logo TourMaG  




Climat, surtourisme, guerres : quel avenir pour le Patrimoine mondial de l'UNESCO ? 🔑

Entretien avec Jean-François Caron, prĂ©sident de l’ABFPM


Ce 16 novembre 2022 marque le 50e anniversaire de la Convention de l’UNESCO pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. A cette occasion, nous avons fait le point avec Jean-François Caron, prĂ©sident de l'Association des biens français du patrimoine mondial (ABFPM), qui regroupe les gestionnaires des 49 biens français inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Interview.


Rédigé par le Mercredi 16 Novembre 2022 à 00:05

Sur les questions d'accessibilité aux sites UNESCO, le Mont Saint-Michel a mis en place un systÚme de navettes - DR : CMN
Sur les questions d'accessibilité aux sites UNESCO, le Mont Saint-Michel a mis en place un systÚme de navettes - DR : CMN
TourMaG - 2022 est une annĂ©e anniversaire pour l'Association des biens français du patrimoine mondial (ABFPM). Elle marque Ă  la fois les 15 ans d’existence de votre association, mais aussi les 50 ans de la Convention de l’UNESCO pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel...

Jean-François Caron :
Effectivement, et sur les 49 sites inscrits en France, notre association regroupe à la fois des sites culturels monumentaux comme le Mont-Saint-Michel, le Pont du Gard, certaines cathédrales ; des sites naturels comme le parc du Monte Perdido dans les Pyrénées ou les Terres et mers australes françaises ; et puis des paysages culturels évolutifs, comme le Val de Loire ou le Bassin minier dans le Nord-Pas de Calais.

TourMaG - Comment l'ABFPM est-elle organisée ?

Jean-François Caron :
Nous avons différentes commissions qui travaillent sur les questions de protection, de médiation, de plan de gestion, d'urbanisme, de gestion des (sur)fréquentations, d'impact touristique, de formation d'équipes, d'enjeux et mobilités, etc.

Elles sont animées par des territoires qui vont se pencher, chacun, sur un sujet.

Ce travail avec les territoires est fondamental, c'est mĂȘme l'Ă©lĂ©ment-clĂ©, car lorsque vous inscrivez un site au Patrimoine, dans le dossier d'inscription vont figurer un Ă©tat des lieux, la justification de la valeur universelle exceptionnelle du site mais aussi les mesures qui vont ĂȘtre prises pour que la qualitĂ© du lieu subsiste.

Si vous construisez des gratte-ciels au milieu d'une vieille ville classĂ©e, le site peut ĂȘtre dĂ©classĂ© par l'UNESCO. C'est dĂ©jĂ  arrivĂ©.


Jean-François Caron, prĂ©sident de l’ABFPM - DR : ABFPM
Jean-François Caron, prĂ©sident de l’ABFPM - DR : ABFPM
TourMaG - Être classĂ© au Patrimoine mondial est Ă  la fois une reconnaissance et un Ă©norme coup de projecteur. Depuis 50 ans que ce classement existe, nous avons pu voir les limites et les risques d'un tel classement, notamment en terme de surfrĂ©quentation des sites...

Jean-François Caron :
Exactement, certains sites ont Ă©tĂ© fortement dĂ©gradĂ©s par des usages touristiques trop intenses. Je me rappelle d'un dĂ©bat sur les Galapagos, oĂč la frĂ©quentation touristique avait explosĂ© et par consĂ©quent, la qualitĂ© de la biodiversitĂ© avait Ă©tĂ© impactĂ©e.

Pour rappel, les premiers sites inscrits ne prĂ©sentaient pas de plan de gestion, ils Ă©taient inscrits sur « leur bonne mine ». Depuis, entre les exemples de sites dĂ©gradĂ©s - pour lesquels l'UNESCO demande aujourd'hui des garanties sur le maintien de la qualitĂ© des lieux dans le temps - et le nombre de sites qui souhaiteraient ĂȘtre inscrits, l'UNESCO a renforcĂ© ses exigences sur la qualitĂ© des dossiers.

Si à l'époque, une copie double - en exagérant un peu - suffisait, je peux vous dire que le dossier que j'ai déposé pour le Bassin Minier pesait 8kg !

