pas les dĂ©cideurs politiques. Aussi, si les dirigeants d’Air France et Lufthansa prĂ©fĂ©raient une autoritĂ© europĂ©enne en matiĂšre de navigation, les dirigeants français et allemand n’ont pas l’air pour l’instant de vouloir abandonner leur souverainetĂ© dans ce domaine.

Plus de carburant d’aviation durable

Faute d’harmonisation, les trajectoires des vols qui pourraient ĂȘtre optimisĂ©es avec Ă  la clĂ© moins de congestion et de CO2 dans le ciel vont devoir encore attendre.

« Le systĂšme d’espace aĂ©rien actuel nous oblige Ă  voler de maniĂšre stupide », se lamentait Carsten Spohr, le prĂ©sident du groupe Lufthansa, lors de cette assemblĂ©e.

« L’impact de l’absence du Ciel unique europĂ©en (10 % environ en termes d’émissions, selon certaines estimations) n’est pas le seul impact », explique Carsten Spohr. « Cela a Ă©galement un impact en termes de crĂ©dibilitĂ©. Comment puis-je convaincre mes passagers de payer un supplĂ©ment pour rĂ©duire l’impact environnemental de leurs vols, alors que dans le mĂȘme temps, l’industrie gaspille 10 % de CO2 en ne se ressaisissant pas sur le ciel unique europĂ©en ? »

DĂ©ception Ă©galement quant Ă  la lenteur du dĂ©veloppement des carburants d’aviation durables, CAD ou SAF Sustainable aviation fuel en anglais.

LĂ  aussi, c’est le patron de Lufthansa qui sonne l’alarme et demande une vraie politique industrielle en Europe Ă  ce sujet avec des financements allouĂ©s.

Le dĂ©veloppement des SAF est un projet stratĂ©gique actĂ© en Europe, mais qui peine Ă  recevoir les financements nĂ©cessaires alors qu’aux États-Unis, l’IRA (Inflation Reduction Act) et ces incitations financiĂšres est en train de capter de trĂšs nombreux projets de production de SAF dans le monde.

Il y a lĂ  un vĂ©ritable danger pour les compagnies aĂ©riennes europĂ©ennes qui ne pourront pas rester compĂ©titives a alertĂ© Ben Smith, le patron d’Air France - KLM.

Un encadrement plus strict des grĂšves

Enfin, parmi les sujets de prĂ©occupation Ă©galement Ă©voquĂ©s, le problĂšme de la gestion des mouvements de grĂšve, mis en avant et ce n’est pas une surprise, par le patron de Ryanair, Michael O’Leary.

MĂȘme si en ce moment l’Allemagne est plutĂŽt sous le feu des critiques en la matiĂšre, la France point de passage presque incontournable du trafic europĂ©en et qui traine encore une mauvaise rĂ©putation Ă©tait particuliĂšrement visĂ©e.

RĂ©cemment, la loi française a Ă©voluĂ© obligeant dĂ©sormais non seulement les syndicats de dĂ©poser un prĂ©avis de cinq jours avant, mais aussi une obligation pour chaque contrĂŽleur grĂ©viste de se dĂ©clarer au plus tard Ă  midi l’avant-veille de chaque journĂ©e de grĂšve.

Pas suffisant pour les patrons de compagnies aĂ©riennes qui souhaiteraient que les mouvements soient annoncĂ©s avec un prĂ©avis de 21 jours et que les grĂ©vistes se dĂ©clarent 72 heures Ă  l’avance.

A quelques semaines, des élections, voilà les messages et les positions que les compagnies aériennes ont voulu envoyer à ceux qui briguent des mandats au parlement européen, « Pour un transport aérien connecté, fiable, moderne plus durable et accessible à tous ».

Au cabinet de la commissaire aux transports Adina Valean, on reconnait que les rĂ©formes du SES ( soumises Ă  un vote dans les prochains jours ) ne reprĂ©sentent que des « petits pas », avec des États qui se sont opposĂ©s Ă  une plus grande intĂ©gration de l'espace aĂ©rien europĂ©en, souvent pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale.

Indispensable Europe. Mais, dans le ciel comme ailleurs, si difficile Ă  mettre en place.


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