Rien que pour le plan de gestion, vous devez montrer les engagements que vont prendre les propriĂ©taires du lieu, les riverains, les municipalitĂ©s et l'ensemble des acteurs concernĂ©s pour dĂ©montrer que le site en question ne va pas ĂȘtre saccagĂ©.


TourMaG - L'ABFPM, de son cÎté, exerce un rÎle à la fois d'accompagnement et d'information auprÚs des gestionnaires de sites ?

Jean-François Caron :
Nous sommes là pour informer, pour aider mais nous ne sommes pas responsables, puisque les sites UNESCO sont présentés par la France.

Ce sont les États qui sont responsables devant l'UNESCO de l'Ă©tat de conservation des biens. Les ministres et les PrĂ©fets ont donc un rĂŽle trĂšs important pour rappeler les enjeux de maintien de la qualitĂ©.

En revanche, l'ABFPM dispose d'une expĂ©rience de la gestion des sites. Je suis personnellement maire d'une commune, je connais les besoins en terme de construction de logement social, les besoins de dĂ©veloppement Ă©conomique, et mon expĂ©rience peut aider d'autres territoires qui aimeraient ĂȘtre inscrits.

Nous pouvons aider ces territoires, à condition qu'ils soient dans la liste indicative que l’État français a retenu.

Par exemple, nous pouvons apporter notre conseil sur les questions d'accessibilité au site, afin d'éviter les problÚmes de circulation, de parking, de dégradation du bien, etc. Je citerai notamment les initiatives du Mont-Saint-Michel qui a mis en place un systÚme de navettes, ou encore le petit train qui donne accÚs au Puy-de-DÎme.

TourMaG - Si l’État français est responsable des sites, qu'en est-il des financements ?

Jean-François Caron :
Cela dĂ©pend si le site fait partie des monuments nationaux oĂč lĂ , l’État est propriĂ©taire et gĂšre donc ce type de site. Mais cela reste tout de mĂȘme l'exception.

Dans le cas des grands paysages culturels évolutifs, par exemple le cas du bassin minier, il y a prÚs de 100 communes concernées, les diocÚses pour les églises, les propriétaires des 100 000 logements miniers, soit une multiplicité de responsables.

Il ne reçoit pas de chĂšque quand on est inscrit Ă  l'UNESCO, c'est un label de qualitĂ© qui permet d'aller chercher plus facilement des subventions et de gĂ©nĂ©rer beaucoup plus de tourisme - pour les sites qui peuvent en gĂ©nĂ©rer - donc des recettes, mais ce n’est pas l’État qui paye.

C'est l'ensemble des acteurs qui doivent ĂȘtre Ă  la hauteur du classement. C'est pour cela que lors du dĂ©pĂŽt de dossier, le plan de gestion doit afficher les engagements des partenaires.

Sans cela, les experts UNESCO de l'ICOMOS (pour Conseil international des monuments et des sites, ndlr) et de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, ndlr) vont émettre des questions, voire des avis défavorables.

L’État - qui va prĂ©senter le dossier - va donc pousser au maximum pour que le dossier soit de qualitĂ© et qu'il ne soit pas rejetĂ© par l'Unesco, en vue de la venue de ces experts de l'ICOMOS ou de l'UICN suite au dĂ©pĂŽt du dossier.


LIRE AUSSI : Patrimoine mondial : l'UNESCO se penche (enfin ?) sur la "gestion du tourisme"

TourMaG - Que font ces experts exactement ?

Jean-François Caron :
Ils vont venir expertiser le dossier et ne doivent avoir aucune relation avec notre pays.

Par exemple, pour le Bassin minier, l'expert en question était un Gallois spécialiste en patrimoine industriel, qui fait autorité à l'échelle mondiale, dans tous les colloques liés au patrimoine industriel.

Il est venu une semaine pour faire son inspection. Il pouvait demander à voir le Président de Région, les Préfets, des habitants, des communes, etc.

Une fois l'inspection terminĂ©e, l'expert va remettre un rapport quelques mois plus tard, qui sera rendu public au moment de la prĂ©sentation du projet, soutenue par l’État concernĂ©. Ce rapport peut ĂȘtre favorable, rĂ©servĂ© ou dĂ©favorable.

Enfin, les 21 pays qui vont juger au nom de la communauté internationale vont écouter, débattre et décider de l'approbation ou non du nouveau site sur la liste du Patrimoine mondial.

TourMaG - Existe-t-il d'autres associations comme la vÎtre dans le monde ?

Jean-François Caron :
Pas Ă  ma connaissance, notre association est assez remarquable.

Il faut dire que la France est l'un des pays qui a le plus de biens inscrits au monde. Cela nous donne une volonté de partager nos méthodes, nos difficultés autour des enjeux de protection, de médiation, de plan de gestion...

En effet, lorsqu'une partie d'une ville est inscrite au patrimoine mondial, il y a obligatoirement des rÚglements d'urbanisme, une exigence sur la transformation des bùtiments ou encore la qualité des paysages que l'on ne peut pas dégrader. Si l'on met, par exemple, des éoliennes au pied du Mont-Saint-Michel, on voit bien que l'on va perdre de la valeur paysagÚre.

Un certain nombre de nos sites sont d'ailleurs en parrainage ou en jumelage avec d'autres sites dans le monde, ou aident des projets dans d'autres territoires.

Les ministĂšres (Culture, Affaires ÉtrangĂšres, Transition), quant Ă  eux, nous incitent Ă  ĂȘtre de plus en plus actifs Ă  l'international Ă©tant donnĂ© que la France est trĂšs bien dotĂ©e. A ce sujet, la France est dĂ©sormais limitĂ©e Ă  un seul dĂ©pĂŽt de dossier par an.


TourMaG - Est-ce à cause du nombre déjà important de sites classés ?

Jean-François Caron :
Il y a en effet, d'une maniÚre générale, une surreprésentation des pays européens (France, Italie, Allemagne, Espagne) au Patrimoine mondial, alors que de nombreux pays, notamment en Afrique, ont trÚs peu de sites classés, parce qu'ils ont peu de moyens.

Les ministÚres et la représentation de la France à l'étranger nous demandent donc d'aller aider en ingénierie des projets pour faire en sorte que cette idée de patrimoine mondial soit partagée à l'échelle du globe. D'autant plus que cela implique également des relations de paix entre les peuples, d'échanges culturels et permet de comprendre les histoires de chacun des pays.

Les éléments de patrimoine et de culture portent de grands enjeux. Prenons l'exemple de la guerre en Yougoslavie il y a quelques dizaines d'années, et des enjeux autour de la Serbie, du Monténégro, du Kosovo, de la Bosnie : la question culturelle et patrimoniale était trÚs forte.

De notre cĂŽtĂ©, l'ABFPM dispose d'une commission International qui Ă©tait gĂ©rĂ©e par Lyon et qui va ĂȘtre reprise par Strasbourg.

Il y a aussi des projets autour de la Méditerranée pour essayer d'aider des territoires qui n'ont pas forcément notre expérience et notre expertise.


LIRE AUSSI : Patrimoine mondial de l'UNESCO : la préservation du patrimoine dépassée par l'enjeu économique

Dans le bassin minier, il a fallu tourner la page d'une activité qui faisait vivre ses habitants et le Patrimoine Mondial a permis de mettre en valeur l'héritage culturel, historique et de valeurs de la région - DR : Jean-Michel André, Mission Bassin Minier
Dans le bassin minier, il a fallu tourner la page d'une activité qui faisait vivre ses habitants et le Patrimoine Mondial a permis de mettre en valeur l'héritage culturel, historique et de valeurs de la région - DR : Jean-Michel André, Mission Bassin Minier
TourMaG - La France est limitĂ©e, mais il y aura tout de mĂȘme un nouveau site français en candidature pour 2023...

Jean-François Caron :
Je ne peux pas vous en parler, c'est dans les prĂ©rogatives de l’État de communiquer lĂ -dessus.

Mais je pense que du fait de la pandémie et de la Guerre en Ukraine et étant donné que le Comité ne s'est pas réuni, il y aura deux années regroupées en une, donc une possibilité pour la France de présenter deux dossiers.

Nous connaissons bien sĂ»r les dossiers qui sont sur la short list et l’État devrait faire son choix d'ici fin janvier 2023.


TourMaG - Être classĂ© au patrimoine mondial est-il toujours synonyme de retombĂ©es Ă©conomiques ?

Jean-François Caron :
Il n'y a quasiment jamais de sites qui n'ont pas de retombées.

Évidemment, on ne peut pas comparer le Pont du Gard et ses centaines de milliers de visiteurs, avec certains lacs de Savoie et de Haute-Savoie que l'on appelle les sites palafittiques, c'est-Ă -dire de l'archĂ©ologie lacustre, sous l'eau. Cela ne dĂ©clenche pas le mĂȘme effet.

De mĂȘme, dans le bassin minier, je ne vois pas des cars entiers de touristes dĂ©barquer comme dans le Golfe de Porto, en Corse, oĂč tout le monde veut prendre un bateau pour visiter les calanques. MalgrĂ© cela, quelque soit le site, le fait d'ĂȘtre classĂ© au Patrimoine mondial est une marque de qualitĂ© exceptionnelle.

TourMaG - La pandémie de Covid-19 a-t-elle eu un effet sur la gestion des sites ?

Jean-François Caron :
La pandémie a bouleversé beaucoup de choses puisque certains sites vivaient uniquement du tourisme international. Au Laos ou au Cambodge, des populations entiÚres sont menacées de famine parce qu'elles vivaient du tourisme sur ces sites.

A l'inverse en France, certains sites n'avaient jamais connu une telle frĂ©quentation. Il y a mĂȘme eu surfrĂ©quentation, puisque nous avons redĂ©couvert un tourisme de proximitĂ©. Donc tout cela a un impact.


LIRE AUSSI : En demandant aux Français de choisir la France, l'Etat français met en danger toute une filiÚre

TourMaG - Ces sites devraient-ils imposer des quotas journaliers ?

Jean-François Caron :
Il y a déjà des limitations sur le nombre de visiteurs sur certains sites.

Pour d'autres, comme l’Ɠuvre de Le Corbusier, a Ă©tĂ© mis en place une stratĂ©gie de mĂ©diation, avec des guides formĂ©s qui vont prendre en main les visiteurs sur une demi-journĂ©e et faire visiter l'intĂ©rieur de bĂątiments signĂ©s par cet architecte.

En revanche, dans le Val de Loire, vous pouvez avoir deux millions de visiteurs qui sont répartis sur pleins de sites et chaque site va développer sa propre stratégie.

Dans le cas du Golfe de Porto, par ailleurs, qui peut ĂȘtre menacĂ© par de fortes frĂ©quentations, la limite peut se faire au niveau du nombre de bateaux. Doit-on en effet autoriser davantage de bateaux alors que l'on connaĂźt dĂ©jĂ  des surfrĂ©quentations ? Ces interrogations lĂ , presque tous les sites les connaissent. Et chacun va adapter sa stratĂ©gie.


TourMaG - Les différentes commissions de l'ABFPM vont-elles aider les sites à définir ou à revoir leur stratégie ?

Jean-François Caron :
Dans le cas du Covid, par exemple, nous avons trÚs vite réuni une commission spéciale dans laquelle les gestionnaires de sites intéressés ont pu participer, tels de nombreux « petits » sites - des abbayes, la Saline royale d'Arc-et-Senans - qui se sont retrouvés confrontés à toute une série de questions.

Ils ont pu bénéficier de l'effet réseau et du partage d'expériences.

Mais des sites comme ceux de la Ville de Paris (Notre-Dame, les rives de la Seine), pour lesquels le classement Patrimoine mondial n'est qu'un élément parmi beaucoup d'autres au vu de la fréquentation, n'ont pas besoin de nous pour réfléchir à leur propre stratégie.

TourMaG - Comment l'ABFPM aborde-t-elle les questions de changement climatique ?

Jean-François Caron :
Depuis deux ou trois ans, nous notons une hausse trĂšs importante du nombre de colloques et de temps de travail autour des questions de transition, dont un colloque tout rĂ©cemment au Louvre Lens oĂč, sur une journĂ©e dĂ©diĂ©e, nous avons balayĂ© tous les types d'impacts.

Par exemple, la barriÚre de corail qui est profondément attaquée par le réchauffement climatique et la montée des eaux.

Il y a des sites qui sont purement et simplement menacés de disparaßtre. D'autres sites qui sont de grandes zones humides, du fait du réchauffement et de la désertification, vont voir leur valeur naturelle s'effondrer.

On voit également cela sur des bùtiments, menacés par la montée des eaux, la rétractation des argiles ou le comportement de certains matériaux qui, au-delà de 40°C, cause des dégùts.

Il y a également des enjeux liés à la nécessité de produire des énergies renouvelables : comment gérer les éoliennes dans un site classé au Patrimoine mondial ?

Il est Ă©vident que la transformation liĂ©e au dĂ©rĂšglement climatique est de nature Ă  tout bouleverser, dont les dĂ©placements des personnes Ă  l'Ă©chelle du monde. Quand on constate la diminution du trafic aĂ©rien parce qu'il va ĂȘtre taxĂ© sur le carbone, on peut s'attendre Ă  ce que cela change complĂštement le modĂšle Ă©conomique de certains pays.

A l'inverse, nous verrons probablement des sites qui vont développer des stratégies de mobilités douces, avec des découvertes de nature différente.

En rĂ©alitĂ©, il s'agit des enjeux actuels du tourisme en gĂ©nĂ©ral. On retrouve le mĂȘme type d'approche autour du tourisme durable : doit-on « consommer » un site du Patrimoine mondial en deux heures pour limiter la surfrĂ©quentation ou au contraire, doit-on proposer des dĂ©couvertes beaucoup plus intimistes ?

Ces questions-lĂ  sont prĂ©sentes partout, et encore plus sur les sites Unesco, oĂč on ne vient pas pour mettre ses pieds dans le sable...


TourMaG - Le dĂ©rĂšglement climatique et les conflits gĂ©opolitiques reprĂ©sentent-ils une menace sĂ©rieuse pour le Patrimoine mondial ? A l'heure oĂč la Convention fĂȘte ses 50 ans, comment aborder les 50 prochaines annĂ©es ?

Jean-François Caron :
Notre humanité vit des moments trÚs troublés, on le voit avec le dérÚglement climatique et les impacts que cela génÚre déjà - et que cela va générer - de tensions entre les territoires sur l'accÚs aux ressources.

On voit que les ressources de la planÚte diminuent. On voit avec la guerre en Ukraine comment la crise énergétique peut générer des efforts gravissimes. Je ne vais pas vous faire un topo sur tous les impacts négatifs, mais on voit bien que notre modÚle de développement est arrivé d'une certaine façon à son terme sous cette forme.

Face à ce constat, il me semble que la question du patrimoine est trÚs importante car nous entrons dans des zones d'insécurité, trÚs anxiogÚnes.

L'Ă©co-anxiĂ©tĂ© chez les jeunes, par exemple, est massive. La gĂ©nĂ©ration qui arrive est incroyablement angoissĂ©e par rapport Ă  l'avenir. Dans ce contexte-lĂ  - et je l'ai vĂ©cu dans mon territoire minier oĂč il fallait tourner la page d'une activitĂ© qui nous faisait vivre et qui a fermĂ© - la capacitĂ© Ă  savoir d'oĂč l'on vient, de quel hĂ©ritage culturel, historique, de valeurs nous sommes dĂ©positaires, est l'une des façons de savoir oĂč l'on habite.

Et dans des moments comme aujourd'hui, nous savons que tous les peuples qui coupent avec leurs racines sont des peuples qui « partent en vrille ». On le voit chez les Amérindiens, des tribus amazoniennes, les Inuits : on voit de profondes dégradations dÚs lors que l'on coupe avec sa culture.

Tout cela pour vous dire que, pour moi, la question du patrimoine n'est pas une histoire de vieilles pierres, mais elle permet de savoir de quelle histoire nous sommes porteurs, d'oĂč viennent nos parents, nos grands-parents, qu'est-ce qui fait qu'ils se sont inscrits dans un territoire et en quoi tout cela nous nourrit.

Je pense que cela est d'autant plus important dans le moment que nous allons vivre de plus en plus, de déstabilisation de nos écosystÚmes.

J'invite donc les gens à regarder le patrimoine pas seulement sous l'angle de sa beauté, mais aussi sous l'angle de la transmission des valeurs et de comment il nous nourrit.

Il est un point d'appui et il suffit de voir comment, dans beaucoup de conflits, on va tout de suite taper sur les lieux patrimoniaux, pour le comprendre, parce qu'ils sont porteurs de quelque chose de profond sur l'histoire des peuples.

AnaĂŻs Borios Publié par Anaïs Borios Journaliste - TourMaG.com
Voir tous les articles de Anaïs Borios
  • picto Facebook
  • picto Linkedin
  • picto email

Lu 2045 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitÎt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus

Dans la mĂȘme rubrique :
< >








































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias